{"id":40,"date":"2023-07-12T11:24:23","date_gmt":"2023-07-12T11:24:23","guid":{"rendered":"https:\/\/micheljobert.fr\/?page_id=40"},"modified":"2024-12-26T18:11:34","modified_gmt":"2024-12-26T18:11:34","slug":"chroniques","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/micheljobert.fr\/index.php\/menu-principal\/chroniques\/","title":{"rendered":"Chroniques"},"content":{"rendered":"\n<p><a href=\"https:\/\/bidgear.com\/?ref=banner\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><\/a><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Chroniques Hebdomadaires<\/h1>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Sur Radio Medi 1<\/h1>\n\n\n\n<p>(GO 9575 KHZ, OC 9575 bande des 31m, et sur Radio Beur 106.7 FM Paris)<\/p>\n\n\n\n<p>*******************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Chroniques 1999<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Oiseuses consid\u00e9rations.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 1<sup>er<\/sup>&nbsp;janvier 2000<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 614<\/p>\n\n\n\n<p>Oiseuses consid\u00e9rations sur le temps, pass\u00e9 ou \u00e0 venir. Mon caract\u00e8re m\u2019incite peu \u00e0 y sacrifier. Pas m\u00eame \u00e0 naviguer entre sarcasme et humour. Les manifestations des forces naturelles n\u2019y porteraient pas&nbsp;: nouveau si\u00e8cle, nouveau mill\u00e9naire, elles les auront suffisamment salu\u00e9s de leurs menaces retenues, comme \u00e0 regret.<\/p>\n\n\n\n<p>Imperturbable, un sp\u00e9cialiste des soci\u00e9t\u00e9s humaines se risque, en toute inconscience, dans la certitude de son savoir, \u00e0 dresser l\u2019\u00e9tat de la g\u00e9opolitique, en 2100. Comme les nations n\u2019auraient exist\u00e9, dit-il, que depuis quelques centaines d\u2019ann\u00e9es, tournons-nous vers les villes, t\u00e9moins de l\u2019aube de la civilisation. Les cartographes de l\u2019Antiquit\u00e9 et du Moyen Age auraient une meilleure intuition de notre futur que les politiques, aujourd\u2019hui. Le monde sera donc celui des villes-\u00e9tats, install\u00e9es sur les grandes routes commerciales. La loyaut\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la ville remplacera un patriotisme du XX\u00b0 si\u00e8cle, devenu d\u00e9suet. Ainsi l\u2019Am\u00e9rique du Nord sera transform\u00e9e en une trame nationale rel\u00e2ch\u00e9e entre des r\u00e9gions urbaines en comp\u00e9tition, comme le furent jadis les cit\u00e9s grecques. Un nouvel essor \u00e9conomique sera \u00e9vident, dans toutes les zones d\u00e9j\u00e0 rompues aux plus hautes technologies. Ailleurs, comme en Afrique sub-saharienne, la transition vers les cit\u00e9s-\u00e9tats provoquera l\u2019instabilit\u00e9 et la souffrance, pendant les dix premi\u00e8res ann\u00e9es. Mais le Liban, la Syrie, la Jordanie dispara\u00eetront et le monde arabe reviendra au monde ph\u00e9nicien, avec le Grand Beyrouth, le Grand Damas, le Grand Amman. Rien sur le Grand J\u00e9rusalem. Suit, par contre, une r\u00e9partition entre une n\u00e9buleuse de villes perses dominant des soci\u00e9t\u00e9s turques, \u00e9parpill\u00e9es en feudataires install\u00e9s en Azerba\u00efdjan et Turkm\u00e9nistan. Notre visionnaire, au souffle un peu court, pense que la meilleure carte serait un hologramme, un relief en creux, tr\u00e8s mobile entre les jeux de la souverainet\u00e9 et de la puissance, au travers des cultes et des id\u00e9ologies, des empires d\u2019affaires, des r\u00e9seaux de la surveillance comme du crime et des logistiques qu\u2019ils d\u00e9tiennent. Il conclut que le prochain si\u00e8cle sera l\u2019\u00e2ge des grands fiefs de la haute technologie. Nous voil\u00e0 \u00e9difi\u00e9s. Du moins je le suis.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Alors j\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 me contenter d\u2019un compte rendu, encore modeste, sur les bienfaits du fameux \u00a0\u00bb&nbsp;NET&nbsp;\u00a0\u00bb -le r\u00e9seau universel d\u2019information- appliqu\u00e9s aux collectivit\u00e9s totalement d\u00e9munies. Ainsi celle du Timor Oriental, si r\u00e9prouv\u00e9e et an\u00e9antie par la plus stupide terreur. Depuis 1997, les Nations-Unies ont cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Kuala-Lumpur, en Malaisie, un \u00e9chelon pour utiliser la technologie de l\u2019information, au b\u00e9n\u00e9fice du d\u00e9veloppement \u00e9conomique et social des zones asiatiques en retard extr\u00eame. Huit habitants sur mille (Japon non compris) utilisent Internet, compar\u00e9s \u00e0 320 Am\u00e9ricains sur mille. D\u2019o\u00f9 la r\u00e9solution de faire de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 Internet une priorit\u00e9&nbsp;dans un continent qui contient les trois quarts des pauvres du monde. Et pourquoi ne pas le tenter, tout de suite, pour le minuscule Timor, de m\u00eame pour le minuscule Tuvalu, un atoll, et le minuscule Bouthan, nation de l\u2019Himalaya&nbsp;? De m\u00eame aussi pour l\u2019immense Mongolie, grande comme un Alaska&nbsp;? Ces quelques-uns vont pouvoir passer, de l\u2019\u00e2ge de pierre ou de fer, \u00e0 la pr\u00e9sence universelle du monde chez eux et d\u2019eux dans le monde, alors qu\u2019il faut tout construire ou reconstruire. Voil\u00e0 quelques promesses pour la pointe de l\u2019aube du XXI\u00b0 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Et pour s\u2019attarder sur l\u2019humble condition de l\u2019homme sur la terre, dans son inconscience et sa responsabilit\u00e9, pourquoi ne pas entendre les confidences d\u2019un entrepreneur de pompes fun\u00e8bres&nbsp;? Il a succ\u00e9d\u00e9 dans ce m\u00e9tier \u00e0 ses parents, qui n\u2019auront pas franchi les limites du XX\u00b0 si\u00e8cle, alors qu\u2019il va le faire lui-m\u00eame. Vivre sur deux si\u00e8cles comme en deux mill\u00e9naires est chose rare, dit-il. Des hommes et des femmes consid\u00e9rables n\u2019ont pu le faire. Des coquins, eux, l\u2019auront r\u00e9ussi. Mais l\u2019essentiel n\u2019est-il pas, dit l\u2019entrepreneur parlant \u00e0 lui-m\u00eame, que le chagrin aigu ait grandi en souvenirs heureux, que les disparus ne soient pas oubli\u00e9s, dans leurs amours, r\u00eaves et affections, d\u00e9sormais inscrits dans l\u2019immobilit\u00e9 du si\u00e8cle. Le futur p\u00e8se plus lourd que le pass\u00e9, illusion r\u00e9confortante. Il cite un chanteur&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;La m\u00e9moire des orphelins est comme un train qui devient minuscule en s&rsquo;\u00e9loignant&nbsp;\u00ab\u00a0. Les&nbsp;regrets et une bonne s\u00e9paration sont presque jumeaux. Le temps nous soigne et nous \u00e9treint. Le futur est le lieu o\u00f9 nous voyageons l\u00e9g\u00e8rement, tout \u00e0 notre t\u00e2che inaccomplie, par d\u00e9faut. Le temps passe, revient avec ou sans nous. Propos d\u2019un praticien, \u00e9videmment.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019euro, d\u00e9sormais.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 25 d\u00e9cembre 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 613<\/p>\n\n\n\n<p>Seuls des cataclysmes soudains et consid\u00e9rables pourraient s\u2019opposer \u00e0 l\u2019installation durable de l\u2019euro. On le sait&nbsp;: le 1<sup>er<\/sup>&nbsp;janvier 2002, l\u2019utilisation de la monnaie unique sera obligatoire pour toutes les transactions de d\u00e9tail dans l\u2019UEM, l\u2019Union \u00e9conomique et mon\u00e9taire. Cette ultime \u00e9tape a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9e de longue main, comme certaine et non comme une hypoth\u00e8se de travail. Jacques Rueff, qui joua un si grand r\u00f4le dans la r\u00e9ussite mon\u00e9taire du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, quand celui-ci revint au pouvoir en 1958, connaissait l\u2019influence d\u00e9cisive de la monnaie, pour f\u00e9d\u00e9rer et fonder. En 1956, il pronostiqua&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;L\u2019Europe na\u00eetra de sa monnaie, ou elle n\u2019existera jamais&nbsp;\u00ab\u00a0. Au moins pour elle, mais aussi pour toute la communaut\u00e9 des nations, en cette fin de si\u00e8cle, l\u2019\u00e9v\u00e9nement est consid\u00e9rable, en politique comme en \u00e9conomie.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la politique, cet \u00e9v\u00e9nement peut appara\u00eetre comme un catalyseur propice sans \u00eatre indispensable. Onze nations ont pris la route vers une Union ou un bloc, sans m\u00eame que les personnels politiques aient r\u00e9alis\u00e9 que le voyage allait \u00e0 ce point les engager et si vite. Beaucoup \u00e9voquent le pass\u00e9, avec acharnement, alors que la zone du futur est atteinte. En janvier 1999, les d\u00e9s \u00e9taient jet\u00e9s loin des structures du march\u00e9 commun originel. La m\u00e9canique des choses va transformer les relations traditionnelles des nations et pousser celles-ci hors de leur temp\u00e9rament habituel, de leurs codes de voisinage. Les forces du march\u00e9 et l\u2019exigence du mieux-\u00eatre trouveront rapidement leurs points d\u2019\u00e9quilibre, leur rationalit\u00e9 fiscale. Depuis un an, les multiples regroupements ou fusions d\u2019entreprises ont montr\u00e9 que la course \u00e0 la compatibilit\u00e9 des co\u00fbts et des r\u00e9sultats allait grand train. Point besoin d\u2019un super-Etat f\u00e9d\u00e9ral, s\u2019il n\u2019est jamais admis. La monnaie unique fera mieux, en acc\u00e9l\u00e9r\u00e9. La banque centrale europ\u00e9enne, ind\u00e9pendante, est aux manettes de l\u2019ordre mon\u00e9taire, sans avoir l\u2019obligation ou l\u2019imprudence de sculpter le visage d\u2019une Europe politique.<\/p>\n\n\n\n<p>Celui-ci se d\u00e9gagera de la n\u00e9cessit\u00e9 et de l\u2019int\u00e9r\u00eat de s\u2019unir, plut\u00f4t que de l\u2019affrontement de formules pass\u00e9istes. Onze nations sur quinze membres de l\u2019Union europ\u00e9enne ont adopt\u00e9 la monnaie commune. 12 pays et 105 millions d\u2019habitants sont candidats \u00e0 entrer dans le club, qui sera la zone de libre \u00e9change la plus importante et la plus diversifi\u00e9e au monde, apr\u00e8s de multiples adaptations.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>En \u00e9conomie, l\u2019av\u00e8nement de l\u2019euro n\u2019aura pas rassembl\u00e9 toutes les bonnes f\u00e9es autour de son berceau. Dans le monde anglo-saxon, et sp\u00e9cialement en Grande-Bretagne o\u00f9 les prises \u00e0 partie ne sont jamais tr\u00e8s raffin\u00e9es, on s\u2019est gauss\u00e9 de la pr\u00e9tention de l\u2019euro \u00e0 \u00eatre une monnaie mondiale. Or il le sera d\u2019autant mieux que les capacit\u00e9s europ\u00e9ennes en investissements, productivit\u00e9, exportations et croissance s\u2019affirmeront, comme les indices le prouvent au jour le jour. Que l\u2019euro ait faibli \u00e0 l\u2019automne, apr\u00e8s neuf mois d\u2019exercice, fut assez pour que l\u2019on s\u2019empress\u00e2t de r\u00e9diger son \u00e9pitaphe. C\u2019\u00e9tait ridicule de le faire, dans un monde de changes flottants, en ajustements constants. La banque centrale europ\u00e9enne fut d\u2019ailleurs impavide&nbsp;: elle n\u2019a pas fix\u00e9 un taux pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9 au d\u00e9part et n\u2019a pas vu de raisons \u00e9conomiques pour se faire actuellement le moindre souci. Au demeurant, l\u2019euro n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour entrer en comp\u00e9tition avec le dollar, mais pour pousser l\u2019Europe sur le chemin de l\u2019int\u00e9gration \u00e9conomique et politique, dans le cadre du march\u00e9 commun.<\/p>\n\n\n\n<p>Nonobstant la zone euro est d\u00e9j\u00e0 en t\u00eate ou en seconde position, selon les rubriques. La mod\u00e9ration de l\u2019euro encourage les exportations europ\u00e9ennes, qui sont vives. La comp\u00e9tition, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la zone euro, maintient l\u2019inflation dans les basses eaux, ce qui n\u2019est pas le moindre r\u00e9sultat. La faiblesse actuelle de l\u2019euro, \u00e0 supposer qu\u2019elle ne soit pas souhaitable, peut s\u2019expliquer par les perspectives accept\u00e9es d\u2019\u00e9largissement ( les 12 autres pays europ\u00e9ens), \u00e0 termes \u00e9chelonn\u00e9s. C\u2019est dire qu\u2019il faut \u00e0 cette monnaie une sacr\u00e9e sant\u00e9 pour fusionner avec des monnaies pr\u00e9caires et fragiles. Les Etats-Unis et leur dollar pourraient-ils en faire autant&nbsp;? La cr\u00e9dibilit\u00e9 de l\u2019euro ne se mesure pas au seul taux de change, mais \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre des prix internes et au volume d\u2019\u00e9missions de titres, aux engagements pris par les Etats dans leur pacte de stabilit\u00e9 et de croissance.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019euro est soutenu par une \u00e9pargne importante et par des \u00e9conomies \u00e0 potentiel de croissance \u00e9lev\u00e9, dont les prix sont stables. L\u2019\u00e9mancipation de l\u2019euro va de pair avec celle de l\u2019Europe, dont les \u00e9tapes \u00e9conomiques, industrielles et financi\u00e8res sont, chaque jour, d\u00e9crites. Quant \u00e0 l\u2019unit\u00e9 politique de celle-ci, elle proc\u00e9dera d\u2019abord de la r\u00e9ussite de sa monnaie unique. Que nul n\u2019en doute&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Du jour au lendemain.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 18 d\u00e9cembre 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 612<\/p>\n\n\n\n<p>Du jour au lendemain.<\/p>\n\n\n\n<p>Du jour au lendemain, l\u2019humeur du monde bat la chamade. Des illusions, longtemps immobiles, r\u00e9v\u00e8lent leur trame, en piteux \u00e9tat. Qu\u2019il est loin et toujours aussi mensonger le \u00a0\u00bb&nbsp;nouvel ordre mondial&nbsp;\u00a0\u00bb , proclam\u00e9 par le Pr\u00e9sident George Bush, dans les ann\u00e9es 1990&nbsp;! Y avait-il cru un instant, dans la propagande massive et unilat\u00e9rale qu\u2019il lui fit, parmi l\u2019habituelle client\u00e8le des Etats-Unis&nbsp;? Aujourd\u2019hui, \u00e0 quelques jours de la fin du si\u00e8cle, le Pr\u00e9sident de la Russie exige le respect, menace atomique au poing, de sa gestion qui ne le m\u00e9rite gu\u00e8re. Mondialisation ou globalisation, l\u2019\u00e9poque est propice au recensement des perspectives, bonnes ou mauvaises, d\u2019un univers plus encombr\u00e9 que jamais de drames et d\u2019ambitions. Les m\u00e9dias ne s\u2019en privent gu\u00e8re .<\/p>\n\n\n\n<p>Le fiasco, au d\u00e9but du mois, de la conf\u00e9rence de Seattle sur la discipline des \u00e9changes, a lib\u00e9r\u00e9 les commentaires, m\u00eame les plus excessifs. Ce qui fut une bourde patente de l\u2019administration Clinton n\u2019implique pas forc\u00e9ment la mort du petit cheval du commerce mondial. Ni m\u00eame l\u2019annonce d\u2019&nbsp;&nbsp;\u00a0\u00bb&nbsp;une nouvelle guerre froide&nbsp;\u00ab\u00a0, imputable au malheureux Pr\u00e9sident Clinton qui \u00a0\u00bb&nbsp;quittera la sc\u00e8ne de l\u2019Histoire en l\u00e9guant \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 la perspective d\u2019un XXI\u00e8me si\u00e8cle marqu\u00e9 par celle-ci&nbsp;\u00ab\u00a0, comme se risque, \u00e0 Paris ,M. Gilbert Achcar .<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a4\u00a4\u00a4<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a toujours des s\u00e9ances de rep\u00eachage pour les Grands du monde. Ainsi viennent d\u2019en t\u00e9moigner, au profit du Pr\u00e9sident Lindon Johnson, son ancien ennemi John Kenneth Galbraith, essayiste et diplomate sardonique de 91 ans, et le journaliste avis\u00e9 William Pfaff. Succ\u00e9dant \u00e0 John Kennedy assassin\u00e9, le Pr\u00e9sident Johnson pr\u00e9f\u00e9ra quitter le pouvoir que d\u2019endosser la guerre du Vietnam qui lui \u00e9tait ainsi l\u00e9gu\u00e9e et qu\u2019il r\u00e9cusait de toute son intelligence. Il en mourut d\u2019ailleurs. J\u2019adressai alors \u00e0 sa veuve Lady Bird Johnson mon propre t\u00e9moignage et mon \u00e9loge. Il n\u2019est jamais trop tard pour que l\u2019Am\u00e9rique, vu son poids et sa dimension, reconnaisse que la mod\u00e9ration et le jugement lui sont plus indispensables que l\u2019humeur et la d\u00e9sinvolture. Elle peut ainsi s\u2019inqui\u00e9ter de l\u2019\u00e9tat d\u2019alerte annonc\u00e9 par sa presse, pour les quatre prochaines semaines, \u00e0 ses citoyens vivant ou voyageant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger&nbsp;: des \u00a0\u00bb&nbsp;terroristes&nbsp;\u00a0\u00bb les viseraient, en tous lieux de rassemblements publics. Des s\u00e9nateurs, Samuel Berger le conseiller national pour la s\u00e9curit\u00e9, Madeleine Albright \u00e8s qualit\u00e9s, ont rench\u00e9ri. Ce n\u2019est plus une vie, dans la ligne de ces cat\u00e9gories consacr\u00e9es, \u00e0 Washington&nbsp;: les Etats hors-la-loi, le terrorisme international , les conflits ethniques , les partenaires strat\u00e9giques (comprenez la Russie et la Chine). \u00a0\u00bb&nbsp;Il faudrait, a os\u00e9 dire un candidat \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, Pat Buchanan, nous interroger sur le prix d\u2019une h\u00e9g\u00e9monie globale et sur les r\u00e9alit\u00e9s d\u2019un interventionnisme qui est l\u2019incubateur du terrorisme&nbsp;\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a4\u00a4\u00a4<\/p>\n\n\n\n<p>Evidemment, se faire peur \u00e0 soi-m\u00eame est l\u2019un des principes actifs de la politique int\u00e9rieure am\u00e9ricaine, recette qui fait marcher, comme un seul homme, le public de cette grande d\u00e9mocratie. C\u2019est ainsi qu\u2019elle en est venue \u00e0 relancer, contre toute attente raisonnable, un syst\u00e8me de missiles anti-missiles, aux cons\u00e9quences si pr\u00e9judiciables \u00e0 l\u2019effort mondial de limitation des armements nucl\u00e9aires qui portait, lui, quelques esp\u00e9rances. Deux livres auront captiv\u00e9 les Etats-Unis &#8212; et le monde par cons\u00e9quent . En 1987, celui de l\u2019historien de Yale Paul Kennedy sur \u00a0\u00bb&nbsp; l\u2019essor et la chute des grandes puissances&nbsp;\u00ab\u00a0. Il n\u2019\u00e9tait pas imm\u00e9diatement pr\u00e9monitoire du d\u00e9clin de l\u2019Empire am\u00e9ricain, n\u2019est-ce pas&nbsp;? On s\u2019en inqui\u00e9tera dans le milieu du si\u00e8cle prochain . L\u2019autre ouvrage est d\u00fb \u00e0 l\u2019\u00e9crivain am\u00e9ricain Francis Fukuyama, annon\u00e7ant que le triomphe de la d\u00e9mocratie et de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 allait gommer lentement les conflits g\u00e9opolitiques et provoquer par cons\u00e9quent \u00a0\u00bb&nbsp;la fin de l\u2019Histoire&nbsp;\u00ab\u00a0. On attendra surtout la fin du prochain si\u00e8cle, au mieux.<\/p>\n\n\n\n<p>La force des choses \u2013 qui fera l\u2019Europe \u2013 souvent cr\u00e9\u00e9e ou lib\u00e9r\u00e9e par les hommes, domine la propre volont\u00e9 de ceux-ci. Ils n\u2019en sont gu\u00e8re conscients, se bornant \u00e0 \u00e9voquer le hasard, excuse qu\u2019ils se donnent pour leur incomp\u00e9tence \u00e0 dessiner l\u2019avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>***************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Contraints d\u2019exister.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 11 d\u00e9cembre 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 611<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb&nbsp;Les Europ\u00e9ens, un jour, sans le vouloir, seront contraints d\u2019exister.&nbsp;\u00a0\u00bb Dans l\u2019\u00e9ditorial de son excellente revue \u00a0\u00bb&nbsp;de defensa&nbsp;\u00ab\u00a0, le 25 novembre dernier, Philippe Grasset n\u2019h\u00e9site gu\u00e8re&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;L\u2019Europe a peur d\u2019exister, d\u00e9veloppe-t-il. Telle qu\u2019aujourd\u2019hui, l\u2019Europe est une tr\u00e8s grande puissance qui n\u2019a besoin ni de trait\u00e9s, ni de supranationalit\u00e9, ni de th\u00e8ses complexes, ni de discours filandreux pour s\u2019affirmer et se faire entendre. Mais cela, ce serait affirmer une responsabilit\u00e9, prendre un risque, entrer dans le monde, passer \u00e0 l\u2019acte. Ce serait exister.&nbsp;\u00ab\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9vidences sont l\u00e0 pourtant&nbsp;; d\u00e8s que l\u2019euro \u2013 la monnaie unique \u2013 a commenc\u00e9 sa course, le destin de l\u2019Europe \u00a0\u00bb&nbsp;du nouveau mill\u00e9naire&nbsp;\u00a0\u00bb&nbsp;&nbsp; &#8211; pour parler pompeusement \u2013 a \u00e9t\u00e9 fix\u00e9. Elle a succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019Europe de la guerre froide, soumise au condominium am\u00e9ricano-sovi\u00e9tique. A elle, si longtemps rompue \u00e0 une docilit\u00e9 apeur\u00e9e, la conscience de la responsabilit\u00e9 de son avenir. Mais aucun des chefs de l\u2019Europe des Quinze ne s\u2019est lev\u00e9 pour affirmer, p\u00e9remptoirement et tranquillement, l\u2019\u00e9tat de cette partie du monde et ses r\u00e9alit\u00e9s. Leurs noms ne signifient rien pour l\u2019\u00e9veil collectif et sa marque dans l\u2019Histoire. D\u00e9sh\u00e9rence de la volont\u00e9, impuissance m\u00eame des porte-voix. L\u2019\u00e9pop\u00e9e se sent mal, faute de h\u00e9ros. Dommage.<\/p>\n\n\n\n<p>En cette fin de semaine, ces m\u00e9diocres pr\u00e9pos\u00e9s \u00e0 l\u2019Histoire, se r\u00e9unissent \u00e0 Helsinki, contraints d\u2019assumer des r\u00f4les dont ils s\u2019effraient. S\u2019ils lisent la revue am\u00e9ricaine \u00a0\u00bb&nbsp;Newsweek&nbsp;\u00a0\u00bb , qui a confi\u00e9 \u00e0 un Fran\u00e7ais le soin de dire en termes d\u00e9licats aux Am\u00e9ricains que l\u2019Europe qu\u2019ils ont connue n\u2019est plus celle qui d\u00e9sormais s\u2019impose d\u2019elle-m\u00eame, peut-\u00eatre pointeront-ils leur nez hors de vieilles tranch\u00e9es. Dominique Moisi, directeur de l\u2019Institut fran\u00e7ais des relations internationales (IFRI) a son id\u00e9e&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;Une Am\u00e9rique m\u00fbre, associ\u00e9e \u00e0 une Europe responsable, est la meilleure assurance contre les incertitudes d\u2019un monde global et fragile.&nbsp;\u00a0\u00bb Et il rame opini\u00e2trement pour que les vaisseaux demeurent bord \u00e0 bord, en d\u00e9pit du temp\u00e9rament de leurs capitaines.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>***<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>A Helsinki, il para\u00eet que les Europ\u00e9ens auront f\u00e9d\u00e9r\u00e9 assez de d\u00e9terminations pour affirmer une \u00a0\u00bb&nbsp;Initiative europ\u00e9enne de d\u00e9fense et de s\u00e9curit\u00e9&nbsp;\u00ab\u00a0.&nbsp; N\u2019en d\u00e9plaise aux Am\u00e9ricains, auxquels elle d\u00e9pla\u00eet fort. Quelle audace, au moment m\u00eame o\u00f9 les Etats-Unis reprennent le projet, lanc\u00e9 par Reagan dans les ann\u00e9es 80, d\u2019une couverture de leur territoire par un r\u00e9seau anti-missiles, projet isolationniste s\u2019il en fut. L\u2019actuel succ\u00e9dan\u00e9 \u2013 le SDI II- oublie \u00e9galement la protection de l\u2019Europe&nbsp;! Les Europ\u00e9ens seraient donc, tout en protestant que \u00a0\u00bb&nbsp; l\u2019OTAN demeure le fondement de la d\u00e9fense collective de ses membres et continuera \u00e0 jouer un r\u00f4le important dans la gestion des crises&nbsp;\u00a0\u00bb&nbsp;, fond\u00e9s \u00e0 se soucier d\u2019eux-m\u00eames, en se dotant de moyens capables d\u2019actions militaires autonomes, sur le continent europ\u00e9en. Ainsi, \u00e0 partir de 2003 , existera une force de r\u00e9action rapide de 60.000 hommes, pourvue des moyens logistiques et techniques dans toutes les disciplines, politiques et militaires (air, mer, terre).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas encore l\u2019arm\u00e9e europ\u00e9enne , mais la direction est prise. Les Etats-Unis n\u2019ont qu\u2019une pens\u00e9e&nbsp;: comment s\u2019en d\u00e9barrasser, en verrouillant brutalement ce dispositif insupportable. Washington fr\u00e9mit sous l\u2019affront. L\u2019OTAN en est toute remu\u00e9e et l\u2019Europe n\u2019a m\u00eame pas conscience de s\u2019\u00eatre ainsi , sans le vouloir, engag\u00e9e sur le chemin de la puissance, avant m\u00eame d\u2019avoir con\u00e7u ce qu\u2019elle doit faire d\u2019elle m\u00eame. Pour s\u00fbr, la fin de l\u2019\u00e8re Clinton, qui est celle d\u2019un d\u00e9sarroi structurel de la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine , n\u2019instaurera gu\u00e8re un pragmatisme de bon aloi sur les deux bords de l\u2019Atlantique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Portugal va succ\u00e9der \u00e0 la Finlande pour la pr\u00e9sidence du Conseil europ\u00e9en. De juillet \u00e0 d\u00e9cembre 2000, la pr\u00e9sidence sera fran\u00e7aise. Faut-il esp\u00e9rer que la mont\u00e9e en puissance de l\u2019Europe, incontestable en maints domaines, am\u00e8nera enfin celle-ci \u00e0 accomplir sa mutation psychologique&nbsp;? Sa r\u00e9action jusqu\u2019ici est faite d\u2019une banale et spontan\u00e9e fascination pour la masse am\u00e9ricaine \u00e0 laquelle elle ne comprend rien et d\u2019un g\u00e9missement cauteleux et d\u00e9faitiste, d\u00e8s qu\u2019elle tente de se regarder. C\u2019\u00e9tait hier, n\u2019est-ce pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>*************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A l\u2019Ouest ambigu.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 4 d\u00e9cembre 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 610<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019Ouest ambigu, rien n\u2019est prouv\u00e9, rien n\u2019est s\u00fbr. Seattle, capitale \u00e9conomique de l\u2019Etat de Washington, avait quatre jours pour fixer, orienter et convaincre ainsi que, pour chanter l\u2019annonce des temps nouveaux, plus de trois mille journalistes, venus de 135 pays. La perspective \u00e9tait irr\u00e9aliste&nbsp;; l\u2019attente fut d\u00e9\u00e7ue. A l\u2019ordonnance du monde des hommes, il faut un temps infini, dans des disputes enrag\u00e9es, pr\u00e9alables aux r\u00e9ussites m\u00eame imm\u00e9rit\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Am\u00e9rique d\u2019airain et de bronze est aussi celle du carton-p\u00e2te , des d\u00e9cors qui s\u2019autod\u00e9truisent, au rythme de la m\u00e9diatisation et de ses \u00e9ph\u00e9m\u00e8res emballements. Au reste Bill Clinton, qui en est le pur produit, aura, sautant d\u2019une sc\u00e8ne \u00e0 l\u2019autre, \u00e9chou\u00e9 \u00e0 produire une politique ext\u00e9rieure, \u00e9clair\u00e9e d\u2019une m\u00e9ditation aux vues lointaines. R\u00e9put\u00e9 internationaliste, \u00e0 ses d\u00e9buts, il a vir\u00e9 en fin de mandats vers un n\u00e9o-protectionnisme, fruit du d\u00e9sordre de ses initiatives. Seattle ne sera ni son dernier triomphe suppos\u00e9 et orchestr\u00e9, ni sa derni\u00e8re lassitude. Le rejet du trait\u00e9 sur l\u2019interdiction des essais nucl\u00e9aires, le 13 octobre 1999, signe assez l\u2019irresponsabilit\u00e9 et l\u2019isolationnisme . Mon propos, ici, n\u2019est pas d\u2019insister sur toutes les cons\u00e9quences de cette incons\u00e9quence. Il est seulement d\u2019indiquer qu\u2019un serpent s\u2019est gliss\u00e9 dans la corbeille de l\u2019universelle concorde commerciale. Un homme et une politique ne sont pas au rendez-vous qui fut dessin\u00e9 pour eux.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce catastrophique&nbsp;? Oui, si l\u2019on avait compt\u00e9 sur eux. Non, si l\u2019on s\u2019en tient aux n\u00e9cessit\u00e9s r\u00e9clam\u00e9es par l\u2019\u00e9tat du monde. Le d\u00e9but d\u2019un nouveau cycle organis\u00e9 pour de longues ann\u00e9es autour d\u2019une autorit\u00e9 universelle, charg\u00e9e de r\u00e9guler la libert\u00e9 des \u00e9changes, d\u2019arbitrer les conflits, est \u00e0 l\u2019avantage de tous les peuples qui ont voulu \u2013 ou veulent avec ardeur \u2013 adh\u00e9rer \u00e0 l\u2019OMC sans renoncer pour autant \u00e0 d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats, en les opposant ou en les conciliant \u00e0 ceux des autres. Nulle raison de s\u2019irriter ou de se chagriner , si l\u2019organisation de la libert\u00e9 de commercer est \u00a0\u00bb&nbsp;globalement positive&nbsp;\u00ab\u00a0. L\u2019OMC, avant comme apr\u00e8s Seattle, n\u2019a pas pour but de renforcer les plus puissants, mais, en leur faisant respecter des r\u00e8gles, de prot\u00e9ger les plus faibles. L\u2019\u00e9change est le propre de la civilisation, quand il est organis\u00e9, \u00e0 l\u2019abri des abus. Les techniques de la communication ne laissent plus \u00e0 personne le choix de s\u2019enfermer derri\u00e8re les barri\u00e8res du pass\u00e9. L\u2019\u00e9mulation est cent fois plus cr\u00e9ative que la bouderie et le repli.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que penser de la \u00a0\u00bb&nbsp;bronca&nbsp;\u00a0\u00bb ou du \u00a0\u00bb&nbsp;happening&nbsp;\u00a0\u00bb du \u00a0\u00bb&nbsp;carnaval contre le capitalisme&nbsp;\u00a0\u00bb r\u00e9serv\u00e9s par les organisations (les fameuses ONG) de tout poil aux repr\u00e9sentants des Etats \u00e0 Seattle&nbsp;? L\u2019annonce du fameux \u00a0\u00bb&nbsp;cycle du mill\u00e9naire&nbsp;\u00ab\u00a0, succ\u00e9dant \u00e0 celui de l\u2019Uruguay qui dura 8 ans et \u00e0 8 autres depuis la guerre, suffisait bien pour mobiliser tous ceux qui font l\u2019opinion , sur tout comme sur rien, mandat\u00e9s par leur seule existence. Telle est une forme parmi les plus modernes de la libert\u00e9 d\u2019opinion, y compris la libert\u00e9 d\u2019influencer. Il est bien que le \u00a0\u00bb&nbsp;huis clos&nbsp;\u00a0\u00bb ait \u00e9t\u00e9 ainsi, en d\u00e9pit des d\u00e9bordements, refus\u00e9 aux ministres , leur d\u00e9montrant qu\u2019il leur appartenait aussi de faire l\u2019opinion, en allant au-devant de ses inqui\u00e9tudes ou de son jugement. Aucun ne s\u2019est risqu\u00e9 \u00e0 la contrecarrer ouvertement, sinon le Directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019OMC, Mike Moore, se dressant contre les \u00a0\u00bb&nbsp;tribalistes&nbsp;\u00ab\u00a0. L\u2019OMC, la jeunette de 5 ans, en aura entendu de tous les sons, mais elle n\u2019est pas l\u2019arme de l\u2019Am\u00e9rique. Elle doit imposer \u2013 y compris \u00e0 celle-ci &#8212; le code d\u2019une r\u00e9volution \u00e9conomique dont chacun a d\u00e9sormais la certitude. Il lui faut, en outre, r\u00e9gler les diff\u00e9rends, m\u00eame contre l\u2019aveu des plus forts. La s\u00e9curit\u00e9 de la plan\u00e8te est plus enviable que la victoire des surpuissants. L\u2019OMC a encore sa place \u00e0 faire parmi les organisations internationales ant\u00e9rieures. Aidons-la jusqu\u2019\u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et ses pr\u00e9cautions exig\u00e9es, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019environnement pour lequel nous avons enfin appris \u00e0 nous mobiliser.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2006 et jusqu\u2019en 2012, nous serons \u00e0 m\u00eame de constater que l\u2019OMC aura \u00e9t\u00e9 digne des droits universels, dont la r\u00e9v\u00e9lation par la mondialisation n\u2019est pas le moindre effet de celle-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Maroc&nbsp;: l\u2019\u00e9cole de la responsabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 27 novembre 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 609<\/p>\n\n\n\n<p>Quels que soient l\u2019\u00e9clat et la s\u00fbret\u00e9 de jugement avec&nbsp;lesquels Mohammed VI, en peu de jours, a montr\u00e9 des capacit\u00e9s jusqu\u2019ici en r\u00e9serve, rien n\u2019affirmera mieux son r\u00e8gne qu\u2019une seule r\u00e9ponse du peuple marocain&nbsp;: le recours \u00e0 la responsabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fil des si\u00e8cles,&nbsp;la vie collective s\u2019est organis\u00e9e et \u00e9coul\u00e9e selon deux imp\u00e9ratifs&nbsp;: celui du climat, responsable de s\u00e9cheresse&nbsp;; celui d\u2019une fatalit\u00e9 plus relative, le pouvoir du Sultan, dont tout est attendu, sinon esp\u00e9r\u00e9. Puis les conditions modernes de l\u2019existence se sont diablement compliqu\u00e9es. L\u2019\u00e9conomie, avec l\u2019administration, sont devenues des zones, plus secr\u00e8tes que jamais, au citoyen. Son d\u00e9sir d\u2019y \u00e9chapper par d\u00e9brouillardise s\u2019est exacerb\u00e9, alors qu\u2019il laissait au Souverain l\u2019initiative et la responsabilit\u00e9. L\u2019autorit\u00e9, dans l\u2019imagerie populaire, a pris trop souvent le visage de la douane et de la police, dont les agents, heureux d\u00e9tenteurs de pouvoir, s\u2019assuraient un sort enviable.<\/p>\n\n\n\n<p>Des fortunes se sont faites, mais la mis\u00e8re, \u00e0 proportion de l\u2019essor d\u00e9mographique, bat au flanc des villes, oppress\u00e9es par l\u2019afflux des ruraux qui viennent, les mauvaises ann\u00e9es, y chercher un maigre refuge. Le Roi a trouv\u00e9 les mots, l\u2019accent, la conviction pour que chacun veuille bien ouvrir les yeux sur ces r\u00e9alit\u00e9s et ne s\u2019en d\u00e9tourne point. Les plus d\u00e9munis, avec une immense esp\u00e9rance, ont salu\u00e9 ce regard, cette main tendue, cette d\u00e9termination. Mais le Roi a aussi et surtout besoin que cette prise de conscience g\u00e9n\u00e9rale s\u2019exprime par l\u2019\u00e9lan de tous vers la responsabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Responsabilit\u00e9 politique, la plus facile \u00e0 obtenir. L\u2019alternance, lanc\u00e9e et quasiment impos\u00e9e par Hassan II, suppose pour r\u00e9ussir que l\u2019\u00e9quipe actuelle ou toute autre s\u2019applique \u00e0 \u00e9tablir le s\u00e9rieux et la dignit\u00e9 des consultations \u00e9lectorales. C\u2019est le minimum dira-t-on. Sur le papier, dans la r\u00e9glementation, certes. Dans l\u2019usage, c\u2019est une autre paire de manches. Le citoyen doit assumer une responsabilit\u00e9 \u00e9l\u00e9mentaire, vers laquelle il convient de le pousser, apr\u00e8s avoir si longtemps ignor\u00e9 celle-ci. Rien ne permet de penser que, sur un terrain d\u00e9blay\u00e9, l\u2019\u00e9lecteur se d\u00e9robera \u00e0 sa responsabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant au gouvernement, sans doute aurait-il tort de croire qu\u2019il travaille avec un filet protecteur. Sous le Souverain pr\u00e9c\u00e9dent, pour ne pas remonter trop loin,&nbsp;la conception, l\u2019animation, l\u2019imputation de la r\u00e9ussite ou de l\u2019\u00e9chec, semblaient sans partage. La main tut\u00e9laire \u00e9tait l\u00e0 pour guider et la charge de l\u2019action gouvernementale recevait toujours le coup d\u2019\u00e9paule secourable. Les temps ont d\u00e9sormais chang\u00e9. Mohammed VI est, tout normalement, l\u2019inspirateur des grandes orientations. Mais il ne saurait se substituer \u00e0 l\u2019action collective et individuelle des ministres, dans la vie quotidienne de la nation. Ceux-ci ont-ils compris le prestige dont ils sont d\u00e9sormais investis&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Responsabilit\u00e9 \u00e9conomique&nbsp;: pour chaque citoyen, elle tient dans le respect d\u2019une loi, elle-m\u00eame respect\u00e9e par l\u2019Etat et ses serviteurs, administrations et juridictions. Alors que les investissements, venus de l\u2019ext\u00e9rieur, sont indispensables, le besoin d\u2019une normalit\u00e9 banale est \u00e9vident, quoi qu\u2019encore en attente. Tous les \u00e9tudiants et les \u00e9tudiantes marocains, travailleurs et brillants, ne demandent qu\u2019\u00e0 r\u00e9ussir leur vie dans un ordre qui appelle \u00e0 leur responsabilit\u00e9 plus qu\u2019\u00e0 leur ing\u00e9niosit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Responsabilit\u00e9 sociale&nbsp;: les prestations publiques faites par le Roi, si \u00e9mouvantes et teint\u00e9es de la pratique, vivante et fraternelle, d\u2019une foi musulmane, devraient susciter un \u00e9lan volontaire chez ceux qui l\u2019ont entendu. C\u2019est ainsi qu\u2019une collectivit\u00e9 s\u2019assure stabilit\u00e9 et profondeur. Le Maroc n\u2019est pas un cr\u00e9puscule, mais un c\u0153ur qui bat avec all\u00e9gresse, un corps social qui escompte se rev\u00eatir de toutes ses responsabilit\u00e9s, joyeusement assum\u00e9es. Alors la tradition deviendra vertu et le progr\u00e8s un \u00e9lan conscient vers l\u2019\u00e9dification d\u2019une maison dont la construction n\u2019est pas laiss\u00e9e au hasard.<\/p>\n\n\n\n<p>**************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00e9ditations sur la Russie.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 20 novembre 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 608<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est pas s\u00fbr que les m\u00e9ditations pr\u00e9sentes sur la Russie, au c\u0153ur de sa guerre tch\u00e9tch\u00e8ne, soient plus avis\u00e9es que furent celles sur la p\u00e9rennit\u00e9 de l\u2019Empire sovi\u00e9tique, avant la chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989. A posteriori, un historien am\u00e9ricain d\u00e9clare aujourd\u2019hui que le naufrage de cet Empire \u00e9tait enti\u00e8rement pr\u00e9visible d\u00e8s les r\u00e9voltes ouvri\u00e8res de 1953 (Berlin-Est), puis en Hongrie et en Pologne, en 1956, jusqu\u2019au \u00a0\u00bb&nbsp;printemps&nbsp;\u00a0\u00bb de Prague, en 1968. Il aurait d\u00fb en pr\u00e9venir nombre de chefs d\u2019Etat et de leurs conseillers&nbsp;: l\u2019Empire des Soviets n\u2019avait pas pris racine en Europe centrale. Faut-il l\u2019\u00e9couter plus attentivement sur l\u2019\u00e9ternelle Russie, emp\u00eatr\u00e9e maintenant dans la d\u00e9mocratie qu\u2019elle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9&nbsp;? Les Etats-Unis, qui se sont r\u00e9serv\u00e9 l\u2019exclusivit\u00e9 du dialogue avec elle, lui donneraient le plus mauvais exemple&nbsp;: d\u00e9sinvolture pour leurs engagements atomiques, ignorance du public et du personnel politique pour les affaires mondiales, isolationnisme montant, recherche d\u2019ennemis comme jamais depuis 1930. Probl\u00e8mes de l\u2019Am\u00e9rique d\u2019abord, mais qui deviennent tout autant ceux de la Russie. L\u2019Union europ\u00e9enne ferait bien de s\u2019ins\u00e9rer dans un dialogue aussi infirme, au lieu de laisser Washington n\u2019en faire qu\u2019\u00e0 sa t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Boris Eltsine a annonc\u00e9 sa pr\u00e9sence le 17 novembre, au sommet de l\u2019OSCE \u00e0 Istanbul, avant les \u00e9lections l\u00e9gislatives du 19 d\u00e9cembre. L\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle est en juin 2000&nbsp;: mais il n\u2019est d\u00e9j\u00e0 plus rien. Les candidats \u00e0 sa succession sont en place et tous r\u00e9p\u00e8tent qu\u2019une guerre, perdurant dans le Caucase, r\u00e9pond \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat national des Etats-Unis. Ceux-ci, transform\u00e9s en hyper \u2013 puissance, n\u2019auraient-ils pas l\u2019app\u00e9tit plus gros que le ventre, du Caucase \u00e0 l\u2019Asie centrale&nbsp;? Yevgeni Primakov, ancien ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res et ancien Premier ministre, candidat plausible \u00e0 la Pr\u00e9sidence, songe davantage \u00e0 une diplomatie active pour l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du territoire russe qu\u2019\u00e0 l\u2019insertion de son pays dans la gymnastique internationale, toute nouvelle pour lui, de la d\u00e9fense des droits de l\u2019homme. L\u2019ordre des priorit\u00e9s ne fait aucun doute.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Paris \u00a0\u00bb&nbsp;joue avec le terrorisme&nbsp;\u00a0\u00bb (tch\u00e9tch\u00e8ne). Moscou n\u2019en a pas la moindre intention, les Russes non plus. Alors notre cher Perp\u00e9tuel H\u00e9l\u00e8ne Carr\u00e8re d\u2019Encausse est fond\u00e9e \u00e0 rappeler que la Russie, chass\u00e9e du monde bi-polaire par le partenaire am\u00e9ricain qui lui a ferm\u00e9 les portes d\u2019une OTAN, avanc\u00e9e jusqu\u2019au bord des limites russes les plus strictes, a d\u00e9j\u00e0 pay\u00e9 cher la libert\u00e9 des peuples, hier sous tutelle. Mais ce prix n\u2019est-il pas \u00a0\u00bb&nbsp;celui de la renaissance d\u2019une Russie modernis\u00e9e&nbsp;?&nbsp;\u00ab\u00a0. Modernis\u00e9e par un respect plus \u00e9vident du droit des peuples, dont elle pourrait devenir l\u2019un des champions, dans un monde si \u00e9videmment d\u00e9sempar\u00e9&nbsp;? Ou, surtout et plus prosa\u00efquement, par le respect des droits de sa population pi\u00e9tin\u00e9s si all\u00e8grement par la d\u00e9sorganisation de l\u2019Etat lui-m\u00eame&nbsp;? En 1999, la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats d\u2019Etat est devenue la jauge impitoyable pour la qualit\u00e9 des hommes publics.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en d\u00e9cembre 1991 que Boris Eltsine, \u00e9lu pr\u00e9sident, met fin \u00e0 l\u2019URSS, renonce aux vastes zones de l\u2019influence sovi\u00e9tique et se replie sur le seul pr\u00e9-carr\u00e9 russe, y compris les deux pays slaves, la Bi\u00e9lorussie et l\u2019Ukraine. Mais le sacrifice, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, n\u2019aura pas \u00e9t\u00e9 assez grand pour que, neuf ann\u00e9es apr\u00e8s, l\u2019\u00e9conomie, rest\u00e9e \u00e0 la d\u00e9rive, ait produit un ciment assez solide pour autoriser d\u2019autres paris, et d\u2019abord celui de la pr\u00e9sence internationale. Demeure le temps, qui peut esp\u00e9rer le b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 dans les consciences slaves, d\u00e9votes de l\u2019unit\u00e9. Sortir de l\u2019histoire proc\u00e8de d\u2019une lente et invisible d\u00e9gringolade. Revenir \u00e0 l\u2019histoire n\u2019a que faire de l\u2019\u00e9tendue du temps&nbsp;: quand le courant passe, les t\u00e9n\u00e8bres se dissipent instantan\u00e9ment. M\u00eame jusqu\u2019\u00e0 la Tch\u00e9tch\u00e9nie, 20.000 km2, 900.000 habitants.<\/p>\n\n\n\n<p>**********************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 9 novembre.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 13 novembre 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 607<\/p>\n\n\n\n<p>Le 9 novembre impose sa pr\u00e9sence et les souvenirs. De l\u2019une aux autres, de l\u2019actualit\u00e9 \u00e0 l\u2019histoire, cette journ\u00e9e \u00e9tage \u00e0 profusion ses fragilit\u00e9s et ses le\u00e7ons. Jugez-en.<\/p>\n\n\n\n<p>Choisissons d\u2019abord le XXI\u00b0 congr\u00e8s de l\u2019Internationale socialiste, tenu \u00e0 Paris. Quel beau forum&nbsp;! Onze Premiers ministres, 170 d\u00e9l\u00e9gations ont d\u00e9battu de la vari\u00e9t\u00e9 du socialisme qu\u2019il convenait de promouvoir, \u00e0 l\u2019heure de la mondialisation. Comment l\u2019adapter \u00e0 son si\u00e8cle, en d\u00e9pit des th\u00e9oriciens et des sentimentaux, qui souvent se confondent. Socialistes, sociaux-d\u00e9mocrates, travaillistes ont senti la n\u00e9cessit\u00e9, avec l\u2019afflux des formations venant des anciennes d\u00e9mocraties populaires, dans ce rendez-vous r\u00e9p\u00e9t\u00e9 tous les quatre ans, de ne pas manquer la cible, en d\u00e9terminant la meilleure fa\u00e7on de la viser, l\u00e0 o\u00f9 elle est install\u00e9e. La \u00a0\u00bb&nbsp;D\u00e9claration de Paris&nbsp;\u00a0\u00bb qui fut adopt\u00e9e s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e un mod\u00e8le de conciliation, de mod\u00e9ration. Les pr\u00eacheurs de dogmes se sont faits plus silencieux, d\u00e8s lors que le march\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire le capitalisme, \u00e9tait admis comme la r\u00e9alit\u00e9 dominante. \u00a0\u00bb&nbsp;Le socialisme n\u2019est plus un syst\u00e8me doctrinal&nbsp;\u00a0\u00bb a conc\u00e9d\u00e9 M. Jospin, r\u00e9solu cependant \u00e0 \u00a0\u00bb&nbsp;penser le capitalisme pour le contester, le ma\u00eetriser et le r\u00e9former&nbsp;\u00ab\u00a0. Il y aurait plusieurs fa\u00e7ons de se tenir entre le lib\u00e9ralisme et le socialisme. Telle est l\u2019\u00e9vidence constat\u00e9e \u00e0 Paris, hors de tout d\u00e9bat de th\u00e9orie. M. Blair a not\u00e9&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;La social-d\u00e9mocratie moderne consiste \u00e0 g\u00e9rer le changement (indubitable), \u00e0 en devenir les champions dans un sens qui surmonte l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et lib\u00e8re les hommes&nbsp;\u00ab\u00a0. La social-d\u00e9mocratie ne se livre pas pieds et poings li\u00e9s \u00e0 la mondialisation, \u00e0 la globalisation, \u00e0 la \u00a0\u00bb&nbsp;main invisible du march\u00e9&nbsp;\u00ab\u00a0. Elle veut sauver, de la pr\u00e9d\u00e9termination \u00e9conomique triomphante, ce qui peut rester \u00e0 l\u2019initiative politique, si celle-ci a encore quelque r\u00e9alit\u00e9. D\u2019ailleurs \u00e0 Florence, le 21 novembre, en petit comit\u00e9, MM. D\u2019Alema, Schro\u00ebder, Jospin, Blair et Clinton vont affiner la part du r\u00eave, \u00e0 peine esquiss\u00e9e. Le visage de cette histoire est loin d\u2019\u00eatre dessin\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>9 novembre&nbsp;: mais dix ans auparavant en 1989, le mur de Berlin tombait. Alors on a mod\u00e9r\u00e9ment comm\u00e9mor\u00e9 l\u2019\u00e9v\u00e9nement, autour de rares t\u00e9moins vieillis. L\u2019Allemagne est r\u00e9unifi\u00e9e. Elle fait semblant d\u2019en \u00e9prouver encore des difficult\u00e9s, traversant quelques troubles ontologiques, \u00e0 d\u00e9couvrir son \u00eatre en tant que tel. N\u2019en croyez rien. La r\u00e9unification aura \u00e9t\u00e9 une surprise pour beaucoup . D\u00e8s l\u2019\u00e9t\u00e9 1972, aux Jeux olympiques de Munich, qui furent endeuill\u00e9s d\u2019un tragique attentat, j\u2019ai vu la foule des Allemands de l\u2019Ouest et du Sud clamer sa joie des victoires accumul\u00e9es par les fr\u00e8res et champions de l\u2019Est, tous dop\u00e9s, comme on n\u2019en a plus dout\u00e9. Les c\u0153urs vibraient \u00e0 l\u2019unisson. Quel avertissement&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Un an plus tard, j\u2019\u00e9tais ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res depuis quatre mois. A Helsinki en 1973, s\u2019\u00e9tait ouverte la conf\u00e9rence sur la s\u00e9curit\u00e9 et la coop\u00e9ration europ\u00e9enne. Les officiels allemands de l\u2019Est et de l\u2019Ouest s\u2019\u00e9treignirent longuement. Je fis un discours, qui suscita quelques \u00e9chos, sur les fausses s\u00e9curit\u00e9s, sur l\u2019ordre \u00e9tabli attentatoire \u00e0 la libert\u00e9 de peuples occup\u00e9s. D\u00e9j\u00e0 la domination sovi\u00e9tique me paraissait atteinte et les lib\u00e9rations possibles. Mais en souscrivant aux proc\u00e9dures de l\u2019OSCE (Organisation de la s\u00e9curit\u00e9 et de la coop\u00e9ration en Europe), les Occidentaux devaient retarder, jusqu\u2019en 1989, la lib\u00e9ration des peuples captifs, que ceux-ci ne durent qu\u2019\u00e0 leur seule d\u00e9termination et \u00e0 mains nues. Alors 9 novembre 89, r\u00e9unification allemande et d\u00e9livrance des peuples de l\u2019Est, je n\u2019\u00e9carquille pas mes yeux d\u00e9j\u00e0 bien ouverts, car le destin \u00e9tait plus pr\u00e9cocement fix\u00e9 que ne le laissent croire aujourd\u2019hui des c\u00e9r\u00e9monies officielles.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>9 novembre 1970&nbsp;: Le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle rejoignait l\u2019 Histoire qu\u2019il n\u2019avait cess\u00e9 d\u2019animer. Il est devenu le souverain d\u2019un temps qui lui fut parcimonieusement compt\u00e9. L\u2019\u00e9ternit\u00e9 ne lui t\u00e9moignera pas d\u2019ingratitude. La France non plus, semble-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>9 novembre 1944&nbsp;: J\u2019avais 23 ans. Je venais d\u2019Italie o\u00f9 j\u2019avais fait campagne dans la 2\u00b0 division d\u2019infanterie marocaine, celle de Mekn\u00e8s. Avec beaucoup d\u2019autres, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 canard\u00e9 avant Belfort. Eclop\u00e9 d\u00e9sormais, je n\u2019ai cess\u00e9 de croire en l\u2019esp\u00e9rance, celle qui prend toujours et rend parfois.<\/p>\n\n\n\n<p>************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>La peau de l\u2019Alliance atlantique.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 6 novembre 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 606<\/p>\n\n\n\n<p>Les exag\u00e9rations de notre temps finiront par avoir la peau de l\u2019Alliance atlantique. Aucune d\u00e9lectation dissimul\u00e9e ne m\u2019incite \u00e0 cette pr\u00e9vision, qui est aussi une mise en garde. La politique mondiale des plus Grands devient \u00e0 la fois sommaire et exempte de la moindre subtilit\u00e9, de la moindre coh\u00e9rence. La docilit\u00e9 m\u00eame est intol\u00e9rable \u00e0 ceux qui ont suivi ou suivent, de leur place modeste, les jeux d\u00e9brid\u00e9s de la puissance. Avec le temps, on aura la r\u00e9v\u00e9lation des avertissements pr\u00e9cautionneux que les partenaires de l\u2019Alliance atlantique auront tent\u00e9 de glisser jusqu\u2019\u00e0 ses sommets. Depuis plusieurs ann\u00e9es, la R\u00e9publique fran\u00e7aise s\u2019y sera essay\u00e9e, tel Chirac avec son ami Clinton, avant que celui-ci ne quitte la rampe de l\u2019actualit\u00e9. En vain. Les historiens d\u00e9couvriront des documents pr\u00e9monitoires et path\u00e9tiques, parce qu\u2019inop\u00e9rants.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour l\u2019heure, les Europ\u00e9ens paraissent, comme \u00e0 l\u2019accoutum\u00e9e, dociles au chantage. Du moins font-ils semblant. Apr\u00e8s plus d\u2019un demi-si\u00e8cle d\u2019alignement sur Washington, les intentions qui en \u00e9manent n\u2019ont pas chang\u00e9. L\u2019Am\u00e9rique r\u00e9v\u00e8re l\u2019id\u00e9e d\u2019une d\u00e9fense europ\u00e9enne, \u00e0 condition qu\u2019elle soit la sienne, que cette d\u00e9fense n\u2019ait pas d\u2019identit\u00e9, de r\u00e9alit\u00e9. Oh&nbsp;! les encouragements ironiques prodigu\u00e9s \u00e0 l\u2019 Europe, si elle veut se pousser du col, ne manquent pas&nbsp;: le d\u00e9s\u00e9quilibre entre les forces europ\u00e9ennes et les forces am\u00e9ricaines, au sein de l\u2019OTAN, ne cesse de se creuser. Les d\u00e9penses militaires des Quinze ont d\u00e9clin\u00e9 depuis 1992 (de 7% en 1999). Dans la recherche et le d\u00e9veloppement ,l\u2019effort europ\u00e9en repr\u00e9sente le quart de celui des Am\u00e9ricains (9 milliards de dollars contre 38 milliards). La pr\u00e9pond\u00e9rance technologique (pour le meilleur et le pire, comme on l\u2019a vu au Kosovo) est \u00e9poustouflante et, bons princes, ils sont pr\u00eats \u00e0 laisser \u00e0 l\u2019Europe sa place dans la d\u00e9fense collective, \u00e0 condition qu\u2019elle ait la capacit\u00e9 de l\u2019occuper. S\u2019y efforcerait-elle, en regroupant ses industries d\u2019armement comme pr\u00e9sentement, que les Am\u00e9ricains , bas le masque, se lanceraient \u00e0 l\u2019assaut d\u2019un p\u00f4le industriel, devenant leur concurrent et attaquant leurs monopoles. Tout cela est aussi cousu de fil blanc que l\u2019a \u00e9t\u00e9, pendant 30 ans, leur menace de se retirer militairement de l\u2019Europe, intention qu\u2019ils n\u2019ont jamais eue. Pour les Europ\u00e9ens, assurer leur propre d\u00e9fense n\u2019est pas rechercher une impossible parit\u00e9 avec les Am\u00e9ricains, mais \u00eatre capables de faire front \u00e0 tous autres, \u00e0 l\u2019exclusion bien entendu, du partenaire atlantique. Est-ce si difficile \u00e0 comprendre et \u00e0 r\u00e9aliser&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autant que les Etats-Unis viennent de prendre deux initiatives de taille. La premi\u00e8re est le refus du S\u00e9nat de ratifier le trait\u00e9, dit CTBT, interdisant les essais nucl\u00e9aires, en d\u00e9pit des objurgations de Clinton et des d\u00e9marches de Blair, Schro\u00ebder et Chirac, destin\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9pauler. Que le refus s\u00e9natorial, rappelant le rejet du trait\u00e9 de Versailles, en 1920, mette en cause l\u2019unit\u00e9 de l\u2019OTAN, n\u2019est pas le moindre inconv\u00e9nient. Il fait surtout fi de l\u2019\u00e9quilibre des relations internationales pour en revenir \u00e0 la brutalit\u00e9 et \u00e0 la d\u00e9stabilisation qui sont dans la tradition des interventions am\u00e9ricaines. Javier Solana, devenu le Monsieur Pesc des Europ\u00e9ens, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 l\u2019homme lige de l\u2019OTAN, n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 dire&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;Si les Etats-Unis veulent se d\u00e9gager de leurs responsabilit\u00e9s militaires en Europe, ils n\u2019ont qu\u2019\u00e0 le faire mais sans prendre l\u2019initiative europ\u00e9enne comme excuse&nbsp;\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, leur seconde d\u00e9termination visant \u00e0 l\u2019installation d\u2019un r\u00e9seau de missiles antimissiles, rendant imp\u00e9n\u00e9trable leur propre territoire, syst\u00e8me auquel ils vont essayer de convaincre les Russes et les Chinois, livrerait tous les autres dans le monde aux secousses les plus d\u00e9sordonn\u00e9es. Ces deux manifestations r\u00e9centes sont peut-\u00eatre r\u00e9v\u00e9latrices d\u2019un d\u00e9bat int\u00e9rieur que l\u2019Am\u00e9rique a ouvert sur ses int\u00e9r\u00eats fondamentaux et son r\u00f4le universel, par rapport \u00e0 ceux-ci. Mais le reste du monde et l\u2019Europe en t\u00eate sont bien oblig\u00e9s de se soucier de ces gestes qui prennent forc\u00e9ment valeur historique, relevant d\u2019un isolationnisme unilat\u00e9ral. Affirmer en quelque sorte, comme vient de le dire, \u00e0 Londres, Strobe Talbott, le n\u00b02 du d\u00e9partement d\u2019Etat, que rien ne doit \u00eatre chang\u00e9 au sein de l\u2019OTAN et surtout pas la domination absolue qu\u2019y exercent les Am\u00e9ricains, vouloir imposer une coop\u00e9ration transatlantique des industries d\u2019armement aux seules conditions des Etats-Unis, cela semble relever d\u2019attitudes d\u00e9sormais peu r\u00e9alistes et menant \u00e0 des ruptures qui menaceraient l\u2019ordre transatlantique lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019immobilit\u00e9 provoque, \u00e0 la fin des fins, le changement, dans la confiance ou la m\u00e9fiance. Nous en sommes l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>***********************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019horreur politique.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 30 octobre 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 605<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019horreur politique&nbsp;: je cite. \u00a0\u00bb&nbsp;Le corollaire de l\u2019horreur \u00e9conomique&nbsp;: l\u2019horreur politique. Un monde nouveau appara\u00eet et le parti de la r\u00e9forme se trouve bien d\u00e9muni. Triste fin de si\u00e8cle pour la gauche&nbsp;: ce n\u2019est d\u00e9j\u00e0 plus gu\u00e8re qu\u2019une gauche imaginaire. Elle a cent ans. Et on ne la croise plus que dans les r\u00eaves&nbsp;\u00ab\u00a0. Dans leur ouvrage, paru l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier, G\u00e9rard Desportes et Laurent Mauduit, sous le titre&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;La gauche imaginaire et le nouveau capitalisme&nbsp;\u00a0\u00bb (1) r\u00e8glent un compte impitoyable avec celle-ci, o\u00f9 ils s\u2019inscrivent et dont ils d\u00e9montrent qu\u2019elle a trahi, \u00e9tant au pouvoir, les n\u00e9cessit\u00e9s autant que l\u2019id\u00e9al. Journalistes, l\u2019un \u00e0 \u00a0\u00bb&nbsp;Lib\u00e9ration&nbsp;\u00a0\u00bb et l\u2019autre au \u00a0\u00bb&nbsp;Monde&nbsp;\u00ab\u00a0, leur charge, bien document\u00e9e et cruelle, d\u00e9crit une marche in\u00e9luctable, de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de march\u00e9, ce qu\u2019un socialiste ou un social-d\u00e9mocrate ne saurait admettre. Le capitalisme gouverne la France avec l\u2019acquiescement et le concours des meilleurs des camarades. La gauche plurielle, group\u00e9e autour de Lionel Jospin, se complait ou se r\u00e9signe aux illusions, aux truquages dialectiques. Elle a abdiqu\u00e9 sa mission et ses responsabilit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelle philippique&nbsp;! On peut s\u2019en r\u00e9jouir ou s\u2019en irriter. Ou r\u00e9pondre, comme l\u2019a fait le Premier ministre&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;Ils sont dans l\u2019imaginaire. Moi, je suis dans la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;\u00ab\u00a0. Mais, au bout du compte, \u00e0 quoi d\u00e9voue-t-on son existence&nbsp;? A l\u2019habilet\u00e9 pour durer&nbsp;? Ou \u00e0 la volont\u00e9 d\u2019un t\u00e9moignage&nbsp;? Les deux auteurs ne doutent pas du choix. Ici, l\u2019habilet\u00e9 tourne \u00e0 une \u00a0\u00bb&nbsp;invraisemblable com\u00e9die&nbsp;\u00ab\u00a0, autour d\u2019une r\u00e9forme pitoyable que le flot lib\u00e9ral submerge et ridiculise. Mais l\u2019art du politique n\u2019est-il pas de faire, de n\u00e9cessit\u00e9, vertu et de se transformer au point de se justifier dans son intime conviction&nbsp;? Lionel Jospin, dans des temps d\u00e9j\u00e0 anciens, avait la r\u00e9putation, au parti socialiste, d\u2019\u00eatre capable de plaider les dossiers les plus ingrats et de disposer d\u2019une dialectique, imperturbable face aux obstacles. Premier ministre, il d\u00e9montre qu\u2019il n\u2019a pas perdu la main&nbsp;; il l\u2019a m\u00eame appesantie. Nul ne songe, encore aujourd\u2019hui, \u00e0 reprocher \u00e0 Edgar Faure, prince de \u00a0\u00bb&nbsp;l\u2019ind\u00e9pendance dans l\u2019interd\u00e9pendance&nbsp;\u00ab\u00a0, de multiples fac\u00e9ties de vocabulaire. Il s\u2019en vantait m\u00eame. M. Jospin a, lui, construit son image publique sur une aust\u00e9rit\u00e9 propice \u00e0 susciter le s\u00e9rieux. Qu\u2019importe, en quelque sorte, que certains des siens lui renvoient le portrait d\u2019un opportuniste habile et inconstant, par cons\u00e9quent&nbsp;; qu\u2019ils glosent sur \u00a0\u00bb&nbsp;ses valses &#8211; h\u00e9sitations&nbsp;\u00a0\u00bb et ses \u00a0\u00bb&nbsp;engagements non tenus&nbsp;\u00a0\u00bb pour se r\u00e9signer \u2013 ou avoir choisi \u00a0\u00bb&nbsp;un cheminement fondamental vers un syst\u00e8me qui se rapproche des standards am\u00e9ricains&nbsp;\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aurai, moi, appr\u00e9ci\u00e9 le chapitre intitul\u00e9 \u00a0\u00bb&nbsp;le miroir de la mis\u00e8re&nbsp;\u00a0\u00bb parce qu\u2019il souligne que, de Mitterrand \u00e0 Balladur, de Jupp\u00e9 \u00e0 Jospin, les r\u00e9actions de notre soci\u00e9t\u00e9, traduites ou interpr\u00e9t\u00e9es par nos t\u00e9nors de la politique, sont ridiculement r\u00e9tr\u00e9cies et d\u00e9sinvoltes. Non que l\u2019\u00e9lan charitable et le d\u00e9vouement aient diminu\u00e9. Ce serait plut\u00f4t le contraire. Mais nul ne s\u2019est avis\u00e9 jusqu\u2019ici que les palliatifs dress\u00e9s \u00e0 la h\u00e2te, \u00e0 l\u2019or\u00e9e de l\u2019hiver, accompagn\u00e9s de d\u00e9clarations ronflantes sur la solidarit\u00e9, sont le moins du monde capables de faire prendre conscience, \u00e0 la totalit\u00e9 de la R\u00e9publique, qu\u2019elle se d\u00e9lite dans l\u2019\u00e9parpillement de ses d\u00e9tresses et la multiplication de ses caut\u00e8res, sur les jambes de bois de la mis\u00e8re. Le mod\u00e8le de notre f\u00e2cheuse \u00e9volution est bien connu, affirment les auteurs, \u00a0\u00bb&nbsp;c\u2019est le ghetto \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine, la s\u00e9gr\u00e9gation comme dans les pays \u00e9mergents&nbsp;\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9flexion -\u00e0 la mode, h\u00e9las- en cet automne est qu\u2019un nouveau monde s\u2019est install\u00e9 sans bruit, dont les effets progressent dans l\u2019ombre et dont les animateurs sont soigneusement lointains de nos habitudes et de nos orni\u00e8res. La presse am\u00e9ricaine, qui, elle, sait \u00e0 quoi s\u2019en tenir sur la gestion des entreprises, dans la plus grande initiative, s\u2019est bien amus\u00e9e des Fran\u00e7ais. Indign\u00e9s des licenciements annonc\u00e9s par Michelin, ils n\u2019ont eu aucune h\u00e9sitation, d\u00e9tenant 37% des automobiles Nissan, \u00e0 appliquer aux travailleurs japonais un plan rigoureux de licenciements, digne de la plus superbe am\u00e9ricanisation, r\u00e9cus\u00e9e par M. Jospin pour Clermont-Ferrand.<\/p>\n\n\n\n<p>A Seattle, du 30 octobre au 3 d\u00e9cembre, la bataille fera d\u2019ailleurs rage, dit-on, entre les partisans de la globalisation, de la mondialisation, se battant \u00e0 visage d\u00e9couvert pour le succ\u00e8s d\u2019un capitalisme int\u00e9gral, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019exc\u00e8s et les forces obscures rassembl\u00e9es autour de la nation, de la religion et de l\u2019ethnie. On le raconte du moins. Le livre dont j\u2019ai parl\u00e9 est inqui\u00e9tant, \u00e0 bien des \u00e9gards. Surtout parce qu\u2019il traduit la r\u00e9signation de nos dirigeants \u00e0 une \u00e9volution d\u00e9crite comme in\u00e9luctable. Allez comprendre pourquoi elle le serait. Evidemment, elle ne l\u2019est pas, pour tous ceux qui vivent ou esp\u00e8rent vivre debout.<\/p>\n\n\n\n<p>(1) Editions Grasset.<\/p>\n\n\n\n<p>***********************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>MSF et Nobel.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 23 octobre 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 604<\/p>\n\n\n\n<p>M.S.F. et Nobel&nbsp;: vendredi 15 octobre, la machinerie su\u00e9doise install\u00e9e en 1900 pour r\u00e9compenser, chaque ann\u00e9e, les personnes ayant rendu \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 les plus grands services, conform\u00e9ment au testament d\u2019Alfred Nobel sign\u00e9 \u00e0 Paris en 1895, a distingu\u00e9 pour 1999 MSF, l\u2019association \u00a0\u00bb&nbsp;M\u00e9decins sans fronti\u00e8res&nbsp;\u00ab\u00a0. La fortune faite sur les explosifs a \u00e9t\u00e9 mise au service des hautes vertus humaines. Pour la paix, 5\u00b0 rubrique des prix Nobel, le choix est fait par le comit\u00e9 Nobel norv\u00e9gien, nomm\u00e9 par le Storting (le Parlement) de ce pays scandinave. De Henri Dunant (1901) aux deux Irlandais Hume et Trimble (en 1998), la liste est prestigieuse des organisations et des individus qui ont \u00e9t\u00e9 distingu\u00e9s. Notamment la Croix- Rouge internationale d\u00e8s 1917, l\u2019Office Nansen pour les r\u00e9fugi\u00e9s en 1938, encore la Croix-Rouge, en 1945, le Haut Commissariat de l\u2019ONU pour les r\u00e9fugi\u00e9s en 1954 et en 1981, l\u2019Unicef en 1965, l\u2019OIT en 1969, Amnesty international en 1977, l\u2019Internationale des m\u00e9decins contre la guerre nucl\u00e9aire en 1985. Je ne peux les citer tous et toutes. Cependant, en \u00e9gard pour la tragique actualit\u00e9, en 1996, l\u2019\u00e9v\u00eaque de Dili et le chef des r\u00e9sistants du Timor oriental furent judicieusement honor\u00e9s&nbsp;; en 1997, la Campagne internationale pour le bannissement des mines antipersonnel.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Mais jamais jusqu\u2019ici ne s\u2019\u00e9tait exprim\u00e9e, si elle avait exist\u00e9, l\u2019intention de modifier l\u2019ordre international, ses principes et ses pratiques. Avec le cru 1999, avec MSF, est soulign\u00e9e une contestation active de cet ordre-l\u00e0, qui a perdur\u00e9 pendant tout le si\u00e8cle et dont il appara\u00eet qu\u2019il n\u2019est plus supportable. On esp\u00e8re qu\u2019il sera condamn\u00e9. D\u00e9j\u00e0, \u00e0 consid\u00e9rer les drames humains de la Chine \u00e0 l\u2019Am\u00e9rique, la n\u00e9cessit\u00e9 est \u00e9vidente que la souverainet\u00e9 des Etats, notion fondamentale, doit \u00eatre s\u00e9rieusement encadr\u00e9e par des assouplissements, accept\u00e9s contractuellement ou proclam\u00e9s par la communaut\u00e9 des nations. Les corollaires de cette r\u00e8gle universelle -l\u2019 immunit\u00e9 offerte aux chefs d\u2019Etats et la territorialit\u00e9 du droit dont ils s\u2019abritent- sont d\u00e9j\u00e0 mis en question&nbsp;: trait\u00e9 instituant une Cour p\u00e9nale internationale et tribunaux internationaux pour la Yougoslavie et le Rouanda. Les crimes de g\u00e9nocide, les crimes contre l\u2019humanit\u00e9, les agressions et les crimes de guerre, l\u2019usage des mines antipersonnel sont d\u00e9sormais inventori\u00e9s et r\u00e9v\u00e9l\u00e9s au grand jour. Le trouble a saisi le Landernau juridique mondial. Les attitudes diplomatiques, les initiatives, en faveur de trait\u00e9s pour des \u00e9volutions juridictionnelles, ne vont gu\u00e8re cesser, \u00e0 la mesure d\u2019ailleurs de la formation d\u2019une Europe d\u00e9mocratique et de son poids croissant.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Le discours du Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral des Nations Unies, Kofi Annan, \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, fin septembre, peut para\u00eetre d\u2019une incroyable et irr\u00e9aliste audace, venant de celui qui, mieux que personne, sait les pesanteurs et les lois de l\u2019\u00e9quilibre au Conseil de S\u00e9curit\u00e9. Qui sait aussi avec quelle virulence des pays en d\u00e9veloppement d\u00e9fendent bec et ongles le principe de la souverainet\u00e9 nationale, dissimulant, de fait, le meilleur et le pire. Pourtant, il juge essentiel que \u00a0\u00bb&nbsp;l\u2019ensemble des nations arrive \u00e0 un consensus, non seulement sur le principe qu\u2019il faut r\u00e9primer les violations massives et syst\u00e9matiques des droits de l\u2019homme o\u00f9 qu\u2019elles aient lieu, mais aussi sur la mani\u00e8re de d\u00e9cider de l\u2019initiative n\u00e9cessaire, de son moment et de ses acteurs.&nbsp;\u00a0\u00bb Plus de cent Etats ont d\u00e9j\u00e0 approuv\u00e9&nbsp;la cr\u00e9ation d\u2019une Cour p\u00e9nale internationale. Parmi les tensions qui naissent et se prolongent en tous points du monde, ce discours est nouveau. Il est loin d\u2019\u00eatre ridicule.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jury du Nobel de la paix en honorant \u00a0\u00bb&nbsp;M\u00e9decins sans fronti\u00e8res&nbsp;\u00ab\u00a0, pour 1999, s\u2019est prononc\u00e9 pour ceux qui ont \u00e9t\u00e9 les pr\u00e9curseurs, les activistes du devoir, voire du droit d\u2019ing\u00e9rence&nbsp;: 28 ann\u00e9es d\u2019efforts, \u00e0 la marge, en marge. MSF n\u2019a pas de fronti\u00e8res car elle veut les ignorer, en d\u00e9pit des risques et des r\u00e9sistances. C\u2019est sa fa\u00e7on de les contester, pour mieux affirmer la l\u00e9gitimit\u00e9 de la main tendue, du secours protecteur. Pour intervenir vite et partout. Ceci fut fait par une poign\u00e9e, devenue une brass\u00e9e d\u2019id\u00e9ologues refusant de l\u2019\u00eatre en chambre, de volontaires du d\u00e9vouement et de l\u2019aventure, de techniciens transcendant les vertus de leur m\u00e9tier, de caract\u00e8res non conventionnels dans un ordre \u00e9tabli sur les mis\u00e8res des plus vuln\u00e9rables. Comme l\u2019a dit Rony Brauman qui fut pr\u00e9sident de ces valeureux commandos, de 1982 \u00e0 1994, \u00a0\u00bb&nbsp;quand nous avons vu des gens mourir de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 des fronti\u00e8res, nous nous sommes interrog\u00e9s&nbsp;: quelle est cette fronti\u00e8re&nbsp;? Elle n\u2019a aucun sens pour nous&nbsp;\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp; Les fronti\u00e8res des Etats se d\u00e9fendent vraiment par le respect exigeant que ceux-ci portent \u00e0 leurs peuples.<\/p>\n\n\n\n<p>************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Les chefs virtuels.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 16 octobre 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 603<\/p>\n\n\n\n<p>Les chefs virtuels&nbsp;: je veux \u00e9voquer, un instant, combien notre \u00e9poque, prise dans les tourbillons de ses innovations et de ses conqu\u00eates douteuses, aura, en quelques ann\u00e9es, transform\u00e9 l\u2019exercice du pouvoir des hommes politiques, lorsqu\u2019ils le d\u00e9tiennent. Nagu\u00e8re, on pouvait leur pr\u00eater des vues lointaines, une strat\u00e9gie, une \u00e9thique m\u00eame. D\u00e9sormais, ma\u00eetres en relations publiques, en communication, leur inconsistance, hors de la virtualit\u00e9 m\u00e9diatique, est totale. L\u2019instant du para\u00eetre est leur imp\u00e9rieuse ambition. Am\u00e9ricains, Europ\u00e9ens, Russes et Orientaux, ils se r\u00e9v\u00e8lent tous comme ayant accept\u00e9 d\u2019\u00eatre dessaisis de la puissance et de la capacit\u00e9 de transformer les \u00e9v\u00e8nements. Les Chinois ne vont pas tarder \u00e0 se plier \u00e0 la d\u00e9possession g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019homme public dont l\u2019horizon n\u2019est plus qu\u2019une lucarne soi-disant inspir\u00e9e. Blair, Clinton, Shro\u00ebder et quelques autres s\u2019agitent sous nos yeux d\u00e9pouill\u00e9s du pouvoir, mais ravis de leur pr\u00e9sence.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis cinquante ans, le sous-continent indien est, pour les Etats-Unis, un sujet majeur d\u2019inqui\u00e9tude. D\u00e9j\u00e0 en 1971, quand Nixon et Pompidou se rencontraient aux A\u00e7ores, sur les questions mon\u00e9taires internationales, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019indiscipline du dollar. Le Pr\u00e9sident am\u00e9ricain et son conseiller Kissinger n\u2019avaient alors d\u2019autre pens\u00e9e que de ne pas l\u00e2cher la main, dans une nouvelle dispute indo-pakistanaise sur le Bangladesh. Cet \u00e9t\u00e9, les deux Etats sont devenus, au grand jour, puissances atomiques, soucieuses de se menacer encore plus fort ou d\u2019en d\u00e9coudre. Cette semaine, les \u00e9lections en Inde, et le coup militaire au Pakistan ne sont pas des gages d\u2019apaisement. Mais pour \u00e9tendre la confusion, le comportement de Clinton et de son S\u00e9nat sur les trait\u00e9s de limitation et de contr\u00f4le atomiques est stup\u00e9fiant. Le Pr\u00e9sident a sign\u00e9, en 1996, un trait\u00e9 d\u2019interdiction des essais nucl\u00e9aires (CTBT). Cent cinquante trois pays ont fait de m\u00eame. Vingt-six pays l\u2019ont ratifi\u00e9 (il en faudrait quarante-quatre). Or le S\u00e9nat am\u00e9ricain refuse de le faire, \u00e0 la grande joie de la Chine et de la Russie. Il attendra l\u2019\u00e9lection du successeur de Clinton (peut-\u00eatre), ayant fait mordre la poussi\u00e8re \u00e0 celui-ci. Perte de face, en direct&nbsp;! O\u00f9 en est cette d\u00e9mocratie, inspir\u00e9e par la puissance divine&nbsp;? La revue \u00a0\u00bb&nbsp;TIME&nbsp;\u00ab\u00a0, sous le titre&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;Vous appelez cela, leadership&nbsp;?&nbsp;\u00a0\u00bb&nbsp;&nbsp;n\u2019y va pas de main morte, jugez-en&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;un mois mis\u00e9rable pour la politique \u00e9trang\u00e8re am\u00e9ricaine&nbsp;\u00ab\u00a0. Le trait\u00e9 sur les essais nucl\u00e9aires est mis au rancart. Faute de payer leurs cotisations, les Etats-Unis sont menac\u00e9s par l\u2019ONU de ne pouvoir voter \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale. Et la Chambre des repr\u00e9sentants a \u00e9corn\u00e9 l\u2019aide internationale. O\u00f9 est la politique de l\u2019administration Clinton contre la prolif\u00e9ration, pour la r\u00e9duction des armements (Start II) avec la Russie, pour le TNP (trait\u00e9 de non-prolif\u00e9ration) &#8211; que l\u2019Inde et le Pakistan&nbsp;n\u2019ont pas sign\u00e9; contre la production des mati\u00e8res fissiles, \u00e0 l\u2019\u00e9tude&nbsp;? Elle est nulle part . Le Pr\u00e9sident se soucie de son image, au jour le jour et les prises de vues sont difficiles, en ces temps. M\u00eame le path\u00e9tique appel conjoint de Blair, Chirac et Scho\u00ebder -coup d\u2019\u00e9paule de copains, pour faire pression sur le Congr\u00e8s- ne l\u2019a pas d\u00e9rid\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, les rapports entre les Etats-Unis et l\u2019Europe, au jour le jour, ne devraient pas entra\u00eener la m\u00e9lancolie, dans l\u2019Alliance atlantique. D\u2019abord les Fran\u00e7ais et les Allemands ont invent\u00e9 la diversit\u00e9 culturelle et sociale, pour animer la conf\u00e9rence de l\u2019OMC, \u00e0 Seattle, en novembre prochain. On va voir le sort qui sera fait \u00e0 ces belles r\u00e9solutions. On note aussi que M. Javier Solana, progressiste espagnol, longtemps secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019OTAN, sous la gouverne des Etats-Unis, s\u2019est gliss\u00e9 en Europe, en qualit\u00e9 de \u00a0\u00bb&nbsp;Monsieur PESC&nbsp;\u00a0\u00bb -politique \u00e9trang\u00e8re et de s\u00e9curit\u00e9 commune de l\u2019Union europ\u00e9enne. N\u00e9gociateur av\u00e9r\u00e9, on ne sait pas tr\u00e8s bien ce qu\u2019il veut faire&nbsp;: porter le coup de gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019UEO (l\u2019Union de l\u2019Europe occidentale), seul bastion de d\u00e9fense, \u00e0 peine esquiss\u00e9, et aligner les moyens nationaux dans la mouvance resserr\u00e9e&nbsp;de l\u2019OTAN ?<\/p>\n\n\n\n<p>Interrogation qui n\u2019est pas superflue quand on assiste aux luttes titanesques men\u00e9es par les \u00a0\u00bb&nbsp;\u00e9quipementiers&nbsp;\u00a0\u00bb militaires am\u00e9ricains, anglais, allemands, fran\u00e7ais, italiens et espagnols. Qui les m\u00e8ne ou les inspire&nbsp;? L\u2019impulsion d\u00e9cisive et brouillonne du march\u00e9 ou l\u2019invasion am\u00e9ricaine, entre lesquelles la confusion est possible&nbsp;? D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les mammouths US Boeing, Lockheed Martin et Raytheon et de l\u2019autre, mais \u00e0 venir peut-\u00eatre, une Compagnie europ\u00e9enne spatiale et de d\u00e9fense, (avec les \u00a0\u00bb&nbsp;British&nbsp;\u00a0\u00bb )&nbsp;? Avec une Europe qui parie plus sur la paix et l\u2019exportation, \u00e0 partir de budgets militaires r\u00e9duits et une Am\u00e9rique championne de l\u2019exclusivit\u00e9, orchestr\u00e9e par le Pentagone, m\u00eame et surtout en Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>Autant de raisons pour soup\u00e7onner pourquoi les responsables politiques se cantonnent d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re et \u00e0 la seule gestion, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re aussi, de leur image.<\/p>\n\n\n\n<p>********************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Voisins incertains d\u2019eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 9 octobre 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 602<\/p>\n\n\n\n<p>Voisins incertains d\u2019eux-m\u00eames&nbsp;: France, Allemagne, de confuses interrogations semblent habiter ces deux pays riches, que l\u2019aisance aurait rendus capricieux et vains. On pourrait en juger ainsi&nbsp;: la m\u00e9diocrit\u00e9 du d\u00e9bat et des \u00e9quipes politiques y porterait sans surprendre. Chez nous, \u00e0 force de p\u00e9daler dans la g\u00e9latine consensuelle, les dirigeants semblent avoir perdu tout \u00e9lan et toute imagination. Leurs gestions s\u2019entrem\u00ealent et les chattes n\u2019y reconnaissent plus leurs petits. Au point que sur le th\u00e8me \u00a0\u00bb&nbsp;l\u2019homme qui dit non&nbsp;\u00a0\u00bb (de Gaulle), l\u2019adverbe r\u00e9ducteur ram\u00e8ne seul l\u2019attention sur un parcours historique jamais \u00e9puis\u00e9. Le pays s\u2019administre de lui-m\u00eame, en ses multiples facettes cat\u00e9gorielles, se rendant justice dans la rue et sur les seuils us\u00e9s de la vie quotidienne. Est-ce l\u00e0 un destin honorable, assur\u00e9 par des responsables de l\u2019Etat pratiquant uniquement l\u2019art mineur de l\u2019esquive pitoyable, voire minable&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>En Allemagne, o\u00f9 l\u2019on a gard\u00e9 le sens, voire la nostalgie, du commandement, les \u00e9quipes et leurs programmes habituels, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre donn\u00e9 une bonne peign\u00e9e, ont en douze mois, pardonnez du peu, fait le tour de la victoire et de la d\u00e9faite. Le h\u00e9ros d\u2019hier, \u00e0 peine rassasi\u00e9, retrouve devant lui, goguenard, le Chancelier d\u2019avant-hier. Si bien que, \u00e0 Berlin comme \u00e0 Paris, des gouvernements de gauche s\u2019affrontent \u00e0 des syndicats hostiles, hostiles \u00e0 l\u00e2cher quoi que ce soit de leurs \u00a0\u00bb&nbsp;droits acquis&nbsp;\u00a0\u00bb et usant de la dialectique, puis de la tactique, des positions de force.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Ici et l\u00e0, les questions sont les m\u00eames, si les r\u00e9ponses sont diff\u00e9rentes, au point que l\u2019Allemagne de Schro\u00ebder pourrait, tout \u00e0 trac, en politique comme en \u00e9conomie, ressembler \u00e0 \u00a0\u00bb&nbsp;l\u2019homme malade&nbsp;\u00a0\u00bb de l\u2019Europe. Tandis que Jospin b\u00e9n\u00e9ficierait de l\u2019indulgence d\u2019une conjoncture qu\u2019il attribue aux m\u00e9rites de sa gestion, depuis deux ans. Chacun sait qu\u2019il pousse un peu loin l\u2019autosatisfaction. En fait, l\u2019id\u00e9ologue allemand et l\u2019id\u00e9ologue fran\u00e7ais ont choisi deux m\u00e9thodes divergentes. L\u2019un se fait l\u2019interpr\u00e8te du conservatisme allemand traditionnel&nbsp;; l\u2019autre a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 un pragmatisme \u00e0 tout crin, camoufl\u00e9 sous des principes d\u2019autant plus r\u00e9it\u00e9r\u00e9s que l\u2019intention n\u2019est pas de les appliquer. Tel est l\u2019usage que ferait notamment le Ministre de l\u2019\u00e9conomie DSK de ce qu\u2019il appelle la \u00a0\u00bb&nbsp;macro -\u00e9conomie&nbsp;\u00ab\u00a0. Ce qui lui \u00e9vite les m\u00e9saventures rigoristes de M. Jupp\u00e9, nagu\u00e8re. Alors que MM. Schro\u00ebder et Hans Eichel qui a remplac\u00e9 aux Finances Oscar Lafontaine, le \u00a0\u00bb&nbsp;macro \u00e9conomiste&nbsp;\u00ab\u00a0, se plient diligemment \u00e0 la rigidit\u00e9 id\u00e9ologique des banquiers de la Bundesbank et par cons\u00e9quent \u00e0 celle de la Banque centrale europ\u00e9enne. Encore que ces messieurs aient mis de l\u2019eau dans leur vin et se gardent bien de jouer ouvertement un euro fort contre le dollar, en excellente sant\u00e9. Voil\u00e0 qui ne peut qu\u2019aider la France \u00e0 profiter au plus vite de la bonne passe o\u00f9 elle se trouve :&nbsp;prix stables, inflation minime, surplus \u00e0 l&rsquo;exportation.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant ce temps, M. Schro\u00ebder, emp\u00eatr\u00e9 dans le r\u00f4le du \u00a0\u00bb&nbsp;p\u00e8re la rigueur&nbsp;\u00a0\u00bb et dans la d\u00e9fense du mark fort, s\u2019agace des publications parues en France, dues \u00e0 Maurice Druon, Secr\u00e9taire perp\u00e9tuel de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, qui craint, dans les 10 ans \u00e0 venir, une confrontation de \u00a0\u00bb&nbsp;l\u2019Empire allemand&nbsp;\u00a0\u00bb avec la France, sans qu\u2019elle soit militaire&nbsp;; dues encore \u00e0 Pierre Marion (M\u00e9moires de l\u2019ombre, succ\u00e8s de librairie) qui fut le chef des services secrets de Mitterrand en 1981-82, dont il d\u00e9crit complaisamment l\u2019ignorance et comment il fut roul\u00e9 dans la farine par le Chancelier Helmut Kohl, virtuose de la r\u00e9unification des 2 Allemagne. La suite en est \u00e9vidente&nbsp;: l\u2019Allemagne veut d\u00e9sormais une Europe f\u00e9d\u00e9rale, unifi\u00e9e en quelque sorte, qu\u2019elle dominerait tout naturellement. Les \u00a0\u00bb&nbsp;souverainistes&nbsp;\u00a0\u00bb fran\u00e7ais, puisqu\u2019ils s\u2019appellent ainsi, m\u00e8nent grand tapage sur cette perspective in\u00e9luctable, \u00e0 laquelle font \u00e9cho Philippe Delmas (Voyage au bout de l\u2019Allemagne) et Alain Griotteray (L\u2019Allemagne est inqui\u00e9tante). C\u2019en est trop pour le Chancelier Schro\u00ebder, passablement \u00e9nerv\u00e9, ces temps-ci, par ses compatriotes.<\/p>\n\n\n\n<p>Offrons-lui quelque apaisement en notant qu\u2019\u00e0 Florence vient de se tenir une conf\u00e9rence sur le th\u00e8me&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;Culture et d\u00e9veloppement prometteur&nbsp;\u00ab\u00a0. Alors que la mondialisation ne cesse d\u2019orchestrer et d\u2019installer les positions am\u00e9ricaines, il est bon, en effet, que des voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent pour d\u00e9montrer que le d\u00e9veloppement durable et efficace passe par le respect de la culture, qui est souvent celui de l\u2019histoire, le respect de l\u2019identit\u00e9 des peuples, de leurs langues, de leur cadre de vie, de l\u2019amour de ce qu\u2019ils sont et de ce qu\u2019ils cr\u00e9ent. \u00a0\u00bb&nbsp;L\u2019avenir de la diff\u00e9rence&nbsp;\u00a0\u00bb est en effet grandissime, en d\u00e9pit du nivellement id\u00e9ologique et mat\u00e9riel. L\u2019Allemagne m\u00e9rite aussi ce respect, qui exclut l\u2019imp\u00e9rialisme pass\u00e9 ou \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p>**********************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Inoxydable CNUCED.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 2 octobre 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 601<\/p>\n\n\n\n<p>Inoxydable CNUCED&nbsp;: depuis 1964, cette Conf\u00e9rence des Nations unies sur le Commerce et le D\u00e9veloppement, devenue organe permanent de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, n\u2019aura cess\u00e9, avec ses 188 membres, de batailler pour le Tiers Monde &#8211; aujourd\u2019hui les \u00a0\u00bb&nbsp;pays en d\u00e9veloppement&nbsp;\u00ab\u00a0. Quelle ardeur et quelle pugnacit\u00e9&nbsp;! A Gen\u00e8ve, o\u00f9 elle si\u00e8ge, elle aura inventori\u00e9, enqu\u00eat\u00e9 sur les in\u00e9galit\u00e9s mondiales et t\u00e9l\u00e9guid\u00e9 de multiples actions contre un ordre \u00e9conomique oppressant. Je me souviens encore des luttes \u00e9piques, men\u00e9es dans les ann\u00e9es 70 par l\u2019Alg\u00e9rie de Boumediene, qui ne distinguait gu\u00e8re ses propres limites, face aux colonialismes du pass\u00e9, du pr\u00e9sent et du futur. M. Bouteflika serait fond\u00e9 \u00e0 recommencer, trente ans apr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9l\u00e9gation permanente de l\u2019Assembl\u00e9e vient donc de publier son rapport pour l\u2019ann\u00e9e 1998. Il contient la charge habituelle de dynamite, qui laisse d\u2019ailleurs insensibles les mastodontes assis sur le pouvoir mondial. Mieux, la CNUCED en aper\u00e7oit d\u2019autres&nbsp;: elle, qui aura plaid\u00e9 pour l\u2019expansion du commerce international, s\u2019\u00e9meut pr\u00e9sentement du r\u00f4le immense et galopant des nouveaux ma\u00eetres du monde, une centaine de groupes \u00a0\u00bb&nbsp;moteurs du syst\u00e8me de production mondial int\u00e9gr\u00e9&nbsp;\u00a0\u00bb&nbsp;; ceux-ci en sont encore \u00e0 leurs d\u00e9buts. Mais ils submergent d\u00e9j\u00e0, de leurs possibilit\u00e9s arrogantes, les disciplines des Etats, orientent les productions et les investissements et r\u00e8glent \u00e0 leur guise leurs implantations, donc les routes du d\u00e9veloppement mondial. Les gouvernements sont lilliputiens devant un tel pouvoir qui n\u2019a cure de leurs pr\u00e9occupations sociales, \u00e9miett\u00e9es et vuln\u00e9rables. Outre les cent groupes g\u00e9ants, la CNUCED a rep\u00e9r\u00e9 60.000 soci\u00e9t\u00e9s transnationales, s\u2019appuyant sur 500.000 filiales \u00e9trang\u00e8res. La ma\u00eetrise des investissements internationaux, leur g\u00e9ographie appartiennent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 ces firmes. Les zones les plus rentables se renforcent. Les moins favoris\u00e9es sont totalement abandonn\u00e9es, dont tout un continent, l\u2019Afrique (1,3% des investissements mondiaux). Alors les d\u00e9nonciations et les appels enflamm\u00e9s des contempteurs de la d\u00e9mocratie, dont ils n\u2019ont que faire, comme les vaticinations politiciennes des d\u00e9mocrates europ\u00e9ens sur la citoyennet\u00e9 sociale, provoquent, au mieux, doute et scepticisme.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Cette semaine, dans mes lectures \u00e9parpill\u00e9es, deux articles illustrent les constats de la CNUCED. Un journal marocain, des plus honorables (j\u2019y \u00e9cris), ose celui-ci, irr\u00e9futable&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;Tous les vents de libert\u00e9 et de pluralisme qui ont souffl\u00e9 sur le monde ont rat\u00e9, \u00e0 des exceptions pr\u00e8s, leurs cibles dans le monde arabe\u2026 On est en droit de se poser beaucoup de questions sur l\u2019avenir de la \u00a0\u00bb&nbsp;nation arabe&nbsp;\u00ab\u00a0\u2026 \u00a0\u00bb&nbsp;bafouant les r\u00e8gles les plus \u00e9l\u00e9mentaires sur lesquelles reposent les soci\u00e9t\u00e9s modernes&nbsp;\u00ab\u00a0. En contrepoint, l\u2019un des directeurs de la Banque Mondiale, M. Magdi Iskander, qui n\u2019est pas un joyeux drille, pose la question&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;Vous voulez des capitaux internationaux&nbsp;? Essayez donc une transparence loyale&nbsp;\u00ab\u00a0. Et de broder sur ce th\u00e8me&nbsp;: de l\u2019Asie, \u00e0 la Russie et au Br\u00e9sil, la le\u00e7on de la crise est d\u00e9sormais imp\u00e9rative&nbsp;: pas de capital international, sans lois, justices et pratiques exclusivement loyales.<\/p>\n\n\n\n<p>Et voil\u00e0 que l\u2019 \u00a0\u00bb&nbsp;International Herald Tribune&nbsp;\u00a0\u00bb affirme, par l\u2019un de ses journalistes financiers les plus avis\u00e9s, M. Reginald Dale, l\u2019\u00e9vangile d\u2019une loyaut\u00e9 mis \u00e0 mal par son pays&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;Le temps est venu de ne plus n\u00e9gliger le d\u00e9ficit des Etats-Unis&nbsp;\u00ab\u00a0. Il s\u2019agit de leur commerce ext\u00e9rieur qui, depuis vingt ans, n\u2019a pas export\u00e9 assez de biens et de services pour payer ses importations. Depuis deux ans, il s\u2019est creus\u00e9. En juillet dernier, Wall Street s\u2019en est \u00e9mu . Reviendrait-on \u00e0 l\u2019ann\u00e9e 1985, quand le groupe des 7 avait encourag\u00e9 une chute du dollar (elle fut d\u2019une moiti\u00e9) pour rendre les exportations am\u00e9ricaines comp\u00e9titives&nbsp;? Aujourd\u2019hui, ces comp\u00e8res s\u2019accommodent tr\u00e8s bien d\u2019un dollar fort, notamment les Europ\u00e9ens. Les experts am\u00e9ricains ne dramatisent pas&nbsp;: il faudrait atterrir \u00a0\u00bb&nbsp;en douceur&nbsp;\u00ab\u00a0, dans les deux ou trois ans et jouer \u00e0 plein des positions de force dans les services, au cours du prochain \u00a0\u00bb&nbsp;cycle du Mill\u00e9naire&nbsp;\u00ab\u00a0. Les premi\u00e8res escarmouches \u00e0 Seattle, en novembre, s\u2019annoncent bien, dans la plus rigoureuse loyaut\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Les instituts de r\u00e9flexions et de propositions, si familiers dans le paysage \u00e9conomique occidental, et parfois \u00a0\u00bb&nbsp;sous influence&nbsp;\u00ab\u00a0, en sont venus, pr\u00e9sentement, \u00e0 une conclusion p\u00e9remptoire&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;La seule fa\u00e7on de vaincre le ch\u00f4mage, dans ce monde de progr\u00e8s, est de lib\u00e9rer l\u2019activit\u00e9 des contraintes auxquelles les politiciens europ\u00e9ens ont trop souvent recours pour prot\u00e9ger leurs populations du ch\u00f4mage, tout en l\u2019aggravant ainsi&nbsp;\u00ab\u00a0. Ils le savent bien d\u2019ailleurs. Mais ils redoutent tellement de prendre des mesures impopulaires&nbsp;! Jospin, Schro\u00ebder, d\u2019Alema sont dans cette perplexit\u00e9. Mrs Thatcher a d\u00e9j\u00e0 fait le travail pour Blair, dans les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. Quel embarras pour ces hommes publics. Et la CNUCED qui d\u00e9montre qu\u2019ils vont d\u00e9sormais compter pour beurre, devant leurs nouveaux ma\u00eetres, de General Electric, \u00e0 Shell et tant d\u2019autres&nbsp;! Et BHL qui voudrait supprimer l\u2019ONU, pour la remplacer na\u00efvement par un temple de la responsabilit\u00e9 et de l\u2019\u00e9quit\u00e9&nbsp;!\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>**********************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Une nouvelle Allemagne&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 25 septembre 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 600<\/p>\n\n\n\n<p>Une nouvelle Allemagne&nbsp;? Cinquante ans apr\u00e8s la fondation de la R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale allemande, qui succ\u00e9da au III\u00b0 Reich hitl\u00e9rien, une r\u00e9flexion sur la nouvelle Allemagne est tentante. Bien s\u00fbr, la r\u00e9unification s\u2019est faite, mais c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en octobre 1990, bient\u00f4t dix ans. L\u2019affaire fut men\u00e9e tambour battant, \u00e0 l\u2019insu d\u2019ailleurs du Pr\u00e9sident Mitterrand, qui l\u2019estimait fort lointaine. Les charges \u00e9conomiques de cette op\u00e9ration furent assum\u00e9es d\u2019un c\u0153ur l\u00e9ger par le Chancelier Kohl, d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 ne l\u00e9siner sur rien. Il gouverna encore pendant huit ans sans parvenir \u00e0 r\u00e9colter les fruits, lents \u00e0 venir, d\u2019une union si naturelle. Son successeur, en 1998, le Chancelier social-d\u00e9mocrate Gerhard Schroeder, battit ais\u00e9ment Helmut Kohl, le chr\u00e9tien-d\u00e9mocrate, accus\u00e9 d\u2019immobilisme et r\u00e9put\u00e9 avoir fait son temps. La vague rose submergea une nouvelle Allemagne avec de joyeux accents. Moins d\u2019une ann\u00e9e apr\u00e8s, un record en quelque sorte, des scrutins r\u00e9gionaux et municipaux ont signifi\u00e9 cruellement au nouveau chancelier que le charme \u00e9tait rompu, que sa majorit\u00e9 \u00e9tait en perdition et qu\u2019elle \u00e9clatait sous l\u2019\u00e9preuve.<\/p>\n\n\n\n<p>Non seulement le parti socialiste (SPD) se d\u00e9faisait en une gauche et une droite, mais l\u2019alliance r\u00e9alis\u00e9e avec les Verts vacillait devant l\u2019insignifiance de leurs propres r\u00e9sultats. Car ce n\u2019est pas la moindre surprise de cet \u00e9t\u00e9 politique en Allemagne. Devenus quantit\u00e9 n\u00e9gligeable au sein de la coalition, pass\u00e9s de 11% \u00e0 5% et m\u00eame moins (en Saxe), leur pittoresque d\u00e9sordre et leur incapacit\u00e9 \u00e0 prendre des positions claires avaient d\u00e9truit la force de la vague \u00e9cologiste qui anima les ann\u00e9es 1960-70. Evoquer une Allemagne nouvelle, avec des r\u00e9sultats et un avenir aussi brouill\u00e9s, est un choix hardi. Pour qu\u2019il soit avis\u00e9, il faudrait d\u2019abord que le pays \u2013r\u00e9unifi\u00e9- ait chang\u00e9 ses propres v\u0153ux, alors que toute sa pr\u00e9occupation, tout son d\u00e9sir sont que rien ne change des quarante ann\u00e9es (1950-1990), qui ont hiss\u00e9 l\u2019Allemagne au fa\u00eete de l\u2019opulence, en Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9lecteurs de Schroeder, apr\u00e8s ceux de Kohl, qui sont souvent les m\u00eames, ne peuvent accepter une contraction des droits acquis, de l\u2019aisance exp\u00e9riment\u00e9e, un report de l\u2019expansion. Le discours sur la rigueur<\/p>\n\n\n\n<p>n\u00e9cessaire, venu de l\u2019un ou de l\u2019autre, ne passe pas. Que le chiffre des ch\u00f4meurs se maintienne \u00e0 11% des travailleurs, que la dette publique absorbe le quart des recettes fiscales et atteigne 61% du P.I.B., soit un point de plus que ne l\u2019exige le trait\u00e9 de Maastricht, que le taux de croissance voisine 1%, chacun le sait mais personne ne veut du budget refus\u00e9 en 1998 et qui doit \u00eatre repris en 1999. En mai 2.000, les \u00e9lections dans la r\u00e9gion Rh\u00e9nanie du Nord &#8211; Westphalie, le Land peupl\u00e9 de 18 millions d\u2019habitants, r\u00e8gleront in fine le sort de Schroeder, s\u2019il ne dispara\u00eet pas avant au profit d\u2019une alliance SPD-CDU, qui a d\u00e9j\u00e0 ses partisans, apr\u00e8s les 5 d\u00e9faites \u00e9lectorales du Chancelier qui viennent de se succ\u00e9der.<\/p>\n\n\n\n<p>Examinons ses chances possibles&nbsp;: la poisse \u00e9conomique cesserait de l\u2019engluer, surtout parce que la reprise, sensible en Europe, atteindrait enfin l\u2019Allemagne. Jospin a re\u00e7u la bonne f\u00e9e plus t\u00f4t. Pour l\u2019Allemand, elle viendrait in extremis. Ses patrons le croient, malgr\u00e9 une croissance atone. Entre le 10 octobre , \u00e9lection \u00e0 Berlin et mai 2.000, dans la Ruhr, le Chancelier a huit mois pour imposer son autorit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire son budget de rigueur et retrouver un public docile et convaincu, pour refaire son parti et y \u00e9viter la mont\u00e9e d\u2019un successeur, pour faire miroiter une Allemagne redevenue une puissance mondiale, avec au moins le souvenir de la prosp\u00e9rit\u00e9 de la pr\u00e9c\u00e9dente, pour endiguer la mont\u00e9e de l\u2019ex-parti communiste de l\u2019Est dans l\u2019Allemagne r\u00e9unifi\u00e9e. Conjoncture bien encombr\u00e9e pour pousser sur les rails un travaillisme lib\u00e9ral \u00e0 la Tony Blair, avec ou sans celui-ci. La prochaine rencontre des socialistes europ\u00e9ens \u00e0 Florence n\u2019a gu\u00e8re la cote.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour couronner l\u2019\u00e9difice des difficult\u00e9s pr\u00e9sentes de l\u2019Allemagne se voulant d\u00e9sormais \u00a0\u00bb&nbsp;puissance mondiale&nbsp;\u00ab\u00a0, notons que deux sources d\u2019ambigu\u00eft\u00e9 sont d\u00e9celables sous une herbe \u00e9paisse. Celle de l\u2019Alliance atlantique dont les pratiques deviennent de plus en plus incompatibles avec le destin de libert\u00e9 et de souverainet\u00e9 de l\u2019Europe. L\u2019autre source s\u2019alimente \u00e0 de vains combats dans l\u2019Union Europ\u00e9enne \u2013 o\u00f9 la souverainet\u00e9 des grands Etats est \u00e9vidente \u2013 men\u00e9s contre une commission qui est enti\u00e8rement \u00e0 sa place, d\u00e8s lors que les Etats y exercent leurs pr\u00e9rogatives. Nul ne peut les contester&nbsp;: le seul ennemi de ces Etats r\u00e9side dans leur d\u00e9mission \u00e0 user de leurs propres pouvoirs. Mais combien la faveur populaire est devenue capricieuse et instable, de Londres \u00e0 Paris, de Madrid \u00e0 Rome et, bien s\u00fbr, \u00e0 Berlin&nbsp;!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>**************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb&nbsp;L\u2019 avenir de la diff\u00e9rence&nbsp;\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 18 septembre 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 599<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb&nbsp;L\u2019 avenir de la diff\u00e9rence&nbsp;\u00ab\u00a0, tel est le titre du dernier ouvrage paru d\u2019Edouard Balladur. Avec une obstination du meilleur aloi, qui est le signe de la qualit\u00e9 de l\u2019homme public, l\u2019auteur, connu de tous les Fran\u00e7ais, s\u2019efforce de les informer de leur destin, et d\u2019eux-m\u00eames, en outre. Sans impatience, sans indignation, sans pr\u00e9somption. Mais avec un instinct s\u00fbr de l\u2019Histoire, une conviction raisonn\u00e9e et une confiante esp\u00e9rance dans la coh\u00e9sion d\u2019une nation. Ni clairon pour d\u2019hypoth\u00e9tiques assauts, ni bruits de fond d\u2019une \u00a0\u00bb&nbsp;techno&nbsp;\u00a0\u00bb pour agitations \u00e0 la mode, ni chevauch\u00e9e des r\u00e8glements de comptes. Est-ce un ouvrage pour enflammer les passions&nbsp;? Celles du combat politique certes pas, des affrontements pr\u00e9fabriqu\u00e9s \u00e0 l\u2019usage des partis, non plus. Mais tout l\u2019art de cet ouvrage sobre est d\u2019enfoncer , sans sembler y toucher, des portes ouvertes l\u00e0 o\u00f9 on jurerait qu\u2019elles n\u2019ont jamais exist\u00e9. Le titre aurait pu en \u00eatre&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;L\u2019avenir de l\u2019impr\u00e9vu&nbsp;\u00ab\u00a0. Mais avec une certitude tranquille, l\u2019auteur affirme que cet avenir, le n\u00f4tre, est celui de la diff\u00e9rence, alors que les engins de la mondialisation d\u00e9roulent, en tous points du globe, les rubans vainqueurs de l\u2019uniformit\u00e9 pr\u00e9sente.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse de la lente progression de l\u2019humanit\u00e9, depuis l\u2019espace isolant de rares populations jusqu\u2019\u00e0 l\u2019histoire des dominations, des empires, des id\u00e9ologies captant les pouvoirs pour le bien de tous et leur malheur, finalement, la ballade mill\u00e9naire est retrac\u00e9e, avec un savoir historique sous-jacent qui n\u2019est pas mince, mais qui d\u00e9teste la pr\u00e9tention. Sauf celle de prouver que \u00a0\u00bb&nbsp;heureusement les choses commencent \u00e0 changer et que l\u2019uniformit\u00e9 n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 gage de justice et d\u2019\u00e9quit\u00e9&nbsp;\u00ab\u00a0. Si ces \u00e9vidences sont admises par le lecteur, avec ou sans r\u00e9ticence, parce qu\u2019elles ne sont pas contestables, on passe ensuite \u00e0 l\u2019inventaire des diff\u00e9rences qui demeurent. Les mauvaises sont \u00e0 discipliner, et les bonnes assureront la libert\u00e9 et feront face \u00e0 la tyrannie de l\u2019uniformit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Le combat pour la diff\u00e9rence se confond avec celui pour la tol\u00e9rance. Tol\u00e9rance vis-\u00e0-vis des autres, dans l\u2019\u00e9mulation et pour la cr\u00e9ation. Un trop court chapitre fait un sort aux id\u00e9es re\u00e7ues, comment elles s\u2019installent et comment des jardiniers z\u00e9l\u00e9s les cultivent. \u00a0\u00bb&nbsp;Dans nos soci\u00e9t\u00e9s si pr\u00e9somptueuses, o\u00f9 la libert\u00e9 d\u2019opinion est l\u2019objet d\u2019un culte g\u00e9n\u00e9ral affich\u00e9 avec ostentation, d\u2019une r\u00e9v\u00e9rence oblig\u00e9e, elle est en r\u00e9alit\u00e9 battue en br\u00e8che par le conformisme, la tyrannie toujours pesante des id\u00e9es re\u00e7ues&nbsp;\u00ab\u00a0. Toute la le\u00e7on du livre, donn\u00e9e sans acrimonie, est l\u00e0, avec m\u00eame quelque joyeuse all\u00e9gresse&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;La discussion m\u00eame est coupable&nbsp;\u00ab\u00a0. Sont cit\u00e9s, en France, le repli d\u2019un Etat tentaculaire, la d\u00e9fense de la nation, les statuts sociaux des nationaux et des \u00e9trangers, la continuit\u00e9 du pouvoir ex\u00e9cutif, la d\u00e9centralisation, les retraites du public et du priv\u00e9, la protection sociale en interaction avec l\u2019\u00e9conomie. Juste quelques exemples des crispations et de l\u2018 immobilisme de ceux qui pr\u00e9tendent gouverner l\u2019opinion, \u00e0 la mesure de leur esprit immuable. Le \u00a0\u00bb politiquement correct&nbsp;\u00ab\u00a0, venu d\u2019outre-Atlantique, avec ou \u00e0 la suite des id\u00e9es de Mai 1968, a donn\u00e9 naissance \u00e0 \u00a0\u00bb&nbsp;un nouvel ordre moral&nbsp;\u00ab\u00a0. Le d\u00e9bat politique et intellectuel se r\u00e9duit \u00a0\u00bb&nbsp;au domaine des sentiments, naturellement des \u00a0\u00bb&nbsp;bons sentiments&nbsp;\u00ab\u00a0, comme par d\u00e9finition&nbsp;\u00ab\u00a0\u2026&nbsp; \u00a0\u00bb&nbsp;Chaque probl\u00e8me de soci\u00e9t\u00e9, chaque \u00e9v\u00e9nement, chaque drame ne suscitent plus que r\u00e9flexes \u00e9galitaristes, besoin accru d\u2019assistance, compassion, contrition, recherche de bouc \u00e9missaire, impr\u00e9cations, passions, contestation de l\u2019autorit\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e9tablie , quelle qu\u2019elle soit&nbsp;\u00ab\u00a0. Citons encore&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;Nous aimons les certitudes perp\u00e9tuelles. Il est grand temps de reprendre le combat pour la libert\u00e9 de l\u2019esprit en s\u2019affranchissant des interdits de toutes sortes&nbsp;\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00eavons avec Edouard Balladur et agissons pour que ce 21\u00b0 si\u00e8cle soit \u00a0\u00bb&nbsp;celui de la diff\u00e9rence revendiqu\u00e9e, celui de la libert\u00e9, contre la tyrannie du conformisme mondialiste&nbsp;\u00a0\u00bb et concluons ici que la po\u00e9sie et les po\u00e8tes demeurent meilleurs garants de nos r\u00eaves que ne peuvent abolir les m\u00e9caniciens de l\u2019intol\u00e9rance.<\/p>\n\n\n\n<p>*************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>La paix du silence.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 11 septembre 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 598<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai consacr\u00e9 cette chronique, le 21 f\u00e9vrier dernier, \u00e0 \u00a0\u00bb&nbsp;Timor&nbsp;\u00ab\u00a0. A nouveau, le 21 ao\u00fbt, sous le titre&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;Farce tragique \u00e0 Timor&nbsp;\u00ab\u00a0, quelques jours avant le vote d\u2019une malheureuse population pour son ind\u00e9pendance, le 30 ao\u00fbt. Je recommence aujourd\u2019hui pour \u00e9voquer \u00a0\u00bb&nbsp;la paix du silence&nbsp;\u00ab\u00a0, de ce silence infamant par lequel les Nations Unies et la communaut\u00e9 internationale jettent l\u2019\u00e9ponge de leurs fausses convictions, de leurs fausses promesses, de leurs illusions sur elles-m\u00eames et sur la sordide r\u00e9alit\u00e9 de leur nature, sans grandeur et sans humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es 1994 -96 &#8211; 97, j\u2019avais dress\u00e9, \u00e0 la suite, trois \u00a0\u00bb&nbsp;tableaux du d\u00e9shonneur&nbsp;\u00ab\u00a0. Il s\u2019agissait alors des populations martyris\u00e9es du Rouanda, entour\u00e9es de responsables onusiens et am\u00e9ricains, frapp\u00e9s de c\u00e9cit\u00e9 volontaire. La France, d\u00e9cri\u00e9e comme de coutume, avait tent\u00e9, dans la d\u00e9sapprobation des gens de qualit\u00e9, d\u2019aller au secours des plus pitoyables. Du moins \u00e9chappait-elle au tableau du d\u00e9shonneur. Mais bien vite, en Europe m\u00eame, il fallut en dresser d\u2019autres, en Bosnie et au Kosovo, tandis que la Serbie tragique et parano\u00efaque mutilait ou ex\u00e9cutait des populations enti\u00e8res. En ces lieux de sauvagerie, les Europ\u00e9ens distingu\u00e9s, les Am\u00e9ricains gar\u00e9s de tout, sauf de leurs cocons protecteurs, les Nations Unies plus irr\u00e9solues et vaines que jamais, auraient d\u00fb pourtant apprendre le prix \u00e0 payer, faute de s\u2019\u00eatre rapidement lev\u00e9s contre l\u2019agression. Les Kosovars ont fait les frais fun\u00e8bres de l\u2019irr\u00e9solution, camoufl\u00e9e en habilet\u00e9 man\u0153uvri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, maintenant, tout de suite, les plus mis\u00e9rables, condamn\u00e9s au plus total abandon, les Timorais, ayant brav\u00e9 toutes les menaces et les meurtres, depuis un quart de si\u00e8cle, ayant le 30 ao\u00fbt tant risqu\u00e9 pour leur libert\u00e9, connaissent l\u2019enfer, dans un monde qui ne tend aucune main secourable. L&rsquo;ONU replie son dispositif de surveillance et de protection. L\u00e2chet\u00e9 des incons\u00e9quences accumul\u00e9es. Rouanda bis, Kosovo ter, Timor quarto, et j\u2019en oublie tant d\u2019autres. \u00a0\u00bb&nbsp;L\u2019Occident bavarde&nbsp;\u00ab\u00a0. \u00a0\u00bb&nbsp;Que fait l\u2019ONU&nbsp;?&nbsp;\u00ab\u00a0. \u00a0\u00bb&nbsp;Les barbel\u00e9s de Timor&nbsp;\u00ab\u00a0. \u00a0\u00bb&nbsp;Le plan diabolique de l\u2019arm\u00e9e indon\u00e9sienne&nbsp;\u00ab\u00a0. Ces titres, il ne faut pas aller les chercher bien loin. Les journalistes, venus par milliers pour le r\u00e9f\u00e9rendum, ont disparu. CNN, l\u2019universel, s\u2019est suicid\u00e9 en attendant de rena\u00eetre. La mirobolante Madeleine Albright a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur de sa r\u00e9putation de b\u00e9ton&nbsp;: nulle. Son chef Clinton s\u2019est d\u00e9command\u00e9 d\u2019une conf\u00e9rence \u00e9conomique dans ces parages, d\u00e9sormais si douloureux \u00e0 sa gloire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ne savez-vous pas qu\u2019en d\u00e9cembre 1975, le Secr\u00e9taire d\u2019Etat Kissinger, \u00e9paulant son Pr\u00e9sident Gerald Ford, \u00e0 la d\u00e9marche h\u00e9sitante, avait, au nom de son \u00a0\u00bb&nbsp;r\u00e9alisme&nbsp;\u00a0\u00bb et de la \u00a0\u00bb&nbsp;stabilit\u00e9&nbsp;\u00a0\u00bb des r\u00e9gimes autoritaires, admis que Suharto, pr\u00e9sident de l\u2019Indon\u00e9sie, envahisse le Timor oriental&nbsp;? Ce qui fut fait le lendemain de la visite, des armements ayant \u00e9t\u00e9 fournis au dictateur, contre la loi m\u00eame des Etats-Unis. Madame Albright a sans doute oubli\u00e9 cet \u00e9pisode&nbsp;? Comme les Australiens, aujourd\u2019hui pr\u00e9occup\u00e9s, ont oubli\u00e9 qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 les seuls \u00e0 reconna\u00eetre alors l\u2019annexion indon\u00e9sienne. Evidemment, quand il a fallu peser les cons\u00e9quences probables du r\u00e9f\u00e9rendum (si cela fut fait&nbsp;?), on a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 compter sur les bonnes paroles et le double jeu de l\u2019Indon\u00e9sie qu\u2019\u00e9num\u00e9rer les moyens de pression et de r\u00e9torsion, qui seraient imm\u00e9diatement mis en jeu. En politique, en finance et en \u00e9conomie, la panoplie en est largement suffisante. Mais les Indon\u00e9siens savent que la parole des Etats-Unis ne vaut pas plus cher que la leur. Ils n\u2019ont d\u2019ailleurs rien entendu.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 nous Fran\u00e7ais, tout envelopp\u00e9s, sp\u00e9cialement en ce d\u00e9but septembre, dans les efflorescences de notre amour pour les droits \u00e9l\u00e9mentaires des humains et de leurs peuples, notre silence est devenu si subit et assourdissant, qu\u2019il a fallu que l\u2019ex-Pr\u00e9sident portugais Mario Soar\u00e8s, un ami et un Europ\u00e9en, se d\u00e9cide \u00e0 le percer, avec affection et douleur. Ce grand silence de la France, pour une poign\u00e9e de mis\u00e9rables, \u00e0 l\u2019autre bout du monde&nbsp;! Quelle d\u00e9ch\u00e9ance pour notre vocation universelle, des Inuits aux Chinois, du minuscule \u00e0 l\u2019immense&nbsp;!.<\/p>\n\n\n\n<p>*************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Petits et grands ma\u00eetres p\u00e9remptoires.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 4 septembre 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 597<\/p>\n\n\n\n<p>Disons qu\u2019il s\u2019appelle Maillot. Dans mon quartier, on le conna\u00eet bien. On nourrit nos voitures \u00e0 ses pompes. Il les r\u00e9pare aussi de tous les bobos de leurs vies. Et elles en ont. Sur l\u2019interminable avenue, son savoir m\u00e9canique est rare et son secours toujours disponible. On tient \u00e0 lui, comme un village \u00e0 son cur\u00e9 ou \u00e0 son boulanger. Mais voil\u00e0&nbsp;: la firme internationale BP, apr\u00e8s de savantes \u00e9tudes, a d\u00e9cid\u00e9 que, la vente d\u2019essence ne rapportant pas assez, il fallait lui adjoindre un rayon d\u2019\u00e9picerie au lieu et place de la m\u00e9canique. Une centaine de ses stations-service vont subir ce \u00a0\u00bb&nbsp;lifting&nbsp;\u00ab\u00a0. Maillot a re\u00e7u son \u00a0\u00bb&nbsp;cong\u00e9&nbsp;\u00a0\u00bb&nbsp;; les copropri\u00e9taires des murs, on est pass\u00e9 outre \u00e0 leur avis. L\u2019\u00e9tat-major du \u00a0\u00bb&nbsp;Groupe&nbsp;\u00a0\u00bb en a ainsi d\u00e9cid\u00e9, depuis Londres ou Bruxelles. Ex\u00e9cution. Alors la copropri\u00e9t\u00e9 s\u2019oppose et les usagers multiplient les p\u00e9titions&nbsp;: plus de Maillot, plus de clients, pour acheter des friandises d\u2019autoroute dont ils n\u2019ont que faire. Car ils ont leur id\u00e9e sur leurs besoins, leur confort. Ils veulent garder, \u00e0 leur main, un d\u00e9panneur -r\u00e9parateur pour voitures. C\u2019est clair&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Oh&nbsp;oui&nbsp;! c\u2019est clair. C\u2019est \u00e0 l\u2019image de nos soci\u00e9t\u00e9s modernes, command\u00e9es de tr\u00e8s loin et qui doivent se plier, sans m\u00eame \u00eatre entendues, \u00e0 consommer ce qui leur est destin\u00e9. Les dirigeants \u00e9conomiques et politiques s\u2019\u00e9tonneront peut-\u00eatre que naissent des r\u00e9voltes, fa\u00e7on Jos\u00e9 Bov\u00e9 et sa Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne, minoritaires mais ayant la faveur d\u2019un public, lass\u00e9 d\u2019\u00eatre bern\u00e9, jusque dans ses assiettes, par un capitalisme dont les imprudences et les impudences deviennent singuli\u00e8rement inqui\u00e9tantes. Les oukases \u00e9conomiques des Etats-Unis sont en cours pour ouvrir les march\u00e9s \u00e0 leurs bovins nourris aux hormones, pour placer le ma\u00efs et le soja g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9s et l\u2019emporter sur tous les tableaux, des semences \u00e0 la confiserie et aux produits de beaut\u00e9 d\u00e9riv\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Que dit le coop\u00e9rateur outr\u00e9 et combatif&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;Nous sommes confront\u00e9s \u00e0 un protectionnisme camoufl\u00e9. Chaque agriculteur am\u00e9ricain b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une aide de 200.000 francs par an. On en a ras-le-bol. On va s\u2019occuper des int\u00e9r\u00eats am\u00e9ricains et \u00e7a va faire mal&nbsp;!&nbsp;\u00a0\u00bb Que fait le gouvernement (ordre et justice), sinon le gros dos devant la grogne montante, \u00e0 la fois comprenant ceci et d\u00e9plorant cela. L\u2019embarras \u00e9rig\u00e9 en syst\u00e8me&nbsp;? Et que disent nos amis am\u00e9ricains, avant tout amis de leurs affaires&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Avec ironie&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;L\u2019alarme venait autrefois du d\u00e9ploiement des missiles am\u00e9ricains. Aujourd\u2019hui c\u2019est Mc Donald\u2019s, Coca-Cola, le ma\u00efs g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9, le b\u0153uf engraiss\u00e9 aux hormones, qui mobilisent les Europ\u00e9ens&nbsp;\u00ab\u00a0.&nbsp;Avec r\u00e9alisme&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;D\u2019\u00e9normes int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques sont en cause\u2026 Si l\u2019Europe et d\u2019autres parties du monde rejettent ces produits, les cons\u00e9quences se mesureront en milliards de dollars. D\u00e9j\u00e0 le Br\u00e9sil et le Japon sont en alerte&nbsp;\u00ab\u00a0.&nbsp;Avec sarcasme&nbsp;(le S\u00e9nateur Lugar \u00e0 la t\u00eate de la Commission de l\u2019agriculture)&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;l\u2019Europe semble en proie \u00e0 une folie collective\u2026 qui la conduira \u00e0 faire mourir de faim le reste du monde (9 milliards d\u2019humains vers 2050)&nbsp;\u00ab\u00a0.&nbsp;Avec inqui\u00e9tude&nbsp;: Aux Etats-Unis m\u00eame, des grandes soci\u00e9t\u00e9s alimentaires commencent \u00e0 refuser les nouveaux produits (pour les animaux comme pour les humains). D\u00e9j\u00e0 se l\u00e8vent proph\u00e8tes et proph\u00e8tesses , dans le public, pour \u00a0\u00bb&nbsp;la libre domination de son assiette&nbsp;\u00ab\u00a0. Contre un tel s\u00e9isme, les menaces que prof\u00e8re l\u2019Administration am\u00e9ricaine d\u2019en appeler, pour faire plier plusieurs pays, \u00e0 l\u2019Organisation mondiale du commerce, risquent d\u2019\u00eatre inop\u00e9rantes.<\/p>\n\n\n\n<p>De toute fa\u00e7on, il va y avoir du sport&nbsp;: l\u2019OMC, qui a enfin, pour 3 ans, un Directeur g\u00e9n\u00e9ral, se lance dans \u00a0\u00bb&nbsp;le Cycle commercial du Mill\u00e9naire&nbsp;\u00ab\u00a0. Premi\u00e8re rencontre \u00e0 Seattle, le 30 novembre prochain. On y constatera que les subventions agricoles am\u00e9ricaines, europ\u00e9ennes et japonaises ont atteint, en 1998, 362 Milliards de dollars. Il faudra bien six ans pour tirer un r\u00e9sultat de ces multiples confrontations.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019ici l\u00e0, la France aura peut-\u00eatre gagn\u00e9 la bataille de l\u2019assiette, digne des hommes et femmes de go\u00fbt et honorables nationaux, de surcro\u00eet, s\u2019il en est&nbsp;! Cela signifierait que Maillot soignerait encore nos voitures dans l\u2019interminable avenue, et que l\u2019Europe aurait oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9vident protectionnisme de granit des Etats-Unis une force qui l\u2019\u00e9quilibrerait .<\/p>\n\n\n\n<p>************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Les strat\u00e9gies \u00e9l\u00e9mentaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 28 ao\u00fbt 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 596<\/p>\n\n\n\n<p>La strat\u00e9gie, si elle rel\u00e8ve rarement de principes moraux, r\u00e9clame du moins des buts clairs et un mode d\u2019emploi simple. Compliqu\u00e9e et desservie par ses propres metteurs en sc\u00e8ne, elle devient suspecte. Comme toujours apr\u00e8s une alerte, le Kosovo en l&rsquo;occurrence, les Am\u00e9ricains s&rsquo;interrogent sur leurs buts et les r\u00e9sultats obtenus. D&rsquo;autres aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Et si Bill Clinton allait terminer son second mandat par une amputation d\u00e9cisive de l\u2019arsenal nucl\u00e9aire am\u00e9ricain&nbsp;? \u00a0\u00bb&nbsp;Quel r\u00eave&nbsp;!&nbsp;\u00a0\u00bb s\u2019exclame William Pfaff, journaliste jamais en retard pour inciter ses compatriotes \u00e0 consid\u00e9rer l\u2019essentiel. Car sans une remise en cause radicale du probl\u00e8me nucl\u00e9aire, le monde, apr\u00e8s le Kosovo, est en route vers une prolif\u00e9ration \u00e0 une \u00e9chelle jamais vue. Depuis des ann\u00e9es, le gouvernement am\u00e9ricain a tent\u00e9 d\u2019\u00e9viter cette prolif\u00e9ration. Mais les Etats-Unis se sont toujours exempt\u00e9s de l\u2019effort de non-prolif\u00e9ration qu\u2019ils imposent aux autres, tout en accroissant leurs forces nucl\u00e9aires hors de proportions avec les menaces r\u00e9elles ou pr\u00e9visibles. Il ne peuvent rien d\u00e9sormais sur la Grande-Bretagne,<\/p>\n\n\n\n<p>la France, la Russie, la Chine et Isra\u00ebl. Quant \u00e0 l\u2019Inde et au Pakistan, on fait semblant de croire qu\u2019ils ne poss\u00e8dent que des proc\u00e9d\u00e9s et non les armes nucl\u00e9aires. Dans le conflit du Kosovo, les Etats-Unis ont trait\u00e9 les Nations Unies, la Russie et la Chine comme quantit\u00e9s n\u00e9gligeables. Si Milosevic avait dispos\u00e9 d\u2019une dissuasion nucl\u00e9aire, tout aurait \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rent. Le monde entier le sait et il est \u00e9vident d\u00e9sormais que rien n\u2019arr\u00eatera la prolif\u00e9ration nucl\u00e9aire si les puissances d\u00e9tentrices de l\u2019arme ne r\u00e9duisent leurs arsenaux au niveau minimum pour assurer une dissuasion cr\u00e9dible. Mieux encore, il faudrait aussi que les puissances nucl\u00e9aires s\u2019accordent sur une riposte multilat\u00e9rale \u00e0 un premier emploi d\u2019une telle arme. Ce serait plus efficace que les vaines tentatives de Washington pour interdire \u00e0 tous la prolif\u00e9ration, sauf \u00e0 eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>En attendant, cette strat\u00e9gie aura tous les d\u00e9sordres et improvisations de la puissance, ne seraient-ce que les fausses justifications de vocabulaire entre victoire et succ\u00e8s \u00e0 long terme, entre compromis et apaisement, entre valeur morale et int\u00e9r\u00eat trop bien compris.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Les Europ\u00e9ens commencent-ils \u00e0 comprendre que \u00a0\u00bb&nbsp;l\u2019exception&nbsp;\u00a0\u00bb am\u00e9ricaine travaille contre eux-m\u00eames, si fragilement unis, mais contre les Am\u00e9ricains aussi que leurs attitudes outranci\u00e8res rendent insupportables. Ceux-ci ne peuvent \u00e0 la fois d\u00e9plorer le retard de la technologie militaire europ\u00e9enne (liaisons, communications, renseignements), tout faire pour que la mise \u00e0 niveau -qui est ais\u00e9e- ne s\u2019accomplisse pas, et refuser de partager les donn\u00e9es dont ils disposent. Les Europ\u00e9ens ne vont pas ind\u00e9finiment renoncer \u00e0 pallier une assistance am\u00e9ricaine, qui ne leur est pas donn\u00e9e et qui est jalousement pr\u00e9serv\u00e9e pour justifier la pr\u00e9sence des armes am\u00e9ricaines ad vitam aeternam. La strat\u00e9gie europ\u00e9enne, qui est encore n\u00e9buleuse, gagnerait \u00e0 d\u00e9crire simplement les r\u00e9alit\u00e9s et les moyens d\u2019y inscrire la vision et les int\u00e9r\u00eats du continent.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord, s\u2019agissant des armes nucl\u00e9aires, l\u2019Europe peut \u00e9laborer un discours moderne fond\u00e9 simultan\u00e9ment sur le renforcement de la logique de la dissuasion et sur les progr\u00e8s du d\u00e9sarmement. Elle peut jouer sur la transparence et la r\u00e9ciprocit\u00e9, en d\u00e9pit de l\u2019opacit\u00e9 de la Chine ou des Etats se tenant sur le seuil nucl\u00e9aire. Elle doit d\u00e9montrer que l\u2019arme nucl\u00e9aire est avant tout une garantie de stabilit\u00e9 pour la s\u00e9curit\u00e9 internationale et non un instrument de coercition. Cette tentative neuve peut \u00eatre f\u00e9conde, alors que l\u2019on voit bien \u00e0 quelles initiatives et \u00e0 quels d\u00e9sordres conduit la poursuite de &nbsp;\u00a0\u00bb&nbsp;l\u2019exclusivit\u00e9&nbsp;\u00a0\u00bb am\u00e9ricaine. Richard Holbrooke, atteignant enfin son poste d\u2019ambassadeur aux Nations Unies, pour seulement dix-huit mois sans doute, aura la rude t\u00e2che de justifier pourquoi cette exception dispense de payer ses cotisations.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 la strat\u00e9gie europ\u00e9enne, elle passe d\u2019abord par des d\u00e9marches \u00e9l\u00e9mentaires&nbsp;: la volont\u00e9 politique et la coh\u00e9rence des efforts militaires. Le d\u00e9veloppement de comp\u00e9tences de d\u00e9fense au sein de l\u2019Union europ\u00e9enne est un projet l\u00e9gitime&nbsp;; cette l\u00e9gitimit\u00e9 fonde toutes les recherches d\u2019organisation commune, \u00e0 partir de ce qui existe d\u00e9j\u00e0 (UEO) et du d\u00e9veloppement des relations ext\u00e9rieures de l\u2019Union, dans toutes ses composantes. Quand l\u2019Europe aura une vision claire du dispositif institutionnel qu&rsquo;elle doit mettre en \u0153uvre, au b\u00e9n\u00e9fice de son \u00e9largissement, les ajustements avec l\u2019OTAN rel\u00e8veront d\u2019une d\u00e9marche \u00e9vidente, d\u2019une logique implicite de comportement d\u2019un ensemble ayant une dimension mondiale.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 aussi, la transparence sera la premi\u00e8re vertu de la strat\u00e9gie de l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>**************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Farce tragique \u00e0 Timor.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 21 ao\u00fbt 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 595<\/p>\n\n\n\n<p>Lundi 30 ao\u00fbt, Timor oriental devrait voter massivement pour son ind\u00e9pendance. Rien n\u2019est s\u00fbr cependant, l\u2019Indon\u00e9sie craignant que d\u2019autres \u00eeles ne soient tent\u00e9es de suivre cet exemple. Depuis 1975, l\u2019ancienne colonie portugaise a subi la f\u00e9rule des militaires indon\u00e9siens qui, directement ou par des bandes auxiliaires d\u00e9vou\u00e9es et redoutables, ont fait r\u00e9gner la terreur. Durant plus de vingt ans, l&rsquo;indiff\u00e9rence internationale \u00e0 ce scandale aura \u00e9t\u00e9 la r\u00e8gle. Timor oriental \u2013terre \u00e9trang\u00e8re \u2013 aura \u00e9t\u00e9 envahi, occup\u00e9, massacr\u00e9, en d\u00e9ni de tout droit et de toute humanit\u00e9. Les consciences, groupes et Etats ont \u00e9t\u00e9 trop rares pour soutenir l\u2019\u00e9preuve tragique de 900.000 personnes vou\u00e9es au malheur. Leur r\u00e9sistance path\u00e9tique finit par \u00e9mouvoir jusqu\u2019au jury du Prix Nobel qui fit de Jose Ramos-Horta, champion de l\u2019ind\u00e9pendance, et de Ximenes Belo, l\u2019\u00e9v\u00eaque de Dili (la capitale) ses laur\u00e9ats pour la Paix, en 1996. L\u2019ex-Pr\u00e9sident des Etats-Unis Jimmy Carter, recycl\u00e9 dans les causes d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es, aura men\u00e9 le bon combat pour que son propre pays d\u00e9montre qu\u2019il \u00e9tait capable aussi de d\u00e9fendre des droits \u00e9l\u00e9mentaires et de racheter ainsi l\u2019appui inconditionnel donn\u00e9 si longtemps \u00e0 l\u2019Indon\u00e9sie. La revue \u00a0\u00bb&nbsp;Time&nbsp;\u00a0\u00bb classe d\u00e9sormais Carter, en lutte contre la violence ethnique, parmi les \u00a0\u00bb&nbsp;gagnants&nbsp;\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>Mieux, aux derni\u00e8res nouvelles, le Secr\u00e9taire d\u2019Etat Albright aurait manifest\u00e9 \u00e0 Djakarta son vif d\u00e9plaisir devant son double jeu. Alors, si Madeleine s\u2019en occupe, le menton volontaire, on devrait soupirer d\u2019aise. Washington a donc mis en demeure l\u2019Indon\u00e9sie de remplir ses obligations, avant et apr\u00e8s le vote du 30 ao\u00fbt, en assurant aux Timorais une v\u00e9ritable s\u00e9curit\u00e9. Si Djakarta y manquait cela jetterait \u00a0\u00bb&nbsp;un s\u00e9rieux doute sur les r\u00e9alit\u00e9s d\u00e9mocratiques de l\u2019Indon\u00e9sie et ses efforts pour regagner le respect international&nbsp;\u00ab\u00a0. Ce qui se passe, a ajout\u00e9 Madeleine, est \u00a0\u00bb&nbsp;de l\u2019intimidation ou pire. C\u2019est inacceptable. Je rappelle \u00e0 tous les int\u00e9ress\u00e9s et dans les termes les plus forts possible qu\u2019ils sont dans l\u2019obligation de respecter les r\u00e9sultats du r\u00e9f\u00e9rendum et d\u2019assurer une v\u00e9ritable s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 tous les Timorais&nbsp;\u00ab\u00a0. Fermons le ban, en souhaitant qu\u2019il ne s\u2019ouvre pas \u00e0 nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Mais jusqu\u2019au bout les militaires indon\u00e9siens et leurs cliques se sont pr\u00e9par\u00e9s et appliqu\u00e9s, par la terreur et la fraude, \u00e0 fausser le scrutin du lundi 30 ao\u00fbt 1999. Ce faisant, ils ont choisi, au vu de multiples missions internationales, de tourner en d\u00e9rision les efforts de la conscience universelle -pour parler pompeusement- et ceux des Nations Unies. Celles-ci ont \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement m\u00e9ritoires&nbsp;: d\u00e8s d\u00e9cembre 1975, elles ont refus\u00e9 le coup de force indon\u00e9sien (r\u00e9solution 384 du Conseil de s\u00e9curit\u00e9) et en mai &#8211; juin 1999, enfin, elles ont pr\u00e9sid\u00e9 aux n\u00e9gociations entre l\u2019Indon\u00e9sie et le Portugal, rendant possible la consultation imminente d\u2019une population \u00e0 90% timoraise, c\u2019est-\u00e0-dire papoue, matin\u00e9e de portugais et catholique. M. Kofi Annan, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, qui a d\u00fb d\u00e9j\u00e0 deux fois reporter le scrutin, est autant, sinon plus, engag\u00e9 que Mme Albright au respect des \u00e9ch\u00e9ances. &nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019information internationale est d\u2019une indiff\u00e9rence marmor\u00e9enne. La fran\u00e7aise , sp\u00e9cialement. On attend les manifestations indign\u00e9es dont le gouvernement n\u2019est g\u00e9n\u00e9ralement pas avare. A titre anecdotique, notons que deux intellectuels arabes, le Marocain Tahar ben Jelloun et l\u2019Egyptien Mahmoud Hussein ont protest\u00e9 conjointement, dans \u00a0\u00bb&nbsp;Lib\u00e9ration&nbsp;\u00ab\u00a0, contre la candidature \u00e0 la direction g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019Unesco d\u2019un Saoudien dont ils exigent le retrait, car son pays n\u2019a pas sign\u00e9 la \u00a0\u00bb&nbsp;D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019homme&nbsp;\u00ab\u00a0. Mais ils sont muets sur la candidature aussi du repr\u00e9sentant de l\u2019Indon\u00e9sie, dont ils auraient, semble-t-il, une meilleure image, bien que Timor-est soit bourr\u00e9 de soldats, de re\u00eetres, de \u00a0\u00bb&nbsp;forces sp\u00e9ciales&nbsp;\u00ab\u00a0, qui ont sem\u00e9 200.000 cadavres depuis 1975, sur 900.000 habitants et 15.000km2&nbsp;! A Dili, les militaires viennent de c\u00e9l\u00e9brer le 54\u00b0 anniversaire de l\u2019ind\u00e9pendance indon\u00e9sienne en ouvrant le feu sur les bureaux du parti de l\u2019ind\u00e9pendance timoraise.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelle que soit la \u00a0\u00bb&nbsp;saga&nbsp;\u00a0\u00bb de l\u2019Indon\u00e9sie, pays form\u00e9 de 13.700 \u00eeles et peupl\u00e9 de 200 millions d\u2019\u00eatres, exaltant la tol\u00e9rance ethnique et religieuse, parmi plus de 300 groupes, aux 400 langues et dialectes, quelle que soit la Constitution de 1945, si totalement et si longtemps capt\u00e9e par les militaires, quelles que soient les esp\u00e9rances \u00e9conomiques apr\u00e8s une retentissante faillite, l\u2019Indon\u00e9sie ne se tirera pas d\u2019affaire, en accablant les plus faibles au nom d\u2019un nationalisme v\u00e9h\u00e9ment. M. Habibie, le successeur du Pr\u00e9sident Suharto, sait bien que d\u2019autres tensions, celles-ci proprement indon\u00e9siennes, au nord dans l\u2019\u00eele d\u2019Aceh, par exemple, n\u2019ont pas de commune mesure avec la vaine gloriole des militaires dans le Timor\u2013est, si \u00e9tranger \u00e0 sa r\u00e9publique autoritaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour conjurer un avenir incertain, Timor a hiss\u00e9 son drapeau bleu, vert et blanc, celui de l\u2019ind\u00e9pendance si ch\u00e8rement pay\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>***************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Libye&nbsp;: trente ans d\u00e9j\u00e0&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 14 ao\u00fbt 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 594<\/p>\n\n\n\n<p>Le 1<sup>er<\/sup>&nbsp;septembre 1999, dans quelques jours, la Libye et Kadhafi auront accompli trente ann\u00e9es de vie commune. Le 1<sup>er<\/sup>&nbsp;septembre est f\u00eate nationale, celle de la R\u00e9volution, comme le drapeau vert symbolise la foi islamique et la r\u00e9volution agricole. Le Colonel Moammar al-Kadhafi est le chef de la R\u00e9volution. N\u00e9 en 1942, il prit le pouvoir \u00e0 27 ans, l\u2019arrachant au Roi Idriss 1<sup>er<\/sup>&nbsp;es-Senoussi, install\u00e9 en 1951. Ces pr\u00e9cisions ne sont pas capitales. La Libye a eu un long pass\u00e9 de province turque, gouvern\u00e9e par des pachas, dont l\u2019un avait fond\u00e9 une dynastie qui dura un si\u00e8cle, jusqu\u2019en 1833. L\u2019Italie s\u2019installa \u00e0 partir de 1911. D\u00e8s 1943, la Libye fut plac\u00e9e sous un contr\u00f4le anglo-am\u00e9ricain qui n\u2019a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre d\u00e9terminant sur les vicissitudes de la Jamahiriya arabe, populaire et socialiste, conduite par le jeune colonel. En 1958, le p\u00e9trole avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert. C\u2019est tout dire.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>La g\u00e9ographie et ses donn\u00e9es p\u00e9rennes sont plus importantes que l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e9ride politique, dont le pittoresque est sans cesse renouvel\u00e9. La Libye, vaste superficie de 1.755.000 km2, a des fronti\u00e8res communes et tr\u00e8s \u00e9tendues, avec six pays&nbsp;: la Tunisie, l\u2019Alg\u00e9rie, le Niger, le Tchad, le Soudan et l\u2019Egypte. Sans compter pr\u00e8s de 2.000 kms de c\u00f4tes m\u00e9diterran\u00e9ennes. Il est utile d\u2019y penser pour comprendre l\u2019effervescence continuelle de l\u2019imagination du bouillant colonel. Mais il faut aussi noter qu\u2019elle s\u2019appuie sur le caract\u00e8re atavique d\u2019une tradition libyenne&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;la politique des deux golfes&nbsp;\u00a0\u00bb -du Golfe de Syrte au Golfe de Guin\u00e9e- fondement des aspirations de la puissante confr\u00e9rie Senoussia qui a exprim\u00e9, \u00e0 elle seule, toute la continuit\u00e9&nbsp;strat\u00e9gique du pays&nbsp;: de la M\u00e9diterran\u00e9e \u00e0 l\u2019Atlantique, au travers de l\u2019Afrique. C\u2019est \u00e0 celle-ci qu\u2019il faut imputer la plupart des \u00a0\u00bb&nbsp;fantaisies&nbsp;\u00a0\u00bb suppos\u00e9es du caract\u00e8re fantasque de Kadhafi. En ce sens, il serait moins \u00a0\u00bb&nbsp;irresponsable&nbsp;\u00a0\u00bb que la propagande occidentale voudrait le faire croire.<\/p>\n\n\n\n<p>Au demeurant, sa t\u00e9nacit\u00e9 et sa dur\u00e9e m\u00e9ritent une analyse moins d\u00e9sinvolte que celle-ci et que les tentatives d&rsquo;intimidation ou d&rsquo;\u00e9limination physique dont il est l\u2019objet. D\u2019une part, il aura toujours r\u00eav\u00e9 d\u2019\u00e9tonner le monde \u2013rien de moins. Par ses tenues, extravagantes et qui lui font tant de tort, par ses conceptions de la soci\u00e9t\u00e9 des hommes, inscrites doctement dans son \u00a0\u00bb&nbsp;Livre vert&nbsp;\u00ab\u00a0, par l\u2019utilisation faite de sa propre population comme banc d\u2019essai de ses \u00e9chafaudages sociaux et populaires. Il est tentant d\u2019autre part , avec 6 millions d\u2019habitants seulement et des ressources p\u00e9troli\u00e8res et gazi\u00e8res consid\u00e9rables, de se d\u00e9gager des contraintes habituelles et besogneuses, d\u2019imposer sa propre dialectique et son go\u00fbt du pouvoir. Les caprices \u00a0\u00bb&nbsp;d\u2019enfant g\u00e2t\u00e9&nbsp;\u00a0\u00bb ne sont pas loin, m\u00eal\u00e9s \u00e0 la m\u00e9ditation face \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9, dans le d\u00e9sert.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan de la politique ext\u00e9rieure, arabe et africaine, r\u00e9gionale par cons\u00e9quent, le chef libyen n\u2019aura cess\u00e9 de proposer des mariages tous azimuts. Avances sans cesse repouss\u00e9es ou unions sans lendemains, tactiques irr\u00e9alistes et boiteuses, paraissant d\u00e9nu\u00e9es du moindre s\u00e9rieux. Mais derri\u00e8re cette quincaillerie \u00e9tatique, on peut d\u00e9couvrir aussi la conviction et l\u2019explication. Kadhafi est arabe, africain et m\u00e9diterran\u00e9en. De ces trois caract\u00e9ristiques, la premi\u00e8re l\u2019emporte, s\u2019il faut les classer. Son patriotisme s\u2019alimente et s\u2019exacerbe d\u2019\u00eatre le fils d\u2019un pays \u00e0 peine lib\u00e9r\u00e9 des dominations ext\u00e9rieures, politiques et \u00e9conomiques. Il est toujours ardent \u00e0 r\u00eaver qu\u2019il peut bouleverser l\u2019ordre mondial, y compris par les m\u00e9thodes les plus exp\u00e9ditives, les ayant lui-m\u00eame subies. Il lui reste bien du chemin \u00e0 faire, si l\u2019on veut consid\u00e9rer le poids et la pr\u00e9sence des soci\u00e9t\u00e9s p\u00e9troli\u00e8res am\u00e9ricaines, en Libye m\u00eame, en 1999 encore, (apr\u00e8s sept ann\u00e9es d\u2019embargo a\u00e9rien et militaire des Nations Unies&nbsp;!). Les techniciens am\u00e9ricains sont toujours l\u00e0, n\u2019ont pas perdu leur nationalit\u00e9, et Kadhafi n\u2019a pas touch\u00e9 un seul de leurs cheveux\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais si, l\u2019\u00e2ge venant, Kadhafi a d\u00e9sormais l\u2019ambition d\u2019\u00eatre l\u2019un des \u00a0\u00bb&nbsp;sages de l\u2019Afrique&nbsp;\u00ab\u00a0. Je crois que c\u2019est encore plus compliqu\u00e9 que cela, compliqu\u00e9 par le d\u00e9sir de se tenir \u00e0 l\u2019aile marchante et de s\u2019inscrire dans la comp\u00e9tition des glorioles, si prompte et pr\u00e9judiciable entre les chefs africains, de l\u2019Alg\u00e9rie \u00e0 l\u2019Afrique du Sud. Mais cr\u00e9ditons-le, hors de la sc\u00e8ne internationale, dans cette trop br\u00e8ve revue, des apports fondamentaux qu\u2019il a fait \u00e0 son pays&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; le dynamisme \u00e9conomique et les grands travaux, au-del\u00e0 des d\u00e9penses d\u2019armement.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; l\u2019Islam mod\u00e9r\u00e9 et \u00e9clair\u00e9 qu\u2019il n\u2019a cess\u00e9 d\u2019encourager et de pratiquer , ce qui suffirait \u00e0 son m\u00e9rite et \u00e0 sa gloire, si on acceptait, de bonne foi, de le reconna\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; l\u2019appui d\u00e9cisif et constant donn\u00e9 \u00e0 la lib\u00e9ration des femmes, \u00e0 leur promotion et \u00e0 leurs responsabilit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>En trente ans de pr\u00e9sence, ces trois rubriques suffisent pour plaider, en faveur de Kadhafi, mieux que des circonstances att\u00e9nuantes, un dossier en r\u00e9habilitation, parmi tant d\u2019incons\u00e9quences parfois tragiques.<\/p>\n\n\n\n<p>**********************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Fragiles pr\u00e9sages.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 7 ao\u00fbt 1999<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; MEDI. I n\u00b0 593<\/p>\n\n\n\n<p>Du fond de ses horreurs, le Kosovo a d\u00e9j\u00e0 cess\u00e9 d\u2019accaparer l\u2019attention mondiale. Voici que les esprits s\u2019emparent de th\u00e8mes suscitant quelque optimisme. Les pr\u00e9sages en sont fragiles. C\u2019est&nbsp;\u00a0\u00bb&nbsp;tendance&nbsp;\u00ab\u00a0, dira-t-on, aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>Tandis que le \u00a0\u00bb&nbsp;nouveau&nbsp;\u00a0\u00bb monde des affaires presse les politiques de se mettre \u00e0 l&rsquo;heure de la mondialisation, du march\u00e9 et de chasser leurs d\u00e9marches id\u00e9ologiques, trop famili\u00e8res, les \u00ab\u00a0nouveaux\u00a0\u00bb chefs des mondes en d\u00e9veloppement, eux aussi, pr\u00e9tendent dominer les fureurs doctrinaires, religieuses et historiques et g\u00e9rer leurs r\u00e9centes responsabilit\u00e9s de fa\u00e7on pratique, sans se laisser arr\u00eater par les blocages du pass\u00e9 et des jeux trop longtemps convenus.<\/p>\n\n\n\n<p>Du \u00a0\u00bb&nbsp;grand business&nbsp;\u00a0\u00bb aux jeunes chefs d\u2019Etats, le m\u00eame pragmatisme int\u00e9ress\u00e9 prend son envol, \u00e0 des niveaux qui ne peuvent se comparer, certes. Mais l\u2019annonce d\u2019une donne insolite est int\u00e9ressante. Ici, une capacit\u00e9 consid\u00e9rable se mobilise, pour imposer des m\u00e9thodes et conceptions globales. L\u00e0, l\u2019esp\u00e9rance d\u2019\u00e9teindre de tr\u00e8s vieilles lubies et d\u2019\u00e9clairer la g\u00e9ographie par l\u2019action et non plus par l\u2019histoire, de se d\u00e9barrasser de son carcan, en suscitant un manuel de campagne pour assurer le bon voisinage.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces deux tendances ne se ressemblent gu\u00e8re, mais la plus fragile va essayer de s\u2019avancer dans le sillage de la plus forte, qui s\u00e9cr\u00e8te ses propres poisons. Disons qu\u2019elles n\u2019ont pas plus de l\u00e9gitimit\u00e9 l\u2019une que l\u2019autre, sinon l\u2019esp\u00e9rance d\u2019une r\u00e9ussite.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi du monde des affaires, pass\u00e9 d\u2019un horizon national \u00e9triqu\u00e9, \u00e0 l\u2019ivresse bruyante d\u2019une autorit\u00e9 mondiale. Les patrons europ\u00e9ens ne sont pas les moins assur\u00e9s, voire agressifs. De Rh\u00f4ne-Poulenc \u00e0 Fiat, de Hoechst \u00e0 Asea Brown Boveri, su\u00e9do-suisse, dans les 11 nations qui ont adopt\u00e9 la monnaie unique europ\u00e9enne, sans oublier le secteur bancaire, le ton est le m\u00eame&nbsp;: incisif, m\u00eame comminatoire. Que les politiciens cessent de brasser des billeves\u00e9es sociales, r\u00e9v\u00e9lant leur irr\u00e9alisme sinon leur manque de caract\u00e8re&nbsp;! Les entrepreneurs sont l\u00e0 pour imposer le sens pratique et celui du possible. N\u2019ont-ils pas convaincu le Chancelier Schr\u00f6eder que la social-d\u00e9mocratie doit subir une cure rigoureuse, afin de sauver l\u2019\u00e9conomie allemande&nbsp;? L\u2019Etat doit \u00eatre aussi efficace, dans la gestion de ses ressources, que les patrons l\u2019ont montr\u00e9 et le montrent en g\u00e9rant les leurs. Evidemment derri\u00e8re tout cela, il y a une id\u00e9ologie, encore et toujours. En l\u2019occurrence, la souverainet\u00e9 absolue du march\u00e9, cette religion int\u00e9ress\u00e9e qui va attiser la guerre commerciale entre l\u2019Europe et les Etats-Unis. Des victimes, fatalement, iront au tapis. Elles sont d\u00e9j\u00e0 inscrites dans les frais g\u00e9n\u00e9raux.<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p>Les jeunes dirigeants des Etats en d\u00e9veloppement ne souhaitent pas compter parmi elles. C\u2019est vrai pour le monde arabe. Ce pourrait l\u2019\u00eatre pour l\u2019Afrique Noire. Avant que ne se d\u00e9cha\u00eene la globalisation tous azimuts, la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration des chefs voudrait au moins avoir tent\u00e9 d\u2019effacer de vaines et impitoyables querelles, avoir dress\u00e9 avec r\u00e9alisme des digues pour y r\u00e9sister, avoir organis\u00e9 une coop\u00e9ration r\u00e9gionale, en M\u00e9diterran\u00e9e, au Proche et Moyen Orient, du Maroc \u00e0 l\u2019Iran, si c\u2019est possible. Les vieux souverains meurent, les princes commencent \u00e0 r\u00e9gner. Mieux qu\u2019en transition, le sens pratique, avec eux, a pris le pouvoir. Qu\u2019ils ne se d\u00e9couragent pas. Seule la vanit\u00e9 est mauvaise conseill\u00e8re. Qu\u2019ils se passionnent pour r\u00e9clamer et organiser des zones mon\u00e9taires communes, des r\u00e9seaux de pr\u00eats aux pauvres qui soient pour ceux-ci une embarcation pour la vie active o\u00f9 ils ne demandent qu\u2019\u00e0 aborder.<\/p>\n\n\n\n<p>Lettre path\u00e9tique de ces deux adolescents de Guin\u00e9e, morts de froid dans le capot du train d\u2019atterrissage, dans l\u2019avion filant vers l\u2019Europe. Message d\u00e9risoire, qui recueille tant de larmes de crocodiles redoutables. Mais ouvrira-t-il l\u2019esprit de quelques chefs du temps pr\u00e9sent&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>**************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9alit\u00e9s marocaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 31 juillet 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 592<\/p>\n\n\n\n<p>Ceux qui ont per\u00e7u le chagrin et la ferveur des foules marocaines, assembl\u00e9es par l\u2019annonce de la mort de Hassan II, auront peut-\u00eatre compris&nbsp;: le roi s\u2019en all\u00e9 dans l\u2019amour de son peuple. Ainsi va le Maroc, bien au-del\u00e0 de la chronique politique.<\/p>\n\n\n\n<p>En trente-huit ans de r\u00e8gne hassanien, l\u2019empire ch\u00e9rifien, devenu royaume du Maroc, s\u2019est transform\u00e9, tout en demeurant immuable. Dans mon enfance , disons avant les ann\u00e9es 30, le pays comptait 3,5 millions d\u2019habitants. Soixante ans apr\u00e8s, la population a atteint 30 millions, elle montera bient\u00f4t jusqu\u2019\u00e0 40 millions. Les besoins, les difficult\u00e9s, ont chang\u00e9 d\u2019\u00e9chelle.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s 1956, le protectorat fran\u00e7ais une fois lev\u00e9, les d\u00e9bats politiques sur la d\u00e9volution des pouvoirs ont pris toute leur ampleur. Le sultan Mohammed V, associant \u00e0 son action Moulay Hassan, devenu bient\u00f4t prince h\u00e9ritier, batailla dur et habilement pour rassembler dans ses mains l\u2019essentiel des pouvoirs. Sa dynastie, r\u00e9gnant sur le Maroc depuis le XVII\u00b0 si\u00e8cle, l\u2019emporta sur les progressistes institutionnels de tout poil.<\/p>\n\n\n\n<p>Mohammed V mourut trop t\u00f4t, en 1961. Mais le roi Hassan II, lui succ\u00e9dant, avait assez d\u2019\u00e9nergie, d\u2019audace, de perspective, voire de d\u00e9sinvolture, pour assurer la continuit\u00e9 des pouvoirs ch\u00e9rifiens. Pendant trente-huit ans, c\u2019est lui qui conduisit la transformation du pays, sans trop offenser les valeurs de la tradition qui habitent l\u2019\u00e2me populaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Roi absolu, certes, il b\u00e9n\u00e9ficia des deux originalit\u00e9s du syst\u00e8me marocain, qui demeurent au c\u0153ur des institutions du pays, r\u00e9form\u00e9es progressivement&nbsp;: le roi est commandeur des croyants, pouvoir spirituel incomparable&nbsp;; d\u2019autre part, les citoyens peuvent prononcer un serment d\u2019all\u00e9geance personnelle au souverain&nbsp;: la&nbsp; \u00a0\u00bb&nbsp;beia&nbsp;\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>Mohammed VI, d\u00e8s maintenant, est investi de ces marques distinctives exceptionnelles. La d\u00e9mocratie \u00e0 l\u2019occidentale, qui peut s\u2019installer d\u00e9sormais au Maroc, ce que Hassan II a soigneusement pr\u00e9par\u00e9 depuis cinq ans, devra, de toute fa\u00e7on, compter avec ces deux particularit\u00e9s attach\u00e9es \u00e0 la personne du souverain de la dynastie alaouite.<\/p>\n\n\n\n<p>La vie fut douce pour le roi Hassan II parce qu\u2019il aimait le pouvoir et qu\u2019il excellait \u00e0 man\u0153uvrer pour consolider le sien. Mais elle lui fut cruelle parce qu\u2019il \u00e9tait en tout le grand responsable, et par cons\u00e9quent la cible de toutes les excitations&nbsp;: sa vie fut directement et publiquement agress\u00e9e. Il devint l\u2019homme de la longue m\u00e9moire mais ne r\u00e9pugnant pas \u00e0 utiliser ult\u00e9rieurement ceux qui l\u2019avaient mis en cause.<\/p>\n\n\n\n<p>Revenu de tout, mais jamais las de provoquer la surprise et de conduire la man\u0153uvre, il con\u00e7ut toutes les infrastructures d\u2019une vie d\u00e9mocratique et assura la mise en place des r\u00e9formes, jusqu\u2019\u00e0 sa fin, en juillet 1999. Il avait m\u00eame invent\u00e9, et impos\u00e9 aux partis, une alternance \u00e0 la marocaine&nbsp;; il la jugeait indispensable, en cette fin si\u00e8cle. La classe politique, toutes tendances confondues, trouvait bien commode que le roi soit le grand inspirateur et le grand responsable, gardant pour elle le soin de v\u00e9hiculer les critiques ouvertement ou mezzo voce.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019heure est venue de ne plus se d\u00e9filer et d\u2019assumer les responsabilit\u00e9s habituelles du pouvoir d\u00e9mocratique, tandis que Hassan II, clos dans le silence du mausol\u00e9e de la tour Hassan, est pleur\u00e9 par tout son peuple.<\/p>\n\n\n\n<p>Car chacun lui rend instinctivement justice, ressentant qu\u2019il fut le roi b\u00e2tisseur du Maroc moderne, dans de colossales difficult\u00e9s. Celui qui, aid\u00e9 d\u2019un seul expert, mit en \u0153uvre l\u2019exploitation des ressources hydrauliques du Maroc, qui con\u00e7ut la d\u00e9centralisation de l\u2019administration et de la justice \u00e0 l\u2019\u00e9chelon des r\u00e9gions, auxquelles correspondent, pour seulement quelques-unes, ses palais. Il f\u00fbt, \u00f4 combien, celui qui relan\u00e7a le Maroc vers les v\u00e9ritables fronti\u00e8res de son histoire avec un acharnement, un patriotisme, une patience m\u00eame, exemplaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Le peuple, que l\u2019on dit petit, surtout parce qu\u2019il est d\u00e9muni, sait tout cela d\u2019instinct et a mesur\u00e9 l\u2019importance internationale de cet inlassable guetteur des ombres du destin humain, de cet animateur polyvalent, de ce protecteur des traditions populaires qui n\u2019a cess\u00e9 de percevoir la passion de ce m\u00eame peuple, le sien, pour le monde moderne.<\/p>\n\n\n\n<p>Bonne route \u00e0 Mohammed VI, qui eut un p\u00e8re si exigeant de lui, mais qui lui a pr\u00e9par\u00e9 les prochaines \u00e9tapes.<\/p>\n\n\n\n<p>**************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb&nbsp;Les psychopathes europ\u00e9ens.&nbsp;\u00a0\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Texte publi\u00e9 dans&nbsp;<em>Le Figaro<\/em>&nbsp;du 27\/7\/99<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 24 juillet 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 591<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb&nbsp;Les psychopathes europ\u00e9ens&nbsp;\u00a0\u00bb&nbsp;: \u00e9videmment cette terminologie n\u2019est pas mienne. Elle est anglaise et scandaleusement instructive. Depuis plusieurs mois \u2013 mais en France, on semble l\u2019ignorer \u2013 divers journaux britanniques sont partis \u00e0 l\u2019assaut des \u00a0\u00bb&nbsp;Huns&nbsp;\u00a0\u00bb (les Allemands) comme si les temps du \u00a0\u00bb&nbsp;Blitz&nbsp;\u00a0\u00bb \u00e9taient revenus. La Grande Bretagne et l\u2019Allemagne s\u2019affrontent sur un champ de bataille macul\u00e9 d\u2019encre sinon de sang. Mais l\u2019ardeur est extr\u00eame. Tandis que les deux alli\u00e9s de la social-d\u00e9mocratie, le Premier Ministre Tony Blair et le Chancelier Gerhard Schroeder publient, en conjonction, manifestes et d\u00e9clarations exaltant la dynamique d\u2019une troisi\u00e8me voie b\u00e9nie, des journaux ont men\u00e9 dans les deux pays des combats chauvins, se renfor\u00e7ant de fr\u00e9n\u00e9sie x\u00e9nophobe. D\u00e9j\u00e0 le retour imminent \u00e0 Berlin de tous les instruments du pouvoir avait \u00e9t\u00e9 suspect\u00e9, \u00e0 Londres, comme le r\u00e9veil des fant\u00f4mes nazis ou l\u2019incitation \u00e0 l\u2019\u00e9veil d\u2019un g\u00e8ne teutonique propice \u00e0 l\u2019\u00e9closion d\u2019un super \u00e9tat europ\u00e9en, press\u00e9 d\u2019imposer sa loi. La contre-attaque allemande a \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diate, men\u00e9e par des \u00e9crivains de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, qui n\u2019a pas connu le nazisme et ne veut pas porter, elle aussi , le poids de ses ignominies. Les Germains voient parfaitement combien la Grande-Bretagne, ayant perdu son empire, attise, dans l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 qu\u2019elle \u00e9prouve, une schizophr\u00e9nie galopante. \u00a0\u00bb&nbsp;L\u2019amn\u00e9sie rend libre , r\u00e9torque l\u2019Anglais. Que peuvent-ils faire, ces Huns, pour nous arr\u00eater de les voir comme les psychopathes de l\u2019Europe&nbsp;?&nbsp;\u00ab\u00a0. Les traits volent, les coups pleuvent.<\/p>\n\n\n\n<p>Evidemment le choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 fait par M. Schroeder de d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats allemands, sans s\u2019embarrasser d\u2019un pass\u00e9 qui s\u2019\u00e9loigne de plus en plus, compte pour beaucoup dans les appr\u00e9hensions anglaises. N\u2019a-t-il pas refus\u00e9 de maintenir une contribution, qu\u2019il juge trop forte, \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne&nbsp;? Ne vient-il pas, \u00e0 deux reprises, de r\u00e9cuser des s\u00e9ances minist\u00e9rielles si la langue de travail n\u2019est pas l\u2019allemand aussi, avec l\u2019anglais et le fran\u00e7ais&nbsp;? Le Sunday Times, les publications de Robert Murdoch et l\u2019ancien ministre tory Lord Tebbit n\u2019y vont pas de main morte. De ce dernier&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;Si Blair veut aller en cadence avec Schroeder, il lui faut apprendre le pas de l\u2019oie&nbsp;\u00ab\u00a0. Tout exc\u00e8s de bonne conscience, revenue sans trop de pr\u00e9cautions, comme tout exercice de puissance men\u00e9 avec une certitude d\u00e9sinvolte s\u00e8ment l\u2019inqui\u00e9tude, l\u2019envie et la m\u00e9fiance.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Les Etats-Unis sont, eux, d\u00e9sormais en place pour \u00e9prouver , \u00e0 leur \u00e9chelle, les m\u00eames difficult\u00e9s que l\u2019Allemagne. On ne peut dire quand leur r\u00e9ussite dans les ann\u00e9es 1990, qui provoquait une admiration \u00e0 contre -c\u0153ur, s\u2019est mu\u00e9e en contrari\u00e9t\u00e9 dans le monde entier, o\u00f9 le triomphalisme de Washington a install\u00e9 d\u00e9fiance et r\u00e9sistance. L\u2019envol du Dow Jones \u00e0 des sommets vertigineux, la crise financi\u00e8re et \u00e9conomique en Asie favorisant l&rsquo;installation des r\u00e8gles et pratiques am\u00e9ricaines n\u2019\u00e9taient pas les moindres \u00e9v\u00e9nements. Puis l\u2019intervention au Kosovo, sur laquelle la glose est loin d\u2019\u00eatre \u00e9puis\u00e9e, a d\u00e9montr\u00e9 du moins une avance technologique \u00e9poustouflante, depuis la guerre du Golfe. Le Kremlin et P\u00e9kin n\u2019en sont pas encore revenus. Que l\u2019Am\u00e9rique se sente fragile en d\u00e9pit de la puissance financi\u00e8re, technologique et militaire \u2013 ses trois piliers d\u2019une force globale&nbsp;; que l\u2019administration Clinton souhaite seulement atteindre le terme de ses 18 mois sans autres guerres ethniques, sans cataclysme \u00e9conomique et arr\u00eat brutal de la prosp\u00e9rit\u00e9, n\u2019en doutons pas. Mais le reste de l\u2019humanit\u00e9, industrieuse ou condamn\u00e9e \u00e0 la souffrance, cette masse d\u2019int\u00e9r\u00eats contraints n\u2019aspirent qu\u2019\u00e0 une chose&nbsp;: que l\u2019Am\u00e9rique ne s\u2019installe pas dans le r\u00f4le de \u00a0\u00bb&nbsp;la nation indispensable&nbsp;\u00ab\u00a0, qui puisse r\u00e9genter au nom de la bonne conscience universelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le papier du moins, les buts internationaux des Etats-Unis sont admirables&nbsp;: assurer la paix et la stabilit\u00e9, les droits de l\u2019homme et la d\u00e9mocratie, le r\u00e8gne du march\u00e9 et l\u2019expansion des \u00e9changes, la protection de l\u2019environnement, l\u2019arr\u00eat de la surpopulation, la lutte contre la faim et le d\u00e9nuement, un d\u00e9veloppement \u00e9quitable et soutenu. Leur attitude et leurs discours, sur tous ces points, seront plus que jamais en question.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Union europ\u00e9enne, bien au-del\u00e0 des zizanies anglo-allemandes que je viens de relater, aussi d\u00e9testables qu\u2019elles soient, est sur le chemin d\u2019une interrogation de taille&nbsp;: au Kosovo, l\u2019 Am\u00e9rique a-t-elle voulu, aussi et surtout, d\u00e9montrer qu\u2019elle \u00e9tait pr\u00eate \u00e0 utiliser sa force avec ou sans l\u2019OTAN, en Europe ou ailleurs&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>**************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Tristes emphases.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 17 juillet 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 590<\/p>\n\n\n\n<p>Tristes emphases&nbsp;: le 35\u00b0 sommet de l\u2019Organisation de l\u2019unit\u00e9 africaine (OUA), tenu \u00e0 Alger du 12 au 14 juillet , ne pouvait gu\u00e8re surprendre. Cette fois, le choix s\u2019est fait d\u2019un r\u00e9alisme douloureux, trop appuy\u00e9 cependant pour t\u00e9moigner d\u2019une volont\u00e9 commune d\u2019agir utilement. Comme il fallait quand m\u00eame se f\u00e9liciter de quelque chose au lieu de pleurer sur l\u2019immensit\u00e9 des malheurs de l\u2019Afrique, le porte-parole de la d\u00e9l\u00e9gation alg\u00e9rienne, M. Boualem Bessayed, a vant\u00e9 \u00a0\u00bb&nbsp;le record d\u2019affluence sans pr\u00e9c\u00e9dent depuis longtemps dans les annales&nbsp;\u00ab\u00a0. Fond\u00e9e en 1963 \u00e0 Addis- Abeba, l\u2019OUA compte 53 membres dont une trentaine est habituellement assidue. A Alger, 38 chefs d\u2019Etat \u00e9taient pr\u00e9sents. Pas de quoi plonger dans le ravissement.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019importe. Les plus repr\u00e9sentatifs d\u2019entre eux ont su dresser l\u2019amer constat. D\u2019abord le Pr\u00e9sident Abdelaziz Bouteflika, qui succ\u00e8de, pour un an, au Burkinab\u00e9 Blaise Compaore, a \u00e9num\u00e9r\u00e9 les d\u00e9fis auxquels est confront\u00e9 le malheureux continent&nbsp;: les conflits ethniques, les guerres civiles, l\u2019endettement, la famine, la s\u00e9cheresse, la d\u00e9gradation des terres agricoles et le sida. Mais la liste peut \u00eatre interminable avec le non-respect des droits de l\u2019homme, l\u2019absence de d\u00e9mocratie, la corruption, l\u2019esclavage et le statut des femmes. On entendit notamment le Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019ONU, M. Kofi Annan, qui aper\u00e7ut des pays, autres que l\u2019Alg\u00e9rie, r\u00e9alisant des succ\u00e8s. Le nouveau Pr\u00e9sident du Nigeria d\u00e9mocratique, Olusegun Obasanjo, qui fut nagu\u00e8re un g\u00e9n\u00e9ral au pouvoir, \u00e9voqua la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un \u00a0\u00bb&nbsp;syst\u00e8me solide de gestion des conflits, la gestion des conflits \u00e9tant plus qu\u2019une cessation des hostilit\u00e9s&nbsp;\u00ab\u00a0. Le Pr\u00e9sident libyen Moammar Kadhafi, qui se borna \u00e0 quelques singularit\u00e9s, proposa surtout la tenue dans son pays, en septembre, d\u2019un sommet extraordinaire de l\u2019OUA pour r\u00e9viser la charte de l\u2019organisation panafricaine. Pourquoi pas apr\u00e8s 36 ann\u00e9es d\u2019acrobaties, dont la reconnaissance d\u2019une R\u00e9publique sarhaouie n\u2019est pas la moindre des pr\u00e9fabrications discutables&nbsp;? Le Roi Hassan II et le Pr\u00e9sident Bouteflika, qui devraient se rencontrer prochainement, pourront en effet en traiter enfin, avec r\u00e9alisme. On vit aussi Nelson Mandela d\u00e9sormais vou\u00e9 au statut d\u2019ic\u00f4ne sacr\u00e9e et Yacer Arafat fatigu\u00e9 de serrer les mains de dirigeants isra\u00e9liens, sans parvenir \u00e0 discerner leur vraie nature. On vit et on entendit encore l\u2019in\u00e9narrable Laurent Kabila qui n\u2019en finit pas de signer des accords de cessation des feux qu\u2019il a lui-m\u00eame allum\u00e9s. Il attend, d\u00e9sormais, l\u2019arriv\u00e9e de Casques bleus de l\u2019ONU et d\u00e9ploie moult amabilit\u00e9s en direction d\u2019une France stup\u00e9faite.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>A dire vrai, le sommet d\u2019Alger a abrit\u00e9 de ses mains pr\u00e9cautionneuses l\u2019esp\u00e9rance si fragile de l\u2019accord conclu le 10 juillet, \u00e0 Lusaka en Zambie entre six chefs d\u2019Etat. On peut douter qu\u2019il termine la guerre \u00a0\u00bb&nbsp;des Grands Lacs&nbsp;\u00a0\u00bb africains. M\u00eame incertitude pour l\u2019accord intervenu le 7 juillet, en Sierra Leone entre les autorit\u00e9s (lesquelles&nbsp;?) et les rebelles du Front r\u00e9volutionnaire uni (RUF). Cette guerre civile, encore plus horrible que toute autre, aura en huit ans atteint l\u2019indicible. Bien au-del\u00e0, en proportion, des 100.000 morts alg\u00e9riens annonc\u00e9s par M. Bouteflika. Depuis mai 1998, l\u2019Erythr\u00e9e et l\u2019Ethiopie se disputent 400 kilom\u00e8tres carr\u00e9s, sans int\u00e9r\u00eat strat\u00e9gique et \u00e9conomique, dit-on. Mais de la Casamance au Tchad , de la Somalie au Congo-Brazzaville, du Soudan aux Comores, l\u2019Afrique se d\u00e9chire dans l\u2019indiff\u00e9rence internationale et ses pl\u00e8bes souffrent, dans celle de leurs dirigeants.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019OUA peut certes compter sur la Pr\u00e9sidence annuelle de M. Bouteflika, industrieux homme d&rsquo;Etat qui sait, quand il le faut, \u00a0\u00bb&nbsp;faire, de n\u00e9cessit\u00e9, vertu&nbsp;\u00a0\u00bb et dresser des r\u00e9quisitoires tactiques ou prononcer des incantations \u00e0 l\u2019effort. Il n\u2019est pas certain pourtant que, dans l\u2019Afrique aux ambitieux dirigeants, les Etats de premier rang, tels le Nigeria, l\u2019Afrique du Sud, la Libye m\u00eame lui laisseront la libert\u00e9 de man\u0153uvre dont il disposa jadis, durant quatorze ann\u00e9es. Pour devenir l\u2019Etat phare des pays en d\u00e9veloppement, la concurrence sera rude et le savoir-faire ne sera pas superflu.<\/p>\n\n\n\n<p>**************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Les incons\u00e9quents.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 10 juillet 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 589<\/p>\n\n\n\n<p>Les incons\u00e9quents&nbsp;: ils ne calculent plus les suites de leurs d\u00e9marches, de leur faire et de leur dire. Depuis que la droite, en France, s\u2019est lanc\u00e9e dans les d\u00e9rapages incontr\u00f4l\u00e9s, elle m\u00e9rite bien pareille \u00e9pith\u00e8te. La sagesse populaire, plus cruelle, aurait recours au vieux proverbe&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp; A ventre so\u00fbl , cerises am\u00e8res&nbsp;\u00ab\u00a0. Quand on est rassasi\u00e9, les meilleures choses perdent leur prix. C\u2019est bien ce que d\u00e9montre la conduite de ceux qui ont suivi ou admir\u00e9 le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle et qui oublient si fort aujourd\u2019hui l\u2019essentiel de son ouvrage.<\/p>\n\n\n\n<p>Il sut porter les fragiles esp\u00e9rances d\u2019une France jet\u00e9e \u00e0 terre. Longtemps apr\u00e8s, revenu \u00e0 son secours, il assura les fondements de son avenir, en la dotant d\u2019institutions m\u00fbrement m\u00e9dit\u00e9es. La Constitution de la V\u00e8 R\u00e9publique, qui perdure depuis quarante ans, est le legs capital qu\u2019il aura fait \u00e0 son \u00a0\u00bb&nbsp;cher et vieux pays&nbsp;\u00ab\u00a0. Celui-ci aura travers\u00e9 bien des bourrasques, mais l\u2019\u00e9difice b\u00e2ti par le G\u00e9n\u00e9ral, souple et r\u00e9sistant, a tenu bon.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici que jeunes ou moins jeunes de ses thurif\u00e9raires, parce que leur imagination et leur r\u00e9solution se sont ankylos\u00e9es, parce que les recettes politiques semblent \u00e9cul\u00e9es dans le temps pr\u00e9sent, parce que l\u2019\u00e9chec secoue leur torpeur sans les redresser, les m\u00eames ont recours \u00e0 la vieille drogue dont le G\u00e9n\u00e9ral les avait sevr\u00e9s&nbsp;: ils veulent changer la Constitution, \u00a0\u00bb&nbsp;inventer&nbsp;\u00a0\u00bb la VI\u00b0 R\u00e9publique, c\u2019est-\u00e0-dire recourir \u00e0 la bo\u00eete \u00e0 malices du pass\u00e9 en donnant \u00e0 croire qu\u2019ils ont d\u00e9couvert le bouton \u00e0 cinq trous. Subtilit\u00e9s grossi\u00e8res qui ne sont pas \u00e0 l\u2019honneur de leurs \u00e9lecteurs suppos\u00e9s. Ou aveuglement historique qui affecte cycliquement notre gent politique. Dans les deux cas, cette attitude est aussi d\u00e9sesp\u00e9rante. Viendrait-elle de la gauche, ayant pr\u00e9sentement le vent en poupe, on s\u2019en surprendrait moins. Mais pourquoi, apr\u00e8s les avoir beaucoup d\u00e9nigr\u00e9es, n\u2019aurait-elle pas loyalement et sinc\u00e8rement admis que ces institutions \u00e9taient celles de la R\u00e9publique, celles de tous les Fran\u00e7ais&nbsp;? De surcro\u00eet elles sont b\u00e9n\u00e9fiques \u00e0 la gauche, n\u2019est-ce pas M. Mitterrand \u00e0 qui elles furent si utiles, quoi qu\u2019il ait ant\u00e9rieurement pr\u00e9tendu&nbsp;? Alors cette attitude serait bien illogique.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Tournons-nous donc vers ces ingrats, incons\u00e9quents \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019h\u00e9ritage laiss\u00e9 par Charles de Gaulle. Que pr\u00e9tendent-ils extraire de leur corbeille \u00e0 papier \u2013 la bedoucette \u2013 et pour quelles raisons&nbsp;? Ils veulent copier le syst\u00e8me constitutionnel am\u00e9ricain. (Depuis 1787, ils en ont eu tout le temps&nbsp;!). Donc un Pr\u00e9sident \u00e9lu au suffrage universel (nous l\u2019avons depuis 1962), qui ne serait pas responsable devant le l\u00e9gislatif, sur lequel il ne disposerait plus du pouvoir de le dissoudre. Chirac ou Jospin = Clinton. Ainsi ces brillants th\u00e9oriciens mettraient-ils fin au climat d\u00e9l\u00e9t\u00e8re de la cohabitation. Mais l\u2019est-il vraiment&nbsp;? Les Fran\u00e7ais y voient bien des avantages &nbsp;: surtout celui de les pr\u00e9munir contre les \u00a0\u00bb&nbsp;inventions&nbsp;\u00a0\u00bb de la droite ou de la gauche, dont ils auraient la surprise et dont ils feraient les frais. Mieux vaut l\u2019\u00e9quilibre bien \u00e9tudi\u00e9 que les improvisations partisanes&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019ailleurs la cohabitation, d\u00e9crite aujourd\u2019hui comme dangereuse et insupportable, a \u00e9t\u00e9 nagu\u00e8re garantie avec \u00e9loquence, comme tiss\u00e9e dans le droit-fil des institutions de la V\u00b0 R\u00e9publique. Ces institutions, \u00e0 la bienheureuse souplesse, la permettaient, en effet. Le syst\u00e8me am\u00e9ricain, appliqu\u00e9 en France, ne l\u2019autoriserait plus. Quelle gal\u00e9jade&nbsp;! La vie publique am\u00e9ricaine est enti\u00e8rement occup\u00e9e par une cohabitation entre le Pr\u00e9sident et le S\u00e9nat, peupl\u00e9e d\u2019incidents et d\u2019arrangements aupr\u00e8s desquels les n\u00f4tres sont d\u2019aimables fabliaux. Fausse s\u00e9paration des pouvoirs et arbitrages constants entre ceux-ci. A propos, la nomination de l\u2019Ambassadeur Holbrooke n\u2019a toujours pas re\u00e7u le feu vert du S\u00e9nat.<\/p>\n\n\n\n<p>Faux rem\u00e8des de ces faux m\u00e9decins, accoucheurs d\u2019une VI\u00b0 R\u00e9publique, dont nul n\u2019\u00e9prouve \u00a0\u00bb&nbsp;l\u2019ardente obligation&nbsp;\u00ab\u00a0. Que tous ces \u00e9tats-majors \u00e9parpill\u00e9s et d\u00e9sunis, qui se pr\u00e9tendent les enfants de De Gaulle, ou plus modestement du gaullisme, renoncent \u00e0 des artifices dangereux pour se donner l\u2019illusion d\u2019exister. Longue vie aux institutions de la V\u00b0 R\u00e9publique, qui ne sont certes pas \u00a0\u00bb&nbsp;ringardes&nbsp;\u00a0\u00bb mais pris\u00e9es et illustres, au dehors des c\u00e9nacles de notre politique int\u00e9rieure. Il serait plus utile, pr\u00e9sentement, qu\u2019ils s\u2019inqui\u00e8tent des mutations qui traversent la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, visiblement d\u00e9cid\u00e9e d\u00e9sormais \u00e0 ne plus s\u2019inscrire dans les cat\u00e9gories d\u2019une gauche ou d\u2019une droite, mais ailleurs, dans la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une vie quotidienne, au nom de laquelle elle entend prendre la parole.<\/p>\n\n\n\n<p>*************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Mais encore&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 3 juillet 1999<\/p>\n\n\n\n<p>Les langues r\u00e9gionales ou minoritaires, objet d\u2019une Charte europ\u00e9enne, \u00e0 l\u2019initiative du Conseil de l\u2019Europe, ouverte \u00e0 la signature d\u00e8s 1992, sign\u00e9e par la France le 7 mai 1999, ont provoqu\u00e9 chez nous un de ces \u00a0\u00bb&nbsp;d\u00e9bats jusqu\u2019aux horizons&nbsp;\u00ab\u00a0, dont nous avons le secret.<\/p>\n\n\n\n<p>Les vers de Racine s\u2019imposent absolument&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019ose dire pourtant que je n\u2019ai m\u00e9rit\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>Ni cet exc\u00e8s d\u2019honneur, ni cette indignit\u00e9.&nbsp;\u00ab\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Les passions et les invectives se d\u00e9cha\u00eenent. Trop c\u2019est trop&nbsp;: Des esprits distingu\u00e9s semblent avoir perdu leur habituel contr\u00f4le, fustigeant \u00a0\u00bb&nbsp;l\u2019int\u00e9grisme c\u00e9saro-papiste&nbsp;\u00ab\u00a0\u2026 \u00a0\u00bb&nbsp;la banni\u00e8re du national-r\u00e9publicanisme, arch\u00e9o-jacobin, centralisateur, uniforme\u2026 la peur visc\u00e9rale, barr\u00e9sienne, d\u2019une France souill\u00e9e par la diff\u00e9rence&nbsp;\u00ab\u00a0. Un journal titre en premi\u00e8re page&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;Les langues r\u00e9gionales cassent la France politique&nbsp;\u00ab\u00a0. Il serait bien temps de se soucier de celle qui ne l\u2019est gu\u00e8re ou qui l\u2019est diff\u00e9remment . D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, la ratification en l\u2019\u00e9tat de la charte europ\u00e9enne serait un pas vers le partage du caract\u00e8re officiel de ces langues avec le fran\u00e7ais. \u00a0\u00bb&nbsp;C\u2019est l\u2019\u00e9l\u00e9ment essentiel et qui n\u2019est pas acceptable&nbsp;\u00a0\u00bb a estim\u00e9 Charles Pasqua, notamment. Ainsi le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique a-t-il lanc\u00e9 un pav\u00e9 dans la mare en interrogeant le Conseil constitutionnel, statuant le 15 juin. Il a refus\u00e9 par cons\u00e9quent de r\u00e9viser la Constitution, aux fins de rendre celle-ci compatible avec la Charte. Car les deux textes ne le sont pas. On pensait M. Chirac favorable aux langues r\u00e9gionales. Mais le Conseil constitutionnel ne pouvait accepter que soit proclam\u00e9 \u00a0\u00bb&nbsp;le droit imprescriptible&nbsp;\u00a0\u00bb \u00e0 pratiquer une langue r\u00e9gionale ou minoritaire, non seulement dans la vie priv\u00e9e mais aussi dans la vie publique. Les principes d\u2019indivisibilit\u00e9 de la R\u00e9publique, d\u2019\u00e9galit\u00e9 devant la loi et d\u2019unicit\u00e9 du peuple fran\u00e7ais s\u2019opposent \u00e0 ce que soient conf\u00e9r\u00e9s des droits sp\u00e9cifiques \u00e0 des groupes de locuteurs, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 des personnes qui parlent une m\u00eame langue, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de \u00a0\u00bb&nbsp;territoires&nbsp;\u00ab\u00a0. Le Conseil a cependant soulign\u00e9 que chacun des trente-neuf engagements souscrits par la France \u00e9tait conforme \u00e0 la Constitution.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb&nbsp;O\u00f9 est donc le probl\u00e8me&nbsp;? doit-on conclure platement. Il faudrait d\u2019abord que ceux qui bataillent si ferme aient la sinc\u00e9rit\u00e9 de d\u00e9clarer jusqu\u2019o\u00f9 ils veulent aller pratiquement, apr\u00e8s avoir proclam\u00e9 de flamboyants principes sur la texture de la nation et la coh\u00e9sion de l\u2019Etat. \u00a0\u00bb&nbsp;Il ne faut pas balkaniser la France&nbsp;\u00a0\u00bb avait tout de suite lanc\u00e9 Jean-Pierre Chev\u00e8nement. \u00a0\u00bb&nbsp;Et le gouvernement non plus&nbsp;\u00a0\u00bb peut-on ajouter. \u00a0\u00bb&nbsp;La langue de la R\u00e9publique est le fran\u00e7ais&nbsp;\u00a0\u00bb dit la Constitution. La concurrence des dialectes et parlers r\u00e9gionaux n\u2019est gu\u00e8re \u00e0 craindre. Par contre, il est ais\u00e9 d\u2019apercevoir \u2013comme de faire dire- que, de ceux-ci aux revendications identitaires, autonomistes, le pas sera all\u00e8grement franchi. Ne sont-elles pas d\u00e9j\u00e0 formul\u00e9es&nbsp;? La France d\u2019aujourd\u2019hui est-elle dispos\u00e9e \u00e0 financer la dislocation de son identit\u00e9&nbsp;? Si cette question est \u00e9lud\u00e9e pr\u00e9sentement, elle s\u2019imposera, demain, comme la premi\u00e8re des r\u00e9alit\u00e9s. Les citoyens, devenus soup\u00e7onneux des volutes politiciennes et de leurs cons\u00e9quences, r\u00e9pugneront \u00e0 porter les effets pratiques des postures assum\u00e9es sur le th\u00e9\u00e2tre du Palais Bourbon.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb&nbsp;Les langues r\u00e9gionales doivent \u00eatre promues comme instrument culturel. Elles ne doivent en aucun cas devenir des langues officielles&nbsp;\u00ab\u00a0. Ce propos de bon sens et de mesure, d\u2019un lecteur d\u2019un journal, devrait \u00eatre la r\u00e8gle d\u2019une nation fran\u00e7aise, telle qu\u2019elle s\u2019est form\u00e9e, diverse, composite, mais unitaire, par cons\u00e9quent. Le d\u00e9bat se poursuivra, n\u2019en doutons pas. Avec plus de retenue, esp\u00e9rons-le. D\u00e9j\u00e0 la dialectique souriante du Premier ministre lui fait interpr\u00e9ter, avec optimisme, les principes r\u00e9publicains, rappel\u00e9s par le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Comment rendre compatibles des textes qui ne le sont pas&nbsp;: la Charte europ\u00e9enne sur les langues r\u00e9gionales et la Constitution fran\u00e7aise&nbsp;? Les conditions de leur gen\u00e8se les \u00e9loignent encore plus. L\u00e0, un f\u00e9d\u00e9ralisme exaltant le r\u00e9gionalisme, destructeur des Etats et des Etats-nations. Ici, chez nous, un sentiment unitaire \u00e9rig\u00e9 en principe de survie, par un ensemble composite. Il faudra bien se c\u00f4toyer avec pr\u00e9caution et que les textes s\u2019ajustent, s\u2019ils sont ajustables. Que les Chambres repr\u00e9sentatives (l\u2019Assembl\u00e9e et le S\u00e9nat) mesurent les difficult\u00e9s de cet exercice, et notamment le co\u00fbt budg\u00e9taire \u00e9norme de l\u2019application stricte d\u2019une Charte imprudemment sign\u00e9e, dont la ratification est d\u00e9sormais bien improbable, sauf artifices et contorsions.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vous quitte pour une th\u00e8se de doctorat, qui m\u2019a appris que la RTM (Radio T\u00e9l\u00e9vision Marocaine) diffusait en 3 dialectes berb\u00e8res&nbsp;: tarifit, tamazight et tachelhit pour distinguer les parlers du Rif, du Moyen Atlas et du pays chleuh, au Sud.<\/p>\n\n\n\n<p>*************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>La guerre jamais lasse.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 26 juin 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 587<\/p>\n\n\n\n<p>La guerre jamais lasse&nbsp;: l\u2019Institut international de recherche sur la paix, sis sans surprise \u00e0 Stockholm, d\u00e9nombre, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019autre rem\u00e8de, vingt-sept conflits arm\u00e9s, en 1998, parmi les plus importants. Deux de plus qu\u2019en 1997. Sans compter les feux qui couvent. Onze conflits ont affect\u00e9 l\u2019Afrique. L\u2019Asie en aura support\u00e9 neuf, le Proche-Orient quatre, l\u2019Am\u00e9rique latine deux. L\u2019Europe se sera content\u00e9e d\u2019un seul. Inform\u00e9s et surinform\u00e9s que nous sommes, nous devrions peupler nos m\u00e9moires de leurs horreurs. Que nenni ou quelle chance&nbsp;: nous attendons d\u2019\u00eatre vis\u00e9s directement pour assurer une veille lucide. Et encore&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>En 1998, la guerre s\u2019est implant\u00e9e dans six Etats&nbsp;: l\u2019Angola, l\u2019Ethiopie, l\u2019Erythr\u00e9e, la Guin\u00e9e-Bissau, le Congo (RDC, ex \u2013Za\u00efre), la Yougoslavie. Elle s\u2019est \u00e9teinte difficilement en Irlande du Nord, au Congo-Brazzaville, au Bangladesh. Qui parierait sur une paix durable entre Etats&nbsp;: Inde et Pakistan sur le Cachemire, Ethiopie et Erythr\u00e9e sur leur fronti\u00e8re commune&nbsp;? En 1989, dix ans auparavant, il y eut 36 conflits majeurs (cat\u00e9gorie plus de 1.000 morts) concernant 32 Etats. Conclusion&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;La s\u00e9curit\u00e9 globale n\u2019a pas fait de progr\u00e8s significatifs&nbsp;\u00ab\u00a0. On le soup\u00e7onnait en effet. L\u2019Afrique aux institutions faibles et aux ressources naturelles all\u00e9chantes est vou\u00e9e \u00e0 de multiples affrontements, nourris de l\u2019int\u00e9rieur et de l\u2019ext\u00e9rieur. Les troubles civils en Asie, au c\u0153ur des Etats, ne sont pas pr\u00eats de s\u2019apaiser, bien au contraire. De m\u00eame pour l\u2019Orient, proche et moyen, de la M\u00e9diterran\u00e9e \u00e0 l\u2019Oc\u00e9an indien, et jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ex-Empire russe. Il aura fallu que les Kosovars s\u2019immolent pour frapper l\u2019opinion internationale, si longtemps distraite. L\u2019Inde et le Pakistan, d\u00e9sormais encombr\u00e9s de l\u2019arme atomique, se canonnent comme nagu\u00e8re, avant d\u2019entrer dans la liste des conflits les plus meurtriers. Pour le Rwanda, pas d\u2019estimation, mais pour l\u2019Alg\u00e9rie, depuis 1992 entre 40.000 et 100.000 morts&nbsp;; pour le Soudan, depuis 1983, environ 40.000 morts&nbsp;; pour l\u2019Afghanistan environ 20.000 morts depuis 1992&nbsp;; pour le Congo RDC environ 2.000 depuis 1997&nbsp;; pour la Yougoslavie depuis 1997, environ 2.000&nbsp;; la Sierra Leone se voit attribuer plus de 5.000 morts, depuis 1991. On pourrait dire que l\u2019Institut sur la paix, avec de tels chiffres, pratique une estimation visiblement mod\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Que tirer de ces indications, jet\u00e9es comme au hasard, malgr\u00e9 les classifications traditionnelles entre conflits inter\u00e9tatiques, conflits relevant d\u2019interventions ext\u00e9rieures ponctuelles (ainsi en Libye et au Sri Lanka, par exemple), conflits provoqu\u00e9s par des mouvements de lib\u00e9ration contre des occupations \u00e9trang\u00e8res (comme au Timor oriental), guerres civiles enfin pour changer de r\u00e9gime. L\u2019Alg\u00e9rie est-elle dans cette cat\u00e9gorie&nbsp;? Il le semblerait, d\u00e8s lors que la fin de la guerre civile ne rel\u00e8ve plus d\u2019une solution uniquement militaire, mais aussi politique, le petit peuple \u00e9tant \u00e9cras\u00e9 tout autant par la d\u00e9gradation de son niveau de vie, m\u00eame dans un pays aux riches ressources de p\u00e9trole et de gaz. Justice et progr\u00e8s ne sont pas de vains mots que les dirigeants pourraient utiliser, hors des r\u00e9alit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Et si l\u2019on veut bien consid\u00e9rer l\u2019\u00e9tat du monde , non pas \u00e0 partir des 10 derni\u00e8res ann\u00e9es, mais dans son hypoth\u00e9tique devenir, on fera au moins deux constatations, l\u2019intervention internationale au Kosovo ayant pris son cap, m\u00eame provisoirement. D\u2019abord l\u2019\u00e9tat int\u00e9rieur des Etats-Unis et de la Russie (ces ex-grands de la guerre froide). Dans l\u2019un et l\u2019autre de ces Etats, le trouble est profond sur la circulation des armes conventionnelles, dans la vie habituelle des citoyens. Le d\u00e9sordre des esprits est loin d\u2019\u00eatre apais\u00e9. La chronique en est abondante et atteint jusqu\u2019\u00e0 l\u2019id\u00e9e de la s\u00e9curit\u00e9 internationale. Des trait\u00e9s sur les forces conventionnelles en Europe comme sur la r\u00e9duction et le contr\u00f4le des armements nucl\u00e9aires tra\u00eenent d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment, alors m\u00eame que l\u2019OTAN, en Europe comme au dehors, aspire \u00e0 s\u2019\u00e9tendre. L\u2019autre constatation implique l\u2019Europe directement, sa volont\u00e9 de pr\u00e9sence ou son acquiescement \u00e0 la d\u00e9pendance. Que les Europ\u00e9ens et les Am\u00e9ricains aient \u00a0\u00bb&nbsp;pleinement reconnu la comp\u00e9tence supr\u00eame du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations Unies pour le maintien de la paix et de la s\u00e9curit\u00e9 internationale&nbsp;\u00ab\u00a0, parfait&nbsp;! Que ce Conseil ait install\u00e9 en 1993 un Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie, qu\u2019une conf\u00e9rence diplomatique ait lanc\u00e9 en 1998, \u00e0 Rome, une convention pour une Cour criminelle internationale, encore mieux&nbsp;! Mais que les Europ\u00e9ens militent pour cette aube d\u2019un nouveau droit des gens, la guerre se sentirait plus vite lasse qu\u2019elle ne le para\u00eet, dans ce sombre rapport.<\/p>\n\n\n\n<p>**********************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce important&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 19 juin 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 586<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce important&nbsp;? Ces \u00e9lections europ\u00e9ennes de la mi-juin 1999. Elles m\u00e9ritent bien ce \u00a0\u00bb&nbsp;propos&nbsp;\u00a0\u00bb d\u2019Emile Chartier, dit Alain, qui, pendant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du si\u00e8cle, battit la mesure pour la d\u00e9mocratie \u00e0 l\u2019occidentale. \u00a0\u00bb&nbsp;Beaucoup disent que l\u2019important est d\u2019avancer&nbsp;; je crois plut\u00f4t que l\u2019important est de ne pas reculer.&nbsp;\u00a0\u00bb Les scrutins, en Europe, ne nous auront gu\u00e8re combl\u00e9s. Les \u00e9lecteurs ont brill\u00e9 par leur absence&nbsp;; les urnes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9sert\u00e9es&nbsp;; les votes par rapport au nombre des citoyens inscrits ont \u00e9t\u00e9 ridiculement insuffisants. Des pays comme la Hollande, o\u00f9 l\u2019on s\u2019enorgueillit de porter au plus haut l\u2019id\u00e9e de l\u2019Europe, ont \u00e9t\u00e9 parmi les plus lamentables. Il ne suffit pas de faire la le\u00e7on aux autres&nbsp;; il faut surtout se respecter soi-m\u00eame. Le philosophe Alain l\u2019aurait dit mieux que moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme toujours dans le milieu politique, le plus scandaleux est le plus vite dissimul\u00e9. Dans quelques jours, de Bruxelles \u00e0 Luxembourg et Strasbourg, on ne tiendra compte que des \u00e9lus et non de la fa\u00e7on dont ils l\u2019ont \u00e9t\u00e9. Oubli\u00e9 le chiffre \u00e9norme des abstentions, noy\u00e9s les bulletins blancs parmi les bulletins nuls, alors que les protestataires se sont sp\u00e9cialement d\u00e9plac\u00e9s pour affirmer la d\u00e9termination de leur refus. D\u00e9j\u00e0 sont \u00e0 l\u2019\u0153uvre les combinaisons de couloir. Qui pr\u00e9sidera l\u2019Assembl\u00e9e parlementaire, de la droite molle ou de la gauche ti\u00e8de&nbsp;? J\u2019\u00e9coutais mardi deux repr\u00e9sentantes qui faisaient assaut de leurs talents \u00e0 dire \u00e0 demi, au tiers ou au quart, dans cet art de dorer la pilule. J\u2019aurais tant pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 qu\u2019elles analysent les raisons et les tendances de scrutins aussi maigres mais qui, de la gauche \u00e0 la droite, avaient d\u00e9plac\u00e9 le balancier et ruin\u00e9 quelques ambitions. Du mirobolant Tony Blair \u00e0 Schroeder l\u2019\u00e9blouissant. Il faudra bien se contenter des \u00e9bats des parlementaires de l\u2019 Europe dans les nouvelles attributions de leur institution, tentant de faire la loi, d\u00e9sormais, \u00e0 la Commission qui manque d\u2019humilit\u00e9 et aux Etats peu soucieux d\u2019\u00eatre contr\u00f4l\u00e9s deux fois, par ce Parlement , apr\u00e8s l\u2019avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 domicile. De toute cette agitation si maigrichonne, dissimulant mal les raisons de son anorexie, je ne m\u2019afflige pas outre mesure&nbsp;: la monnaie unique fera plus et plus vite que toutes les postures \u00e9triqu\u00e9es d\u2019un syst\u00e8me repr\u00e9sentatif incapable de susciter plus d\u2019adh\u00e9sions qu\u2019il n\u2019en aura provoqu\u00e9es, en ce mois de juin.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Dans nos villes, villages et lieux-dits, la ferveur fut singuli\u00e8rement parcimonieuse. Soyons indulgents&nbsp;: donnons quelques chiffres qui seront vite oubli\u00e9s puisque seul demeurera atteint l\u2019amour-propre des acteurs de la politique. Inscrits&nbsp;: 40 millions. Votants&nbsp;: 18 millions et demi. Suffrages exprim\u00e9s&nbsp;: 17 millions et demi. Abstentions&nbsp;: 53%. Aucune liste n\u2019obtenant plus de 10 % des inscrits, mais 6% des votants se sont d\u00e9plac\u00e9s pour voter blanc (autant que pour la liste de Robert Hue). Ainsi se mesure une perte de l\u00e9gitimit\u00e9 globale pour ceux en charge de gouverner (majorit\u00e9 comme opposition). Comme l\u2019\u00e9crit un commentateur r\u00e9gional de bonne tenue, \u00a0\u00bb&nbsp;la participation \u00e0 ce scrutin europ\u00e9en est, au mieux, indigente&nbsp;; les effets de personnes jouent \u00e0 plein d\u2019une ville \u00e0 l\u2019autre\u2026&nbsp;\u00a0\u00bb Car, bien s\u00fbr, le rendez-vous des municipales de 2001 excite d\u00e9j\u00e0 tous ceux qui p\u00e8sent, supputent et esp\u00e8rent, en d\u00e9pit d\u2019un ab\u00e9c\u00e9daire aussi \u00e9l\u00e9mentaire. Puisque c\u2019est leur m\u00e9tier\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Pour d\u2019autres qu\u2019\u00e9treint l\u2019ambition pr\u00e9sidentielle, pour un peu plus tard, (comme la perspective des l\u00e9gislatives), la sinc\u00e9rit\u00e9 et la limpidit\u00e9 deviennent plus essentielles que les combinaisons d\u2019\u00e9tats-majors ou d\u2019\u00e9quipes sp\u00e9cialis\u00e9es en s\u00e9rails. Rien ne presse, cet \u00e9t\u00e9, mais ces choix d\u2019attitude et de fond sont d\u00e9sormais indispensables. Les partis et mouvements de droite en sont-ils capables ? L\u2019\u00e9lection europ\u00e9enne, aussi d\u00e9ficiente qu\u2019elle fut en France, a peut-\u00eatre montr\u00e9 que la contagion des m\u00e9thodes d\u2019analyse et d\u2019adaptation aux r\u00e9alit\u00e9s, propres \u00e0 l\u2019\u00e9quipe Jospin, a port\u00e9 vers celle-ci, en cette circonstance, des adh\u00e9sions inhabituelles. Des \u00e9tudes savantes le montreront sans doute. Les sectateurs du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique pourront alors utilement les m\u00e9diter. La sacralisation et l\u2019immobilit\u00e9 (celle des positions acquises) ne sont plus de mise. Viendra celui qui comprendra que le respect de l\u2019homme quelconque et l\u2019ouverture \u00e0 ses inqui\u00e9tudes feront plus pour qu\u2019il soit accept\u00e9 que l\u2019h\u00e9g\u00e9monie partisane, devenue d\u00e9sormais suspecte \u00e0 elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce drame minuscule n\u2019est pas l\u2019essentiel de nos vies.<\/p>\n\n\n\n<p>******************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Vieilles lunes, \u00e9poques r\u00e9volues.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 12 juin 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 585<\/p>\n\n\n\n<p>Vieilles lunes, \u00e9poques r\u00e9volues&nbsp;: \u00eatre en capacit\u00e9 de les constater, pourquoi ne pas s\u2019en r\u00e9jouir&nbsp;? Juin se fait aimable&nbsp;; on en avait besoin. Saluons donc les nouvelles venues de Londres, et celles, \u00e9chapp\u00e9es on ne sait plus d\u2019o\u00f9, tourbillonnant au-dessus des Balkans.<\/p>\n\n\n\n<p>A Londres, par d\u00e9faut de pr\u00e9sence, le socialisme \u00e0 la fran\u00e7aise a accus\u00e9 un s\u00e9v\u00e8re coup de vieux. Deux joyeux lurons, si prodigues en mimiques et sourires entra\u00eenants, le Premier ministre Tony Blair et le Chancelier Gerhard Schroeder \u2013 la \u00a0\u00bb&nbsp;troisi\u00e8me voie&nbsp;\u00a0\u00bb menant au \u00a0\u00bb&nbsp;nouveau centre&nbsp;\u00a0\u00bb &#8211; ont secou\u00e9 les copains de l\u2019Union europ\u00e9enne. Ils leur ont notifi\u00e9 un manifeste commun titr\u00e9&nbsp;: \u00ab\u00a0La voie \u00e0 suivre pour les sociaux-d\u00e9mocrates europ\u00e9ens\u00a0\u00bb. Rien n\u2019est trop beau, d\u00e8s que les yeux sont grands ouverts. Sus \u00e0 l\u2019exc\u00e8s&nbsp;des d\u00e9penses publiques, des imp\u00f4ts. \u00a0\u00bb&nbsp;Le seuil de l\u2019intol\u00e9rable est d\u00e9j\u00e0 atteint&nbsp;\u00ab\u00a0. L\u2019Etat doit guider et non pas r\u00e9genter. La flexibilit\u00e9 doit \u00eatre le ma\u00eetre mot dans les relations professionnelles, pour le march\u00e9 du travail, \u00e9videmment. Assez d\u2019assistance, davantage de formations offertes. La concertation, la libert\u00e9 d\u2019entreprendre, la bureaucratie qui r\u00e9tr\u00e9cit, la simplification qui partout file de l\u2019huile, l\u2019\u00e9galisation des revenus d\u00e9sert\u00e9e de tout sens commun&nbsp;: eh oui&nbsp;! \u00a0\u00bb&nbsp;une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019hommes de centre gauche est arriv\u00e9e au pouvoir&nbsp;\u00ab\u00a0, mart\u00e8le M. Blair. Ce centre gauche o\u00f9 se r\u00e9fugiaient nagu\u00e8re quelques individus brillants et bizarres. Quel changement, quel raz-de-mar\u00e9e&nbsp;! Tony Blair, dont on ne sait jamais avec qui il a form\u00e9 commandite, souhaitait faire dispara\u00eetre l\u2019Internationale socialiste au profit d\u2019un forum d\u00e9mocrate dont le pr\u00e9sident aurait \u00e9t\u00e9\u2026 Bill Clinton. M. Jospin \u00e9tait bien justifi\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 ces surprenantes nouvelles&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;Nous d\u00e9cidons, en France, pour nous-m\u00eames, \u00e0 partir de nos propres id\u00e9es&nbsp;\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il est bien superflu de s\u2019\u00e9chauffer pour ces coups de Jarnac. Ce qui compte est ce que l\u2019on fait (ou que l\u2019on ne fait pas), au-del\u00e0 des nobles draperies de l\u2019id\u00e9ologie et de ses histoires \u00e9piques. Le manifeste anglo-allemand pour une&nbsp;\u00a0\u00bb&nbsp;Europe modernis\u00e9e&nbsp;\u00a0\u00bb constatera qu\u2019entre la coupe et les l\u00e8vres l\u2019espace est p\u00e9rilleux. Tandis qu\u2019en France, dans cette permanence aux dogmes \u00e0 peine \u00e9cul\u00e9s, le Ministre de l\u2019\u00e9conomie et des finances pr\u00e9pare avec discr\u00e9tion la modernisation et la productivit\u00e9 de son \u00e9norme administration de 192.000 fonctionnaires, dont les 80.000 agents de la Direction des imp\u00f4ts. La simplification \u00e0 la DSK sera-t-elle plus efficace et contagieuse que celle de M. Blair&nbsp;? D\u00e9cid\u00e9ment les vieilles lunes, \u00e9teintes, seront-elles entass\u00e9es, sans le dire, au fond des couloirs par l\u2019actuel gouvernement&nbsp;? Le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, de son temps, s\u2019appliquait \u00e0 discerner, sous le fatras accumul\u00e9, ce qu\u2019il nommait \u00a0\u00bb&nbsp;la force des choses&nbsp;\u00ab\u00a0, menant le pays et le monde. Sans doute est-ce bien celle-ci qui aura, avec ou sans l\u2019Internationale socialiste et les jeunes loups aux belles dents, le dernier mot de ces mutations inattendues.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Quant aux Balkans, \u00a0\u00bb&nbsp;la force des choses&nbsp;\u00a0\u00bb y est \u00e0 l\u2019\u0153uvre, en ce mois de juin aux multiples et inqui\u00e9tantes facettes. Une \u00e9poque r\u00e9volue et ses vieilles lunes n\u2019en finissent pas de purger leurs mal\u00e9fices, grav\u00e9s au plus profond des \u00eatres. Or le monde a chang\u00e9, ainsi que le per\u00e7oivent des millions d\u2019esprits. Le vieux \u00a0\u00bb&nbsp;droit des gens&nbsp;\u00ab\u00a0, celui de l\u2019ordre absolu des Etats, \u00e0 la souverainet\u00e9 \u00e9rig\u00e9e en citadelle, s\u2019est d\u00e9sormais modifi\u00e9 et de nouvelles perspectives se sont ouvertes. Oh&nbsp;! ni en Asie, en Chine sp\u00e9cialement, ni au Tibet envahi et submerg\u00e9, ni au Moyen Orient sous contr\u00f4le ext\u00e9rieur et tyrannies locales, ni en Afrique souffrante et taillad\u00e9e a vau-l\u2019eau . Mais les Balkans, eux, ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu\u2019une justice internationale pouvait s\u2019\u00e9tablir et faire pr\u00e9valoir l\u2019exigence morale des individus, la spiritualit\u00e9 de communaut\u00e9s transcendant les fureurs des Etats. L\u2019Europe tente d\u2019\u00eatre cela. Et on va bien le voir, avec ou sans les \u00e9lections du 13 juin dont l\u2019approche a si peu saisi l\u2019opinion. La force d\u00e9ploy\u00e9e pour affirmer les droits des plus faibles va-t-elle triompher&nbsp;? Ou bien est-ce que les arrangements de derni\u00e8re minute \u00e9viteront \u00e0 Milosevic de r\u00e9pondre de ses crimes et lui permettront de durer, guettant la faille dans les r\u00e9solutions de la coalition dress\u00e9e pour l&rsquo;abattre&nbsp;? Reprendra-t-il des combats anachroniques avec la meilleure conscience&nbsp;? Chacun le sait en Europe&nbsp;: si Milosevic demeure accroch\u00e9 \u00e0 son pouvoir, il n\u2019y aura pas de paix durable dans les Balkans. La garde autour du droit nouveau, affirm\u00e9 par les Europ\u00e9ens, sera malais\u00e9e et longue.&nbsp; Mais cet espoir, dont la flamme, si difficile \u00e0 maintenir, est l\u00e0 d\u00e9sormais.<\/p>\n\n\n\n<p>**********************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Les chantiers de l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 5 juin 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 584<\/p>\n\n\n\n<p>Les chantiers de l\u2019Europe, pour d\u00e9marrer, attendent avec impatience la fin de la guerre au Kosovo. On voudrait croire qu\u2019il en est ainsi. Depuis 10 ans, de la Croatie \u00e0 la Bosnie, de Dubrovnik \u00e0 Sarajevo, de Belgrade \u00e0 Pristina, tant de fureurs obtuses ont accabl\u00e9 l\u2019id\u00e9e m\u00eame de l\u2019Europe que l\u2019on r\u00eave maintenant qu\u2019elle s\u2019\u00e9lance. Ce n\u2019est certes pas de la morne comp\u00e9tition \u00e9lectorale du 13 juin que na\u00eetra cette sublime ardeur. Dans chaque pays, des besogneux effeuillent le manuel des candidats en campagne, selon les habitudes locales.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faudrait qu\u2019au del\u00e0 et en profondeur, des basculements, des glissements, des bouillonnements et des fusions se soient succ\u00e9d\u00e9 pour que l\u2019Europe ait d\u00e9cid\u00e9 de n\u2019appartenir qu\u2019\u00e0 elle-m\u00eame. Le moment est propice. En a-t-elle conscience&nbsp;? A-t-elle conscience qu\u2019entre la r\u00e9union de Br\u00eame, en mai, celle de Cologne, hier, et celle toute proche de Francfort, fin juin, sa souverainet\u00e9, vivifiant les souverainet\u00e9s nationales, va s\u2019imposer comme une force neuve et d\u00e9cisive&nbsp;? Pourquoi s\u2019est-elle enfin rendu compte, non pas que la guerre du Kosovo \u00e9tait \u00a0\u00bb&nbsp;une guerre am\u00e9ricaine&nbsp;\u00a0\u00bb -ce n\u2019\u00e9tait pas la premi\u00e8re qu\u2019elle acceptait d\u2019un c\u0153ur l\u00e9ger et docile \u2013 mais qu\u2019elle en \u00e9prouvait un profond malaise, quelle qu\u2019en soit l\u2019issue&nbsp;? L\u00e0 est la surprise. Elle fut m\u00eal\u00e9e \u00e0 la gen\u00e8se de cette guerre \u00e0 Rambouillet, elle lui fournit une substantielle participation, mais ni la planification, ni la strat\u00e9gie n\u2019auront port\u00e9 sa marque. Quel que soit le r\u00e9sultat du conflit, les m\u00e9thodes employ\u00e9es se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es d\u00e9sastreuses et surtout pour la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne elle-m\u00eame. Or celle-ci suffit \u00e0 galvaniser les \u00e9nergies de l\u2019Union, \u00e0 lui donner cette force d\u00e9monstrative qui lui a si souvent manqu\u00e9&nbsp;: sa propre s\u00e9curit\u00e9, avec ses propres qualifications en rapport avec son histoire, avec le sentiment de ses nations, leur courage, il faut bien l\u2019\u00e9voquer. Avec aussi leurs moyens et leurs m\u00e9thodes de combat. On vient d\u2019assister \u00e0 la d\u00e9monstration de la guerre du futur, usant d\u2019imparables technologies, bannissant, pour ceux qui les servent, la notion de risques. Les r\u00e9sultats ont \u00e9t\u00e9 pitoyables et leur co\u00fbt, mat\u00e9riel et moral, exorbitant.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019occasion est donc venue, dans le malaise provoqu\u00e9 en Europe par des d\u00e9monstrations otanesques infirmes et l\u2019absurdit\u00e9 des orientations strat\u00e9giques, de lib\u00e9rer la capacit\u00e9 de conception et d\u2019organisation de d\u00e9fense propre \u00e0 l\u2019Europe. La r\u00e9union de Francfort en juin, cl\u00f4turant la pr\u00e9sidence allemande, \u00e0 laquelle succ\u00e8de le 1<sup>er<\/sup>&nbsp;juillet la pr\u00e9sidence finlandaise, devrait marquer les choix d\u00e9j\u00e0 faits implicitement, autour de la fusion de l\u2019UEO dans l\u2019Union europ\u00e9enne. Que l\u2019on n\u2019oublie pas comment s\u2019est dessin\u00e9 et couronn\u00e9 l\u2019autre grand chantier qui d\u00e9montre pr\u00e9sentement la vitalit\u00e9 de l\u2019Europe&nbsp;: celui de la monnaie unique. Les m\u00eames techniques de&nbsp;\u00a0\u00bb&nbsp;convergence&nbsp;\u00a0\u00bb peuvent \u00eatre utilis\u00e9es pour la d\u00e9fense, en besoins, en budgets, en structures, en calendrier. Les pays entourant l\u2019Union doivent \u00eatre associ\u00e9s \u00e0 ces explorations pr\u00e9liminaires et l\u2019on voit bien d\u00e9j\u00e0 le r\u00f4le que la Finlande, dans l\u2019Union, mais neutre et \u00e9chappant \u00e0 l\u2019OTAN, comme l\u2019 Autriche en 1998, peut jouer en attendant la pr\u00e9sidence fran\u00e7aise en 2001, le Luxembourg assumant la pr\u00e9sidence de l\u2019UEO, d\u00e8s ce 1<sup>er<\/sup>&nbsp;juillet.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce croire trop fort que des notions et des raisonnements nouveaux se sont inscrits dans les esprits, avec la calamiteuse guerre du Kosovo&nbsp;? Chacun peut imaginer que deux syst\u00e8mes, l\u2019europ\u00e9en et l\u2019am\u00e9ricain, devront d\u00e9sormais s\u2019accepter, dans le cadre de l\u2019 Alliance atlantique, au point m\u00eame de le modifier. On surprendrait Washington, conscient pourtant de ses \u00e9checs, conceptuels et op\u00e9rationnels, au Kosovo, en l\u2019informant de la marche du temps, en Europe. La presse am\u00e9ricaine, en effet, abonde en allusions d\u00e9nu\u00e9es de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, sur le th\u00e8me&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;Le chemin sera encore tr\u00e8s long avant qu\u2019une capacit\u00e9 de d\u00e9fense ind\u00e9pendante puisse se r\u00e9v\u00e9ler. Il serait sage de ne pas annoncer des aubes qui ne se l\u00e8veront pas.&nbsp;\u00a0\u00bb&nbsp;Dix ans apr\u00e8s la chute du mur de Berlin, le monde n\u2019est plus celui de la guerre froide&nbsp;; mais il n\u2019est pas non plus celui de l\u2019ordre mondial. La paix n\u2019est pas la vassalit\u00e9 \u00e0 l\u2019ombre d\u2019une super-puissance. L\u2019aventure balkanique vient de le d\u00e9montrer, dans un bien triste \u00e9clat. L\u2019Europe serait-elle \u00e0 ce point \u00e9cervel\u00e9e qu\u2019elle ne l\u2019ait m\u00eame pas per\u00e7u&nbsp;? Qu\u2019elle n\u2019ait pas compris que sa seule dimension fondatrice est celle de sa souverainet\u00e9, renfor\u00e7ant celle des nations qui la composent&nbsp;? Que la monnaie et la d\u00e9fense passent avant les sempiternels d\u00e9bats sur un f\u00e9d\u00e9ralisme confus, ouvrant la voie vers les contr\u00f4les ext\u00e9rieurs&nbsp;?&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Incertitude et ses victimes fatales.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 29 mai 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 583<\/p>\n\n\n\n<p>La semaine derni\u00e8re, je citais la commune \u00a0\u00bb&nbsp;Tribune libre&nbsp;\u00a0\u00bb de Madeleine Albright et Robin Cook, personnages consid\u00e9rables. Cette semaine, la rubrique du \u00a0\u00bb&nbsp;New York Times&nbsp;\u00a0\u00bb est tenue par William Jefferson Clinton, le Pr\u00e9sident lui-m\u00eame&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;Au Kosovo, sur le chemin vers la renaissance des Balkans&nbsp;\u00ab\u00a0. Une fois de plus, la d\u00e9monstration est faite que rien, dans ces textes, ne doit \u00eatre pris au pied de la lettre ou dans la sinc\u00e9rit\u00e9 des intentions. A tout consid\u00e9rer, des affirmations relevant de la propagande massive et impudique feraient mieux l\u2019affaire. Le style, si soigneusement pes\u00e9 des chancelleries, conduit \u00e0 douter de la d\u00e9termination et du sentiment.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi Clinton se garde bien de rappeler qu\u2019il a trait\u00e9 \u00e0 Dayton (1995) avec Milosevic, alors qu\u2019il aurait d\u00fb r\u00e9cuser d\u2019embl\u00e9e un partenaire pareil. Rien ne garantit, dans sa pr\u00e9sente proclamation, qu\u2019il n\u2019aura pas la m\u00eame faiblesse, dans les prochains jours \u2013d\u00e9cision du TPI ou pas- m\u00eame s\u2019il verse un pleur sur les 250.000 morts et les 2 millions d\u2019expuls\u00e9s apr\u00e8s les combats, en Croatie et en Bosnie. Faute de l\u2019avoir pr\u00e9vu et de s\u2019\u00eatre oppos\u00e9, d\u00e8s l\u2019automne 1998, au nettoyage ethnique des Kosovars, il affirme aujourd\u2019hui qu\u2019il garantit leur retour, aux vivants, pour des lendemains meilleurs, dans \u00a0\u00bb&nbsp;une Europe pacifique, unie et libre&nbsp;\u00ab\u00a0, gr\u00e2ce notamment \u00e0 \u00a0\u00bb&nbsp;l\u2019int\u00e9r\u00eat fondamental des Etats-Unis, dans le long terme, pour une coop\u00e9ration positive avec la Russie&nbsp;\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut \u00eatre s\u00fbr pourtant que le Pr\u00e9sident aura lu, la veille, dans le m\u00eame journal, l\u2019article impressionnant intitul\u00e9&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;Devons-nous d\u00e9truire les Kosovars afin de les sauver&nbsp;?&nbsp;\u00ab\u00a0. Daniel Ellsberg expose qu\u2019une intervention au sol signifierait un arr\u00eat de mort pour le million de Kosovars demeur\u00e9s encore dans la province et vou\u00e9s au r\u00f4le de boucliers vivants ou promis \u00e0 l\u2019\u00e9gorgement&nbsp;: un million d\u2019otages entre les mains de Milosevic. L\u2019auteur est, par cons\u00e9quent, pour la n\u00e9gociation avec l\u2019abominable Milosevic, qu\u2019importe qu\u2019il puisse \u00eatre traduit devant le Tribunal p\u00e9nal international, car les bombardements a\u00e9riens, qui n\u2019ont rien donn\u00e9 au Vietnam en sept ans et demi, s\u2019ils se prolongent sur la Serbie ind\u00e9finiment, seront tout aussi d\u00e9cevants. Raisonnement qui semble imparable, mais Clinton ne s\u2019est interdit \u00a0\u00bb&nbsp;aucune autre option militaire&nbsp;\u00a0\u00bb m\u00eame si la pr\u00e9sente strat\u00e9gie est \u00e0 l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>La perplexit\u00e9 ambiante ne l\u2019incite gu\u00e8re \u00e0 la d\u00e9cision. Qu\u2019on en juge&nbsp;! D\u00e9claration du G\u00e9n\u00e9ral Michael Short, commandant les forces a\u00e9riennes de l\u2019OTAN contre la Serbie&nbsp;: alors que l\u2019Alliance envisage de rassembler 50.000 soldats aux fronti\u00e8res du Kosovo, ce g\u00e9n\u00e9ral ne doute pas que l\u2019aviation, renforc\u00e9e et plus active, viendra, seule, \u00e0 bout et rapidement des unit\u00e9s serbes (40.000 hommes) op\u00e9rant au Kosovo, surtout si elles ne re\u00e7oivent plus aucune aide de Belgrade. D\u2019ailleurs le G\u00e9n\u00e9ral se plaint que les frappes a\u00e9riennes n\u2019aient pas \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es \u00e0 plein, pour tenir compte des \u00e9tats d\u2019\u00e2me des 19 gouvernements alli\u00e9s, alors qu\u2019il fallait montrer imm\u00e9diatement tous leurs effets possibles. Ce n\u2019est pas l\u2019avis, tr\u00e8s \u00e9cout\u00e9, du porte-parole du Pentagone, Kenneth Bacon qui affirme que les frappes a\u00e9riennes seules ne mettront pas un terme au conflit, dans les deux prochains mois. Le rude hiver des Balkans sera l\u00e0, avant que ces messieurs soient du m\u00eame avis.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre son de cloche de l\u2019avis\u00e9 Joseph Fitchett, correspondant parisien de l\u2019International Herald Tribune&nbsp;: ne faudrait-il pas se rendre compte des destructions caus\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9conomie serbe par les frappes a\u00e9riennes&nbsp;? Aussi s\u00e9v\u00e8res qu\u2019elles soient, soudent-elles la population \u00e0 Milosevic davantage qu\u2019elles ne l\u2019en s\u00e9parent&nbsp;? Ont-elles enfin atteint le moral m\u00eame des citoyens agress\u00e9s dans leur vie quotidienne&nbsp;? La revue \u00a0\u00bb&nbsp;Time&nbsp;\u00ab\u00a0, dat\u00e9e du 31 mai, r\u00e9sume le d\u00e9bat&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;Si l\u2019OTAN ne peut l\u2019emporter par les airs et ne veut pas s\u2019avancer \u00e0 terre, il lui faudra bien trouver une sortie diplomatique&nbsp;\u00ab\u00a0, ambition elle-m\u00eame bien incertaine et limit\u00e9e. Les diplomates de l\u2019OTAN se sont d\u00e9j\u00e0 tant tromp\u00e9s sur l\u2019efficacit\u00e9 des frappes a\u00e9riennes et sur la dur\u00e9e du conflit.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 ceux qui acceptent \u2013ils existent h\u00e9las en France- que les Serbes exercent une sinistre purification ethnique, pr\u00e9texte pris que les Occidentaux sont moins sensibles d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019Asie, de l\u2019Afrique ou des Kurdes, leur argumentation est particuli\u00e8rement d\u00e9shonorante et m\u00e8ne \u00e0 un avenir lugubre. On peut r\u00e9cuser la pr\u00e9sente docilit\u00e9 de la France \u00e0 l\u2019emprise am\u00e9ricaine (quoi de plus naturel&nbsp;!) sans se complaire \u00e0 nier les \u00e9vidences et \u00e0 renier les engagements moraux qui forment le patrimoine de notre pays.<\/p>\n\n\n\n<p>**********************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Tribune libre.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 22 mai 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 582<\/p>\n\n\n\n<p>Tribune libre&nbsp;: telle est la pr\u00e9sentation choisie par les ministres des affaires \u00e9trang\u00e8res pour les Etats-Unis et la Grande-Bretagne afin d\u2019exprimer, ensemble, leurs convictions communes sur Milosevic et les moyens de r\u00e9duire son action malfaisante. C\u2019\u00e9tait le17 mai dernier, dans la rubrique appropri\u00e9e du \u00a0\u00bb&nbsp;Washington Post&nbsp;\u00ab\u00a0. L\u2019audience du journal est mondiale. Chaque phrase avait l\u2019aval des gouvernements. Les silences comptaient plus que les affirmations. On saura plus tard, quand il n\u2019importera plus, le pourquoi, de fond comme de circonstance, de ce manifeste intitul\u00e9&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;La campagne a\u00e9rienne demeure ce qu\u2019il convient de faire.&nbsp;\u00a0\u00bb Pas un mot, par cons\u00e9quent, sur une intervention au sol, constamment pr\u00f4n\u00e9e par Tony Blair, Premier ministre. Choix que Clinton ne s\u2019interdit plus de faire, peut-\u00eatre. La guerre a\u00e9rienne des alli\u00e9s de l\u2019OTAN a commenc\u00e9 le 24 mars et, bien qu\u2019elle perdure, sans les r\u00e9sultats esp\u00e9r\u00e9s, leur r\u00e9solution initiale ne faiblit pas. Foin des d\u00e9tails sur le conflit et la diplomatie&nbsp;; il est temps de se souvenir, disent les deux ministres, pourquoi nous combattons&nbsp;: pour que les r\u00e9fugi\u00e9s rentrent chez eux, en s\u00e9curit\u00e9 sous notre protection. Nous ne pouvons revoir des sc\u00e8nes qui nous ont \u00e9pouvant\u00e9s, voici un demi-si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Sur ce point, aucune n\u00e9gociation n\u2019a de place . Milosevic est au ban de la communaut\u00e9 internationale et son isolement d\u00e9marre chez lui. Regrettons profond\u00e9ment les victimes civiles de nos bombardements, mais le conflit est intense et l\u2019enjeu capital. La campagne militaire est \u00e9paul\u00e9e par une diplomatie vigoureuse \u00e0 laquelle la Russie s\u2019est associ\u00e9e. Une force internationale, dont l\u2019OTAN sera l\u2019\u00e2me, assurera le respect du sch\u00e9ma \u00e9labor\u00e9 \u00e0 Rambouillet et la reconstruction du Kosovo. La campagne a\u00e9rienne pourrait cesser imm\u00e9diatement si Milosevic acceptait les termes de ce r\u00e8glement. \u00a0\u00bb&nbsp;Avec leurs alli\u00e9s de l\u2019OTAN, les Etats-Unis et la Grande Bretagne sont d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 poursuivre leurs efforts jusqu\u2019\u00e0 ce que Milosevic c\u00e8de et que le peuple du Kosovo r\u00e9uni commence \u00e0 reconstruire, avec notre aide.&nbsp;\u00ab\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Rien de nouveau dans cette d\u00e9claration commune de Madeleine Albright et de Robin Cook, dira-t-on. En effet, mais elle veut r\u00e9pondre \u00e0 plusieurs analyses de la presse am\u00e9ricaine (notamment les revues Times et Newsweek). L\u2019une s\u2019est livr\u00e9e \u00e0 un examen minutieux de l\u2019action personnelle de Madeleine Albright, acharn\u00e9e mais capable de c\u00e9der imperceptiblement sur le texte m\u00eame des r\u00e8glements, dans la mesure o\u00f9 le soutien que lui apporte Clinton est plut\u00f4t de zinc que d\u2019acier. L\u2019autre revue affirme que, sans intervention de troupes au sol les objectifs au Kosovo ne peuvent \u00eatre atteints et consolid\u00e9s, selon l\u2019\u00e9tat-major du Pentagone. Ce qui revient \u00e0 ressasser la seule question qui vaille&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;L\u2019OTAN peut-elle perdre cette guerre, m\u00eame sous un \u00e9pais maquillage, sans cons\u00e9quences incalculables pour les Etats-Unis, \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur comme \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur&nbsp;?&nbsp;\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019une part, on voit bien que le recours \u00e0 la force s\u2019imposait, que les bombardements de l\u2019OTAN \u00e9taient n\u00e9cessaires et in\u00e9vitables. Depuis 1991, le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 aura somm\u00e9, sans le moindre succ\u00e8s, le r\u00e9gime de Belgrade de mettre fin aux massacres qu\u2019il aura organis\u00e9s en Croatie, puis en Bosnie, et enfin au Kosovo. Ici, la purification ethnique rel\u00e8ve d\u2019un plan mis au point par Belgrade entre novembre 1998 et f\u00e9vrier 1999, tr\u00e8s ant\u00e9rieurement aux frappes a\u00e9riennes qui ne se sont d\u2019ailleurs pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9es efficaces pour amener Milosevic \u00e0 se conformer aux cinq obligations qu\u2019elles auraient d\u00fb lui imposer. Sur le plan militaire, la totale ma\u00eetrise de l\u2019espace a\u00e9rien yougoslave n\u2019est toujours pas acquise. Sur le plan politique, \u00a0\u00bb&nbsp;les accords de Rambouillet&nbsp;\u00a0\u00bb ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9sormais totalement d\u00e9pass\u00e9s par les \u00e9v\u00e9nements&nbsp;: pour l\u2019OTAN, il s\u2019agit de garantir la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019un Kosovo, vou\u00e9 \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance. Pendant combien d\u2019ann\u00e9es&nbsp;? Sans compter la volont\u00e9 des Serbes de faire s\u00e9cession en Bosnie, et celle des Albanais en Mac\u00e9doine. Sans compter les Serbes expuls\u00e9s de Croatie en 1995 et les 2 millions de Bosniaques, Serbes et Croates d\u00e9plac\u00e9s ou expuls\u00e9s, lors de la guerre de Bosnie. A la moindre d\u00e9faillance de l\u2019Alliance atlantique, celle-ci joue donc son avenir, les Etats-Unis leur cr\u00e9dibilit\u00e9 internationale, la consolidation du r\u00e9gime de Milosevic, la d\u00e9stabilisation de la Mac\u00e9doine et de l\u2019Albanie.<\/p>\n\n\n\n<p>On est pr\u00e9sentement tr\u00e8s loin des critiques, au demeurant justifi\u00e9es, qui ont plu et pleuvent sur la nullit\u00e9 conceptuelle de l\u2019OTAN, elle-m\u00eame si dominatrice, si ferm\u00e9e sur les seuls int\u00e9r\u00eats des Am\u00e9ricains, si r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 leurs militaires, \u00e0 leurs m\u00e9thodes, \u00e0 leurs moyens. L\u2019OTAN am\u00e9ricaine (et ses alli\u00e9s) sont partis \u00e0 la guerre sans le savoir, puisque la seule option \u00e9tait celle d\u2019une non-guerre (Milosevic capitulant en moins d\u2019une semaine\u2026). Quels g\u00e2chis en effet, quelle suffisance&nbsp;; quelle puissance consid\u00e9rable qui, ne sachant plus ce qu\u2019elle veut, du Congr\u00e8s \u00e0 la diplomatie, risque de se mettre en cause elle-m\u00eame, de l\u2019int\u00e9rieur, alors qu\u2019une crise europ\u00e9enne couve autour d\u2019une d\u00e9fense commune et que les relations transatlantiques vacillent.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme on est loin de la tribune libre de Madeleine Albright et de Robin Cook, respirant une irr\u00e9pressible d\u00e9termination&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>********************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Grotesques.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 15 mai 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 581<\/p>\n\n\n\n<p>Grotesques&nbsp;: par ce mot, \u00e9voquons, avec d\u00e9licatesse, ces compositions qui, de l\u2019architecture au mobilier, ont, \u00e0 partir du XV\u00b0 si\u00e8cle, d\u00e9cor\u00e9 tant d\u2019\u0153uvres charmantes, servies par de grands artistes. La litt\u00e9rature y fit \u00e9cho, estimant que le baroque, symbole de l\u2019animalit\u00e9 tapie en l\u2019homme, doit s\u2019opposer au sublime, qui en est la part divine. Th\u00e9ophile Gautier consacra un livre \u00e0 des excentriques auxquels il donna pour anc\u00eatre Fran\u00e7ois Villon. Mais Chamfort avait retenu, pour un ouvrage posthume (1803), cette pens\u00e9e moins indulgente&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;On n\u2019imagine pas combien il faut d\u2019esprit pour n\u2019\u00eatre jamais ridicule.&nbsp;\u00ab\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019actualit\u00e9, cette semaine, s\u2019enveloppe de telles incitations \u00e0 la d\u00e9rision qu\u2019on se surprend \u00e0 la mod\u00e9ration, en distinguant seulement le cheminement du grotesque dans l\u2019art, sa voie royale. Et pourtant la tentation est grande de ricaner, carr\u00e9ment. Imaginez ainsi la partie de billard chinois \u00e0 laquelle se d\u00e9lectent les empereurs rouges de P\u00e9kin, avec leur talent habituel. Alors que la r\u00e9v\u00e9lation de leur espionnage ravageur, sur les secrets nucl\u00e9aires am\u00e9ricains, les g\u00eanait autant qu\u2019elle g\u00eane Clinton, voil\u00e0 que le bombardement inopin\u00e9 de leur ambassade de Belgrade leur rend une main heureuse&nbsp;: ils exigent excuses publiques et r\u00e9it\u00e9r\u00e9es, compensations, capitulations sur tous les dossiers en discussion, se drapant dans la vertu outrag\u00e9e et oubliant leurs \u00e9normes turpitudes. Et ces grands niais de Yankees qui acquiescent au chantage, l\u2019oreille basse&nbsp;! De Gaulle, en 1966, fut vis\u00e9 par les m\u00eames proc\u00e9d\u00e9s. Inform\u00e9 que les foules inscrivaient sur notre ambassade&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;De Gaulle est un chien&nbsp;\u00ab\u00a0, il nota ironiquement&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;Tout de m\u00eame, se faire traiter de chien par des P\u00e9kinois&nbsp;!&nbsp;\u00ab\u00a0. Le Chancelier d\u2019Allemagne, Gerhard Schroeder, venu au nom de l\u2019Europe, se voit appliquer le traitement n\u00b02, sa visite \u00e9court\u00e9e et limit\u00e9e \u00e0 des menaces de r\u00e9torsion, exercice bien rod\u00e9 de la diplomatie \u00e0 la chinoise. Huit jours apr\u00e8s, l\u2019information occidentale n\u2019a pas encore r\u00e9alis\u00e9 cet \u00e9l\u00e9mentaire montage. Clinton est-il \u00e0 ce point tremp\u00e9 dans son \u00a0\u00bb&nbsp;chinagate&nbsp;\u00a0\u00bb qu\u2019il en soit paralys\u00e9&nbsp;? Les grotesques dans l\u2019art avaient promu les \u00a0\u00bb&nbsp;chinoiseries&nbsp;\u00a0\u00bb l\u00e9g\u00e8res. Celles-ci sont pesantes et offensantes. Ne parlons pas du sinistre Milosevic qui esp\u00e8re toujours faire avaler ses plus gros mensonges, non seulement aux Etats \u2013c\u2019est leur affaire- mais aux opinions publiques, \u00e0 vous, \u00e0 moi. Ce comique-l\u00e0 est de plus en plus m\u00e9prisable. Quant au path\u00e9tique Boris Eltsine, pr\u00e9sident russe, son entourage en est \u00e0 censurer ses d\u00e9clarations qui risquent de lui faire plus de mal que de bien, m\u00eame si elles sont \u00e0 usage interne. A quels saints peut-il d\u00e9sormais se vouer, alors que grandit notre modeste d\u00e9sarroi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>A Br\u00eame, lundi dernier, les Ministres des Affaires \u00e9trang\u00e8res et de la D\u00e9fense de l\u2019Union de l\u2019Europe occidentale (UEO), cr\u00e9\u00e9e en 1948, ont \u00e9voqu\u00e9 sa fusion avec l\u2019Union Europ\u00e9enne. Membres, membres associ\u00e9s, observateurs, 21 nations \u00e9taient repr\u00e9sent\u00e9es. D\u2019autres r\u00e9unions suivront. Esp\u00e9rons qu\u2019elles seront moins tristement comiques en lieux communs, non-dits \u00e9galement, hypocrisies et d\u00e9robades. \u00a0\u00bb&nbsp;Du conflit du Kosovo viendra une impulsion pour une collaboration plus forte des Europ\u00e9ens, en mati\u00e8re de politique \u00e9trang\u00e8re et de s\u00e9curit\u00e9 commune&nbsp;\u00ab\u00a0, a estim\u00e9 M. Joschka Fischer, chef de la diplomatie allemande et optimiste imp\u00e9nitent qui aurait \u00e9t\u00e9 pour cela, dans un autre si\u00e8cle, digne de figurer dans le recueil de Th\u00e9ophile Gautier que j\u2019ai cit\u00e9 (\u00a0\u00bb&nbsp;Les grotesques&nbsp;\u00ab\u00a0).<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Si j\u2019avais un peu de temps et de calme, mais pas pour me distraire, je prendrais le \u00a0\u00bb&nbsp;Bottin administratif&nbsp;\u00a0\u00bb et rel\u00e8verais les appellations dont nos divers services se sont d\u00e9sormais affubl\u00e9s. C\u2019est le boulot de ceux qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la sauvegarde et au progr\u00e8s du fran\u00e7ais. T\u00e2che immense&nbsp;: l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise n\u2019a pas encore l\u00e2ch\u00e9 la rampe. Cette semaine, je d\u00e9couvre le bureau \u00a0\u00bb&nbsp;conseil et synth\u00e8se du secteur public&nbsp;\u00a0\u00bb de la tr\u00e8s noble direction du tr\u00e9sor, au tr\u00e8s grand minist\u00e8re de l\u2019Economie, des Finances et de l\u2019Industrie. Les ravages de langage de la psychologie et de la sociologie appliqu\u00e9es rel\u00e8vent sans doute de l\u2019art moderne du grotesque, dans la fonction publique et organismes assimil\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>La politique int\u00e9rieure y culmine \u00e9videmment. L\u2019incendie de la &nbsp; \u00a0\u00bb&nbsp;paillote&nbsp;\u00a0\u00bb \u00a0\u00bb&nbsp;Chez Francis&nbsp;\u00a0\u00bb et sa reconstruction acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e n\u2019ont pas men\u00e9 cette politique-l\u00e0 vers les sommets&nbsp;; ce n\u2019\u00e9tait pas le v\u0153u du Premier ministre si c\u2019\u00e9tait celui de l\u2019opposition. Chacun y aura perdu de son \u00e9clat. La Corse appara\u00eet davantage face \u00e0 ses d\u00e9sarrois et \u00e0 elle-m\u00eame . Comment ne pas souhaiter qu\u2019elle parvienne au terme d\u2019une course cruelle, ayant d\u00e9pouill\u00e9 les faux-semblants&nbsp;? &nbsp;Sinon l&rsquo;immaturit\u00e9 de tous, Etat comme citoyens, livrera ses fruits amers.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>*************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Le Hasard.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 8 mai 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0 580<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb&nbsp;Sommes-nous, \u00f4 hasard, l\u2019\u0153uvre de tes caprices&nbsp;?&nbsp;\u00a0\u00bb interrogeait Lamartine, alors que depuis des si\u00e8cles l\u2019humanit\u00e9 aura d\u00e9battu sur l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du mot et sur l\u2019impr\u00e9vu comme sur la finalit\u00e9 pour lesquels il t\u00e9moigne. Est-ce le hasard qui place, sous mes yeux, l\u2019annonce du d\u00e9part de Maria Stader, \u00e0 88 ans&nbsp;? Elle fut une incomparable concertiste, vou\u00e9e \u00e0 Bach et surtout \u00e0 Mozart, qu\u2019elle interpr\u00e9ta sous la conduite notamment de Bruno Walter et d\u2019Herbert von Karajan. Sa voix de soprano lyrique domina les concertos de Mozart, dans les ann\u00e9es cinquante et soixante. Que cela est loin&nbsp;! Mais toute proche, son histoire \u00e9mouvante, \u00e0 l\u2019heure sombre des Balkans. N\u00e9e \u00e0 Budapest, en 1911, elle y \u00e9tait orpheline \u00e0 l\u2019abandon, apr\u00e8s la premi\u00e8re guerre mondiale. La Croix-Rouge internationale l\u2019emmena en Suisse, en 1922. Le p\u00eacheur Hans Stader l\u2019adopta. Son talent fit le reste. Elle \u00e9tudia \u00e0 Karlsruhe, \u00e0 Milan, \u00e0 New York. Elle triompha \u00e0 Gen\u00e8ve, en 1939 et resta fid\u00e8le \u00e0 la Suisse, jusqu\u2019au terme de sa vie. Je m\u2019enveloppe de son histoire et de sa passion, talismans pour des heures sans indulgence.<\/p>\n\n\n\n<p>Elles le sont, celles qui ouvrent la porte \u00e0 toutes les cruaut\u00e9s sur les populations livr\u00e9es aux imb\u00e9ciles vengeances. Elles le sont pour ces m\u00e9caniques aveugl\u00e9es, n\u2019ayant jamais fait la moindre preuve de leurs capacit\u00e9s, bien que r\u00e9put\u00e9es garantir le monde libre contre les ambitions des doctrines concentrationnaires. Aujourd\u2019hui, la crise de l\u2019OTAN est patente, quels que soient les r\u00e9sultats qu\u2019elle obtiendra, \u00e0 quel prix de souffrances, endur\u00e9es sous quelle masse d\u2019inepties&nbsp;? Etait-ce l\u00e0 ce syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 auquel les Europ\u00e9ens ont, pendant un demi-si\u00e8cle, volens nolens, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9, les yeux ferm\u00e9s et la docilit\u00e9 exemplaire, leurs existences \u00e9troites&nbsp;? Les Kosovars, effac\u00e9s ou bris\u00e9s, ont connu le pire, venu de ces planificateurs irresponsables, sans conscience m\u00eame de l\u2019\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le m\u00eame temps, l\u2019Acad\u00e9mie du Royaume du Maroc se saisit, \u00e0 l\u2019instigation avis\u00e9e de son protecteur, de la dissuasion et de la prolif\u00e9ration nucl\u00e9aires, de la strat\u00e9gie des cinq grands Etats dot\u00e9s de l\u2019arme atomique et des d\u00e9bordements qui menacent. Or les \u00e9chos d\u2019un immense scandale viennent des Etats-Unis dont la complaisance (nucl\u00e9aire) \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la Chine n\u2019a cess\u00e9 de surprendre, d\u2019intriguer depuis juin 1998. Mais les rhizomes de la complicit\u00e9 ont depuis plus longtemps envahi tout le terrain. Le scandale est immense. D\u2019abord ni\u00e9, puis \u00e9touff\u00e9, le voil\u00e0 qui prolif\u00e8re, lui aussi, jusqu\u2019\u00e0 un public national et international, abasourdi. Voil\u00e0 ce que les Etats, les nations, les peuples apprennent. Le New York Times a lev\u00e9 le rideau. L\u2019International Herald Tribune en a fait autant. Le S\u00e9nat s\u2019en m\u00eale. La Pr\u00e9sidence et les repr\u00e9sentants de l\u2019ex\u00e9cutif, qui retardaient les r\u00e9v\u00e9lations et les minimisaient, sciemment semble-t-il, prennent le choc de plein fouet.<\/p>\n\n\n\n<p>Un savant d\u2019origine ta\u00efwanaise, M. Wen Ho Lee, travaillant depuis 1978 aux laboratoires nationaux de recherches nucl\u00e9aires de Los Alamos<\/p>\n\n\n\n<p>aurait transf\u00e9r\u00e9 les fichiers ultra-secrets, contenus dans les ordinateurs des laboratoires, vers un r\u00e9seau informatique non prot\u00e9g\u00e9, sans compter d\u2019innombrables fax. Tous les d\u00e9tails des armes nucl\u00e9aires am\u00e9ricaines y sont pass\u00e9s, notamment durant les ann\u00e9es 1995-1996, sans oublier, dans les ann\u00e9es 80, les plans des missiles \u00e0 t\u00eates multiples. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 \u00e9norme. Plus \u00e9norme est que le FBI enqu\u00eatait depuis trois ans sur M. Lee qui a cependant continu\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 la fin 1988, \u00e0 travailler dans les domaines ultra-sensibles. Que ces enqu\u00eates aient \u00e9t\u00e9 bloqu\u00e9es par les minist\u00e8res de l\u2019\u00e9nergie et de la justice. Clinton et le conseil national de s\u00e9curit\u00e9 sont accus\u00e9s aujourd\u2019hui d\u2019avoir sciemment dissimul\u00e9 l\u2019importance de l\u2019affaire. Il faut lire les accents indign\u00e9s de William Safire, journaliste du New York Times, le 3O avril , les d\u00e9tails livr\u00e9s par ses coll\u00e8gues Jeff Gerth et James Risen, le 3 mai 1999. En novembre 1998, tous ceux qui comptent dans l\u2019ex\u00e9cutif et le l\u00e9gislatif, trois douzaines de cadres sup\u00e9rieurs de la d\u00e9fense, des agences de renseignements, de l\u2019application des lois, M. Cox, Pr\u00e9sident du comit\u00e9 sp\u00e9cial de la Chambre des repr\u00e9sentants sur le \u00a0\u00bb&nbsp;Chinagate&nbsp;\u00ab\u00a0, tous savent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 quoi s\u2019en tenir, sur l\u2019ampleur du scandale.<\/p>\n\n\n\n<p>Reste \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 la question&nbsp;: Pourquoi M.Lee et ses actions qui ont livr\u00e9 les secrets de la quasi-totalit\u00e9 de l\u2019arsenal nucl\u00e9aire am\u00e9ricain, n\u2019ont-ils pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9tect\u00e9s pendant si longtemps&nbsp;; pourquoi tant de faiblesse \u00e0 l\u2019\u00e9gard de P\u00e9kin&nbsp;? Affaire de gros sous, disent les uns, la Chine ayant achet\u00e9 l\u00e9galement pour 15 milliards de dollars de mat\u00e9riel balistique et nucl\u00e9aire. Erreurs tragiques du renversement des alliances, du Japon vers la Chine, poursuivies par Clinton et initi\u00e9es de fait par ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, disent les autres.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Bref, le hasard , qui est tant de choses \u00e0 la fois, est aussi le r\u00e8gne de la b\u00eatise et de l\u2019incomp\u00e9tence. On voudrait pourtant se persuader du contraire. Maria Stader, chante Mozart, chante&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>***********************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Sous le soleil de Satan.<\/p>\n\n\n\n<p>3 avril 1999<\/p>\n\n\n\n<p>Les derni\u00e8res initiatives de l\u2019OTAN, depuis que la menace sovi\u00e9tique a disparu, sont en effet hasardeuses. Ses pr\u00e9visions les plus s\u00fbres se r\u00e9v\u00e8lent, \u00e0 l\u2019usage, al\u00e9atoires. Il n\u2019est que de voir le visage de ses responsables pour s\u2019inqui\u00e9ter de leur d\u00e9sarroi. Une lourde et souveraine m\u00e9canique semble abandonn\u00e9e de ses certitudes. Pire : les sc\u00e9narios pr\u00e9vus sont condamn\u00e9s \u00e0 \u00eatre r\u00e9\u00e9crits, dans l\u2019improvisation. Peut-\u00eatre ont-ils vis\u00e9 l\u2019impossible : le succ\u00e8s assur\u00e9 et le soin, laiss\u00e9 au temps, de d\u00e9nouer lui-m\u00eame la situation boiteuse escompt\u00e9e. L\u2019autonomie du Kosovo, au sein d\u2019une f\u00e9d\u00e9ration yougoslave n\u2019est plus qu\u2019une fiction.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne sert de rien de d\u00e9noncer les erreurs d\u2019analyse commises depuis 10 ans et la d\u00e9mission rampante des voisins europ\u00e9ens de la zone balkanique. Pour les uns, il ne fallait pas laisser la f\u00e9d\u00e9ration yougoslave se d\u00e9truire. Mais l\u2019\u00e9vidence \u00e9tait l\u00e0. Pour les autres, il fallait n\u00e9gocier d\u2019une main ferme, de nouveaux \u00e9quilibres. La sauvage d\u00e9termination des r\u00e9publiques, r\u00e9crivant l\u2019histoire de jadis et ses haines jamais \u00e9teintes, aura fait \u00e9chec aux pl\u00e9nipotentiaires de tout poil et \u00e0 leurs irr\u00e9solutions. Pour apaiser tant de parano\u00efa, il y eut jadis la main de fer de l\u2019Empire austro-hongrois. Et puis apr\u00e8s ?<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis 10 ans, l\u2019Europe occidentale aura administr\u00e9 les preuves \u00e9videntes que, via l\u2019ONU ou via l\u2019OTAN, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019Am\u00e9rique, elle ne savait que d\u00e9plorer, sans m\u00eame affirmer son \u00e9norme et souveraine indignation. Depuis un an, cette Europe, par son aveuglement, s\u2019en est remise aux incertitudes de la politique am\u00e9ricaine et aux doctrines militaires de la superpuissance qui ne veulent payer leurs guerres que du sang des autres. Aujourd\u2019hui, ce n\u2019est ni une d\u00e9monstration de force bien douteuse, ni l\u2019habilet\u00e9 politique si totalement surestim\u00e9e qui remplaceraient l\u2019\u00e9l\u00e9mentaire r\u00e9solution, chez les uns et les autres. L\u2019une des cons\u00e9quences des imprudentes \u00e9quip\u00e9es pr\u00e9sentes sera probablement que l\u2019Europe se contraindra enfin \u00e0 se lib\u00e9rer des tutelles, de la servitude volontaire dans lesquelles elle s\u2019est complu jusqu\u2019ici. Il est possible qu\u2019elle saisisse l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 des victoires \u00e0 la Pyrrhus de la superpuissance pour r\u00e9cuser au moins l\u2019extension au monde entier d\u2019une OTAN en plein d\u00e9lire de puissance. Il est possible qu\u2019elle veuille animer directement ses \u00e9quilibres et assumer leur d\u00e9fense. Il est souhaitable qu\u2019elle ne transige en rien sur le respect des droits \u00e9l\u00e9mentaires, sur ceux des peuples, tib\u00e9tain, timorais, kurde et tous autres, qu\u2019elle d\u00e9nonce et poursuive les sectateurs de toute purification ethnique. La d\u00e9mocratie n\u2019est pas un vain mot, face \u00e0 tant de sauvagerie. Elle aussi doit \u00eatre une passion farouche. Sans tout cela, que vaut l\u2019Alliance atlantique ? Question qu\u2019il est salutaire de poser, ne serait-ce parce qu\u2019elle effraie les adorateurs de ce dogme, pour lesquels elle est inconcevable. Pourtant Henry Kissinger, limit\u00e9 d\u00e9sormais \u00e0 son compte, mais prolixe en conseils aux pouvoirs en place, n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 franchir le pas, en affirmant qu\u2019apr\u00e8s une semaine de bombardements l\u2019OTAN ne pourrait plus \u00eatre ce qu\u2019elle aura \u00e9t\u00e9. Sage constatation d\u2019un homme de la \u00a0\u00bb realpolitik \u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Essayons d\u2019imaginer ce qui pourrait \u00eatre : les opinions publiques, boulevers\u00e9es par l\u2019horreur des nettoyages ethniques \u2013 Milosevic en \u00e9tant devenu le champion toutes cat\u00e9gories \u2013 pousseraient les Etats \u00e0 \u00e9laborer une convention internationale interdisant le d\u00e9placement forc\u00e9 des populations, a fortiori leur annihilation. Excellente id\u00e9e. Mais qui refuserait de signer un tel texte, m\u00eame b\u00e9ni par les Nations Unies ? On peut en dresser d\u00e9j\u00e0 la liste. Les m\u00eames qui ont rejet\u00e9 la convention sur la condamnation des mines anti-personnel, ou la convention sur la Cour criminelle internationale : les Etats-Unis, la Chine, la Russie, l\u2019Inde et le Pakistan, l\u2019Irak voisinant avec Isra\u00ebl, et tant d\u2019autres qui ne supportent pas la moindre atteinte \u00e0 la libert\u00e9 de leurs d\u00e9lires.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le dramatique temps pr\u00e9sent, si compt\u00e9, la menace de la reconnaissance imm\u00e9diate, par les membres de l\u2019OTAN (et d\u2019autres), de l\u2019ind\u00e9pendance du Kosovo, am\u00e8nerait-elle le sinistre Milosevic \u00e0 r\u00e9sipiscence, au risque d\u2019ouvrir la bo\u00eete de Pandore des ind\u00e9pendances balkaniques ? Moralit\u00e9 : nous sommes comptables de chacune de nos l\u00e2chet\u00e9s ant\u00e9rieures et, sur le chemin et sous le soleil de Satan, il faut payer tr\u00e8s cher.<\/p>\n\n\n\n<p>********************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui adviendra.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 24 avril 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0578<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui adviendra est inscrit sur les tables du destin. Mais nous r\u00e9pugnons \u00e0 tenter de les d\u00e9chiffrer. Ainsi les peuples et les Etats s\u2019\u00e9puisent \u00e0 courir apr\u00e8s leur pauvre imaginaire quotidien, m\u00e9lange de terreurs et de vanit\u00e9s. Apr\u00e8s cinq semaines de bombardements de l\u2019OTAN sur la Yougoslavie, quasiment r\u00e9duite \u00e0 la Serbie, apr\u00e8s plusieurs mois de purification ethnique qu\u2019elle a insidieusement pr\u00e9par\u00e9e dans ses cruaut\u00e9s insens\u00e9es, bien malin qui livrerait les explications d\u00e9cisives des faits et les chances d\u2019un point d\u2019\u00e9quilibre.<\/p>\n\n\n\n<p>Nul n\u2019est m\u00eame certain que les Europ\u00e9ens et les d\u00e9mocraties aient r\u00e9alis\u00e9 aujourd\u2019hui le p\u00e9ril mortel qui les menace dans le monstrueux engrenage d\u2019asservissement et de destruction que le fascisme brun ou rouge entretint sur plusieurs continents, nagu\u00e8re. Nombreux peuvent encore en t\u00e9moigner, m\u00eame si la plupart n\u2019en ont qu\u2019une repr\u00e9sentation historique, immat\u00e9rielle ou complaisante. \u00a0\u00bb Caveant consules \u2026\u00a0\u00bb (Que les consuls prennent garde afin que la r\u00e9publique n\u2019\u00e9prouve aucun dommage !). On recueille trop de plaidoyers sp\u00e9cieux, d\u2019explications compliqu\u00e9es, d\u2019appels \u00e0 des n\u00e9gociations quand le mal absolu, tel qu\u2019il s\u2019affirme et prosp\u00e8re, ne laisse d\u2019autre alternative que de le terrasser. Sur le th\u00e8me : \u00a0\u00bb si l\u2019on refuse de n\u00e9gocier avec Milosevic, avec qui le faire ? \u00ab\u00a0, ou \u00a0\u00bb \u00e0 la fin, il faudra bien n\u00e9gocier \u00ab\u00a0, on comprend que trop d\u2019esprits n\u2019ont pas admis encore l\u2019\u00e9vidence toute simple : aujourd\u2019hui, cette n\u00e9cessit\u00e9 de n\u00e9gocier n\u2019existe pas ; elle n\u2019est qu\u2019un danger mortel. L\u2019heure de la n\u00e9gociation viendra, \u00e9videmment. Mais pas avec les auteurs de l\u2019inacceptable.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les Etats-Unis, ce qui est en jeu est de sauver la face de l\u2019OTAN, cet instrument de leur politique de puissance, n\u00e9 au temps de la guerre froide avec l\u2019URSS et qui, hors son existence, n\u2019a eu \u00e0 d\u00e9montrer ni ses moyens ni leur efficacit\u00e9. Le Kosovo est sa premi\u00e8re \u00e9preuve en version r\u00e9elle, alors que les Etats-Unis, qui c\u00e9l\u00e8brent son cinquantenaire, veulent lui donner d\u00e9sormais une comp\u00e9tence \u00e0 intervenir sur tous les continents : la mondialisation de l\u2019\u00e9conomie aurait ainsi pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de peu la mondialisation de l\u2019OTAN. Si celle-ci devait plier le genou devant les exactions abominables du r\u00e9gime yougoslave, il est \u00e9vident que le r\u00eave mondial, qui est con\u00e7u pour elle, s\u2019effondrerait.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dire combien, entre la d\u00e9monstration am\u00e9ricaine de la \u00a0\u00bb cr\u00e9dibilit\u00e9 \u00a0\u00bb de l\u2019OTAN et le souci europ\u00e9en des \u00e9quilibres int\u00e9rieurs que l\u2019Union doit maintenir, les perspectives ne sont pas les m\u00eames. Ici, il faut d\u00e9montrer que l\u2019OTAN \u00e9tait et est une r\u00e9alit\u00e9 de la puissance am\u00e9ricaine. L\u00e0, en Europe, on attend, en r\u00e9serve de l\u2019apr\u00e8s-crise, de pouvoir pousser de l\u2019avant une d\u00e9fense autonome, d\u00e9fi \u00e0 la puissance am\u00e9ricaine ou prise en charge, n\u00e9cessaire et longtemps diff\u00e9r\u00e9e, de leurs \u00e9quilibres par les Europ\u00e9ens eux-m\u00eames. Si bien que, d\u00e8s maintenant, apr\u00e8s les premiers cafouillages de l\u2019OTAN dans ses analyses et ses frappes, les Am\u00e9ricains en sont venus plus vite que les Europ\u00e9ens \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019engager des troupes au sol, y compris les leurs. On aura cit\u00e9 abondamment \u00a0\u00bb le gourou \u00a0\u00bb Henry Kissinger : si un cessez-le-feu, aux conditions \u00e9num\u00e9r\u00e9es par l\u2019OTAN, est rejet\u00e9 par Milosevic, \u00a0\u00bb il n\u2019y a pas d\u2019autre issue que de poursuivre et d\u2019intensifier la guerre, si n\u00e9cessaire avec les forces terrestres de l\u2019OTAN \u2013 une solution que j\u2019ai passionn\u00e9ment rejet\u00e9e, mais qui devra \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e pour maintenir la cr\u00e9dibilit\u00e9 de l\u2019OTAN \u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019OTAN est par cons\u00e9quent vitale pour pr\u00e9server le lien transatlantique et, au-del\u00e0, pour assurer la pr\u00e9sence mondiale des Etats-Unis. On peut s\u2019attrister de constater que les malheureux Kosovars sont moins prioritaires et qu\u2019il leur a fallu aller au bout de leurs \u00e9preuves ignominieuses, avant que leurs sauveteurs ne d\u00e9couvrent de vraies raisons de se mobiliser pour eux. D\u2019un ordre bien plus mineur est une remarque sur les \u00e9tranges doctrines am\u00e9ricaines : celle du \u00a0\u00bb z\u00e9ro mort \u00a0\u00bb et celle compl\u00e9mentaire de la protection des forces engag\u00e9es passant avant la projection de la puissance de combat. L\u2019OTAN en guerre aura \u00e9t\u00e9 une succession d\u2019\u00e9tonnements et d\u2019interrogations : trop lent et lourd marteau pour \u00e9craser des mouches, outil le moins bien adapt\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque et \u00e0 ses menaces, isolement des r\u00e9alit\u00e9s. Pass\u00e9e la crise, l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 s\u2019adapter aux tensions sera \u00e9vidente, avec, en outre, la r\u00e9v\u00e9lation que l\u2019hyper-technicit\u00e9 massive est une puissance d\u00e9monstrative, mais d\u2019aucune utilit\u00e9 lorsqu\u2019on la d\u00e9clenche, en Irak par exemple, au Kosovo ensuite. Les Europ\u00e9ens se rendront compte alors qu\u2019\u00e0 s\u2019\u00eatre align\u00e9s , dans l\u2019all\u00e9geance aux conceptions am\u00e9ricaines venues de la guerre froide, ils ont fait fausse route, g\u00e2ch\u00e9 la chance qu\u2019ils avaient de susciter des \u00e9quilibres balkaniques autour des efforts qu\u2019ils entreprenaient dans le m\u00eame but pour eux-m\u00eames et qui leur feront peut-\u00eatre un avenir enti\u00e8rement m\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>***********************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>A chacun son terrorisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 27 f\u00e9vrier 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0570<\/p>\n\n\n\n<p>A chacun son terrorisme. La semaine derni\u00e8re, je rappelais la traque \u00e9pouvantable exerc\u00e9e par l\u2019arm\u00e9e d\u2019Indon\u00e9sie contre le Timor Oriental, coupable de ne pas se plier \u00e0 ce joug, de s\u2019\u00eatre dress\u00e9 contre l\u2019inacceptable. Il arrive que le terrorisme soit le dernier recours des opprim\u00e9s, des peuples pi\u00e9tin\u00e9s et d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leurs droits \u00e9l\u00e9mentaires. Parfois ceux-ci triomphent, au prix de quels sacrifices !<\/p>\n\n\n\n<p>Le 16 f\u00e9vrier, le chef du PKK, le parti des travailleurs kurdes, Abdullah \u00d6calan, dit \u00a0\u00bb APO \u00a0\u00bb &#8211; l\u2019oncle \u2013 \u00e9tait enlev\u00e9, au Kenya, les services secrets faisant la cha\u00eene, par un commando de l\u2019Etat turc. Celui-ci s\u2019assurait, ainsi et enfin, de la personne qui avait fini par incarner en 1984 la r\u00e9sistance du peuple des Kurdes dont 12 millions sur 25 vivent en Turquie o\u00f9 ils sont ni\u00e9s, d\u00e9plac\u00e9s de leurs villes et r\u00e9gions et trait\u00e9s en terroristes, portant atteinte \u00e0 l\u2019unit\u00e9 de la Turquie. Cet Etat pratique, en fait, deux terrorismes : l\u2019un contre une population dont il veut ignorer la pr\u00e9sence et l\u2019identit\u00e9 ; l\u2019autre par les m\u00e9thodes internationales dont il use pour annihiler ses adversaires. Ces deux terrorismes d\u2019Etat ne plaident gu\u00e8re en faveur de l\u2019admission de la Turquie dans l\u2019Union Europ\u00e9enne et ils devraient \u00eatre d\u00e9nonc\u00e9s comme insupportables par tous les membres de cette Union. La Turquie n\u2019est pas indispensable \u00e0 l\u2019Europe et cette \u00e9vidence devrait suffire pour qu\u2019elle n\u2019accepte pas les chantages d\u2019Ankara, au lieu de se r\u00e9signer \u00e0 ne pas r\u00e9v\u00e9ler publiquement les m\u00e9thodes d\u2019un Etat aux pratiques si peu d\u00e9mocratiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Que \u00d6calan ne soit pas un enfant de ch\u0153ur, qu\u2019il ait d\u00e9clar\u00e9 une lutte d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e contre le r\u00e9gime militaire turc, que celui-ci ait d\u00e9truit des milliers de villages et d\u00e9port\u00e9 des millions de Kurdes, que les adversaires ne se fassent pas de quartier, que la Turquie intervienne hors de ses fronti\u00e8res au Kurdistan irakien, que 30.000 personnes aient p\u00e9ri, tout cela est archi-connu . Les Europ\u00e9ens auraient bien tort d\u2019accepter de telles exactions et de tels r\u00e9sultats, dans leur voisinage. De toute fa\u00e7on, la r\u00e9volte kurde est implant\u00e9e au c\u0153ur de leurs cit\u00e9s, que \u00a0\u00bb APO \u00a0\u00bb \u00d6calan soit ou non jug\u00e9 \u00e9quitablement. Vingt-quatre millions de Kurdes ne peuvent demeurer les oubli\u00e9s de l\u2019Histoire, utilis\u00e9s sans vergogne par les grandes ou moyennes puissances, pratiquant \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ces parias un terrorisme d\u2019Etat, plus cynique et hypocrite que celui des \u00a0\u00bb desperados \u00a0\u00bb de tous acabits. Il finira par rendre les principes m\u00eames de la vie internationale bien suspects, remis en de telles mains. Chaque puissance, pas tr\u00e8s regardante vis-\u00e0-vis des droits de l\u2019homme, devient une machine \u00e0 cr\u00e9er du terrorisme et \u00e0 le justifier, ce qui est un comble.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Outre les remous de la question kurde qui vont perturber longtemps encore cette vie internationale, la vision, que les Etats-Unis en ont, a pris un tour nouveau, \u00e0 partir du terrorisme, pr\u00e9cis\u00e9ment. Dans le discours pr\u00e9sidentiel sur l\u2019\u00e9tat de l\u2019Union, dont Clinton est pass\u00e9 ma\u00eetre, celui-ci a d\u00e9clar\u00e9, le 22 janvier dernier, une mobilisation contre le terrorisme. Peut-\u00eatre n\u2019y a-t-on pas \u00e9t\u00e9 assez attentif ? On sait pourtant, depuis longtemps, d\u00e8s la fin de la Deuxi\u00e8me guerre mondiale, que l\u2019Am\u00e9rique, pour cimenter son union et se mobiliser, a besoin d\u2019un ennemi. Apr\u00e8s la fin de la guerre froide et l\u2019effondrement du communisme, elle s\u2019est sentie \u00a0\u00bb en manque \u00ab\u00a0, \u00e0 cet \u00e9gard. Le Pr\u00e9sident lui offre une forte dose en annon\u00e7ant qu\u2019un terrorisme utilisant les armes de destruction massive, nucl\u00e9aires, biologiques et chimiques, le \u00a0\u00bb WMD-Terrorism \u00ab\u00a0, est hautement probable au XXI\u00b0 si\u00e8cle et sera une menace directe pour les Etats-Unis. Au point que le Pr\u00e9sident en fait un \u00e9v\u00e9nement impliquant chacun et envisage de cr\u00e9er un commandement militaire int\u00e9rieur, comme il en existe, \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, trois ou quatre, de l\u2019Atlantique au Pacifique. Voil\u00e0 de quoi secouer aux tripes le citoyen am\u00e9ricain, dans une union sacr\u00e9e contre un terrorisme qui voudrait d\u00e9barquer \u00a0\u00bb at home \u00ab\u00a0. D\u2019o\u00f9 les suggestions d\u00e9j\u00e0 faites aux partenaires d\u2019une \u00a0\u00bb OTAN new-look \u00ab\u00a0, qui seraient enr\u00f4l\u00e9s dans une lutte \u00a0\u00bb globale \u00a0\u00bb contre ce terrorisme diabolique et d\u00e9cha\u00een\u00e9. Avec un tel ennemi et une telle alliance, on imagine jusqu\u2019o\u00f9 le d\u00e9lire \u00e0 sens unique peut aller.<\/p>\n\n\n\n<p>A chacun son terrorisme et mieux encore, celui qu\u2019il fabrique lui-m\u00eame pour placer \u00e0 sa main ses citoyens, unis contre la menace. C.Q.F.D\u2026 Avec moins de cynisme, que les partenaires de l\u2019hyper-puissance s\u2019appliquent donc \u00e0 d\u00e9montrer que le terrorisme a toujours une cause \u00e9vidente et que la premi\u00e8re parade \u00e0 lui opposer est de mettre fin aux d\u00e9nis de justice qui perdurent, suscitant des luttes d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es que les Etats se refusent \u00e0 entendre.<\/p>\n\n\n\n<p>************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>J\u00e9rusalem : l\u2019\u00e9vidente fatalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 2 janvier 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0562<\/p>\n\n\n\n<p>J\u00e9rusalem : l\u2019\u00e9vidente fatalit\u00e9. Ville dont l\u2019\u00e9ternit\u00e9 n\u2019a cess\u00e9 de se heurter \u00e0 son destin pr\u00e9caire. Que de remparts dress\u00e9s puis abattus ! Que d\u2019actes de foi, mobilisant l\u2019\u00e9lan des c\u0153urs, jusqu\u2019au plus tragique ! Le deuxi\u00e8me mill\u00e9naire s\u2019ach\u00e8ve, n\u2019ayant ajout\u00e9, \u00e0 la foisonnante chronique, aucune s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Exprimer le sentiment qu\u2019une \u00e9vidente fatalit\u00e9, propre aux temps pr\u00e9sents, s\u2019empare du sort de J\u00e9rusalem, ne rel\u00e8ve pas d\u2019un choix exerc\u00e9 dans l\u2019intimit\u00e9 de l\u2019\u00e2me, mais d\u2019une constatation \u00e9l\u00e9mentaire et fugitive des fureurs si famili\u00e8res de l\u2019histoire. J\u00e9rusalem, inscrite au Patrimoine mondial en 1981, comme il va de soi et est m\u00eame superf\u00e9tatoire, en comparaison d\u2019une antiquit\u00e9 si prestigieuse, a toujours \u00e9t\u00e9 une ville politique, en d\u00e9pit des r\u00e9v\u00e9lations dont elle est r\u00e9put\u00e9e \u00eatre le lieu. Une fois de plus, depuis les ann\u00e9es 60, elle est devenue un enjeu dans les luttes f\u00e9roces de deux Etats en cr\u00e9ation et qui veulent en faire leur capitale, sinon en la partageant. Les d\u00e9s roulent inexorablement en faveur d\u2019Isra\u00ebl, dont la r\u00e9solution messianique ne s\u2019est pas d\u00e9mentie et qui a proclam\u00e9, en 1951, J\u00e9rusalem capitale de l\u2019Etat h\u00e9breu, comme une simple clause de style et, en 1980, capitale \u00e9ternelle de l\u2019Etat. Cette opini\u00e2tret\u00e9 ne se d\u00e9mentira pas et seule une force adverse dirimante pourrait s\u2019y opposer.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, elle est adoss\u00e9e au concours des Etats-Unis, qui lui est totalement disponible, puisant lui-m\u00eame sa propre d\u00e9termination dans les r\u00e9actions de son opinion publique et l\u2019action de groupes de pression. C\u2019est de justesse que fut \u00e9vit\u00e9 (provisoirement) le transfert de l\u2019Ambassade des Etats-Unis, en 1995, de Tel-Aviv \u00e0 J\u00e9rusalem, alors que la communaut\u00e9 internationale n\u2019a jamais reconnu celle-ci comme capitale de l\u2019Etat d\u2019Isra\u00ebl. La politique de colonisation, men\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la fin m\u00eame du XXe si\u00e8cle par cet Etat, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9e par Washington. Mieux, des encouragements multiples ont nourri ces implantations. Parall\u00e8lement, le surarmement d\u2019Isra\u00ebl sur tous les plans est all\u00e9 de pair avec la protection de la force arm\u00e9e am\u00e9ricaine au Proche-Orient, qui lui est acquise en tous temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Les avatars des accords d\u2019Oslo, sans \u00e9voquer Wye Plantation, dont les arrangements ont tourn\u00e9 \u00e0 la farce, ont d\u00e9montr\u00e9 que les Etats-Unis \u00e9taient incapables d\u2019exercer le moindre arbitrage entre les Isra\u00e9liens et les Palestiniens, \u00e0 supposer qu\u2019ils le d\u00e9sirent. Le grignotage de J\u00e9rusalem-Est, son encerclement \u2013 t\u00e2ches quotidiennes du gouvernement isra\u00e9lien \u2013 r\u00e9v\u00e8lent assez que la passivit\u00e9 de l\u2019alli\u00e9 am\u00e9ricain est de pure connivence. Aucune initiative, prise par Tel-Aviv, n\u2019aura convaincu Washington que celle-ci mettrait en p\u00e9ril m\u00eame ses int\u00e9r\u00eats au Moyen-Orient. Bien au contraire. Plus Isra\u00ebl aura d\u00e9velopp\u00e9 une logique de guerre, dans son environnement, pour atteindre les finalit\u00e9s ambitieuses de la construction d\u2019un Etat, et plus les Etats arabes voisins se seront plac\u00e9s dans une d\u00e9pendance, une servitude volontaires, \u00e0 la discr\u00e9tion des Etats-Unis. Ceux-ci, d\u00e9barrass\u00e9s, depuis 1990, de leur comp\u00e9tition avec l\u2019Union sovi\u00e9tique, n\u2019ont plus eu le moindre effort \u00e0 faire pour ranger \u00e0 leur influence des Etats fragilis\u00e9s par leurs d\u00e9fauts et leurs exc\u00e8s. L\u2019int\u00e9grisme et le terrorisme, grondant dans leurs pl\u00e8bes et leurs opinions publiques si malmen\u00e9es, s\u2019enflent \u00e0 proportion de l\u2019alignement des Etats sur la puissance am\u00e9ricaine. Celle-ci ne r\u00e9pugne m\u00eame pas \u00e0 manipuler directement la subversion religieuse et politique, ainsi qu\u2019elle s\u2019y est employ\u00e9e en Afghanistan. Comme si son r\u00f4le devait s\u2019analyser non en un r\u00e8glement des crises, mais en une utilisation de celles-ci pour rendre ses Etats-clients encore plus souples et apeur\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Que faudrait-il, dans l\u2019\u00e9tat pr\u00e9sent du Proche-Orient et du Moyen-Orient, pour que l\u2019\u00e9vidente fatalit\u00e9 qui p\u00e8se sur le destin politique (et par cons\u00e9quent, religieux) de J\u00e9rusalem n\u2019acc\u00e9l\u00e8re son emprise ?<\/p>\n\n\n\n<p>1\u00b0\/ Il faudrait que la chr\u00e9tient\u00e9 ait aussi conscience des dangers qu\u2019elle court dans des lieux auxquels elle est attach\u00e9e pour leur valeur symbolique. Orthodoxes, protestants, catholiques, si souvent en concurrence \u00e0 J\u00e9rusalem d\u2019ailleurs, \u00e0 force de se montrer conciliants, sont devenus insignifiants devant la pouss\u00e9e isra\u00e9lienne sur cette ville. Les Etats-Unis eux-m\u00eames, phare de l\u2019Occident chr\u00e9tien, ont renonc\u00e9 \u00e0 produire le moindre \u00e9clat d\u00e8s lors qu\u2019ils ont d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment choisi d\u2019appuyer, les premiers, la totalit\u00e9 des revendications isra\u00e9liennes.<\/p>\n\n\n\n<p>2\u00b0\/ Il faudrait que le monde musulman et le monde arabe, en leur centre m\u00eame, fassent preuve d\u2019une d\u00e9termination et d\u2019une solidarit\u00e9 qui n\u2019auront \u00e9t\u00e9 que verbales, au cours de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, qui ont \u00e9t\u00e9 si importantes cependant pour la d\u00e9volution de J\u00e9rusalem. Quelles pressions seraient-ils r\u00e9solus \u00e0 exercer sur la superpuissance pour enfin compter \u00e0 ses yeux ? Mettront-ils ses int\u00e9r\u00eats en cause pour faire respecter les leurs ? Personne ne le croit, et d\u2019abord eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>3\u00b0\/ Il faudrait \u2013hypoth\u00e8se encore plus fragile \u2013 que la communaut\u00e9 internationale, s\u2019exprimant par le truchement des Nations-Unies, s\u2019\u00e9meuve au point d\u2019exercer une pression d\u00e9cisive sur Isra\u00ebl et les Etats-Unis, et impose, pour J\u00e9rusalem, un statut sp\u00e9cial. Au stade actuel, l\u2019irr\u00e9alisme serait total. En mineur, on peut esp\u00e9rer que l\u2019Union europ\u00e9enne ait une r\u00e9solution suffisante pour exiger toute sa place dans les n\u00e9gociations de paix entre Isra\u00ebl et la Palestine, dont elle a \u00e9t\u00e9 exclue avec l\u2019efficacit\u00e9 constat\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es. On ne l\u2019imagine pas capable, aujourd\u2019hui, de jouer au Proche-Orient le r\u00f4le tenu nagu\u00e8re par l\u2019URSS, d\u00e9sormais d\u00e9funte.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ainsi qu\u2019en moins d\u2019un demi-si\u00e8cle, alors que rien n\u2019\u00e9tait jou\u00e9, la fatalit\u00e9 de la d\u00e9volution de J\u00e9rusalem s\u2019est tiss\u00e9e de plus en plus serr\u00e9e, au point que cette fatalit\u00e9 est devenue \u00e9vidente \u00e0 tous. Certains se consoleront de leur d\u00e9convenue ou de leur chagrin, en soulignant que l\u2019histoire ne se fixe jamais, a fortiori sur J\u00e9rusalem, et qu\u2019il faut, par cons\u00e9quent, attendre du futur, m\u00eame lointain, quelque \u00e9quit\u00e9. Voire !<\/p>\n\n\n\n<p>*************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>**********************************************************************<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Chroniques 1998<\/h1>\n\n\n\n<p><br>Pour lire les chroniques de l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente voir&nbsp;<a href=\"https:\/\/jobertmichel.tripod.com\/97.htm\">chroniques 1997<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Se rend-il compte&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Se rend-il compte&nbsp;? Lui, le Pr\u00e9sident Clinton. Quand il fut \u00e9lu au poste supr\u00eame, pour la premi\u00e8re fois, en 1992, j\u2019avais alors intitul\u00e9 cette chronique&nbsp;: Edgar Faure \u00e0 la Maison Blanche&nbsp;\u00ab\u00a0, rendant hommage ainsi \u00e0 sa ductilit\u00e9 et \u00e0 ses vertus politiciennes. Ce rapprochement ne disait \u00e9videmment rien aux Am\u00e9ricains, si cette allusion, faite par un vermisseau, avait eu la moindre chance de frapper leur comprenette.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 qu\u2019il serait revenu, dit-on, en cette fin de semaine, dans \u00a0\u00bb&nbsp;l\u2019Orient compliqu\u00e9&nbsp;\u00ab\u00a0, personnage toujours aussi invert\u00e9br\u00e9, au point qu\u2019on doit douter de sa pr\u00e9sence et de ses effets. Que peut-il bien y rechercher&nbsp;? Le respect des accords de Wye Plantation, d\u00e9j\u00e0 si peu respectables&nbsp;? Veut-il donner \u00e0 son opinion publique la certitude qu\u2019il n\u2019imposera nulle peine m\u00eame l\u00e9g\u00e8re aux extr\u00e9mistes de Tel Aviv et de J\u00e9rusalem&nbsp;? Tout en semblant tisser la toile d\u2019une m\u00e9diation dont son incons\u00e9quence plastique a, depuis longtemps, rompu la trame. Va-t-il, aux uns et aux autres, d\u00e9montrer qu\u2019il est grand temps d\u2019oublier la logique de guerre et de cultiver celle de la paix, dont les surprises heureuses formeraient une vraie moisson&nbsp;? Cela supposerait que cet homme si dou\u00e9 ait aussi le sentiment de la dignit\u00e9 d\u2019autrui comme l\u2019immense orgueil de se classer dans ce domaine r\u00e9serv\u00e9 aux plus rares&nbsp;? Car voil\u00e0 bien le but ouvertement assign\u00e9, \u00e0 son pays, que la divinit\u00e9 aurait missionn\u00e9, et \u00e0 son Pr\u00e9sident, si \u00e9vanescent jusqu\u2019ici.<\/p>\n\n\n\n<p>Le si\u00e8cle, probablement le plus barbare que l\u2019humanit\u00e9 ait connu, s\u2019ach\u00e8ve. Elle aura pay\u00e9 un \u00e9norme tribut par l\u2019esclavage, l\u2019\u00e9limination physique, la contrainte et l\u2019exploitation politique et \u00e9conomique, les colonialismes et les r\u00e9gimes totalitaires, les populations d\u00e9plac\u00e9es et ni\u00e9es. On vient de f\u00eater le cinquanti\u00e8me anniversaire de la d\u00e9claration des droits de l\u2019homme, si tardive et si proche de nous. Les p\u00e8res nobles ont confabul\u00e9, les voies enrou\u00e9es, sur cet espoir d\u2019une mutation, depuis la fureur d\u00e9cha\u00een\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 une compassion moins timide que la violette, d\u00e9sormais. Et pourtant, que voit-on, soulign\u00e9 par la pr\u00e9sence du Pr\u00e9sident am\u00e9ricain&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Que sur ces lieux d\u2019histoire, si exigus et si disput\u00e9s, peupl\u00e9s aussi de tous les fant\u00f4mes et messages des religions exaltant l\u2019unicit\u00e9 divine, les exactions et les iniquit\u00e9s s\u2019y perp\u00e9tuent , en mod\u00e8le r\u00e9duit mais en intensit\u00e9 \u00e9quivalente. Isra\u00ebl, qui fut tant d\u2019esp\u00e9rances apr\u00e8s tant de souffrances, en est venu, par quels encha\u00eenements mal\u00e9fiques, \u00e0 infliger aux Palestiniens les iniquit\u00e9s subies nagu\u00e8re par son propre peuple&nbsp;? C\u2019est \u00e0 l\u2019honneur de Shimon Per\u00e8s, d\u2019Yitzhak Rabin et de tant d\u2019autres de s\u2019\u00eatre dress\u00e9s, apr\u00e8s avoir compris que la dignit\u00e9 du pays l\u2019exigeait, pour imposer la paix et ses vertus, incomparables \u00e0 celles de la force. C\u2019est \u00e0 l\u2019honneur d\u2019une part grandissante de l\u2019opinion publique, en Isra\u00ebl et au dehors, de ne pas accepter cette duplication d\u2019un pass\u00e9 d\u00e9testable.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que vient faire ce Pr\u00e9sident, d\u2019un pays si puissant, dont l\u2019histoire internationale recense avec quelque stupeur, sur moins de deux si\u00e8cles, les exc\u00e8s \u00e0 peine dissimul\u00e9s&nbsp;? Que vient-il faire sinon d\u00e9montrer son incapacit\u00e9 d\u2019arbitrer \u2013on ne le sait que trop- et le choix qu\u2019il a fait, pour les raisons de sa politique int\u00e9rieure, d\u2019encourager les d\u00e9rives d\u2019un gouvernement isra\u00e9lien sans perspective historique et morale&nbsp;? Le responsable de ces populations d\u00e9plac\u00e9es, spoli\u00e9es, enferm\u00e9es dans les barri\u00e8res d\u2019un droit et d\u2019un ordre insoutenables, n\u2019est-ce pas lui, Clinton, aveugle et vain&nbsp;? Aveugle du futur, et vain auteur de n\u00e9gociation truqu\u00e9es&nbsp;? Comment peut-il penser fonder la gloire de son pays et la sienne propre, sur l\u2019affirmative d\u2019un syst\u00e8me politico-militaire (l\u2019OTAN) qui \u00e9chapperait au moindre contr\u00f4le et ne supporterait aucune limitation&nbsp;? Ou encore sur le refus de toute juridiction p\u00e9nale internationale parce qu\u2019il faudrait rendre compte de ce qu\u2019on a fait ou surtout commis&nbsp;? Ou m\u00eame sur le refus de mettre hors la loi les mines antipersonnel. Comme de se plier \u00e0 l\u2019aval du Conseil de S\u00e9curit\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Cette semaine, le Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral des Nations-Unies, Kofi Annan, devant l\u2019Assembl\u00e9e Nationale, \u00e0 Paris, a plaid\u00e9 en faveur d\u2019un \u00a0\u00bb&nbsp;<em>futur ordre international<\/em>&nbsp;\u00ab\u00a0, dont l\u2019Organisation serait garante, d\u2019un syst\u00e8me de r\u00e8gles pour juger objectivement des actions des Etats et de leurs dirigeants, d\u2019un effort pour \u00e9viter \u00a0\u00bb&nbsp;<em>un monde tristement homog\u00e8ne<\/em>&nbsp;\u00ab\u00a0, dans la fureur et les partages d\u2019influence. \u00a0\u00bb&nbsp;<em>Le d\u00e9nuement et les violations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es des droits fondamentaux nourrissent le fanatisme, le nationalisme et le terrorisme, qui sont souvent le ferment des conflits<\/em>&nbsp;\u00a0\u00bb a-t-il ajout\u00e9. Pour le futur, nous n\u2019obtiendrons rien avec un outil con\u00e7u il y a cinquante ans, dans des circonstances totalement diff\u00e9rentes, a conclu, d\u2019une voix tranquille, le Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Clinton, avec son voyage au Proche-Orient, appartient tragiquement au pass\u00e9, furieusement au pass\u00e9, devenu subitement anachronique.<\/p>\n\n\n\n<p>*************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Entre Sainte-Alliance et Empire.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 5 d\u00e9cembre 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0558<\/p>\n\n\n\n<p>Entre Sainte-Alliance et Empire&nbsp;: deux \u00e9vidences dont l\u2019ombre s\u2019\u00e9tend sur les derni\u00e8res semaines de cette ann\u00e9e. La Sainte-Alliance, c\u2019est le d\u00e9sir d\u2019h\u00e9g\u00e9monie qui pousse les Am\u00e9ricains \u00e0 manipuler et fortifier l\u2019OTAN, \u00e0 leur totale disposition. En 1815, les souverains europ\u00e9ens avaient tent\u00e9 ce pacte de stabilit\u00e9 contre les peuples et pour l\u2019ordre social de ce temps. Il dura cinq ans. L\u2019Empire c\u2019est la tentation allemande, verte et rose aujourd\u2019hui, d\u2019affirmer une volont\u00e9 efficace pour r\u00e9genter son voisinage. Deux r\u00e9alit\u00e9s comme deux inconv\u00e9nients que, avec ou sans cohabitation, la France ne pourra \u00e9viter. Ses dirigeants, certes ni na\u00effs ni complaisants, auront besoin d\u2019une d\u00e9termination constante.<\/p>\n\n\n\n<p>La \u00a0\u00bb&nbsp;Sainte-Alliance&nbsp;\u00a0\u00bb&nbsp;: en avril 1999, les pays membres de l\u2019Alliance atlantique doivent c\u00e9l\u00e9brer le 50\u00b0 anniversaire du trait\u00e9 fondateur de l\u2019Organisation. Cinq mois pour convaincre Washington qu\u2019il ne peut d\u00e9cider seul de la structure et de l\u2019\u00e9tendue de l\u2019OTAN, demain. Jusqu\u2019ici, l\u2019alli\u00e9 am\u00e9ricain est frapp\u00e9 de surdit\u00e9 et suffisance. La raison d\u2019\u00eatre de l\u2019Organisation \u2013le p\u00e9ril sovi\u00e9tique- a disparu. L\u2019instrument demeure, totalement en mains am\u00e9ricaines, qui souhaitent se d\u00e9lier, en outre, de toute condition internationale, dans une zone d\u2019intervention quasi illimit\u00e9e, aux confins plan\u00e9taires de leurs int\u00e9r\u00eats. L\u2019Europe politique aura-t-elle quelque poids ou assez d\u2019obstination pour \u00e9viter cette extension ind\u00e9finie des capacit\u00e9s am\u00e9ricaines&nbsp;? Nos parlements feraient bien, sans tarder, d\u2019organiser leur r\u00e9sistance et d\u2019\u00e9pauler nos gouvernements. Construire l\u2019Europe, c\u2019est aussi assurer sa d\u00e9fense et d\u2019abord ne pas accepter d\u2019en remettre le soin \u00e0 une puissance ext\u00e9rieure, m\u00eame amicale. La France, en 1995, avait manifest\u00e9 la volont\u00e9 de contr\u00f4ler l\u2019OTAN, de l\u2019int\u00e9rieur, en rejoignant ses multiples m\u00e9canismes. Son fiasco fut total et totale aussi la volont\u00e9 am\u00e9ricaine de ne rien c\u00e9der d\u2019un pouvoir absolu, qui entend m\u00eame se dispenser de l\u2019intervention du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations Unies. Les objections europ\u00e9ennes sont certes nombreuses, allant m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 revoir la doctrine de l\u2019emploi des moyens nucl\u00e9aires (cf. l\u2019Allemagne). Mais les Etats-Unis exigent d\u00e9j\u00e0 que tout document de l\u2019Union europ\u00e9enne leur soit pr\u00e9alablement soumis, avant son Sommet de Cologne, au prochain printemps. Quelle servitude&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019int\u00e9grisme renforc\u00e9 de la Sainte-Alliance du parrain am\u00e9ricain se manifeste alors que le jeune cousin europ\u00e9en, l\u2019Allemagne, s\u2019essaie \u00e0 r\u00eaver, lui aussi, de puissance. La tentation d\u2019Empire ne surprend pas. Elle a d\u00e9j\u00e0 eu le sacre (tragique) de l\u2019Histoire. Mais la nouvelle \u00e9quipe n\u2019a pas de complexe, l\u2019Allemagne en ayant beaucoup perdu, ces derniers temps. Quelques jours apr\u00e8s la rencontre franco-allemande de Potsdam, il appara\u00eet que, malgr\u00e9 les sourires lumineux et les mains chaleureusement \u00e9treintes, l\u2019accord ne s\u2019est fait sur rien, alors que Bonn\/Berlin va prendre la Pr\u00e9sidence de l\u2019Union, pour les six prochains mois. L\u2019incompatibilit\u00e9 des points de vue sur les dossiers de fond est soulign\u00e9e, \u00e9videmment, par la presse \u00e9trang\u00e8re, avec plus de r\u00e9alisme que les m\u00e9dias franco-allemands.<\/p>\n\n\n\n<p>M. Schr\u00f6der, captiv\u00e9 par sa propre magie \u00e0 effacer toute difficult\u00e9 sur son chemin, ne doute pas, en d\u00e9pit des fac\u00e9ties de sa coalition rose et verte, si probables, qu\u2019il doit faire de l\u2019Europe une d\u00e9pendance de l\u2019Allemagne. Des instituts tr\u00e8s savants lui indiquent la m\u00e9thode et re\u00e7oivent les encouragements n\u00e9cessaires. Cela n\u2019a rien \u00e0 voir, bien s\u00fbr, avec la confection, pour mars prochain, du fameux Agenda 2000 qui doit ajuster les programmes de l\u2019Europe \u00e0 15\/20 membres&nbsp;; ou encore avec la politique nucl\u00e9aire et la politique agricole. L\u2019Europe a majorit\u00e9 sociale-d\u00e9mocrate, soucieuse d\u2019emploi et de mieux-\u00eatre, sera &#8211; n\u2019en doutons pas &#8211; travers\u00e9e de bien d\u2019autres ambitions.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi celle de Tony Blair, qui, sur les perspectives d\u2019une d\u00e9fense commune europ\u00e9enne, ex\u00e9cute un temporaire et \u00e9poustouflante num\u00e9ro de funambule, entre sa loyaut\u00e9 transatlantique et son amour soudain pour tenir un grand pied, en Europe. Esp\u00e9rons que le Sommet franco-britannique, cette semaine \u00e0 Saint-Malo, aura r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que le spectacle n&rsquo;est pas truqu\u00e9. Les Am\u00e9ricains seraient fort m\u00e9contents qu&rsquo;il ne le soit pas&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette Europe, momie tout empaquet\u00e9e de bandelettes transatlantiques, sait-elle m\u00eame ce qui se passe au Kosovo&nbsp;? La France vient de constituer une force pour la protection des 2.000 observateurs qui s\u2019y installent. Pourquoi&nbsp;? \u00a0\u00bb&nbsp;Clinton a trahi le Kosovo&nbsp;\u00a0\u00bb \u00e9crit Bob Dole, qui fut son adversaire r\u00e9publicain \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 1996. Heureux cet homme, mieux inform\u00e9 que nous.<\/p>\n\n\n\n<p>**********************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Afrique-France&nbsp;: l\u2019essentiel.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 28 novembre 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0557<\/p>\n\n\n\n<p>Afrique-France&nbsp;: l\u2019essentiel. Je ne suis pas s\u00fbr que la XX\u00b0 conf\u00e9rence des chefs d\u2019Etat d\u2019Afrique et de France re\u00e7oive, de l\u2019opinion, toute la consid\u00e9ration qu\u2019elle m\u00e9rite. Par le faste du lieu choisi, par le nombre des participants, tout aura \u00e9t\u00e9 impressionnant. Le mus\u00e9e du Louvre (et ses nouvelles salles du Carrousel) a abrit\u00e9 l\u2019auguste r\u00e9union des chefs d\u2019Etat. Voulu d\u00e8s 1973, par le Pr\u00e9sident Georges Pompidou, L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor et Hamani Diori, le c\u00e9nacle s\u2019est fortifi\u00e9 et s\u2019est \u00e9largi. L\u2019Afrique enti\u00e8re aura \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sente \u00e0 ce sommet . Tous les pays africains ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s, sauf la Libye et le Soudan, \u00a0\u00bb&nbsp;pays sous sanctions&nbsp;\u00a0\u00bb t\u00e9l\u00e9guid\u00e9es par Washington, et la malheureuse Somalie, d\u00e9nu\u00e9e de tout, m\u00eame d\u2019un gouvernement. Au dernier sommet, tenu \u00e0 Ouagadougou en 1996, les chefs d\u2019Etat \u00e9taient une vingtaine. Du 26 au 28 novembre, ils ont \u00e9t\u00e9 plus d\u2019une trentaine. Sur le th\u00e8me de \u00a0\u00bb&nbsp;la s\u00e9curit\u00e9 et de la paix en Afrique \u00a0\u00bb la manifestation a d\u00e9pass\u00e9 les limites traditionnelles et \u00e9prouv\u00e9es d\u2019une francophonie qui ne s\u2019est gu\u00e8re d\u00e9mentie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sujet et la conjoncture ont ainsi rassembl\u00e9 les lusophones, les hispanophones, les anglophones avec les francophones. Les pays, o\u00f9 les troubles sont end\u00e9miques, o\u00f9 les guerres perdurent, auront \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9s. Le Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019OUA, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 Ouagadougou, fut \u00e0 Paris aussi. Et celui de l\u2019ONU, Kofi Annan, de nationalit\u00e9 ghan\u00e9enne, n\u2019a pas manqu\u00e9 cette r\u00e9union. Des Seychelles, de Maurice et des Comores \u00e0 Sao Tome, de la Tunisie \u00e0 l\u2019Afrique du Sud, chacun aura pu exprimer les angoisses du temps pr\u00e9sent et les conditions d\u2019un futur mieux ordonn\u00e9, en d\u00e9pit des d\u00e9coupages h\u00e9rit\u00e9s de la p\u00e9riode coloniale. Le Pr\u00e9sident gabonais Omar Bongo, quoique repr\u00e9sent\u00e9, aura boud\u00e9 le sommet, piqu\u00e9 par quelques remarques de socialistes fran\u00e7ais, ayant le souci de sa propre r\u00e9\u00e9lection et jugeant que le Commonwealth des anglophones ne renvoyait pas l\u2019ascenseur. Il aura pr\u00e9alablement interpell\u00e9 Boutros Boutros-Ghali, Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la francophonie, pour n\u2019avoir pas assez veill\u00e9 \u00e0 la mar\u00e9e des documents, en anglais, montant dans les Conf\u00e9rences internationales. La conviction et l&rsquo;acharnement sont, en effet, indispensables ici et d&rsquo;abord ceux des participants les plus impliqu\u00e9s :&nbsp;les Fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Evidemment, il faudra bien quelques mois avant de mesurer les effets d\u2019un tel rassemblement. D\u2019abord ceux des contacts \u00e9tablis \u00e0 Paris entre divers bellig\u00e9rants, cherchant \u00e0 se flouer ou \u00e0 s\u2019entendre mieux \u00e0 l\u2019incitation de leurs voisins, dont l\u2019inqui\u00e9tude est meilleure conseill\u00e8re que l\u2019intransigeance. On peut penser que Blaise Compaor\u00e9, qui vient d\u2019\u00eatre r\u00e9\u00e9lu, pour sept ans, Pr\u00e9sident du Burkina Faso et qui est Pr\u00e9sident de l\u2019Organisation de l\u2019Unit\u00e9 africaine, aura \u00e9t\u00e9 \u00e9cout\u00e9 \u00e0 la mesure du cr\u00e9dit international dont il dispose, en Afrique et au dehors. Peut-\u00eatre sa m\u00e9diation entre l\u2019Erythr\u00e9e et l\u2019Ethiopie triomphera-t-elle&nbsp;? Peut-\u00eatre persuadera-t-il les organisations sous-r\u00e9gionales de leur r\u00f4le dans le maintien de la paix&nbsp;? Ainsi la CEDEAO (la Communaut\u00e9 \u00e9conomique des Etats de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest) pourrait affirmer davantage ses premiers succ\u00e8s de m\u00e9diation en Guin\u00e9e Bissau et au Lib\u00e9ria. L\u2019 ECOMOG, la force Ouest-africaine de paix, ne s\u2019est pas montr\u00e9e sans utilit\u00e9, sur le terrain. Des projets d\u2019assistance technique militaire sont \u00e0 l\u2019\u00e9tude, pour permettre aux Etats africains, sous leur responsabilit\u00e9 conjugu\u00e9e, de r\u00e9soudre les conflits et de r\u00e9tablir le calme. Une vaste conf\u00e9rence sur la paix, dans la zone des Grands Lacs, se constituera-t-elle, au nom d\u2019un r\u00e9alisme qu\u2019il faudra finalement honorer&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Afrique doit prendre ses affaires en main, alors m\u00eame que l\u2019accablent des ambitions int\u00e9rieures et ext\u00e9rieures, que l\u2019influence directe d\u2019Etats importants, loin d\u2019\u00eatre d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e, ne s\u2019est pas d\u00e9courag\u00e9e, alors que la famine, la drogue, le sida d\u00e9ciment de malheureuses populations pour lesquelles la mondialisation appara\u00eet comme une noce cruelle. Ce sommet France-Afrique, le XX\u00b0 rappelons-le, marque la fin des politiques d\u2019ing\u00e9rence, le d\u00e9but d\u2019une solidarit\u00e9 r\u00e9aliste, propre \u00e0 combattre l\u2019indiff\u00e9rence, si prompte \u00e0 s\u2019\u00e9tendre sur le grand d\u00e9sarroi africain.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici que se n\u00e9gocie, avec l\u2019Union europ\u00e9enne, la prochaine Convention de Lom\u00e9. Cette m\u00eame Union a confirm\u00e9 que la naissance de l\u2019Euro n\u2019aurait pas d\u2019incidence sur le Franc CFA, dont le Tr\u00e9sor fran\u00e7ais assurera la stabilit\u00e9. Les Africains devraient se soucier aussi des tournants que l\u2019Union se pr\u00e9pare \u00e0 prendre&nbsp;: organisation d\u2019une d\u00e9fense europ\u00e9enne, (articul\u00e9e par la Grande-Bretagne), mise en question de la strat\u00e9gie atomique de l\u2019OTAN (annonc\u00e9e par l\u2019Allemagne, en m\u00eame temps que celle de la politique mon\u00e9taire suivie jusqu\u2019ici). En un mot, la globalisation est devenue insupportable au bon sens. Les relations transatlantiques subiront, par cons\u00e9quent, les effets de cette mutation. A Paris, les chefs d\u2019Etats africains auront-ils devin\u00e9 ce futur, dans lequel il n\u2019est pas vain pour eux de vouloir s\u2019inscrire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>**************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb&nbsp;A quoi \u00e7a rime&nbsp;?&nbsp;\u00ab\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 21 novembre 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0556<\/p>\n\n\n\n<p>A quoi \u00e7a rime&nbsp;? Ou, pour un sujet qui m\u00e9rite toute consid\u00e9ration&nbsp;:&nbsp;\u00a0\u00bb&nbsp;\u00e0 quoi cela rime-t-il&nbsp;?&nbsp;\u00ab\u00a0. S\u2019agissant de la politique ext\u00e9rieure am\u00e9ricaine, cette interrogation devient de plus en plus l\u00e9gitime. D\u00e9j\u00e0, en octobre dernier, au Kosovo et \u00e0 Wye Plantation, les \u00a0\u00bb&nbsp;victoires&nbsp;\u00a0\u00bb de Clinton, englu\u00e9es d\u2019improvisations et priv\u00e9es de perspectives \u2013on le constate tout de suite- ont davantage d\u00fb \u00e0 la publicit\u00e9 qu\u2019\u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Ici, l\u2019acteur principal tente de ne prendre aucun engagement. Et l\u00e0, l\u2019acteur principal est enfin oblig\u00e9 de se mouiller&nbsp;; le moins possible. Deux semaines passent&nbsp;; en novembre, c\u2019est l\u2019Irak qui met \u00e0 nouveau \u00e0 l\u2019\u00e9preuve les ambigu\u00eft\u00e9s ou les incoh\u00e9rences de l\u2019ordre am\u00e9ricain. &nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La presse Outre-atlantique n\u2019est pas tendre depuis qu\u2019elle fut inform\u00e9e, samedi dernier, que le Pr\u00e9sident avait diff\u00e9r\u00e9 la mission de bombardements massifs sur l\u2019Irak, alors que les avions volaient vers leur cible. C\u00f4t\u00e9 victoire, le Pr\u00e9sident aurait pris Saddam Hussein \u00e0 son propre jeu, qui l\u2019a men\u00e9 \u00e0 capituler totalement, \u00e0 minuit moins une minute. S\u2019il ne tient pas ses engagements, il sera frapp\u00e9 \u00e0 l\u2019improviste et sans consultation ou accord international. Superbe, n\u2019est-ce pas&nbsp;? C\u00f4t\u00e9 chagrin, le Pr\u00e9sident s\u2019est fait avoir&nbsp;: Ses inspecteurs \u00e0 la botte (l\u2019UNSCOM) ne trouveront rien, parce qu\u2019ils ont d\u00e9j\u00e0 tout trouv\u00e9 et il faudra, par cons\u00e9quent, lever le blocus qui accable depuis sept ans la population irakienne, tout en renfor\u00e7ant Saddam Hussein. A ces pessimistes, le Pr\u00e9sident a r\u00e9pondu qu\u2019il allait plus activement chercher \u00e0 d\u00e9molir ce \u00a0\u00bb&nbsp;nouvel Hitler&nbsp;\u00ab\u00a0, puisqu\u2019on ne compte plus les tentatives infructueuses de la CIA. La cuisine idoine est d\u00e9j\u00e0 sur la table&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;o tempora&nbsp;! o mores&nbsp;!&nbsp;\u00a0\u00bb internationaux. C\u2019est la nouvelle donne&nbsp;! A quoi bon&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;L\u2019occasion se pr\u00e9sentait d\u2019abattre Saddam et Clinton l\u2019a laiss\u00e9 passer&nbsp;\u00ab\u00a0. Mais l\u2019essentiel est de maintenir l\u2019embargo, \u00e9crit un autre, aussi la prochaine fois il faudra encore menacer puis suspendre les frappes a\u00e9riennes. N\u2019est-ce pas la politique souhait\u00e9e par Wall Street&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Par-del\u00e0 ces perles somptueuses, dont l\u2019\u00e9clat n\u2019atteint jamais les mis\u00e8res humaines, il faut bien essayer de discerner les donn\u00e9es qui, sous le fatras des propagandes, r\u00e9gissent le Moyen-Orient. D\u00e9j\u00e0, \u00e9coutons ce qui se dit l\u00e0-bas, et jusque chez nous.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Qui est responsable de la nouvelle crise dans le Golfe&nbsp;? Evidemment, le dictateur irakien Saddam Hussein. Mais pas un mot sur les int\u00e9r\u00eats des compagnies p\u00e9troli\u00e8res anglo-am\u00e9ricaines, leurs propagandes. Silence sur le terrorisme de haute technologie, d\u2019une puissance sans \u00e9quivalent dans le monde, s\u2019exer\u00e7ant sur des populations livr\u00e9es \u00e0 sa fantaisie. En 1991, la guerre contre l\u2019Irak, men\u00e9e par les Etats-Unis et leurs alli\u00e9s (y compris arabes) violait la Charte des Nations Unies. Le Koweit \u00a0\u00bb&nbsp;lib\u00e9r\u00e9&nbsp;\u00a0\u00bb est devenu protectorat am\u00e9ricain. L\u2019Irak a r\u00e9gress\u00e9 sur tous les plans&nbsp;; 800.000 enfants y sont morts. L\u2019UNSCOM, mission d\u2019inspection, apr\u00e8s 7 ann\u00e9es d\u2019exercice, n\u2019a rien trouv\u00e9 de ces affreuses armes secr\u00e8tes. Depuis f\u00e9vrier 1998, elle avait re\u00e7u des Etats-Unis l\u2019instruction avis\u00e9e de ne plus chercher la rupture, afin que la lev\u00e9e de l\u2019embargo se fasse attendre le plus longtemps possible. Cette mission onusienne collaborait d\u2019ailleurs avec les services secrets isra\u00e9liens. Apr\u00e8s la disparition de l\u2019URSS, il fallait aux Am\u00e9ricains un ennemi de substitution, qui leur permette de contr\u00f4ler tout le Golfe p\u00e9trolier et d\u2019assurer la supr\u00e9matie militaire d\u2019Isra\u00ebl sur le Proche-Orient. Saddam et Clinton sont des \u00ab\u00a0ennemis compl\u00e9mentaires&nbsp;\u00ab\u00a0. L\u2019extr\u00e9misme am\u00e9ricain renforce le courant int\u00e9griste musulman, quand il ne l\u2019alimente pas directement. Ici, on bafoue l\u2019ordre international depuis un demi-si\u00e8cle&nbsp;; avec l\u2019appui inconditionnel des Etats-Unis, le colonialisme le plus f\u00e9roce s\u2019exerce sur les Palestiniens. L\u00e0, on r\u00eave d\u2019instaurer, dans le monde musulman, un ordre totalitaire. L\u2019opinion publique musulmane d\u00e9rive vers cet extr\u00e9misme, faute d\u2019apercevoir la l\u00e9gitimit\u00e9 des \u00a0\u00bb&nbsp;droits&nbsp;\u00a0\u00bb des Etats-Unis et d\u2019Isra\u00ebl. La volont\u00e9 de puissance des uns et de l\u2019autre est telle qu\u2019elle r\u00e8gne aux d\u00e9pens des Arabes, dont les Etats autoritaires ont d\u00e9montr\u00e9 leur incapacit\u00e9 \u00e0 se gouverner eux-m\u00eames, d\u00e9mocratiquement.<\/p>\n\n\n\n<p>Que conclure de ces arguments irr\u00e9futables, bien connus et tr\u00e8s sciemment n\u00e9glig\u00e9s&nbsp;? Qu\u2019avec ou sans Saddam, l\u2019Irak doit \u00eatre r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans une communaut\u00e9 internationale, dont le \u00a0\u00bb&nbsp;deux poids, deux mesures&nbsp;\u00a0\u00bb ne soit plus la r\u00e8gle d\u2019action non \u00e9crite, mais implacable. Sinon, \u00e0 quoi rime le ballet de la mort t\u00e9l\u00e9guid\u00e9e, spectacle qui n\u2019illustrera gu\u00e8re la morale internationale, mais certes le cynisme des int\u00e9r\u00eats, aiguis\u00e9s par la volont\u00e9 de puissance. Audacieuse repr\u00e9sentation dont il est urgent et honorable de d\u00e9noncer la perversit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>**********************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Vieilles lunes et pens\u00e9es uniques.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 14 novembre 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0555<\/p>\n\n\n\n<p>Vieilles lunes et pens\u00e9es uniques&nbsp;: Nous sommes plus riches qu\u2019il ne semble. Plusieurs pens\u00e9es uniques nous dictent, en effet, leurs imp\u00e9ratifs. Malheureusement elles illustrent de tr\u00e8s vieilles lunes, ayant perdu tout \u00e9clat. Ainsi les voix officielles de nos Etats courent apr\u00e8s la conviction et l\u2019enthousiasme.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 80\u00b0 anniversaire de l\u2019armistice du 11 novembre 1918 vient de le d\u00e9montrer, jusqu\u2019\u00e0 la caricature. Depuis tant d\u2019ann\u00e9es, les faits sont archi-connus&nbsp;; les chiffres du massacre sont accablants&nbsp;; la trag\u00e9die nationale d\u2019une glorieuse et d\u00e9testable h\u00e9catombe p\u00e8se toujours sur le purgatoire des vies g\u00e2ch\u00e9es. Pr\u00e9m\u00e9ditant, d\u00e8s le d\u00e9but de cette ann\u00e9e, de renouveler l\u2019exercice comm\u00e9moratif, le Premier ministre n\u2019avait pas trouv\u00e9 le temps d\u2019en informer le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. C\u2019est f\u00e2cheux, pour les deux int\u00e9ress\u00e9s. L\u2019\u00e9talage de discordances sur l\u2019usage \u00e0 faire des \u00e9preuves de la patrie, la collectivit\u00e9 anonyme s\u2019en serait bien pass\u00e9e. Ce r\u00e9chauff\u00e9 d\u2019histoire est ind\u00e9cent et naus\u00e9abond.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que se tenant dans l\u2019empyr\u00e9e du paradis m\u00e9diatique, les jeunes, dont les adultes ont vaguement la charge, en savent de moins en moins, de l\u2019histoire, de la vertu, du courage et de la d\u00e9raison des hommes. Les sondages sur le 11 novembre, dop\u00e9 cette ann\u00e9e de quelques incidents, r\u00e9v\u00e8lent une ignorance consternante. Au pays du vin, on enfutaille d\u00e9sormais bien mal le savoir. Quand les g\u00e9n\u00e9rations montantes se seront d\u00e9barrass\u00e9es des oripeaux du pass\u00e9, quand des historiens experts en montages pr\u00e9fabriqu\u00e9s auront balis\u00e9 la route du moindre effort, peut-\u00eatre s\u2019\u00e9tablira l\u2019extr\u00eame jubilation de se croire libre, dans les parcs payants de la pens\u00e9e dominante. Mais le combat pour l\u2019irr\u00e9pressible libert\u00e9 sera perdu pour longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Commenc\u00e9e en 1914, une guerre de trente ans s\u2019est close en 1945, d\u00e9pouillant l\u2019Europe des attributs de sa puissance. En s\u2019y prenant \u00e0 deux fois, et sans jamais trop se h\u00e2ter, les Etats-Unis se sont install\u00e9s sur des positions inexpugnables, sans cesse renforc\u00e9es depuis 1945. Voil\u00e0 pour leur perspective, si souveraine qu\u2019il leur sied de faire croire qu\u2019elle fut trac\u00e9e par la volont\u00e9 divine. Rendue en 1998, l\u2019Europe, prototype de la servitude volontaire, n\u2019est pas encore sortie de la m\u00e9moire des \u00e9preuves qu\u2019elle a subies venant, tour \u00e0 tour ou simultan\u00e9ment, du nazisme et du communisme, doctrines et r\u00e9gimes totalitaires ayant en commun sans conteste l&rsquo;utilisation et la privation de la libert\u00e9 d&rsquo;autrui. Des bataillons de compagnons de route s\u2019efforcent d\u2019\u00e9viter la mise en parall\u00e8le de ces deux h\u00e9r\u00e9sies, attentatoires \u00e0 la dignit\u00e9 du libre arbitre. Les uns cherchent l\u2019oubli total. Les autres tordent l\u2019histoire jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle se montre complaisante. Le vrai ne pourrait-il se r\u00e9fugier que dans l\u2019\u00e9miettement des consciences de citoyens indistincts&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Ceux de l\u2019Europe, \u00e0 peine d\u00e9livr\u00e9s des grands troubles du pass\u00e9, abordent les prochaines ann\u00e9es, avec humilit\u00e9 et sans jactance. Le montage, qui s\u2019affirme et dont les \u00e9ch\u00e9ances approchent, d\u2019une monnaie unique alors que ni la d\u00e9fense ni la politique ext\u00e9rieure communes ne sont encore cristallis\u00e9es, est proprement stup\u00e9fiant. Tels en d\u00e9noncent les dangers, au nom des pr\u00e9rogatives r\u00e9galiennes des Etats, si inconsid\u00e9r\u00e9ment utilis\u00e9es, pourtant. D\u2019autres d\u00e9crivent l\u2019urgente n\u00e9cessit\u00e9 de cet instrument pour assurer la p\u00e9rennit\u00e9 et le d\u00e9veloppement du patrimoine \u00e9conomique et de l\u2019emploi. Agir ou subir&nbsp;? Voici le choix des peuples europ\u00e9ens regroup\u00e9s. Les deux derni\u00e8res ann\u00e9es du si\u00e8cle sont pour eux exceptionnelles, parce qu\u2019ils peuvent apparemment tout tenter et d\u2019abord \u00e9chapper aux vieilles lunes d\u2019un lib\u00e9ralisme orient\u00e9 depuis Washington et \u00e0 son profit exclusif. Echapper \u00e0 la pens\u00e9e unique, qui s\u2019analyse en un conformisme d\u00e9vou\u00e9 aux int\u00e9r\u00eats de la puissance dominante. Apr\u00e8s l\u2019ordre bipolaire des ann\u00e9es 60 est venu l\u2019ordre sans partage des ann\u00e9es 80 et 90. Maintenant, dans le grand d\u00e9sarrimage&nbsp; de l\u2019\u00e9conomie mondiale, l\u2019action de chaque jour incombe aux plus audacieux, aux plus r\u00e9solus, aux plus passionn\u00e9s de leur libert\u00e9. A ceux qui cherchent, tentent et gagnent.<\/p>\n\n\n\n<p>**************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Puissance et archa\u00efsme.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 7 novembre 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0554<\/p>\n\n\n\n<p>Puissance et archa\u00efsme&nbsp;: de cette fatale union, le mois de novembre va donner deux exemples frappants. D\u00e9j\u00e0, les \u00e9lections am\u00e9ricaines, \u00e0 \u00a0\u00bb&nbsp;mi-bail&nbsp;\u00a0\u00bb du mandat pr\u00e9sidentiel. Bient\u00f4t, avec la 4\u00b0 conf\u00e9rence de la convention internationale sur le changement climatique, \u00e0 Buenos Aires. On peut se persuader, sans se fourvoyer, que le nouveau mill\u00e9naire va renouveler les attitudes de la collectivit\u00e9. Mais on mesure pr\u00e9sentement tout le poids du pass\u00e9 qu\u2019elle tra\u00eene avec elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi de l\u2019\u00e9difice de la doyenne des d\u00e9mocraties. Le mardi 3 novembre, apparemment secou\u00e9e par les d\u00e9sinvoltures et privaut\u00e9s de son dernier Pr\u00e9sident, elle d\u00e9routait tout pronostic \u00e9lectoral. Or, elle fut conforme \u00e0 ses habitudes, bonnes ou mauvaises. Chaque \u00e9lecteur a donn\u00e9 la priorit\u00e9 \u00e0 son modeste horizon et s\u2019est persuad\u00e9 de l\u2019excellence de son jugement. A ceci pr\u00e8s que le nombre des abstentions est si consid\u00e9rable qu\u2019aucune autre d\u00e9mocratie ne pourrait r\u00e9sister \u00e0 une telle d\u00e9claration d\u2019indiff\u00e9rence ou d\u2019hostilit\u00e9. Depuis plus de vingt ans, la participation \u00e9lectorale oscille entre 36 et 40%. Bien maigre adh\u00e9sion apport\u00e9e \u00e0 un r\u00e9gime si exalt\u00e9 et ch\u00e9ri, par ailleurs. L\u2019organisation des \u00e9lections d\u00e9pend des Etats f\u00e9d\u00e9r\u00e9s. D\u2019o\u00f9 l\u2019extr\u00eame diversit\u00e9 et d\u2019o\u00f9 la nonchalance \u00e0 inscrire les citoyens sur la liste \u00e9lectorale. Faute de les conna\u00eetre tous, le taux de la participation \u00e9lectorale est forc\u00e9ment bien plus faible qu\u2019il n\u2019est annonc\u00e9. Il para\u00eet que la vigilance se serait renforc\u00e9e depuis quelques lustres.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus \u00e9vident encore est l\u2019archa\u00efsme de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, ench\u00e2ss\u00e9e dans un syst\u00e8me de \u00a0\u00bb&nbsp;grands \u00e9lecteurs&nbsp;\u00ab\u00a0, \u00e9lus de fa\u00e7on tr\u00e8s folklorique par les partis, en leur propre sein. En 1969, la Chambre des repr\u00e9sentants, \u00e0 une tr\u00e8s forte majorit\u00e9, avait vot\u00e9 un texte pr\u00e9voyant l\u2019\u00e9lection du Pr\u00e9sident au suffrage universel direct, o\u00f9 il aurait d\u00fb obtenir au minimum 40% des voix. Le S\u00e9nat avait repouss\u00e9 ce texte. En 1977 et en 1979, sans succ\u00e8s, le Pr\u00e9sident Carter avait tent\u00e9 d\u2019obtenir cette modernisation d\u2019un syst\u00e8me d\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, financ\u00e9 de l\u2019ext\u00e9rieur comme de l\u2019int\u00e9rieur, dans des conditions abracadabrantes, par lesquelles M. Clinton s\u2019est d\u2019ailleurs englu\u00e9. Les habitudes, la tradition ont bon dos.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le bon exemple en prend un coup. La victime expiatoire sera l\u2019autorit\u00e9 pr\u00e9sidentielle, contest\u00e9e ouvertement par les Etats f\u00e9d\u00e9r\u00e9s. La crise ouverte ne se r\u00e9sorbera pas miraculeusement, sauf si l\u2019archa\u00efsme du fonctionnement de cette d\u00e9mocratie \u00e9tait hardiment combattu. Cela est plus important que de supputer les cons\u00e9quences du maintien, d\u00e9sormais probable, de Clinton jusqu\u2019au terme de son mandat. R\u00e9sumons-les quant \u00e0 l\u2019Europe&nbsp;: Pour l\u2019Am\u00e9rique, rien ne doit \u00eatre fait en Europe, en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9, qui ne passe par elle, exclusivement, qu\u2019importent les crises. Quant \u00e0 l\u2019OTAN, aussi inadapt\u00e9e que soit cette organisation, elle entend affirmer sa capacit\u00e9 unique \u00e0 assurer la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019Europe. Tout est dit, ici, sur l\u2019archa\u00efsme et l\u2019exercice de la puissance.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on se tourne vers l\u2019environnement, devenu le cas de force majeure, typique de nos temps modernes, on constate que de Rio \u00e0 Kyoto, de 1992 \u00e0 1997, des conf\u00e9rences c\u00e9l\u00e8bres et d\u00e9cevantes auront du moins d\u00e9montr\u00e9 que plus la puissance est excessive, plus elle se r\u00e9v\u00e8le r\u00e9trograde ou d\u00e9sinvolte pour le respect de l\u2019environnement. Dans l\u2019Empire sovi\u00e9tique, si herm\u00e9tiquement clos, des libert\u00e9s inou\u00efes avaient \u00e9t\u00e9 prises vis-\u00e0-vis des \u00e9l\u00e9mentaires mesures de sauvegarde. Les Etats successeurs ne peuvent cacher ces crimes contre la nature et ses habitants. Ils excipent maintenant de leur incapacit\u00e9 \u00e0 redresser les atteintes port\u00e9es \u00e0 l\u2019univers commun. Mais l\u2019attitude des Etats-Unis n\u2019est pas plus reluisante&nbsp;: cette tr\u00e8s puissante d\u00e9mocratie, si brillante en technologies, accroch\u00e9e \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques imm\u00e9diats, n\u2019a pas la moindre intention de moderniser son syst\u00e8me de captation et de pollution de l&rsquo;environnement. Ce fut le m\u00eame conservatisme \u00e9troit et \u00e9go\u00efste pour les mines antipersonnel, et la Cour criminelle internationale \u00e0 Rome, cette ann\u00e9e. D\u00e9cid\u00e9ment, qu\u2019il est difficile d\u2019avoir la puissance et d\u2019\u00eatre l\u2019aile marchante du progr\u00e8s&nbsp;! A Fontainebleau, mardi dernier, le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise a d\u00e9clar\u00e9 devant l\u2019Union internationale pour la conservation de la nature, cr\u00e9\u00e9e voici 50 ans&nbsp;:&nbsp;<em>\u00a0\u00bb&nbsp;Ne pas agir aujourd\u2019hui condamnerait nos enfants \u00e0 vivre dans un monde d\u00e9figur\u00e9, o\u00f9 les risques de confrontation pour des ressources rar\u00e9fi\u00e9es seraient de plus en plus grands. Il en va de l\u2019environnement comme de l\u2019\u00e9conomie&nbsp;: le moment est venu de civiliser la mondialisation<\/em>&nbsp;\u00ab\u00a0. Et de proposer une Autorit\u00e9 mondiale de l\u2019environnement, pr\u00e9par\u00e9e par le \u00a0\u00bb&nbsp;Programme des Nations Unies pour l\u2019Environnement&nbsp;\u00ab\u00a0. Voil\u00e0 qui fera plaisir aux Etats qui, face aux pollutions, ont \u00a0\u00bb&nbsp;<em>une conception d\u00e9pass\u00e9e de leur souverainet\u00e9<\/em>&nbsp;\u00ab\u00a0. On les distinguera mieux encore \u00e0 Buenos Aires, dans quelques jours.<\/p>\n\n\n\n<p>**************************************************************************************************************&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019 Afrique et ses d\u00e9mons.<\/p>\n\n\n\n<p>31 octobre 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0553<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Afrique et ses d\u00e9mons&nbsp;: depuis deux ans, pour ne pas remonter trop loin, ils se d\u00e9chirent sur la totalit\u00e9 du continent. Les sages y sont pourtant nombreux, mais les tourbillons de la d\u00e9raison les dispersent comme des pailles inutiles. Il me souvient, avec d\u2019autant plus de d\u00e9couragement, de Diallo Telli, en 1958, \u00e0 l\u2019aube des ind\u00e9pendances africaines. D\u00e9j\u00e0 \u00e0 Dakar, il me disait&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;L\u2019Afrique est toute enti\u00e8re concern\u00e9e par cette libert\u00e9&nbsp;; vous verrez imm\u00e9diatement son ardeur et son unit\u00e9, au-del\u00e0 de sa partie occidentale. Merveilleuse solidarit\u00e9 des hommes et de leurs sols&nbsp;!&nbsp;\u00a0\u00bb J\u2019ai fait semblant de le croire et lui de me convaincre. Jeune magistrat, il devint tr\u00e8s vite le Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Organisation de l\u2019Unit\u00e9 africaine (OUA), tenace et volontaire. Il termina bient\u00f4t sa vie dans la sinistre d\u00e9tention du Camp Boiro, o\u00f9 l\u2019avait condamn\u00e9 son compatriote S\u00e9kou Tour\u00e9, tyran de la Guin\u00e9e. Notre amiti\u00e9 s\u2019interrompit ainsi, dans ce naufrage de d\u00e9ceptions, emport\u00e9es par la temp\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Diallo Telli a disparu en 1977, \u00e0 52 ans. Ses enfants sont devenus adultes. Son pays est toujours aussi mis\u00e9rable, vou\u00e9 aux r\u00e9gimes autoritaires, pour parler mod\u00e9r\u00e9ment. Plus que jamais, l\u2019Afrique est devenue une zone centrale de crises que la communaut\u00e9 internationale et ceux qui y comptent traitent par l\u2019indiff\u00e9rence et l\u2019impuissance. J\u2019ai parcouru le rapport annuel de l\u2019Institut international d\u2019\u00e9tudes strat\u00e9giques, publi\u00e9 \u00e0 Londres, la semaine derni\u00e8re. Plus du quart des 44 Etats de l\u2019Afrique subsaharienne est impliqu\u00e9 dans des conflits arm\u00e9s, dont aucune issue ne semble en vue. Des combats majeurs, en 1998, labourent ce continent dans l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et la souffrance, de l\u2019Erythr\u00e9e au S\u00e9n\u00e9gal, du Soudan au Nigeria, de la Guin\u00e9e \u00e9quatoriale aux Comores, de l\u2019Angola au Congo jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9gion des Grands Lacs. Minorit\u00e9s de toutes sortes affrontent, pour leur survie, les gouvernements. Les deux poids lourds, l\u2019Afrique du Sud et le Nigeria, ne sont pas au meilleur de leur forme, et de leur influence mod\u00e9ratrice, on le voit chaque jour. Leurs d\u00e9penses de d\u00e9fense sont consid\u00e9rables et leurs exportations d\u2019armements ne sont pas modestes, rejoignant celles de la Chine, de la Russie, de l\u2019Est europ\u00e9en. L\u2019Institut d\u2019\u00e9tudes strat\u00e9giques n\u2019a gu\u00e8re d\u2019efforts \u00e0 faire pour discerner d\u2019autre part l\u2019instabilit\u00e9 qui , du Moyen-Orient, a gagn\u00e9 l\u2019Afrique du Nord, o\u00f9 elle se maintient. Cibles civiles, attaques a\u00e9riennes, constitution de stocks de missiles et de produits nucl\u00e9aires, 70.000 morts depuis 1992, en Alg\u00e9rie, soixante milliards de dollars d\u2019achats d\u2019armes en 1997, la poudri\u00e8re est bien approvisionn\u00e9e de tous c\u00f4t\u00e9s et m\u00eame de l\u2019int\u00e9rieur, o\u00f9 Isra\u00ebl est parmi les cinq premiers exportateurs d\u2019armes.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>La lecture du \u00a0\u00bb&nbsp;Rams\u00e8s 1999&nbsp;\u00a0\u00bb de l\u2019Institut fran\u00e7ais des relations internationales (IFRI), paru aussi \u00e0 l\u2019automne, n\u2019est pas plus r\u00e9confortante sur l\u2019Afrique, \u00e9tudi\u00e9e avec une minutieuse objectivit\u00e9&nbsp;: embrasements africains des Grands Lacs \u00e0 l\u2019Atlantique, retour \u00e0 l\u2019autoritarisme au Congo-Kinshasa, terreur alg\u00e9rienne et horreur quotidienne au Sud-Soudan, avanc\u00e9e des conflits de l\u2019Afrique \u00e9quatoriale, depuis l\u2019Atlantique jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Oc\u00e9an indien. Durant l\u2019 ann\u00e9e 1998, la situation s\u2019est consid\u00e9rablement d\u00e9grad\u00e9e. Le bourbier d\u2019Afrique \u00e9quatoriale est plus instable que jamais, de vagues Etats r\u00e9gionaux, comme l\u2019Ouganda ou l\u2019Angola, y pr\u00e9tendant s\u2019imposer. Le voyage africain de Clinton, en mars 1998, n\u2019a \u00e9t\u00e9 que d\u00e9cevant, pour les Etats visit\u00e9s et les Etats-Unis eux-m\u00eames, d\u2019abord excessifs puis ind\u00e9cis jusqu\u2019\u00e0 la paralysie. Le \u00a0\u00bb&nbsp;Rams\u00e8s 99&nbsp;\u00a0\u00bb affirme, avec quelque aplomb, que \u00a0\u00bb&nbsp;la question islamique&nbsp;\u00a0\u00bb a perdu aujourd\u2019hui de son acuit\u00e9, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 pendant plus de vingt ans au centre du d\u00e9bat sur le Moyen-Orient et le monde arabe. Parall\u00e8lement aux enjeux de s\u00e9curit\u00e9 et de stabilit\u00e9, qui int\u00e9ressent autant l\u2019Afrique que l\u2019Orient, c\u2019est la question de la l\u00e9gitimit\u00e9 des r\u00e9gimes en place que la permanence et la maturation de la contestation islamique poseraient de fa\u00e7on aigu\u00eb. Essayons de voir les choses ainsi. Mais retenons alors cette phrase ravageuse d\u2019Amartya Sen, devenu cette ann\u00e9e Prix Nobel d\u2019Economie&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;Les famines tuent des millions de gens dans divers pays, mais elles ne tuent pas leurs ma\u00eetres. Les rois et les pr\u00e9sidents, les bureaucrates et les chefs, les officiers et les commandants ne cr\u00e8vent jamais de faim&nbsp;\u00ab\u00a0. Bienheureuse d\u00e9mocratie qui ferait peser le prix de ce fl\u00e9au aussi sur les politiciens et les groupes de dirigeants&nbsp;! Quant au g\u00e9ant africain aux pieds d\u2019argile, l\u2019Afrique du Sud, l\u2019\u00e9tude minutieuse du \u00a0\u00bb&nbsp;Rams\u00e8s 99&nbsp;\u00a0\u00bb pousse, \u00e0 sa place douteuse, toute une propagande post-apartheid, d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Faute de revoir les fronti\u00e8res laiss\u00e9es par la colonisation, ce que les Etats africains refusent d\u2019envisager depuis 1963, l\u2019invention de l\u2019ann\u00e9e est de \u00a0\u00bb&nbsp;renforcer les capacit\u00e9s africaines de maintien de la paix&nbsp;\u00a0\u00bb (Le Recamp). C\u2019est-\u00e0-dire d\u2019apporter \u00e0 des pays africains, ayant assez de jugeote pour se grouper, la formation et l\u2019\u00e9quipement militaires pour maintenir la paix civile. Vaste programme et t\u00e2che digne de Sisyphe, dans ce continent des tragiques vanit\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;**************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Allemagne et nous.<\/p>\n\n\n\n<p>24 octobre 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0552<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Allemagne et nous&nbsp;: depuis un quart de si\u00e8cle, de loin en loin, j\u2019ai consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019Allemagne quelques analyses. Intitul\u00e9es pr\u00e9cis\u00e9ment \u00a0\u00bb&nbsp;de l\u2019Allemagne&nbsp;\u00ab\u00a0, en m\u00e9moire de Mme de Sta\u00ebl, dont l\u2019ouvrage fut imprim\u00e9 en 1810. J\u2019usais de ma libert\u00e9 favorite en exprimant ma conviction sur le destin unitaire de ce qui repr\u00e9senta autrefois une mosa\u00efque d\u2019Etats. N\u00e9 entre deux guerres mondiales, acteur et victime de la Seconde, ayant occup\u00e9 plus tard des postes privil\u00e9gi\u00e9s pour l\u2019analyse et l\u2019action, je ne me suis jamais d\u00e9parti de cette opinion&nbsp;: l\u2019Allemagne est imperturbable dans la solidarit\u00e9 d\u2019un m\u00eame peuple. Quand j\u2019ai assist\u00e9 en 1972 aux Jeux Olympiques, \u00e0 Munich, et que la foule germanique y clamait sa ferveur \u00e0 chaque victoire de ses fr\u00e8res de l\u2019Est, j\u2019en doutais moins que jamais&nbsp;: la r\u00e9unification \u00e9tait in\u00e9luctable et proche, en d\u00e9pit des pronostics courants. En 1973, spectateur des retrouvailles, \u00e0 Helsinki, des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de l\u2019Est et de l\u2019Ouest qui avaient les yeux humides et l\u2019espoir au c\u0153ur, je v\u00e9rifiais que j\u2019avais raison et que les arguties politiques allaient en effet voler en \u00e9clats, avant m\u00eame la chute du mur de Berlin (1989). L\u2019aveuglement des responsables fran\u00e7ais fut alors spectaculaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Peu importe, maintenant. L\u2019Allemagne est d\u00e9sormais de plein exercice, au coeur de l\u2019Europe, d\u00e9livr\u00e9e de ses inhibitions politiques et morales, tout autant. Elle pr\u00e9sidera en janvier 1999 aux exercices int\u00e9gr\u00e9s d\u2019une Union europ\u00e9enne. Trois mois auparavant (le 27 septembre) elle a \u00e9lu un nouveau Chancelier, succ\u00e9dant \u00e0 Helmut Kohl qui, seize ans durant, aura pr\u00e9par\u00e9 et assur\u00e9 la r\u00e9unification. Les sociaux-d\u00e9mocrates avaient perdu le pouvoir avec le d\u00e9part d\u2019Helmut Schmidt. Alli\u00e9s aux Verts, ils viennent, cette semaine, de signer un accord-programme d\u2019une cinquantaine de pages. Le Ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res et vice-chancelier est un Vert, portant cravate. Le Ministre des Finances est d&rsquo;un rose plus soutenu que son Chancelier Gerhard Schr\u00f6der. Bonheur d&rsquo;avoir reconquis le pouvoir. Incertitude de ce que celui-ci fera de ses d\u00e9tenteurs. Un des derniers sondages de la campagne l\u00e9gislative n&rsquo;indiquait-il pas que 60% des Allemands ne souhaitaient pas de changements politiques fondamentaux&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce pour tenir compte de cette expression populaire que le programme, d\u00e9j\u00e0 mis au point par le Chancelier Schr\u00f6der et son tout- puissant ministre des Finances et pr\u00e9sident du SPD Oskar Lafontaine, para\u00eet manquer de substance et d\u2019inspiration&nbsp;? Il serait inapte \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019emplois, au point d\u2019avoir d\u00e9courag\u00e9 l\u2019homme d\u2019affaires Jost Stollmann, qui lorgnait un grand minist\u00e8re de l\u2019\u00e9conomie. Deux annonces cependant sont importantes. L\u2019une frappe imm\u00e9diatement l\u2019opinion&nbsp;: la citoyennet\u00e9 allemande sera accord\u00e9e, non seulement en fonction du droit du sang, mais en fonction du lieu de naissance, pour les immigrants des seconde et troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9rations, qui sont plusieurs millions, de Turcs, notamment. Des remous hostiles se sont d\u00e9j\u00e0 manifest\u00e9s. L\u2019autre annonce, aussi vague que glorieuse, est cens\u00e9e \u00eatre \u00a0\u00bb&nbsp;une ardente obligation&nbsp;\u00a0\u00bb que l\u2019on ne manquera pas d\u2019invoquer sans se h\u00e2ter de l\u2019appliquer&nbsp;: l\u2019Allemagne fermera toutes ses centrales nucl\u00e9aires. Cela prendra au moins 20 ans, mais aucun calendrier n\u2019aura \u00e9t\u00e9 fix\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces deux mesures int\u00e9ressent la France&nbsp;: la citoyennet\u00e9, indirectement. Le refus de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 nucl\u00e9aire, directement. Refus de la consommer, renoncement \u00e0 commercialiser ses techniques franco-allemandes, \u00e9vacuation et traitement des d\u00e9chets pr\u00e9sents et ult\u00e9rieurs. Comme le partenaire fran\u00e7ais n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venu, ni a fortiori consult\u00e9, il se fait, d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, grand souci. Il peut et doit aussi en pr\u00e9voir dans le domaine a\u00e9ronautique et spatial, dans le civil comme le militaire, o\u00f9 des firmes allemandes et anglaises s\u2019agitent, sans grand \u00e9gard pour leurs correspondantes, en France. Dans l\u2019ordre financier, d\u00e8s le mois d\u2019ao\u00fbt, l\u2019accord entre la Bourse de Londres et celle de Francfort, n\u00e9goci\u00e9 \u00e0 l\u2019insu des Fran\u00e7ais, qu\u2019il a exclus, a \u00e9t\u00e9 ressenti \u00e0 Paris avec autant d\u2019irritation que d\u2019inqui\u00e9tude. La Bourse de Francfort va m\u00eame assister techniquement celle de Londres, dont les proc\u00e9dures ont bien vieilli. Voil\u00e0 trois grands domaines, o\u00f9 la fondamentale amiti\u00e9 franco-allemande a \u00e9t\u00e9 mise \u00e0 mal par notre partenaire. Qui rappelle que M. Chirac a supprim\u00e9 le service militaire, sans m\u00eame pr\u00e9venir nagu\u00e8re le Chancelier Kohl.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors qu\u2019en sera-t-il, dans le cadre de l\u2019Union Europ\u00e9enne, au cours des prochaines semaines, quand seront discut\u00e9es la politique agricole commune, la contribution de l\u2019Allemagne au budget communautaire, la mise en place de l\u2019Union mon\u00e9taire&nbsp;? Si l\u2019on en croit les gazettes, l\u2019entente et la compr\u00e9hension entre Dominique Strauss-Kahn et Oskar Lafontaine \u2013 les ministres des Finances \u2013 seraient parfaites. Quels magiciens&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>**************************************************************************************************************&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>G\u00e9opolitique.<\/p>\n\n\n\n<p>17 octobre 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0551<\/p>\n\n\n\n<p>La g\u00e9opolitique est vieille comme le monde des humains. Mais le terme et les \u00e9tudes qu\u2019il d\u00e9signe appartiennent au d\u00e9but du XX\u00b0 si\u00e8cle. Quoi de plus avis\u00e9 et naturel, pourtant, que de rechercher les rapports qui unissent les politiques des Etats et les lois de la nature, ces derni\u00e8res d\u00e9terminant les autres. Mais cette discipline, d\u00e8s ses premiers pas, n\u2019a pas eu bonne r\u00e9putation&nbsp;: les g\u00e9opoliticiens germaniques ont eu la f\u00e2cheuse tendance de devenir les conseillers des dirigeants nazis, d\u2019essayer de justifier la doctrine de \u00a0\u00bb&nbsp;l\u2019espace vital&nbsp;\u00a0\u00bb et de nourrir la propagande hitl\u00e9rienne. Habituelle \u00a0\u00bb&nbsp;trahison des clercs&nbsp;\u00ab\u00a0, alors que les liens entre la nature, la soci\u00e9t\u00e9 et l\u2019Etat sont \u00e9vidents pour qui se consacre \u00e0 la g\u00e9ographie politique et ne se laisse pas impressionner par la chronique d\u00e9sordonn\u00e9e des \u00e9v\u00e9nements. Depuis quelques ann\u00e9es, des annuaires, dictionnaires, tableaux de bord et atlas, fort diffus\u00e9s, s\u2019efforcent de souligner, au-del\u00e0 de la futilit\u00e9, les \u00e9l\u00e9ments fondamentaux de la g\u00e9ographie humaine. Encore faut-il les lire, les discuter et esp\u00e9rer qu\u2019ils atteignent les hommes de l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re \u2013 le personnel politique \u2013 et \u00e9clairent leur action.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, visionnaire en rupture de la pens\u00e9e dominante s\u2019il en fut, \u00e9voquait avec quelque modestie \u00a0\u00bb&nbsp;la force des choses&nbsp;\u00a0\u00bb qui, in\u00e9vitablement, s\u2019imposerait aux billeves\u00e9es et platitudes si soigneusement cultiv\u00e9es. \u00a0\u00bb&nbsp;La force des choses&nbsp;\u00ab\u00a0, d\u00e9cel\u00e9e et reconnue par le grand homme, nourrissait sa r\u00e9flexion et justifiait son action. J\u2019ai lu , cette semaine, parce qu\u2019il a bien voulu me l\u2019adresser, l\u2019intervention d\u2019Alain Peyrefitte \u00e0 la convention de son parti sur l\u2019Europe. Nul n\u2019a \u00e9t\u00e9 le meilleur t\u00e9moin, pendant des ann\u00e9es, de la distinction que faisait de Gaulle &#8211;\u00a0\u00bb la politique \u00e9tant l\u2019art des r\u00e9alit\u00e9s&nbsp;\u00ab\u00a0&#8211; entre les tactiques dont il usait et les r\u00e9alit\u00e9s qu\u2019il appuyait sans faillir. \u00a0\u00bb&nbsp;J\u2019ai toujours pr\u00e9conis\u00e9 l\u2019Union de l\u2019Europe, dit-il \u00e0 Peyrefitte. Je veux dire des Etats europ\u00e9ens. Lisez ce que j\u2019en dis depuis un quart de si\u00e8cle. Je n\u2019ai pas vari\u00e9. Je souhaite l\u2019Europe, mais l\u2019Europe des r\u00e9alit\u00e9s&nbsp;! C\u2019est-\u00e0-dire celle des nations, et des Etats, qui peuvent seuls r\u00e9pondre des nations.&nbsp;\u00a0\u00bb L\u2019Europe, non pas une construction sournoise mais publique. L\u2019Europe, qui ne puisse \u00eatre d\u00e9tach\u00e9e de son id\u00e9e du monde o\u00f9 il est naturel que les peuples soient nationaux&nbsp;! Une France, capable d\u2019entra\u00eener les autres nations vers la libert\u00e9, donc l\u2019ind\u00e9pendance. Le Royaume contre l\u2019Empire, cette vieille obstination de la France, sa g\u00e9opolitique s\u00e9culaire. C\u2019est clair comme de l\u2019eau de roche et Peyrefitte est bien justifi\u00e9 \u00e0 le rappeler.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Les tendances lourdes dans la politique des Etats (et de leur soci\u00e9t\u00e9) permettent, mieux que d\u2019autres, d\u2019expliquer l\u2019actualit\u00e9 internationale. En Europe, l\u2019alliance entre cet Empire et la r\u00e9gion serait une menace contre l\u2019Etat-nation, encourag\u00e9e de l\u2019ext\u00e9rieur par les Etats-Unis qui favoriseront l\u2019\u00e9miettement de ces collectivit\u00e9s historiques&nbsp;; et, de l\u2019int\u00e9rieur, par l\u2019Allemagne, promue d\u00e9sormais la plus grande tribu, reprenant son emprise sur l\u2019est europ\u00e9en. Mais face \u00e0 l\u2019Empire am\u00e9ricain, l\u2019opposition viendra moins de l\u2019Europe que de la Chine et de la Russie, vieilles nations capables d\u2019unir leurs imp\u00e9rialismes contre un monde unipolaire s\u2019appuyant sur la victoire, pr\u00e9sentement bien compromise, de la mondialisation. Elles rechercheront le concours de toutes les nations que leur vouloir-vivre pousse \u00e0 demeurer en marge. Dans ces perspectives, la g\u00e9opolitique de la France est inscrite dans ses fronti\u00e8res, \u00e0 la fois maritimes et terrestres, entre l\u2019Europe et le monde. Retour vers l\u2019Est de l\u2019Europe, malgr\u00e9 l\u2019\u00e9cran allemand. En Afrique, au Proche-Orient, en M\u00e9diterran\u00e9e, en Am\u00e9rique latine, contrer l\u2019excessive pr\u00e9sence des Etats-Unis et user des contrepoids d\u2019une francophonie touchant plus de cinquante Etats. Enfin, la politique culturelle est le fondement naturel de notre g\u00e9opolitique&nbsp;: on le verra bien.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>On dira que je passe maintenant du coq \u00e0 l\u2019\u00e2ne. C\u2019est bien le cas de le dire. Notre f\u00e2cheuse manie d\u2019user de l\u2019id\u00e9ologie, pour avoir l\u2019illusion de changer avec \u00e9clat la soci\u00e9t\u00e9, vient de placer le gouvernement dans une \u00e9trange situation. Les questions qu\u2019il veut traiter avec le fameux PACS, ne rel\u00e8vent en fait que modifications banales int\u00e9ressant la fiscalit\u00e9, la transmission des patrimoines, la r\u00e9glementation des locations. Pourquoi tout ce foin, alors que de simples circulaires suffiraient bien&nbsp;? On le sait depuis longtemps, mais on fait semblant de l\u2019ignorer&nbsp;: la fiscalit\u00e9 peut modifier, puissamment ou petitement, les structures de la soci\u00e9t\u00e9, le visage des villes et des campagnes, le sens m\u00eame des relations sociales. Faut-il se vanter d\u2019avoir donn\u00e9 le PACS au pays, alors qu\u2019il se gratte le menton&nbsp;? Tout cela est bien b\u00e9b\u00eate&nbsp;! Mieux valait faire un peu de g\u00e9opolitique int\u00e9rieure.<\/p>\n\n\n\n<p>La culture devient peut-\u00eatre la source centrale de tous les conflits futurs. Des th\u00e9oriciens l&rsquo;affirment d\u00e9j\u00e0. Une culture vivante se d\u00e9fend naturellement. L\u2019Europe, par la diversit\u00e9 et la vitalit\u00e9 de ses peuples, devra se h\u00e2ter d\u2019en donner la preuve.<\/p>\n\n\n\n<p>**************************************************************************************************************&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Savoir et voir.<\/p>\n\n\n\n<p>10 octobre 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0550<\/p>\n\n\n\n<p>Savoir et voir&nbsp;: durant cette semaine o\u00f9, dans l\u2019ordre mon\u00e9taire et \u00e9conomique, comme dans les \u00e9quilibres \u00e9difi\u00e9s sur les souffrances des peuples balkaniques et orientaux, les charpentes craquent, alors que le Pr\u00e9sident am\u00e9ricain, en perdition, tente quelques diversions, deux banalit\u00e9s ont retenu mon attention. L\u2019une rel\u00e8ve du savoir&nbsp;; l\u2019autre de la vision.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re est un article d\u2019Henry Kissinger, cet homme d\u2019\u00e9tat qui connut, dans les ann\u00e9es 70-80, une vogue internationale. Il aurait pu, \u00e0 juste titre, s\u2019inscrire dans la succession des Pr\u00e9sidents des Etats-Unis, s\u2019il \u00e9tait n\u00e9 l\u00e0-bas. Mais la Constitution y fait obstacle. Il e\u00fbt fallu l\u2019amender et il se persuada qu\u2019il n\u2019y parviendrait pas. Alors il se contenta de dispenser ses conseils au monde entier, d\u2019en bien vivre \u00e0 la mesure de ses talents, et d\u2019agacer les Pr\u00e9sidents de son pays par des analyses qu\u2019ils ne r\u00e9clamaient pas. Il fut un ami, autant qu\u2019on peut l\u2019\u00eatre en politique. Avec bonne gr\u00e2ce, il avait admis qu\u2019il \u00e9tait plus ais\u00e9 d\u2019\u00eatre Secr\u00e9taire d\u2019\u00e9tat aux Affaires \u00e9trang\u00e8res d\u2019une superpuissance imp\u00e9riale que ministre d\u2019un pays illustre et si souvent contest\u00e9. Cela suffit \u00e0 notre bonne entente. Il fut, il est rest\u00e9 un passionn\u00e9 de l\u2019histoire moderne, sp\u00e9cialement europ\u00e9enne. Mais le monde entier est son aventure intellectuelle et il n\u2019est pas rare, car les tensions y sont multiples, qu\u2019il publie un article magistral. Ce qu\u2019il fit dans le Los Angeles Times et l\u2019International Herald Tribune, le 5 octobre, sous le titre&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;Les rem\u00e8des du FMI font plus de mal que de bien&nbsp;\u00ab\u00a0. Expos\u00e9 clair sur une crise mon\u00e9taire que&nbsp;\u00a0\u00bb&nbsp;ni les gouvernements ni les \u00e9conomistes n\u2019avaient vu venir&nbsp;\u00ab\u00a0, sur l\u2019incompatibilit\u00e9 de l\u2019organisation politique et de l\u2019organisation \u00e9conomique du monde, sur le r\u00f4le jou\u00e9 par le FMI dans les crises pour lesquelles il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 con\u00e7u. Critique implacable qui vient bien tard, tr\u00e8s tard, et conclusions plus succinctes dont je cite le passage essentiel&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;Les institutions qui traitent des crises financi\u00e8res internationales ont besoin de r\u00e9formes. Il est essentiel qu\u2019une nouvelle organisation financi\u00e8re remplace celle de Bretton Woods&nbsp;\u00ab\u00a0. Quelle d\u00e9couverte&nbsp;! Je le lui avais d\u00e9j\u00e0 d\u00e9montr\u00e9 en 1973 (et de Gaulle sans doute bien avant) au risque d\u2019\u00eatre mis alors au piquet. Pauvre FMI qui fut pendant un demi-si\u00e8cle l\u2019\u00e9manation et l\u2019instrument de la puissance mon\u00e9taire mondiale des Etats-Unis et que le cher professeur jette d\u00e9sormais \u00e0 la \u00a0\u00bb&nbsp;bedoucette&nbsp;\u00a0\u00bb &#8211; la corbeille \u00e0 papier \u2013 apr\u00e8s tant de services rendus. Ainsi chemine le savoir des gens consid\u00e9rables et avis\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire lentement.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Et tandis que je m\u2019interrogeais m\u00e9lancoliquement sur notre capacit\u00e9 \u00e0 voir plus loin, autre banalit\u00e9, un article de la revue \u00a0\u00bb&nbsp;TIME&nbsp;\u00ab\u00a0, dat\u00e9e du 12 octobre, vient me plonger dans un ravissement, assaisonn\u00e9 d\u2019incr\u00e9dulit\u00e9. Je me suis retenu de t\u00e9l\u00e9phoner au Dr Yves Pouliquen, mon coll\u00e8gue \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie du Maroc, et grand ma\u00eetre \u00e8s vision en France et ailleurs. Mieux valait prolonger le r\u00eave&nbsp;: gr\u00e2ce \u00e0 des lentilles de contact r\u00e9volutionnaires, la vue des hommes deviendra aussi per\u00e7ante que celle des chats&nbsp;! Les amoureux de ceux-ci vont tressaillir d\u2019aise. Comme eux, ils pourront reconna\u00eetre un visage \u00e0 100 m\u00e8tres, dans la nuit. Dans une demi obscurit\u00e9, la vue serait 15 fois sup\u00e9rieure \u00e0 celle sans lentilles. De jour, l\u2019acuit\u00e9 visuelle d\u00e9passerait d\u2019une demi-dioptrie celle des aides habituelles. Joie des campeurs, des chasseurs, des conducteurs de nuit comme de jour. Et \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra, quelle pr\u00e9cision, m\u00eame depuis les plus lointains \u00a0\u00bb&nbsp;poulaillers&nbsp;\u00ab\u00a0. L\u2019inventeur de ces merveilleuses lentilles, sur le march\u00e9 dans deux ans, est un professeur de physique, le Dr Josef Bille, extr\u00eamement myope, membre du d\u00e9partement de physique appliqu\u00e9e de l\u2019Universit\u00e9, fond\u00e9e en 1386 \u00e0 Heidelberg, charmante ville de Bade-Wurtemberg, en Allemagne. Son \u00a0\u00bb&nbsp;miroir actif&nbsp;\u00a0\u00bb emprunte \u00e0 la technique des t\u00e9lescopes astronomiques,&nbsp; aff\u00fbt\u00e9s sur les galaxies lointaines. Je ne vais pas plus loin. Je suis totalement incomp\u00e9tent&nbsp;! D\u2019ailleurs des grincheux se sont d\u00e9j\u00e0 manifest\u00e9s, hostiles \u00e0 ce projet de lentilles \u00e0 1 dollar la paire, vendues et exp\u00e9di\u00e9es par Internet, bien s\u00fbr, dans le monde entier. Plus favoris\u00e9s encore, les pilotes et les chirurgiens auront un r\u00e9glage parfait et automatique, aux moments pr\u00e9cis de leurs actions.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand j\u2019\u00e9tais enfant, j\u2019avais l\u2019impression de pouvoir distinguer au-del\u00e0 des normes habituelles. Illusion que le temps a vite dissip\u00e9e&nbsp;! Mais voil\u00e0 peut-\u00eatre, \u00e0 d\u00e9faut de vie \u00e9ternelle, que la science, pi\u00e8ce \u00e0 pi\u00e8ce, touche notre complexe \u00e9quilibre. Certains apercevront un monde jusqu\u2019ici inconnu d\u2019eux-m\u00eames. D\u2019autres porteront un savoir encore emp\u00eatr\u00e9 de fausses \u00e9valuations. Pas irr\u00e9m\u00e9diablement les acteurs politiques, quoiqu\u2019ils soient les plus menac\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>**************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>La 3\u00b0 voie.<\/p>\n\n\n\n<p>3 octobre 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0549<\/p>\n\n\n\n<p>La 3\u00b0 voie&nbsp;: Cette fa\u00e7on de parler, avec bien d\u2019autres, on ne finit pas d\u2019en crever, \u00e0 petit feu. La dictature du vocabulaire, assaisonn\u00e9e de \u00a0\u00bb&nbsp;d\u00e9fis&nbsp;\u00ab\u00a0, d\u2019&nbsp;\u00a0\u00bb&nbsp;enjeux&nbsp;\u00ab\u00a0, de l\u2019irr\u00e9tr\u00e9cissable \u00a0\u00bb&nbsp;nouveaut\u00e9&nbsp;\u00a0\u00bb et de son adjectif clon\u00e9 \u2013\u00a0\u00bb&nbsp;nouveau&nbsp;\u00ab\u00a0, telle est la provision de mots pour satisfaire notre go\u00fbt du changement, du moins s\u2019il est sinc\u00e8re et profond, n\u2019est-ce-pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Le retour de la social-d\u00e9mocratie, absente du pouvoir en Allemagne depuis le Chancelier Helmut Schmidt (1982), assurerait avec Gerhard Schr\u00f6der la volont\u00e9 de \u00a0\u00bb&nbsp;changement&nbsp;\u00ab\u00a0, de \u00a0\u00bb&nbsp;nouveaut\u00e9&nbsp;\u00ab\u00a0, de \u00a0\u00bb&nbsp;modernit\u00e9&nbsp;\u00a0\u00bb qui a triomph\u00e9 de la \u00a0\u00bb&nbsp;s\u00e9curit\u00e9&nbsp;\u00a0\u00bb et de la \u00a0\u00bb&nbsp;continuit\u00e9&nbsp;\u00ab\u00a0, incarn\u00e9es par Helmut Kohl. Fort bien. Voil\u00e0 donc les trois grands pays de l\u2019Union Europ\u00e9enne gouvern\u00e9s \u00a0\u00bb&nbsp;\u00e0 gauche&nbsp;\u00a0\u00bb par MM. Schr\u00f6der, Blair et Jospin, sans compter plusieurs autres. Les diff\u00e9rences d\u2019approche seraient nombreuses, cependant. Ce qui ne signifie rien&nbsp;: la social-d\u00e9mocratie n\u2019est qu\u2019une forme sociale d\u2019un capitalisme respectant essentiellement la loi non \u00e9crite du march\u00e9. Ne voulant \u00eatre ni sarcastique, ni \u00e9motif, je n\u2019ai que l\u2019ambition de ne pas \u00eatre bascul\u00e9 dans le havresac pour r\u00e9colter les niais.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Alors qu\u2019en est-il de cette pierre philosophale, brusquement d\u00e9couverte&nbsp;? Le Premier Ministre britannique Tony Blair, qui est un \u00a0\u00bb&nbsp;nouveau&nbsp;\u00a0\u00bb travailliste, se f\u00e9licite des derni\u00e8res \u00e9volutions allemandes et a fait publier dans le \u00a0\u00bb&nbsp;Washington Post&nbsp;\u00a0\u00bb un article intitul\u00e9&nbsp;:&nbsp;<em>\u00a0\u00bb&nbsp;Une 3\u00b0 voie pour r\u00e9aliser la social-d\u00e9mocratie moderne.&nbsp;\u00ab\u00a0<\/em>&nbsp;Je me suis efforc\u00e9 de bien le comprendre. D\u2019autant que Bill Clinton, dans les embarras que l\u2019on sait, propose lui aussi \u00a0\u00bb&nbsp;la 3\u00b0 voie&nbsp;\u00ab\u00a0. J\u2019ai d\u2019abord chass\u00e9 de mon esprit le souvenir de nos radicaux et radicaux-socialistes des IIIe et IVe R\u00e9publiques, qui souhait\u00e8rent si fort le changement dans la continuit\u00e9, et dont la paralysie emporta les meilleurs. J\u2019ai compris que la 3\u00b0 voie, pr\u00f4n\u00e9e par M&nbsp;. Blair n\u2019est pas \u00a0\u00bb&nbsp;simplement un compromis entre la droite et la gauche. Elle cherche \u00e0 prendre les valeurs essentielles du centre et du centre gauche et \u00e0 les appliquer \u00e0 un monde de changement fondamental, social et \u00e9conomique, et de le faire en se lib\u00e9rant de toute id\u00e9ologie d\u00e9pass\u00e9e. Le \u00a0\u00bb&nbsp;challenge&nbsp;\u00a0\u00bb (encore un mot) que nous affrontons est formidable&nbsp;: march\u00e9s globaux, pauvret\u00e9 persistante, exclusion sociale, mont\u00e9e du crime, naufrage de la famille, r\u00f4le transform\u00e9 des femmes, r\u00e9volution technologique et dans le monde du travail, hostilit\u00e9 populaire \u00e0 l\u2019encontre de la politique, exigence d\u2019une r\u00e9forme d\u00e9mocratique plus profonde, l\u2019environnement et la s\u00e9curit\u00e9 appelant de toutes parts \u00e0 une action internationale&nbsp;\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s cette description, dans un monde en changement, comment aller vers \u00a0\u00bb&nbsp;la stabilit\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9&nbsp;\u00a0\u00bb auxquelles tous aspirent&nbsp;? Regard appuy\u00e9 vers les valeurs traditionnelles de \u00a0\u00bb&nbsp;centre gauche&nbsp;\u00a0\u00bb&nbsp;: solidarit\u00e9, justice sociale, responsabilit\u00e9 et go\u00fbt d\u2019entreprendre. Pour cela, se lib\u00e9rer des vieilles conceptions sur le contr\u00f4le par l\u2019Etat, ainsi que, du laisser-faire de l\u2019individualisme et du march\u00e9 libre. Le socialisme d\u00e9mocratique et le lib\u00e9ralisme doivent cesser de guerroyer comme ils l\u2019ont fait au XX\u00b0 si\u00e8cle. Les partis europ\u00e9ens progressistes, partageant des valeurs communes doivent s\u2019adapter \u00e0 de \u00a0\u00bb&nbsp;nouveaux d\u00e9fis&nbsp;\u00ab\u00a0. Suit la description du programme tent\u00e9 par M. Blair pour remettre \u00e0 l\u2019honneur le progr\u00e8s et la justice&nbsp;: voil\u00e0 la 3\u00b0 voie, voil\u00e0 la 3\u00b0 voie, insiste-t-il, vers des soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques dynamiques pour porter le 21\u00b0 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>A Blackpool, le Congr\u00e8s du parti travailliste a montr\u00e9 au chantre de la \u00a0\u00bb&nbsp;3\u00b0 voie&nbsp;\u00a0\u00bb que l\u2019id\u00e9ologie habillait toujours trop les pens\u00e9es du parti et que la terminologie dont usait le Premier Ministre lui \u00e9tait de peu de secours, dans sa rude entreprise. L\u2019Angleterre est \u00e0 nouveau en panne et inqui\u00e8te. Sur le plan de l\u2019Europe maintenant, on verra ce que les trois mousquetaires de la social-d\u00e9mocratie (Jospin, Blair, Schr\u00f6der) feront pour ne pas se heurter, et promouvoir, sur des formules et des mots vieux comme H\u00e9rode &#8211; tel l\u2019adjectif \u00a0\u00bb&nbsp;nouveau&nbsp;\u00a0\u00bb &#8211; quelques actions communes pour illustrer l\u2019Union dans son progr\u00e8s, sa libert\u00e9 et son originalit\u00e9. D\u00e8s l\u2019automne, on pourra alors se persuader qu\u2019une 3\u00b0 voie existe peut-\u00eatre, qu\u2019elle est europ\u00e9enne et digne d\u2019\u00e9veiller l\u2019int\u00e9r\u00eat des nations rassembl\u00e9es et de leurs peuples. Et que la Grande-Bretagne y joue le jeu si minutieusement d\u00e9crit par son Premier ministre. N\u2019oublions pas que, huit mois auparavant, \u00e0 Davos, la pens\u00e9e unique sur la globalisation \u00e9tait chant\u00e9e en ch\u0153ur\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Loin de ces perspectives sur l\u2019organisation de la d\u00e9mocratie,mais toujours sur les lubies des temps actuels, je suis tomb\u00e9, dans une rubrique intitul\u00e9e \u00a0\u00bb&nbsp;Pol\u00e9miques&nbsp;\u00a0\u00bb sur les \u00a0\u00bb&nbsp;propos effront\u00e9s&nbsp;\u00a0\u00bb de M. Yann Moix.&nbsp;<em>\u00a0\u00bb&nbsp;D\u00e9sol\u00e9, le matin, quand je me l\u00e8ve, \u00e9crit-il, ma pens\u00e9e ne va pas spontan\u00e9ment au Front National&nbsp;!.. Non, je ne suis pas normal. Ca c\u2019est s\u00fbr.&nbsp;<\/em>\u00a0\u00bb confesse-t-il, daubant sur le ridicule de la pens\u00e9e unique qui voudrait, dans ses n\u00e9vroses, que l\u2019on se d\u00e9termine en tout et en rien, \u00e0 partir d\u2019une condamnation v\u00e9h\u00e9mente et cat\u00e9gorique de Le Pen. M. Moix, lui, fait d\u2019abord chauffer tranquillement son lait<em>,&nbsp;<\/em>constate<em>&nbsp;\u00a0\u00bb&nbsp;que le FN a fait beaucoup pour les \u00e2mes creuses&nbsp;: il leur a donn\u00e9, pour longtemps, un sujet de conversation.&nbsp;\u00ab\u00a0<\/em>&nbsp;Sans doute se pose-t-il la seule interrogation qui vaille&nbsp;:pourquoi existe-t-il&nbsp;? Bien instructif est de tenter d\u2019y r\u00e9pondre, si quelqu\u2019un ose s\u2019y risquer, depuis les imprudences de M. Fabius sur les vraies questions.<\/p>\n\n\n\n<p>**************************************************************************************************************&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La tache au front de l\u2019Am\u00e9rique.<\/p>\n\n\n\n<p>24 Septembre 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0548<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb&nbsp;La tache au front de l\u2019Am\u00e9rique&nbsp;\u00a0\u00bb&nbsp;: Quand Georges Pompidou usa de cette interpellation vengeresse, outr\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait par les incidents qui avaient \u00e9maill\u00e9 sa visite officielle, en f\u00e9vrier 1970, \u00e0 Chicago notamment, il ne se faisait gu\u00e8re d\u2019illusions&nbsp;; l\u2019affront qui lui fut fait s\u2019effacerait bien vite. Nixon se confondit en excuses et pr\u00e9venances r\u00e9paratrices. Le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise diff\u00e9ra son retour brusqu\u00e9 \u00e0 Paris. On lui expliqua que l\u2019Etat f\u00e9d\u00e9ral ne contr\u00f4lait pas tout. Seuls les pays communistes pouvaient, \u00e0 quel prix, s\u2019assurer contre le moindre d\u00e9sordre.<\/p>\n\n\n\n<p>Vingt-huit ans apr\u00e8s, le rouge peut monter au front de la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine et y imprimer une marque durable, pour qu\u2019elle ne perde jamais la m\u00e9moire de ce qu\u2019elle vient de commettre. Pr\u00e9cis\u00e9ment parce que cette collectivit\u00e9 a us\u00e9 de m\u00e9thodes et de proc\u00e9d\u00e9s dignes des proc\u00e8s de Moscou, sous Staline. Ils rel\u00e8vent de l\u2019ordre totalitaire, sans la moindre \u00e9quivoque. Et qui les aura mis en \u0153uvre&nbsp;? Les \u00e9lus m\u00eames du peuple am\u00e9ricain, ceux du S\u00e9nat et de la Chambre des Repr\u00e9sentants, charg\u00e9s d\u2019illustrer la plus vieille d\u00e9mocratie. Et cela avec une caut\u00e8le, un acharnement conjugu\u00e9s, pour m\u00ealer le peuple \u00e0 des man\u0153uvres d\u00e9gradantes. Le Pr\u00e9sident de l\u2019Union, \u00e9lu puis r\u00e9\u00e9lu par ses concitoyens, a d\u2019autant plus besoin d\u2019\u00eatre respect\u00e9 qu\u2019il est fragile et vuln\u00e9rable. Or les corps constitu\u00e9s \u00e9lus n\u2019ont pas h\u00e9sit\u00e9, dans leur passion politicienne, \u00e0 se comporter, en \u00e2me et conscience \u2013c\u2019est tout dire- comme des habitu\u00e9s du pire r\u00e9gime totalitaire. Quel affreux \u00e9pisode pour les Etats-Unis, quel spectacle sur les d\u00e9rapages les plus vils de ce syst\u00e8me r\u00e9publicain&nbsp;! En quelques semaines, il a montr\u00e9 de quel pire il \u00e9tait capable, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre tant vant\u00e9 de son exigence du meilleur.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Avant les r\u00e9actions populaires a tant d\u2019ignominie, la collectivit\u00e9 internationale, si diverse pourtant, aura spontan\u00e9ment clam\u00e9 son d\u00e9go\u00fbt , pr\u00e9c\u00e9dant m\u00eame sa bien l\u00e9gitime inqui\u00e9tude. Mes lecteurs ou mes auditeurs, je n\u2019ai cess\u00e9 de les avertir que la d\u00e9mocratie outre-atlantique s\u2019enfon\u00e7ait dans une longue crise, dont la premi\u00e8re cons\u00e9quence \u00e9tait le d\u00e9clin de la fonction pr\u00e9sidentielle. Finis pour celle-ci le leadership plan\u00e9taire, les responsabilit\u00e9s imp\u00e9riales, la docilit\u00e9 des Etats soumis \u00e0 ce bon vouloir. Ils s\u2019y \u00e9taient tant pli\u00e9s qu\u2019ils sont tout d\u00e9sorient\u00e9s de ne plus retrouver le licol \u00e0 l\u2019\u00e9curie et attendent encore, en habituelle passivit\u00e9, directives et instructions. Esp\u00e9rons qu\u2019au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9coeurement, tel celui du Chancelier Kohl, ils sauront distinguer les chemins d\u2019une responsabilit\u00e9. Quant aux Etats-Unis, ils chercheront, dans leur isolement d\u2019abord, la clef levant leurs incertitudes sur ce qu\u2019ils sont et sur ce qu\u2019ils deviendront. Dix ans apr\u00e8s l\u2019\u00e9croulement sovi\u00e9to-communiste, le capitalisme triomphant et d\u00e9brid\u00e9 ne distingue plus les dangers des jungles o\u00f9 il s\u2019enfonce. A tout ce qui inventorie, r\u00e9fl\u00e9chit, ou dogmatise, outre-atlantique, ce long travail de synth\u00e8se, troubl\u00e9 par les pulsions locales, r\u00e9gionales esp\u00e9rant l\u2019anarchie qui les lib\u00e9rerait. Qu\u2019en sortira-t-il&nbsp;? Probablement le d\u00e9montage, pi\u00e8ce par pi\u00e8ce, de l\u2019\u00e9norme truquage \u00e9difi\u00e9, depuis 1945, par les Etats-Unis pour organiser un monde servant ses int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques et y ralliant ses alli\u00e9s \u2013clients, au point qu\u2019ils ne peuvent le critiquer sans se d\u00e9savouer eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce monde-l\u00e0 est devenu virtuel, loin des r\u00e9alit\u00e9s. L\u2019Am\u00e9rique serait transform\u00e9e en une zone de croissance, un \u00eelot de prosp\u00e9rit\u00e9, une nation valoris\u00e9e par la politique et r\u00eavant d\u2019une \u00e9conomie globale qui, dot\u00e9e de la dynamique des pr\u00e9dateurs, investirait des structures mondiales propices \u00e0 l\u2019am\u00e9ricanisation. Mais la conqu\u00eate des espaces \u00e9conomiques ne s\u2019est pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00a0\u00bb&nbsp;fra\u00eeche et joyeuse&nbsp;\u00ab\u00a0. Les crises sont l\u00e0, aux quatre points cardinaux, et menacent d\u00e9sormais la m\u00e9tropole. Apr\u00e8s le conte de f\u00e9es, retentit le cri \u00a0\u00bb&nbsp;tous aux abris&nbsp;\u00ab\u00a0, tous, c\u2019est-\u00e0-dire les enfants de la Grande Am\u00e9rique. La m\u00e9diatisation \u00e9chevel\u00e9e qui chantait la gloire des nouveaux temps de l\u2019\u00e9conomie aura t\u00f4t fait de s\u2019adapter au registre plus modeste des vertus domestiques. L\u2019\u00e9conomie am\u00e9ricaine, qui aurait d\u00e9pass\u00e9 l\u2019histoire m\u00eame, r\u00e9put\u00e9e besogneuse, ainsi qu\u2019on s\u2019est complu \u00e0 le proclamer jusqu\u2019en 1997, rentre au bercail avec une attention renouvel\u00e9e pour l\u2019irrationalit\u00e9 du monde. Apr\u00e8s le triomphalisme excessif, le d\u00e9sarroi politique. \u00a0\u00bb&nbsp;L\u2019&nbsp;hyperpuissance&nbsp;\u00ab\u00a0, paralys\u00e9e par la nature institutionnelle de l\u2019Am\u00e9rique. A l\u2019ext\u00e9rieur, les d\u00e9convenues sont l\u00e0. A l\u2019int\u00e9rieur, la perplexit\u00e9 gagne le public lui-m\u00eame qui ne per\u00e7oit plus les hymnes \u00e0 des gloires virtuelles.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Am\u00e9rique veut peut-\u00eatre savoir ce qu\u2019elle est, et quel est son devenir. N\u2019attendons pas qu\u2019elle ait \u00e9clair\u00e9 sa lanterne, pour allumer la n\u00f4tre.<\/p>\n\n\n\n<p>*************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9bus.<\/p>\n\n\n\n<p>19 Septembre 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0547<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9bus&nbsp;: familier, on les nommerait&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;devinettes&nbsp;\u00ab\u00a0. P\u00e9dant, on citerait le latin&nbsp;: de rebus quoe geruntur&nbsp;\u00ab\u00a0, \u00a0\u00bb&nbsp;au sujet des choses qui se passent&nbsp;\u00ab\u00a0. Le monde tente de percer les myst\u00e8res d\u2019une bande dessin\u00e9e aux formules \u00e9nigmatiques. Le commun des mortels n\u2019en per\u00e7oit gu\u00e8re les vertus allusives. Mais les grands responsables des Etats ou des consciences ne sont pas mieux inspir\u00e9s et chaque semaine est pour eux une divine ou fatale surprise.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici huit jours, j\u2019osais risquer que la globalisation, qui depuis cinq ans avait par\u00e9 la pens\u00e9e unique de r\u00eaves et de certitudes, \u00e9tait pass\u00e9e de vie \u00e0 tr\u00e9pas et que son promoteur int\u00e9ress\u00e9 l\u2019abandonnait parce que trop dangereuse pour lui-m\u00eame. Esp\u00e9rons qu\u2019une telle r\u00e9v\u00e9lation aura franchi le seuil des chaumi\u00e8res gouvernementales. Qu\u2019apr\u00e8s le choc, la r\u00e9flexion s\u2019y est install\u00e9e. Rien n\u2019est moins s\u00fbr. Le pouvoir est toujours le dernier inform\u00e9. Des babioles l\u2019investissent au point de l\u2019aveugler. A Washington, la crise de r\u00e9gime, annonc\u00e9e d\u00e8s longtemps comme imparable par des esprits subtils, provoque quelque stup\u00e9faction. La d\u00e9confiture de la globalisation, au c\u0153ur des crises mon\u00e9taires, rampantes ou galopantes, engendre, elle, l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Tenons-nous en \u00e0 l\u2019\u00e9conomie, pour ne pas avoir la pr\u00e9tention de sonder les \u00e2mes et les c\u0153urs. Elle n\u2019est pas une science exacte. On s\u2019en convainc en subissant la flop\u00e9e des pronostics boursiers et des consultations donn\u00e9es par les \u00a0\u00bb&nbsp;experts&nbsp;\u00ab\u00a0. L\u2019impr\u00e9vu recevra ses explications, apr\u00e8s coup \u00e9videmment. Le Pr\u00e9sident des Etats-Unis, pour parer \u00e0 de multiples menaces, envisage de r\u00e9unir les membres du G7, courant octobre. Il oublie m\u00eame le G8, la grande Russie. Comme la garde napol\u00e9onienne, le G7 supr\u00eame espoir et supr\u00eame pens\u00e9e, alors que le S\u00e9nat am\u00e9ricain refuse toujours de r\u00e9approvisionner le FMI. En France, toute la strat\u00e9gie budg\u00e9taire et politique a \u00e9t\u00e9 b\u00e2tie sur des hypoth\u00e8ses que la crise peut ais\u00e9ment bousculer, du jour au lendemain. Les pr\u00e9sentations brillantes, sur des bases aussi \u00e9troites, risquent de se dissiper comme une fragile poudre aux yeux. Or, l\u2019Europe a vocation, dixit la presse am\u00e9ricaine, de sauver la Russie \u00e0 la d\u00e9rive des rigueurs de l\u2019hiver, au nom de la solidarit\u00e9 de voisinage. Le monde \u00a0\u00bb&nbsp;libre&nbsp;\u00a0\u00bb doit encore faire l\u2019apprentissage de la fraternit\u00e9, on le voit.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>A une autre \u00e9chelle, sinon dans le tragique, les r\u00e9bus africains sont parmi les plus imp\u00e9n\u00e9trables. L\u2019alg\u00e9rien, par exemple. Comment un pays, dont les cartes pour sa r\u00e9ussite sont \u00e9videntes, a-t-il pu se laisser r\u00e9duire \u00e0 une situation de kleptocratie, d\u00e9g\u00e9n\u00e9rant en guerre civile dont les horreurs \u00e9meuvent m\u00eame les dignes repr\u00e9sentants de la communaut\u00e9 internationale&nbsp;? Au point qu\u2019ils osent enfin se manifester. P\u00e9rissent la nation et ses esp\u00e9rances, plut\u00f4t que de stopper la machine \u00e0 spolier la collectivit\u00e9&nbsp;! Dans l\u2019attente d\u2019un sursaut de vertu, les perspectives d\u2019un Maghreb uni sont pi\u00e9tin\u00e9es, bien qu\u2019elles r\u00e9pondent \u00e0 l\u2019aspiration populaire. Le d\u00e9veloppement de la zone m\u00e9diterran\u00e9enne, en conjonction avec l\u2019Europe, s\u2019estompe en hypoth\u00e8se d\u2019\u00e9cole. La souffrance des petits, les premiers vou\u00e9s \u00e0 la fatalit\u00e9 du malheur, est indicible. M\u00eame les \u00a0\u00bb&nbsp;puissances&nbsp;\u00a0\u00bb ne parviennent plus \u00e0 d\u00e9chiffrer le r\u00e9bus alg\u00e9rien. C\u2019est tout dire.<\/p>\n\n\n\n<p>Au mitan du monde musulman, mais avec le d\u00e9cha\u00eenement de ces m\u00eames puissances \u2013 le p\u00e9trole, n\u2019est-ce-pas&nbsp;? \u2013 les sunnites et les chiites, par int\u00e9gristes montant aux premi\u00e8res lignes, s\u2019affrontent aux confins de l\u2019Afghanistan et de l\u2019Iran. Certains se r\u00e9jouissent que les conflits ancestraux, fussent-ils religieux, aient flamb\u00e9 comme un cordeau d\u00e9tonnant.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce r\u00e9bus-l\u00e0 est celui de la politique \u00e9trang\u00e8re am\u00e9ricaine. La d\u00e9cadence du syst\u00e8me de pouvoir \u00e0 Washington entra\u00eene in\u00e9luctablement le d\u00e9clin de la superpuissance \u2013la seule- \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. L\u2019utilisation de la force lui est de moins en moins possible. Elle s\u2019av\u00e8re calamiteuse dans la plupart de ses improvisations. Crise de l\u2019OTAN, donc des Etats-Unis, au Kosovo&nbsp;; action en Irak p\u00e9trie d\u2019ambigu\u00eft\u00e9s&nbsp;; abdication au Proche Orient&nbsp;; de l\u2019Inde au Pakistan et jusqu\u2019\u00e0 la Cor\u00e9e du Nord, contr\u00f4le et arbitrage nucl\u00e9aires devenus inexistants&nbsp;; \u00e9chec du mod\u00e8le \u00e9conomique lib\u00e9ral en Russie. Toute l\u2019ann\u00e9e 1998 r\u00e9v\u00e8le une politique ext\u00e9rieure sur la d\u00e9fensive, incapable de r\u00e9agir sinon par de pitoyables foucades. L\u2019Am\u00e9rique tourne ses regards vers elle-m\u00eame et se d\u00e9couvre la proie d\u2019un syst\u00e8me corrompu par l\u2019argent, d\u00e9couverte faite d\u00e9j\u00e0 par Thomas Jefferson, 3<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;pr\u00e9sident, cr\u00e9ateur du parti d\u00e9mocrate. Il sera difficile aux partenaires d\u2019un Etat aussi important d\u2019affecter de ne pas voir les indices de ses d\u00e9sarrois fondamentaux. Et s\u2019ils ne voient rien, c\u2019est que le hasard est plus fort que la moindre intelligence.<\/p>\n\n\n\n<p>**************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Davos, capitale d\u00e9poss\u00e9d\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>12 Septembre 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0546<\/p>\n\n\n\n<p>Davos, capitale d\u00e9poss\u00e9d\u00e9e de la pens\u00e9e dominante&nbsp;: cette aimable station de vill\u00e9giature, dans le canton des Grisons, en Suisse, \u00e9tait devenue depuis quelques ann\u00e9es la ville-phare du monde capitaliste, dans le culte d\u2019une libert\u00e9 \u00e0 la discr\u00e9tion des plus forts. La session 1998 du Forum \u00e9conomique mondial, apr\u00e8s bien d\u2019autres, fut triomphale, dans la certitude et l\u2019aveuglement. Invit\u00e9s et participants, tous tri\u00e9s sur le volet par une organisation diablement avis\u00e9e, se sont rassembl\u00e9s, en f\u00e9vrier dernier, voici \u00e0 peine sept mois&nbsp;: 1.000 des plus grands dirigeants du monde des affaires, 250 responsables politiques, 250 experts de premi\u00e8re importance, y compris de nombreux prix Nobel, 250 personnages jouant un r\u00f4le d\u00e9terminant dans l\u2019information \u2013 les m\u00e9dias. On se souvient donc bien encore de l\u2019hymne puissant qu\u2019ils ont entonn\u00e9 \u00e0 la gloire de la mondialisation, de la globalisation, de cette immense vague qui se levait depuis l\u2019Occident pour sauver le monde de tous ses maux endur\u00e9s jusqu\u2019ici. En vedette am\u00e9ricaine \u2013si je puis dire \u2013 la Premi\u00e8re dame des Etats-Unis, avec une virtuosit\u00e9 talentueuse, avait conquis cet auditoire de choix. Hillary Clinton, dans sa logique, ne fut d\u2019ailleurs pas la plus tapageuse et la plus excessive. \u00a0\u00bb&nbsp;L\u2019esprit de Davos&nbsp;\u00ab\u00a0, si exceptionnel, avait cette fois perdu le sens des r\u00e9alit\u00e9s. Sept mois seulement apr\u00e8s, tout ce qui fut dit, justifi\u00e9, promis et enregistr\u00e9, porte surtout \u00e0 la m\u00e9ditation fun\u00e8bre. D\u00e9j\u00e0 se d\u00e9disent les plus opportunistes, parmi les officiants d\u2019hier. Pourtant, en f\u00e9vrier 1998, la crise des monnaies asiatiques s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9clench\u00e9e&nbsp;; nul de ces prestigieux experts ne l\u2019ignorait.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Pour un effet de contraste, je cite les premi\u00e8res phrases du dossier de l\u2019excellente revue \u00a0\u00bb&nbsp;Time&nbsp;\u00a0\u00bb sur le d\u00e9senchantement am\u00e9ricain, en ce septembre 1998&nbsp;:&nbsp;<em>\u00a0\u00bb&nbsp;Au plus long de leur histoire, les Etats-Unis ont v\u00e9cu dans un splendide isolement \u00e9conomique. Avec un march\u00e9 int\u00e9rieur comptant aujourd\u2019hui 270 millions d\u2019habitants, \u00e9tendu de l\u2019Atlantique au Pacifique, les soci\u00e9t\u00e9s et les politiciens am\u00e9ricains n\u2019ont eu nul besoin de tenir compte de ce qu\u2019il advenait des \u00e9conomies ou des monnaies, dans des endroits perdus aux noms \u00e9tranges. Les crises mon\u00e9taires et les probl\u00e8mes de balance des paiements repr\u00e9sentaient quelque chose pour le reste du monde \u2013pas pour les Etats-Unis&nbsp;\u00ab\u00a0<\/em>. Le ton de l\u2019\u00e9tude est ainsi donn\u00e9 et l\u2019orientation du futur aussi. La globalisation, quel boulet&nbsp;! Alors que dans ce monde d\u2019une m\u00eame \u00e9conomie, des milliards de dollars peuvent s\u2019envoler autour de la terre et d\u00e9stabiliser les monnaies en \u00a0\u00bb&nbsp;nano- secondes&nbsp;\u00ab\u00a0, aucun pays n\u2019est, de lui-m\u00eame, une \u00eele \u00e9conomique. Et pourtant le plus fort va s\u2019y essayer apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 le chantre et le b\u00e9n\u00e9ficiaire de la globalisation g\u00e9n\u00e9rale. Chaque jour d\u00e9montrera que le changement de pied est n\u00e9cessaire ou m\u00eame d\u00e9j\u00e0 effectu\u00e9. La pens\u00e9e dominante n\u2019est, en tout cas, pas atteinte de scl\u00e9rose&nbsp;! On vous aura pr\u00e9venus.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Et la crise mon\u00e9taire, pr\u00e9sente et multiforme, alors que s\u2019\u00e9tranglent les flonflons de la globalisation, comment est-elle ressentie vue d\u2019ailleurs, de l\u2019Asie centrale, de l\u2019Asie du Sud, de l\u2019Am\u00e9rique latine&nbsp;? L\u00e0, on a cess\u00e9 de croire que le FMI, avec ses m\u00e9thodes et surtout ses moyens, limit\u00e9s, sera le sauveur universel et que les sacrifices sociaux qu\u2019il impose seront accept\u00e9s. Le globalisme, ou la globalisation, est d\u00e9tr\u00f4n\u00e9 de sa logique imparable. La Russie, dans sa d\u00e9tresse d\u2019organisation et dans son allergie durable aux \u00e9changes internationaux, ne signifie rien, pour l\u2019imm\u00e9diat avenir, sinon une qu\u00eate insistante et peu r\u00e9compens\u00e9e. Mais l\u2019Asie, plong\u00e9e dans la crise, ne veut plus rien avoir \u00e0 faire avec la tr\u00e9sorerie am\u00e9ricaine et le FMI \u2013les m\u00eames en quelque sorte \u2013 ces crois\u00e9s de l\u2019\u00e9conomie globalis\u00e9e, celle des courants d\u2019air dominants. De Tokyo \u00e0 Djakarta, en passant par Kuala-Lumpur, l\u2019intention est \u00e9vidente de ne pas absorber les m\u00e9decines du FMI et d\u2019aller, au contraire, jusqu\u2019au contr\u00f4le des mouvements de capitaux, hier h\u00e9r\u00e9sie supr\u00eame. Ces contr\u00f4les ont exist\u00e9 durant l\u2019\u00e8re du miracle asiatique. Ils existent toujours en Chine, en Cor\u00e9e, \u00e0 Ta\u00efwan . Ils sont l\u2019antidote \u00e0 la globalisation qui atteint la coh\u00e9sion sociale existante, dont on s\u2019accommode m\u00eame si elle ne s\u2019entoure pas d\u2019une d\u00e9mocratisation patent\u00e9e. L\u2019Asie s\u2019est persuad\u00e9e que la globalisation lui a valu la crise et que ce n\u2019est pas d\u2019elle que viendra la r\u00e9mission. L\u2019Am\u00e9rique latine est pr\u00eate \u00e0 suivre son exemple. Et si Washington ne croit plus en son \u00e9vangile et craint d\u00e9sormais ses effets pour lui-m\u00eame, quelle volte-face&nbsp;! Les proph\u00e8tes de l\u2019\u00e9conomie globale auront renouvel\u00e9 la division h\u00e9r\u00e9tique du monde en blocs divers. Sans doute leur inspiration manquait-elle d\u2019\u00eatre suffisamment d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e&nbsp;? A Davos, on s\u2019en rendra compte, une prochaine fois\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>**************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>A bonne distance.<\/p>\n\n\n\n<p>5 Septembre 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0545<\/p>\n\n\n\n<p>Se tenir \u00e0 bonne distance des improvisations, foucades et exigences de Washington. Telle est la r\u00e8gle de conduite \u00e0 laquelle auraient d\u00fb se ranger, \u00e0 la lumi\u00e8re des derni\u00e8res semaines, les responsables \u00e9tatiques un peu avis\u00e9s. Les n\u00f4tres, pourquoi pas&nbsp;? La grande r\u00e9publique du nouveau monde, \u00e0 force de n\u2019apercevoir que son nombril, serait-elle devenue dangereuse&nbsp;? Si nous n\u2019avons ni la lucidit\u00e9 ni la d\u00e9termination de le constater, ses propres citoyens de bon aloi sont assez nombreux et r\u00e9solus pour l\u2019avoir r\u00e9v\u00e9l\u00e9, voire d\u00e9montr\u00e9. Quant \u00e0 nous, l\u2019heure n\u2019est pas d\u2019exprimer des sentiments de docilit\u00e9, de reconnaissance bien suspecte, partant souvent de choix id\u00e9ologiques. Elle est celle de la prudence \u00e9clair\u00e9e du bon sens. Dans le halo d\u2019une superpuissance qui s\u2019\u00e9tend au monde entier, nous avons le devoir de distinguer, d\u2019instinct peut-\u00eatre, de profondes crevasses.<\/p>\n\n\n\n<p>Etre indocile peut co\u00fbter cher&nbsp;; s\u2019encorder \u00e0 un guide pr\u00e9tentieux et inexp\u00e9riment\u00e9 risque de l\u2019\u00eatre davantage. La visite printani\u00e8re de M. Jospin \u00e0 Washington, o\u00f9 il fit semblant de d\u00e9couvrir les prestiges de l\u2019ordre am\u00e9ricain et d\u2019en \u00eatre conquis, a pu laisser un sentiment de g\u00eane. Pourtant, toutes les faiblesses du syst\u00e8me \u00e9taient sur le point d\u2019\u00e9clore et d\u00e9j\u00e0 perceptibles. Le voyage de Clinton, \u00e0 Moscou cette semaine, les a rendues \u00e9clatantes, \u00e0 la mesure de la d\u00e9confiture d\u2019Eltsine . Tous les moyens d\u2019information en ont fait leur commentaire principal. Et Dieu sait s\u2019ils sont puissants&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens \u2013c\u2019est le triste privil\u00e8ge de ma g\u00e9n\u00e9ration- de la lenteur calcul\u00e9e des Etats-Unis, \u00e0 partir de 1940, pour se lever et d\u00e9fendre la d\u00e9mocratie. Je me souviens de l\u2019ostracisme de Roosevelt \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une France Libre, si fantomatique pourtant, puis de son ambition de s\u2019installer sur notre sol national recouvr\u00e9 et de l\u2019administrer en territoire occup\u00e9, et du projet saugrenu du m\u00eame Roosevelt de le d\u00e9pecer au profit d\u2019une Belgique, enfl\u00e9e pour devenir le pivot de la pr\u00e9sence am\u00e9ricaine en Europe. L\u2019Histoire fut aussi cela. Alors quand je lis, plus d\u2019un demi-si\u00e8cle apr\u00e8s, les vaticinations actuelles de la politique am\u00e9ricaine, rapport\u00e9es par un journaliste du cru et du meilleur teint, les coups re\u00e7us jadis me font encore mal. Selon lui, le discours guerrier am\u00e9ricain ne nourrira que la haine. Partir en guerre contre l\u2019Islam n\u2019est certes pas une bonne id\u00e9e. Voici huit ans, dit-il, que nos troupes sont arriv\u00e9es en Arabie Saoudite apr\u00e8s l\u2019invasion du Koweit par l\u2019Irak. Malgr\u00e9 la promesse faite, elles n\u2019en sont pas reparties. Nos officiels sont dans les minist\u00e8res de l\u2019int\u00e9rieur et de la d\u00e9fense pour contr\u00f4ler les p\u00e9troles du Golfe et pr\u00e9parer la r\u00e9forme apr\u00e8s la disparition du Roi Fahd. C\u2019est encore le sc\u00e9nario jou\u00e9 en Iran, du temps du Shah, et qui a capot\u00e9 dans une explosion anti-am\u00e9ricaine. La seconde raison de l\u2019Islam pour ha\u00efr les Am\u00e9ricains est l\u2019oubli de la promesse faite en 1993, par Clinton, de r\u00e9gler \u00e9quitablement le sort des Palestiniens. La communaut\u00e9 musulmane s\u2019\u00e9branle vers le chemin des guerres de civilisation&nbsp;; la proph\u00e9tie en est ais\u00e9e. L\u2019Histoire ne pardonnera pas \u00e0 l\u2019\u00e9quipe Clinton cette explosion qui atteindra de plein fouet les Etats-Unis. D\u2019un autre citoyen de ce grand pays, devenu aveugle par une pr\u00e9tention hypertrophi\u00e9e, une phrase&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;<em>On ne combat pas le terrorisme en lan\u00e7ant des missiles, mais en assumant la r\u00e9putation<\/em>&nbsp;(peut-\u00eatre imm\u00e9rit\u00e9e)&nbsp;<em>d\u2019\u00eatre la nation la plus humanitaire au monde&nbsp;\u00ab\u00a0.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Et si l\u2019on se penche, comme le fait un autre encore, sur le bilan de Madeleine Albright parce qu\u2019il commence \u00e0 p\u00e2lir, alors qu\u2019elle n\u2019a pas renonc\u00e9 \u00e0 ses d\u00e9clarations de \u00a0\u00bb&nbsp;va-t-en-guerre&nbsp;\u00a0\u00bb si appr\u00e9ci\u00e9es au Congr\u00e8s et par les plus r\u00e9actionnaires de ses concitoyens, c\u2019est la consternation. Ses ultimatums lanc\u00e9s dans le monde entier n\u2019impressionnent personne, comme ils n\u2019ont pas impressionn\u00e9 Netanyaou. Dernier avatar de la pompeuse capacit\u00e9 de l\u2019Am\u00e9rique \u00e0 vouloir mettre chacun au pas&nbsp;: le Kosovo o\u00f9 Milosevic, en d\u00e9pit des d\u00e9clarations p\u00e9remptoires de Clinton, d\u2019Albright, de Cohen, de Javier Solana, et d\u2019Holbrooke ray\u00e9 des contr\u00f4les d\u00e9sormais, aura recommenc\u00e9 sa sinistre besogne, comme en Bosnie nagu\u00e8re. Il a promis tout ce qu\u2019ils ont voulu, pour faire tout le contraire.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelle cr\u00e9dibilit\u00e9 apporter \u00e0 un pareil amateurisme, p\u00e9tri d\u2019ignorance et de maladresse&nbsp;? Sans m\u00eame \u00e9voquer la Cor\u00e9e du Nord, l\u2019Afghanistan, le sous-continent indien, l\u2019Afrique, o\u00f9 les pompiers am\u00e9ricains sont les premiers incendiaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Ayons donc la sagesse de nous en tenir \u00e0 distance puisque, et m\u00eame sur l\u2019Europe, nous ne risquons gu\u00e8re d\u2019\u00eatre entendus. Et attendons, amicaux et compatissants, que l\u2019accumulation des bourdes finisse par avoir des vertus p\u00e9dagogiques. Ce qui n\u2019emp\u00eache pas les sentiments&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>**************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Terrorisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 29 ao\u00fbt 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0544<\/p>\n\n\n\n<p>Terrorisme&nbsp;: user de ce mot, c\u2019est \u00e9voquer sans se tromper le monde de la violence. Au-del\u00e0, plus rien n\u2019est clair&nbsp;; ni les mobiles, ni les responsabilit\u00e9s, ni les moyens d\u2019y faire \u00e9chec, ni m\u00eame la d\u00e9termination d\u2019y parvenir.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9f\u00e9rons-nous par exemple au terrorisme a\u00e9rien, dont la tragique chronique depuis 1973, depuis un quart de si\u00e8cle, ne cesse de s\u2019allonger. Les Fran\u00e7ais se souviennent particuli\u00e8rement de l\u2019attaque, le 24 d\u00e9cembre 1994, de l\u2019Airbus de la compagnie nationale \u00e0 Alger et de la liquidation du commando \u00e0 Marignane, par le GIGN. Voici que remonte d\u2019un lointain pass\u00e9 &#8211; le 21 d\u00e9cembre 1988 \u2013 le drame du Boeing 747 de la Panam qui explosa en vol au-dessus de Lockerbie, en Ecosse&nbsp;: 270 morts dont 189 am\u00e9ricains. La Libye accepterait de livrer les deux suspects de l\u2019attentat \u00e0 un tribunal \u00e9cossais,appliquant le droit \u00e9cossais et si\u00e9geant aux Pays-Bas. En \u00e9change, le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations-Unies l\u00e8verait l\u2019embargo impos\u00e9 depuis six ans \u00e0 la Libye. Les Etats (USA, GB, Libye) auront pris majestueusement un temps infini pour ajuster leurs points de vue. Sans doute y trouvaient-ils avantage&nbsp;? Ce n\u2019est pas les diffamer que de le constater et de n\u2019\u00eatre point dupes. J\u2019avais m\u00eame pari\u00e9 que Kadhafi, une fois encore, n\u2019accepterait pas de s\u2019avancer en h\u00e2te vers un r\u00e8glement. Mais les int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques des Anglais et des Am\u00e9ricains en Libye sont tels que ceux-ci ont finalement c\u00e9d\u00e9 aux th\u00e8ses de Tripoli, tout en le mena\u00e7ant du pire, s\u2019il ratiocinait plus longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame sc\u00e9nario, sur le th\u00e8me \u00a0\u00bb&nbsp;ma patience est \u00e0 bout&nbsp;\u00ab\u00a0, vis-\u00e0-vis de Saddam Hussein qui, apr\u00e8s huit ans d\u2019embargo, refuse pourtant d\u2019ouvrir \u00e0 nouveau ses portes aux inspecteurs de l\u2019ONU, charg\u00e9s de rep\u00e9rer et de d\u00e9truire son arsenal chimique et biologique suppos\u00e9. Dans ces affaires de terrorisme international, les Etats sont \u00e0 la fois t\u00eatus et inefficaces, incapables de faire triompher leurs th\u00e8ses et leur bon droit proclam\u00e9. On va voir, tr\u00e8s vite, si le double attentat du 7 ao\u00fbt contre les ambassades am\u00e9ricaines de Nairobi et de Dar-es-Salaam, suivi des r\u00e9torsions a\u00e9riennes sur le Soudan et l\u2019Afghanistan le 20 ao\u00fbt dernier, apportera du nouveau et acc\u00e9l\u00e9rera la lutte contre le terrorisme d\u2019Etat.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Apparemment on en est d\u00e9j\u00e0, comme d\u2019habitude, arriv\u00e9 aux arguties juridiques, sp\u00e9cieuses ou non. Le monde arabo-musulman, unanime en apparence, s\u2019indigne du viol de la souverainet\u00e9 des Etats, de la d\u00e9sinvolture affich\u00e9e pour le droit international, des preuves douteuses, all\u00e9gu\u00e9es et non produites. Les opinions publiques s\u2019enflamment (moins certes que les responsables en place qui nuancent leurs premi\u00e8res d\u00e9clarations). Washington annonce une mobilisation g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 laquelle ses alli\u00e9s apportent une adh\u00e9sion r\u00e9confortante, d\u2019autant plus qu\u2019elle n\u2019est que de fa\u00e7ade. L\u2019histoire des Etats-Unis est riche, sp\u00e9cialement en Am\u00e9rique centrale et latine, en Asie aussi, de coups de force au nom d\u2019une mission sup\u00e9rieure, d\u2019une destin\u00e9e exemplaire, et d\u2019int\u00e9r\u00eats d\u00e9terminants. En Asie Centrale et tropicale sp\u00e9cialement en Afghanistan, cette histoire d\u00e9borde de beaucoup la chronique de leurs rapports avec leur ex-agent Oussama ben Laden. Elle touche fondamentalement \u00e0 l\u2019utilisation qu\u2019ils ont faite de l\u2019int\u00e9grisme musulman, en fonction de leurs int\u00e9r\u00eats mat\u00e9riels d\u2019une part et de l\u2019appui strat\u00e9gique donn\u00e9 \u00e0 Isra\u00ebl d\u2019autre part. Rien n\u2019\u00e9tant chang\u00e9 sur ces deux plans, la mobilit\u00e9 de leurs positions est purement factuelle. Et ne parlons pas des improvisations r\u00e9centes de leur politique africaine, propice \u00e0 susciter des troubles.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019alli\u00e9 britannique, toujours disponible pour une nouvelle croisade, a surtout l\u00e9gitimement en vue le r\u00e8glement de l\u2019affaire irlandaise, au besoin par une l\u00e9gislation d\u2019exception contre le terrorisme. Celle-ci fera appara\u00eetre que Londres aura cultiv\u00e9 avec d\u00e9lectation, depuis de nombreuses ann\u00e9es, une indulgence int\u00e9ress\u00e9e vis-\u00e0-vis de la plupart des mouvements en exil dont les liens, aussi t\u00e9nus qu\u2019ils soient avec le terrorisme, ne peuvent surprendre. Au-del\u00e0 de l\u2019Irlande, quel changement en pr\u00e9vision&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>La Chine, l\u2019URSS et les pays communistes auront \u00e9t\u00e9 parties prenantes dans le terrorisme international. Le public l\u2019apprend peu \u00e0 peu. Abou Nidal, quintessence de cette agitation v\u00e9n\u00e9neuse, meurt tranquillement (&nbsp;!) dans une clinique au Caire. Les Etats, et ce qui gravite dans leur aura, ne sont pas des diamants blanc-bleu d\u2019une puret\u00e9 absolue. Le terrorisme est de toutes les sortes, exalt\u00e9 ou d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, utilitaire et affairiste, tentacules de pieuvres \u00e0 peine camoufl\u00e9es. Mais trop souvent h\u00e9las ils sont une r\u00e9ponse violente, la seule rest\u00e9e possible, \u00e0 une violence exerc\u00e9e d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment, bien s\u00fbr au nom du droit et de la justice, ou dans la pure inconscience de ses effets. Les Etats, et les plus puissants d\u2019entre eux, avant de se d\u00e9guiser en justiciers, doivent faire leur autocritique, s\u2019ils en sont capables. Car elle sera le pr\u00e9alable indispensable pour endiguer la mont\u00e9e du terrorisme, si telle est vraiment leur ambition.<\/p>\n\n\n\n<p>**************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Le pouvoir des \u00a0\u00bb&nbsp;pouvoirs&nbsp;\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 22 ao\u00fbt 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0543<\/p>\n\n\n\n<p>Le pouvoir des \u00a0\u00bb&nbsp;pouvoirs&nbsp;\u00a0\u00bb&nbsp;: ceux-ci l\u2019ont-ils&nbsp;? Existe-t-il m\u00eame&nbsp;? Avec les ann\u00e9es, le doute exprim\u00e9 par ces deux questions est encore plus certain. Myopie des foules, myopie de l\u2019opinion, myopie des responsables politiques ou autres, toutes ensemble ram\u00e8nent la vie courante \u00e0 des exercices sans perspectives, sans la moindre imagination du futur. Un personnage de \u00a0\u00bb&nbsp;Particules \u00e9l\u00e9mentaires&nbsp;\u00ab\u00a0, livre tout neuf, jaugeant notre \u00e9tat pr\u00e9sent, ne d\u00e9clare-t-il pas&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;J\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par l\u2019extraordinaire justesse des pr\u00e9dictions faites par Aldous Huxley, dans \u00a0\u00bb&nbsp;Le meilleur des mondes&nbsp;\u00a0\u00bb (\u00a0\u00bb&nbsp;Brave New World&nbsp;\u00ab\u00a0). Quand on pense que ce livre a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit en 1932, c\u2019est hallucinant&nbsp;\u00ab\u00a0. Tel est notre ordinaire, men\u00e9 \u00e0 t\u00e2tons, qu\u2019il nous faut les deux tiers d\u2019un si\u00e8cle, une guerre mondiale, le triplement des humains sur la plan\u00e8te, pour nous rendre compte de l\u2019immense modification, au travers de la vision ravageuse d\u2019un auteur, n\u00e9 en 1894.<\/p>\n\n\n\n<p>Les hommes de pouvoir peuvent-ils \u00eatre des visionnaires&nbsp;? Sauf s\u2019ils sont dou\u00e9s de cette tr\u00e8s rare facult\u00e9, on peut affirmer que le cadre de leurs activit\u00e9s ne les y dispose gu\u00e8re. Il leur faudrait une force de caract\u00e8re peu commune pour briser l\u2019isolement o\u00f9 ils s\u2019engluent. L\u2019\u00e9miettement de leurs obligations, leurs rendez-vous avec la convention des messages et des visites, la m\u00e9canique m\u00eame des emplois du temps finissent par les rendre inaptes \u00e0 la r\u00e9flexion. Ont-ils m\u00eame le loisir de s\u2019informer, de conna\u00eetre comment les choses et les faits se combinent, comment le grand livre de l\u2019Histoire ouvre la voie aux pr\u00e9monitions, comment il enseigne et comment il trompe&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>De Gaulle aura agac\u00e9 ou conquis ses contemporains, par la seule vertu de son obstination \u00e0 s\u2019inscrire au jeu des devinettes du destin et \u00e0 se tenir aux analyses qu\u2019il avait faites. Le temps de la r\u00e9flexion ne lui a certes pas manqu\u00e9, comme le courage ou la d\u00e9lectation de rompre avec le conformisme, la pens\u00e9e dominante. S\u2019ils n\u2019ont pas le don de percer \u00e0 jour le lent basculement de l\u2019\u00e9poque, les gens de pouvoir sont-ils au moins bien inform\u00e9s&nbsp;? Par exp\u00e9rience et sans go\u00fbt du paradoxe, j\u2019affirme qu\u2019ils sont les plus mal inform\u00e9s de ce qui sera, de ce qui surviendra, des coups d\u2019estoc inattendus, des pesanteurs insurmontables comme des d\u00e9rapages irr\u00e9sistibles. En d\u00e9pit des conseils et commissions dont ils s\u2019entourent, des services et agences de renseignements, de la glane des espions et de la consultation incessante de leurs familiers. A force de consid\u00e9rer le train-train habituel comme l\u2019essentiel de leur t\u00e2che, qui se limite \u00e0 r\u00e9agir au plus imm\u00e9diat ou r\u00e9put\u00e9 tel, les gens de pouvoir deviennent inaptes aux vues lointaines. Et si, d\u2019aventure, ils s\u2019y essaient, leur amateurisme ne tarde gu\u00e8re \u00e0 devenir patent. Ainsi de Fran\u00e7ois Mitterrand qui sp\u00e9culait encore sur une lointaine r\u00e9unification allemande, alors qu\u2019elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 r\u00e9gl\u00e9e entre Kohl et Gorbatchev.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis six ans, nous d\u00e9pendons tellement, et par notre propre irr\u00e9solution, des improvisations, fac\u00e9ties et maladresses des Etats-Unis, que nous sommes bien forc\u00e9s de regarder de quoi et par qui cette politique est faite. Alors que, pour le premier Conseil des ministres de la rentr\u00e9e, un porte-parole, M. Vaillant, nous affirme que leur politique ext\u00e9rieure, la seule qui compterait pour nous, ne changera pas nonobstant le remugle interne. Propos bien imprudent, et inqui\u00e9tant sur notre propre lucidit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis plus de dix ans, nos gestionnaires imp\u00e9nitents des urgences famili\u00e8res n\u2019ont jamais connu ou voulu prendre la mesure des grands enjeux du futur&nbsp;: l\u2019immigration, l\u2019\u00e9quilibre du r\u00e9gime des retraites, la pand\u00e9mie du sida, le sang (contamin\u00e9), la s\u00e9curit\u00e9 sociale et la sant\u00e9, la circulation et l\u2019urbanisme, le charabia pseudo-intellectuel. A la myopie administrative, s\u2019est associ\u00e9e la myopie politique. Les int\u00e9r\u00eats se sont conjugu\u00e9s pour que rien ne bouge. \u00a0\u00bb&nbsp;Les soci\u00e9t\u00e9s (sont) malades du progr\u00e8s&nbsp;\u00a0\u00bb affirme l\u2019historien Marc Ferro, dans un livre brillant (Plon). Le progr\u00e8s scientifique n\u2019a pas entra\u00een\u00e9 tous les autres&nbsp;: le progr\u00e8s d\u00e9mocratique, le progr\u00e8s politique certes (voir le fascisme, le nazisme et le communisme), et m\u00eame les progr\u00e8s techniques, sociaux, scientifiques possibles. La m\u00e9decine s\u00e9cr\u00e8te aussi des maladies. Les virus font le tour de la terre, presque aussi vite que les monnaies. L\u2019inorganisation du travail a d\u00e9sormais ses victimes \u00e0 l\u2019\u00e9chelon plan\u00e9taire, la maladie a remplac\u00e9 la gr\u00e8ve. L\u2019angoisse \u00e9tend ses ravages sur \u00a0\u00bb&nbsp;Le meilleur des mondes&nbsp;\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>A tout le moins, pour ne pas \u00eatre d\u00e9\u00e7us, cr\u00e9ditons avec parcimonie les responsables politiques du beau nom de \u00a0\u00bb&nbsp;visionnaires&nbsp;\u00ab\u00a0. Ils sont, pour la plupart, les stakhanovistes balourds d\u2019un quotidien assum\u00e9 \u00a0\u00bb&nbsp;au ras des p\u00e2querettes&nbsp;\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>**************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Assomption.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 15 ao\u00fbt 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0542<\/p>\n\n\n\n<p>15 ao\u00fbt 1998&nbsp;: date de la 542\u00b0 chronique destin\u00e9e \u00e0 Medi I. Plus de dix ann\u00e9es d\u2019une ponctualit\u00e9 hebdomadaire. Cette ann\u00e9e, son jour est celui de l\u2019Assomption, de la f\u00eate institu\u00e9e par l\u2019Eglise catholique pour honorer l\u2019\u00e9v\u00e9nement miraculeux du transport du corps et de l\u2019\u00e2me de la Sainte Vierge, Marie m\u00e8re de J\u00e9sus, dans le ciel. Dans cette Eglise mill\u00e9naire, le dogme de l\u2019Assomption a fix\u00e9 ses contours dans les temps les plus r\u00e9cents, puisque Pie XII, en 1950 seulement, lui a ouvert la double perspective&nbsp;: celle de la r\u00e9surrection des corps et celle de la maternit\u00e9 divine. Quand survient la mort, l\u2019\u00e2me des justes entre imm\u00e9diatement dans la gloire du ciel&nbsp;; leur corps ne ressuscitera qu\u2019\u00e0 la fin des temps. Mais cette r\u00e8gle de la th\u00e9ologie catholique souffre deux exceptions \u00e9clatantes&nbsp;: le Christ, dont le corps a ressuscit\u00e9 au matin de P\u00e2ques, et la Vierge, sa m\u00e8re, exempt\u00e9e de la corruption du tombeau par son Assomption, son enl\u00e8vement au ciel, \u00e0 la mesure de sa maternit\u00e9 divine. La croyance \u00e0 l\u2019Assomption remonterait au VI\u00b0 si\u00e8cle. La Gaule avait d\u00e9j\u00e0 entendu le chant des Anges, accompagnant le transfert du corps de la Vierge.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans nos temps modernes, peupl\u00e9s de tant de fureurs et d\u2019absurdit\u00e9s, promises \u00e0 cro\u00eetre et \u00e0 multiplier, \u00e0 la mesure des d\u00e9lires implacables de l\u2019humanit\u00e9 dans sa colonie terrestre, il n\u2019est pas de f\u00eate plus intime et modeste, plus apais\u00e9e et g\u00e9n\u00e9reuse que cette d\u00e9dicace d\u2019une journ\u00e9e \u00e0 une personne, corps et \u00e2me \u00e0 jamais unis, demeur\u00e9e humble parmi les humbles. Au palmar\u00e8s des vertus allant de la rigueur \u00e0 l&rsquo;indulgence, que les religions du monde se sont si complaisamment attribu\u00e9es, la plus essentielle, la charit\u00e9, tient toute en cette innocence pr\u00e9destin\u00e9e qui n\u2019a cess\u00e9 d\u2019entendre les plus \u00e9mouvantes suppliques. Que les mystiques de tous bords, tels que nous sommes, n\u2019\u00e9prouvent nulle g\u00eane \u00e0 s\u2019\u00e9mouvoir, si cet \u00e9lan les saisit. Ils ne seront ni compromis, ni humili\u00e9s&nbsp;; seulement rassur\u00e9s pour l\u2019interminable nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Dans notre anarchie productiviste et consum\u00e9riste (march\u00e9 + mondialisation) le flot ravageur des informations (comparable \u00e0 celui du Yang-Ts\u00e9-Kiang) tente forc\u00e9ment de noyer notre libre-arbitre, pr\u00e9alablement anesth\u00e9si\u00e9 ou mis en condition. Du moins le panorama des mis\u00e8res humaines, diffus\u00e9 \u00a0\u00bb&nbsp;en boucle&nbsp;\u00a0\u00bb au quart d\u2019heure pr\u00e8s, d\u00e9roule ses horreurs avec r\u00e9alisme, impudeur ou perfidie. Exciper de notre ignorance n\u2019est plus soutenable. L\u2019\u00e9poque dissimule mal d\u00e9sormais les camps de concentration, les guerres ethniques, les famines organis\u00e9es, les gaspillages des ressources mondiales, les alliances contre nature entre les professeurs de vertu et les totalitaires de tous poils. Cette transparence immanente, qui r\u00e9v\u00e8le les plus noirs desseins, est probablement l\u2019un des bienfaits du progr\u00e8s \u00e9chevel\u00e9 dont nous n\u2019avons pas encore jaug\u00e9 tous les d\u00e9lires possibles. Il faut avoir la na\u00efvet\u00e9 indign\u00e9e des dirigeants am\u00e9ricains pour vouer \u00e0 une justice implacable des \u00a0\u00bb&nbsp;terroristes&nbsp;\u00a0\u00bb qui menacent leurs int\u00e9r\u00eats, lesquels devraient pi\u00e9tiner impun\u00e9ment ceux des autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Proclamer une vocation universelle n\u2019implique-t-il pas le contrecoup d\u2019une d\u00e9testation universelle&nbsp;? Il serait bon que les Chancelleries s\u2019en inqui\u00e8tent, d\u2019autant plus que le spectacle des affaires du monde p\u00e9n\u00e8tre maintenant jusque dans les foyers les plus d\u00e9munis. Quand l\u2019id\u00e9e de justice est galvaud\u00e9e, chacun se bat avec l\u2019arme qu\u2019il peut saisir et tant pis pour les grands principes&nbsp;: ceux qui les brandissent ne les respectent gu\u00e8re&nbsp;! Du moins cette ann\u00e9e aura \u00e9t\u00e9 celle des organisation non-gouvernementales, des Nations-Unies m\u00eames, aussi d\u00e9pendantes qu\u2019elles soient. Elles se sont bien battues pour mettre hors-la-loi les mines anti-personnel et jeter les fondements d\u2019une Cour criminelle internationale. L\u2019Europe, elle, anticipe sa monnaie unique avec un z\u00e8le m\u00e9canicien dont les mises en forme pr\u00e9paratoires valent tous les acquiescements.<\/p>\n\n\n\n<p>En France, tranquilles comme Baptiste, le Pr\u00e9sident et le Premier Ministre en m\u00eame temps passent leurs vacances \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, contrairement \u00e0 une r\u00e8gle de la V\u00b0 R\u00e9publique, jusqu\u2019ici respect\u00e9e. Sans doute ont-ils voulu affirmer ainsi, quoique concurrentes, leur s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et leur ma\u00eetrise. Ils en auront bien besoin. Tous ceux qui r\u00e9clament des intercesseurs \u00e9clair\u00e9s ne peuvent se confier, une seule fois l\u2019an, \u00e0 Marie, m\u00e8re de J\u00e9sus, recours charitable venu des plus humbles, jusqu\u2019\u00e0 sa propre et \u00e9ternelle humilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>**************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Fragilit\u00e9s am\u00e9ricaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 8 ao\u00fbt 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0541<\/p>\n\n\n\n<p>Fragilit\u00e9s d\u2019une r\u00e9publique trop souveraine. Madame Catherine Deneuve qui, avec tout son talent, sait ce que vivre veut dire, a confi\u00e9 \u00e0 une journal new-yorkais son sentiment sur \u00a0\u00bb&nbsp;l\u2019affaire Clinton&nbsp;\u00ab\u00a0. Je r\u00e9sume et j\u2019\u00e9dulcore&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;Vous, les Am\u00e9ricains, vous \u00eates un peuple \u00e9trange \u00e0 perturber ainsi l\u2019Etat, pour un si banal incident de la chronique priv\u00e9e qui est celle de chacun, dont l\u2019indulgence pour lui-m\u00eame est infinie. Quelle attitude bizarre et pr\u00e9occupante quand on assume des responsabilit\u00e9s mondiales&nbsp;!&nbsp;\u00ab\u00a0. L\u2019actrice n\u2019a pas tort de s\u2019\u00e9tonner, dans une \u00e9poque d\u00e9sormais lib\u00e9r\u00e9e du moindre souci puritain.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais qu\u2019elle n\u2019oublie pas comment a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9, en 1787, un immense Etat f\u00e9d\u00e9ral, pla\u00e7ant l\u2019autorit\u00e9 de la loi au-dessus du sentiment national et donnant \u00e0 la Justice, pour le meilleur et pour le pire, pr\u00e9\u00e9minence sur l\u2019ex\u00e9cutif et le l\u00e9gislatif. Cette hi\u00e9rarchie des trois ordres a influenc\u00e9 les comportements et les r\u00e9actions du public, d\u2019autant plus profond\u00e9ment que le pays est r\u00e9cent, composite et isol\u00e9, g\u00e9ographiquement et volontairement, du reste du monde. Bref, pour mentir effront\u00e9ment \u00e0 la Justice, quand elle s\u2019en \u00e9meut, il faut un talent tel que la collectivit\u00e9 implore sa cl\u00e9mence pour le d\u00e9linquant. Clinton, Pr\u00e9sident des Etats-Unis en est \u00e0 ce point, \u00e0 la mi-ao\u00fbt 1998&nbsp;: la justice prouvera-t-elle qu\u2019il est un inf\u00e2me truqueur, comme ce fut le cas pour l\u2019un de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, \u00a0\u00bb&nbsp;Tricky Nixon&nbsp;\u00a0\u00bb du c\u00e9l\u00e8bre Watergate&nbsp;? Mais, avec sa flatteuse cote de popularit\u00e9, le titulaire de la Maison-Blanche s\u2019y maintiendra-t-il en d\u00e9pit de la r\u00e9probation (suppos\u00e9e) des P\u00e8res fondateurs de la Grande D\u00e9mocratie&nbsp;? Un quart de si\u00e8cle auparavant, je n\u2019avais pas cru au d\u00e9part de Nixon. Je m\u2019\u00e9tais tromp\u00e9. Aujourd\u2019hui, je ne crois pas davantage \u00e0 celui de Clinton. Vais-je encore me tromper&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Sans doute, si la tactique du mirobolant politicien est de gagner du temps, de faire appara\u00eetre la disproportion entre ses peccadilles de coureur imp\u00e9nitent et les r\u00e9ussites de sa gestion publique. Ce serait trop b\u00eate de disqualifier un cheval qui gagne. Alors il continuera \u00e0 affirmer qu\u2019il n\u2019a jamais menti, au lieu de solliciter le pardon populaire, apr\u00e8s une confession publique. Des conseillers l\u2019incitent \u00e0 celle-ci. Il la r\u00e9cuse, trop s\u00fbr de sa popularit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Mais est-elle aussi inoxydable qu\u2019il le croit&nbsp;? Aux Etats-Unis, le climat est brusque et violent. On a expliqu\u00e9, apr\u00e8s coup, la grande crise de 1929 et la r\u00e9cession dramatique subs\u00e9quente, par une panique injustifi\u00e9e qui avait franchi toutes les digues. Au cours de l\u2019\u00e9t\u00e9 1998, rien de comparable, encore. Depuis 10 ans, les Etats-Unis, mondialistes avec talent et protectionnistes par l\u2019exercice du droit du plus fort, ont fait leur pelote, ont atteint des chiffres superbes. Mais d\u00e9j\u00e0, apr\u00e8s un an de ravages, la crise de toute l\u2019Asie (et ajoutons la Russie pour faire bonne mesure) \u00e9tend ses effets \u00e0 l\u2019Occident. Les sympt\u00f4mes ne manquent pas, les plus imm\u00e9diats, les plus \u00e9vidents et souvent les plus irrationnels&nbsp;: frissons des changes et des valeurs. La d\u00e9pression de l\u2019\u00e9conomie p\u00e9troli\u00e8re est, depuis de longs mois, mondiale et a mis les pays producteurs \u00e0 la portion congrue. Si bien que Clinton, le magicien, pourra-t-il surfer tr\u00e8s longtemps sur des indices de r\u00eave et les ronronnements de bonheur de son public&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour conjurer le mauvais sort des cotes boursi\u00e8res, la fuite en avant internationale est, d\u2019\u00e9vidence, tentante. Elle fut amorc\u00e9e le mois dernier, dans cette \u00e9bouriffante visite en Chine, esquissant un spectaculaire renversement des alliances en Asie. On en reparlera plus s\u00e9rieusement quand la Chine, comme ses voisins, aura d\u00e9valu\u00e9 sa monnaie. Les Etats-Unis peuvent recommencer leur com\u00e9die avec Saddam Hussein, ou lancer leur OTAN sur les Balkans et sp\u00e9cialement le Kosovo, voler au secours de Kabila, en soutenant toujours l\u2019Ouganda, faire amis-amis avec l\u2019Iran, et cesser de soutenir outrageusement les Taliban, inexcusables, renoncer aux oukases d\u2019embargo qui entravent leur commerce plus qu\u2019elles ne g\u00eanent les Etats dits terroristes, temp\u00e9rer une mondialisation qui leur est si favorable mais dont ils ne peuvent contr\u00f4ler les d\u00e9sordres qu\u2019elle engendre dans le Tiers-monde, imposer \u00e0 Isra\u00ebl une mod\u00e9ration dont Tel-Aviv n\u2019a pas encore compris qu\u2019elle lui \u00e9tait proprement salutaire. Les sujets de diversion ne manquent donc pas pour Clinton, si le ciel s\u2019assombrit au-dessus de Washington. Seront-ils heureux&nbsp;? C\u2019est trop dire.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme la robe de Monica, qui sera peut-\u00eatre aussi c\u00e9l\u00e8bre que le nez de Cl\u00e9op\u00e2tre, voil\u00e0 que le financement de la campagne pr\u00e9sidentielle de 1996 r\u00e9v\u00e8le qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas lui non plus sans tache. Ce sera moins difficile \u00e0 prouver, car toutes ces \u00e9vidences du z\u00e8le \u00e9lectoral de Clinton et Gore, son vice-pr\u00e9sident, courent les rues depuis des mois. L\u2019Attorney G\u00e9n\u00e9ral, Madame Janet Reno, (le Ministre de la Justice) se bat comme la petite ch\u00e8vre de M. S\u00e9guin, pour ne pas d\u00e9f\u00e9rer aux injonctions du Congr\u00e8s et ne pas nommer un procureur ind\u00e9pendant charg\u00e9 de l\u2019enqu\u00eate. Le Congr\u00e8s y voit \u00a0\u00bb&nbsp;un outrage&nbsp;\u00ab\u00a0. Nous en apercevons tant d\u2019autres&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>**************************************************************************************************************<\/p>\n\n\n\n<p>Proche-Orient&nbsp;: cruaut\u00e9 et b\u00eatise.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 1<sup>er<\/sup>&nbsp;ao\u00fbt 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0540<\/p>\n\n\n\n<p>Au Proche-Orient, cruaut\u00e9 et b\u00eatise vont, h\u00e9las, de compagnie. Les soci\u00e9t\u00e9s humaines ne sont pas avares de tels exemples. Pour le temps pr\u00e9sent, citons au hasard, le Soudan, la Somalie et leurs famines, l\u2019Afrique des Grands lacs et ses g\u00e9nocides, auxquels le Za\u00efre a si g\u00e9n\u00e9reusement pr\u00eat\u00e9 la main, l\u2019Afghanistan et ses sinistres taliban. Mais ici, autour de J\u00e9rusalem, lieu d\u2019\u00e9lection de trois religions monoth\u00e9istes qui se parent de tous les prestiges, o\u00f9 les kilom\u00e8tres carr\u00e9s sont si rares et ont \u00e9t\u00e9 pi\u00e9tin\u00e9s de tant d\u2019histoires farouches, la sagesse des hommes n\u2019aura gu\u00e8re triomph\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux ans apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de M. Netanyahou, les espoirs de paix entre Isra\u00ebl et la Palestine se sont \u00e9vanouis. La communaut\u00e9 internationale a fait semblant de croire \u00e0 la simple \u00e9clipse d\u2019une aube de paix, entrevue de Madrid \u00e0 Oslo, au d\u00e9but des ann\u00e9es quatre-vingt-dix. Elle continue \u00e0 se jouer la m\u00eame com\u00e9die, comme s\u2019il suffisait de nier la r\u00e9alit\u00e9 pour que celle-ci n\u2019existe pas. Selon des nouvelles encore r\u00e9centes, les Etats-Unis allaient enfin se d\u00e9cider, tout faux arbitres qu\u2019ils soient, \u00e0 imposer un r\u00e8glement, une proc\u00e9dure, un choix, une orientation, enfin quelque chose&nbsp;! C\u2019\u00e9tait imminent. Les Etats arabes voulaient se r\u00e9unir en conf\u00e9rence, du genre \u00a0\u00bb&nbsp;retiens-moi ou je fais un malheur&nbsp;\u00ab\u00a0. Ils furent donc ravis de diff\u00e9rer \u00a0\u00bb&nbsp;sine die&nbsp;\u00a0\u00bb cette ardeur qui les aurait men\u00e9s \u00e0 constater leur impuissance et, pire, leurs d\u00e9saccords. La Ligue arabe et la Conf\u00e9rence islamique n&rsquo;ont m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 capables de manifester leur immense d\u00e9plaisir devant les pr\u00e9tentions h\u00e9g\u00e9moniques et agissantes d&rsquo;Isra\u00ebl sur la totalit\u00e9 de J\u00e9rusalem. Alors on s\u2019est r\u00e9unis, en cette fin de semaine, au Maroc, dans le Comit\u00e9 AL QODS, pour guetter de son Pr\u00e9sident avis\u00e9 et sage, le Roi Hassan II, une analyse, un conseil, une attitude, une r\u00e9solution peut-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Avec une d\u00e9termination qui n\u2019est gu\u00e8re plus faraude, les Pr\u00e9sidents \u00e9gyptien et fran\u00e7ais, au mois de mai, ont lanc\u00e9 l\u2019id\u00e9e de r\u00e9unir une conf\u00e9rence des pays \u00a0\u00bb&nbsp;r\u00e9solus \u00e0 sauver la paix&nbsp;\u00a0\u00bb ((tous, pourquoi pas&nbsp;?), mais sans entrer en concurrence avec les efforts des Am\u00e9ricains. Comme il n\u2019y en a aucun, ce risque n\u2019existe pas, on peut en convenir. Mais la Syrie, dont le Pr\u00e9sident Assad vient de visiter Paris, ne veut pas de cette conf\u00e9rence, ni dans sa formation \u00e9largie \u00e0 toutes les bonnes volont\u00e9s, ni dans sa phase ult\u00e9rieure avec Isra\u00ebl, la Palestine, le Liban et la Syrie. La Jordanie s\u2019enfonce dans les incertitudes. Relancer le fameux&nbsp;\u00a0\u00bb&nbsp;processus de paix&nbsp;\u00a0\u00bb en r\u00e9affirmant les accords d\u00e9j\u00e0 conclus ne serait possible que si les Etats-Unis en avaient le moindre d\u00e9sir. William Quandt, professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Virginie, a \u00e9crit&nbsp;:&nbsp;<em>\u00a0\u00bb&nbsp;l\u2019apparence de d\u00e9rive et d\u2019ind\u00e9cision de la politique am\u00e9ricaine envers le conflit isra\u00e9lo-arabe est enracin\u00e9e dans des r\u00e9alit\u00e9s politiques qui ne changeront probablement pas dans un avenir proche. C\u2019est ainsi que le seul pays qui aurait une chance de d\u00e9bloquer le processus de paix ne le fera sans doute pas&nbsp;\u00ab\u00a0.<\/em>&nbsp;Sauf si les avatars judiciaires de son Pr\u00e9sident le poussaient \u00e0 tenter une diversion, pourrait-on risquer.<\/p>\n\n\n\n<p>Risquer seulement, parce que Clinton est le plus pro-isra\u00e9lien de tous les Pr\u00e9sidents am\u00e9ricains, depuis 1948. Pour lui, comme pour Bush et Reagan, Isra\u00ebl est le partenaire strat\u00e9gique au Proche-Orient et la paix doit lui \u00eatre b\u00e9n\u00e9ficiaire, au premier chef. De toutes les fa\u00e7ons, la latitude de Clinton est limit\u00e9e par le Congr\u00e8s, dont l\u2019alliance avec le Likoud isra\u00e9lien d\u00e9passe l\u2019engagement habituel de Washington aux c\u00f4t\u00e9s de Tel-Aviv. Netanyahou a, au Congr\u00e8s, une majorit\u00e9 plus forte qu\u2019\u00e0 la Knesset&nbsp;! De surcro\u00eet, le parti d\u00e9mocrate compte non seulement sur l\u2019argent chinois, comme on l\u2019a vu, mais sur l\u2019\u00e9lectorat juif. Alors que le processus d\u2019Oslo est en \u00e9tat de coma d\u00e9pass\u00e9, la mise en \u0153uvre de son volet int\u00e9rimaire, sur la \u00a0\u00bb&nbsp;lib\u00e9ration&nbsp;\u00a0\u00bb de la Cisjordanie par l\u2019arm\u00e9e isra\u00e9lienne, para\u00eet aussi lointaine que le statut final, dont celui de J\u00e9rusalem et des r\u00e9fugi\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 Netanyahou, sa tactique est de gagner du temps, sans r\u00e9cuser ouvertement l\u2019objectif et les m\u00e9thodes, et d\u2019utiliser ce temps pour modifier la situation sur le terrain, en g\u00e9ographie et en d\u00e9mographie, jusqu\u2019\u00e0 ce que le morcellement et l\u2019enclavement rendent illusoire une souverainet\u00e9 palestinienne. L\u2019enjeu de la colonisation, crucial pour Netanyahou qui s\u2019empare de chaque attentat pour l\u2019\u00e9tendre, ne semble gu\u00e8re avoir \u00e9veill\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019administration am\u00e9ricaine. Celle-ci esp\u00e8re m\u00eame que moins d\u2019engagement de sa part faciliterait les chances d\u2019un r\u00e8glement n\u00e9goci\u00e9&nbsp;! Pour ce faire, il faudrait que le juda\u00efsme lib\u00e9ral am\u00e9ricain se persuade qu\u2019un Etat palestinien est n\u00e9cessaire \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019Isra\u00ebl, qui a son propre d\u00e9fi identitaire, comme le formule le professeur Yovel&nbsp;<em>: \u00a0\u00bb&nbsp;un Etat juif ou un Etat des Juifs&nbsp;; bas\u00e9 sur un fondement religieux ou cr\u00e9\u00e9 pour accueillir le peuple juif&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>En attendant, au risque de reproduire sur d\u2019autres un syst\u00e8me colonial et les \u00e9preuves du pass\u00e9, le Palestinien demeure le paria, sans maison, sans terre, sans Etat. Les r\u00e9solutions des Nations-Unies sont tenues pour des chiffons de papier. Les rivalit\u00e9s inter-arabes poussent \u00e0 surench\u00e9rir sur le dos de ce malheureux bonhomme mais, \u00f4 surprise&nbsp;! \u00e0 courtiser la main de la superpuissance bien-aim\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">************************************************<\/h1>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">La force des choses et l&rsquo;inconsistance des politiques.<\/h1>\n\n\n\n<p>25 juillet 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI I n\u00b0 359<\/p>\n\n\n\n<p>La force des choses s&rsquo;affirme de toutes parts, dans un univers propice \u00e0 d&rsquo;immenses courants d&rsquo;air. Par contre, l&rsquo;inconsistance des responsables politiques, c\u00e9r\u00e9monieux et dogmatiques, devient la marque d\u00e9plorable de notre \u00e9poque. L&rsquo;exemple m\u00eame qu&rsquo;elle vient de produire, \u00e0 Rome, apr\u00e8s cinq semaines de n\u00e9gociations, pour cr\u00e9er une Cour criminelle internationale (CCI) permanente qui jugera les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l&rsquo;humanit\u00e9, est saisissant. Si 120 pays ont vot\u00e9 pour, 21 se sont abstenus et 7 ont vot\u00e9 contre. Ceux-ci, je les cite : les Etats-Unis, la Chine, l&rsquo;Inde, la Libye, le Y\u00e9men, l&rsquo;Irak et Isra\u00ebl. La Russie, initialement proche de la position am\u00e9ricaine, a finalement soutenu le texte vot\u00e9. Les Grands de ce monde, entour\u00e9s de quelques Etats d&rsquo;aventure, ont refus\u00e9 de reconna\u00eetre leurs devoirs \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;humanit\u00e9 toute enti\u00e8re. On ne remontera pas trop loin le temps (septembre 1997) pour retrouver les m\u00eames, ou presque, refusant de mettre hors-la-loi les mines antipersonnel. Pauvres Etats, dont les chefs pensent d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats en se livrant \u00e0 une \u00ab\u00a0performance humiliante et ent\u00eat\u00e9e\u00a0\u00bb, \u00e9crit un journaliste am\u00e9ricain.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Mais sans nous attarder sur des personnages d&rsquo;un \u00ab\u00a0m\u00e9diatisme\u00a0\u00bb bien douteux, cherchons \u00e0 d\u00e9celer ce que nous r\u00e9serve \u00ab\u00a0la force des choses\u00a0\u00bb, cette \u00e9vidence qui nagu\u00e8re comptait tant dans la vision du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle. Pour nous, Europ\u00e9ens, peut-\u00eatre y trouverons-nous quelque r\u00e9confort ? On le sait, on le voit, les mod\u00e8les th\u00e9oriques d&rsquo;une Europe int\u00e9gr\u00e9e sont au bout de leur rouleau de c\u00e9r\u00e9monies, de trait\u00e9s et d&rsquo;institutions. Au point que l&rsquo;Europe des Quinze -vou\u00e9e \u00e0 s&rsquo;agrandir et les candidats se bousculent au portillon- renonce \u00e0 concevoir pr\u00e9alablement comment elle pourra fonctionner et n&rsquo;a d&rsquo;autre volont\u00e9 que d&rsquo;attendre et de voir. Dans les Balkans -apr\u00e8s la Bosnie, maintenant le Kosovo- la m\u00eame imp\u00e8ritie aura conduit aux m\u00eames drames, dans le m\u00eame chaudron, avec conf\u00e9rences, m\u00e9diateurs et arbitres. Quand le caract\u00e8re des hommes publics manque, la force des choses s&rsquo;accumule et trouve sa voie d&rsquo;elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Les observateurs s&rsquo;en inqui\u00e8tent, bien s\u00fbr. L&rsquo;un d&rsquo;eux, \u00e9voquant avec m\u00e9lancolie l&rsquo;effondrement, apr\u00e8s la Grande Guerre, de ce qui restait de l&rsquo;Empire des Habsbourg, fr\u00e9mit \u00e0 la pens\u00e9e que l&rsquo;Europe, qu&rsquo;il appelle \u00ab\u00a0l&rsquo;Euroland n\u00e9o-carolingien\u00a0\u00bb pourrait succomber aux m\u00eames bouderies, suspicions, arrogances que l&rsquo;Empire d\u00e9funt. \u00ab\u00a0Pourquoi tant de haine ?\u00a0\u00bb s&rsquo;exclame-t-il, alors qu&rsquo;il s&rsquo;agit de peser sur le cours de l&rsquo;histoire, avant que le vent de la trag\u00e9die ne balaie la sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Essayons de le rassurer, la force des choses est \u00e0 l&rsquo;oeuvre, \u00e0 condition de ne pas l&rsquo;\u00e9bruiter et que les responsables de la politique restent exclusivement accroch\u00e9s \u00e0 leurs vieilles lunes. On l&rsquo;a souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9 : les vertus d&rsquo;une monnaie unique transcendront tr\u00e8s vite les m\u00e9canismes qui se mettent en place, d\u00e8s maintenant et pour fonctionner le 1er janvier 1999, dans moins de six mois. Si l&rsquo;euro doit s&rsquo;affirmer vigoureusement face au dollar, il ne doit pas l&rsquo;attendre du personnel politique europ\u00e9en qui, depuis un demi-si\u00e8cle, s&rsquo;en est remis \u00e0 sa docilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique, abdiquant la moindre opini\u00e2tret\u00e9. La monnaie, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;\u00e9conomie, combattra d&rsquo;elle-m\u00eame beaucoup plus lucidement et sa lutte engendrera des effets politiques qui ne pourraient jamais \u00eatre esp\u00e9r\u00e9s autrement d&rsquo;un milieu qui, de fait, a abandonn\u00e9 tout esprit de souverainet\u00e9, dans les relations internationales.<\/p>\n\n\n\n<p>Parall\u00e8lement, au d\u00e9but de 1999, on aura constat\u00e9 que l&rsquo;industrie, dans ses \u00e9l\u00e9ments les plus strat\u00e9giques, va aborder la phase de son int\u00e9gration, passant de l&rsquo;\u00e9chelon national \u00e0 celui de l&rsquo;Europe, n\u00e9gligeant l&rsquo;alternative transatlantique qui \u00e9tait jusqu&rsquo;ici \u00ab\u00a0la loi et les proph\u00e8tes\u00a0\u00bb oblig\u00e9s. Ceci int\u00e9resse directement les Etats -clients- et quelques grandes entreprises. La d\u00e9claration commune franco-allemande du 9 d\u00e9cembre 1997 a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;indice que la rupture avec le pass\u00e9 allait se faire. La fusion A\u00e9rospatiale-Matra en est certainement le pr\u00e9alable . Inutile de souligner que ce f\u00e9d\u00e9ralisme europ\u00e9en, parcellaire et pragmatique, essentiellement \u00e9conomique, aura aussi les r\u00e9sultats politiques, qui ne semblent nullement recherch\u00e9s aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;interlocuteur institutionnel d&rsquo;une industrie strat\u00e9gique europ\u00e9enne en formation, se met en place, pour la m\u00eame p\u00e9riode initiale fin 1998-d\u00e9but 1999, sur le plan juridique et op\u00e9rationnel cette fois, entre France, Allemagne, Grande-Bretagne et Italie. Il s&rsquo;agit de l&rsquo;OCCAR, qui est loin d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;Agence Europ\u00e9enne d&rsquo;Armement annonc\u00e9e dans le trait\u00e9 de Maastricht, mais qui donnera une structure r\u00e9aliste et prudente \u00e0 la situation d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente.<\/p>\n\n\n\n<p>Des courants d&rsquo;int\u00e9gration europ\u00e9enne existent, loin de la supranationalit\u00e9 tant d\u00e9battue. Les nations peuvent y puiser en outre la force de s&rsquo;affirmer, sur le terrain et finalement dans la r\u00e9alit\u00e9 politique d&rsquo;un ensemble \u00e9difi\u00e9 pi\u00e8ce \u00e0 pi\u00e8ce, \u00e0 partir de cette fameuse \u00ab\u00a0force des choses\u00a0\u00bb diablement \u00e9vidente, sauf aux faiseurs de syst\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;ivresse nationale.<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 18 juillet 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0538<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;ivresse nationale : je ne sais d\u00e9j\u00e0 plus quelle voix officielle aura prononc\u00e9 ces mots si justes, le 12 juillet dernier. L&rsquo;\u00e9quipe de France venait de remporter la coupe mondiale du football. L&rsquo;all\u00e9gresse fut extr\u00eame, la joie d\u00e9bordante ; l&rsquo;intimit\u00e9 populaire si spontan\u00e9e, la fiert\u00e9 d&rsquo;une communaut\u00e9 partag\u00e9e si \u00e9vidente, qu&rsquo;elles parurent toutes ensemble r\u00e9v\u00e9ler des \u00e9vidences tenues bien secr\u00e8tes, jusqu&rsquo;ici. Trois buts, couronnant des ann\u00e9es d&rsquo;efforts, auront suffi \u00e0 d\u00e9coincer les rouages gripp\u00e9s d&rsquo;une nation, \u00e0 changer les rancoeurs en esp\u00e9rance, \u00e0 transformer l&rsquo;agressivit\u00e9 en sourire.<\/p>\n\n\n\n<p>Que pareille mutation f\u00fbt possible, qui s&rsquo;en doutait ? Qui l&rsquo;aurait m\u00eame imagin\u00e9e, adepte ou non des vertus th\u00e9rapeutiques du \u00ab\u00a0foot\u00a0\u00bb ? Les circonstances qui sont l&rsquo;expression quotidienne du hasard, \u00e9chappent aux pronostics. Maintenant on dissertera gravement, moins sur l&rsquo;ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne que sur sa dur\u00e9e et ses effets probables. Qu&rsquo;importe ! L&rsquo;essentiel est qu&rsquo;il se soit produit, qu&rsquo;il ait \u00e9tonn\u00e9 \u00e0 ce point. Qu&rsquo;il ait surgi dans les stades, vou\u00e9s \u00e0 de multiples sp\u00e9cialit\u00e9s, dont celle de la balle au pied, on y trouvera de nombreuses explications. Il demeure que la nation chemine au coeur de ses enfants et rassemble en eux le meilleur de cette communaut\u00e9 \u00e0 laquelle ils aspirent.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Ne soyons pas na\u00effs : la machine \u00e0 informer et ceux qui la manipulent \u00e0 leur profit, mat\u00e9riel plus souvent que sentimental, ont jou\u00e9 un r\u00f4le sur lequel on en apprendra davantage. Nous y voici d\u00e9j\u00e0 sur les infortunes du malheureux br\u00e9silien Ronaldo. Des contrats mirifiques mais rigoureux, des financements consid\u00e9rables, des pratiques douloureuses , comme celles r\u00e9v\u00e9l\u00e9es, en parall\u00e8le et en succession, par le Tour de France cycliste, tout cela aura \u00e9t\u00e9 aspir\u00e9 p\u00eale-m\u00eale dans le tourbillon joyeux d&rsquo;une liesse populaire et d&rsquo;une communion des diversit\u00e9s, accumul\u00e9es dans une d\u00e9mocratie \u00e0 nulle autre pareille : une communaut\u00e9 de principes, librement accept\u00e9s et assum\u00e9s avec d\u00e9termination.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique aura \u00e9pingl\u00e9 la L\u00e9gion d&rsquo;honneur sur la poitrine des champions, faisant dans quelques jours perdurer l&rsquo;\u00e9tonnante f\u00eate, quand il aura exalt\u00e9 encore, comme c&rsquo;est son r\u00f4le, \u00ab\u00a0la France qui gagne\u00a0\u00bb, nul ne pourra affirmer que, en nous r\u00e9v\u00e9lant une fois tels que nous sommes r\u00e9ellement, nous sommes d\u00e9sormais transform\u00e9s. Ce serait trop beau et surtout trop facile. Reprendre confiance en ce que nous pourrions \u00eatre, sachant mieux d\u00e9sormais qui nous sommes, ouvre du moins les portes de notre avenir. Avenir politique certes. Le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et le Premier Ministre auront, en cette circonstance, garni l&rsquo;escarcelle de leurs sondages. Ils sont mont\u00e9s conjointement au z\u00e9nith, quoique oppos\u00e9s l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre. Les Fran\u00e7ais se sont sentis solidaires pour gagner la coupe mondiale, mais ils n&rsquo;ont pas abandonn\u00e9 l&rsquo;instinct de prudence qui leur fait pl\u00e9bisciter la cohabitation de l&rsquo;opposition et de la majorit\u00e9. Tenir ensemble ces deux repr\u00e9sentants, c&rsquo;est mieux les contr\u00f4ler et leur faire rendre compte. Les Institutions de la V\u00b0 R\u00e9publique ont \u00e9t\u00e9 assez souples pour s&rsquo;adapter aussi \u00e0 ce voeu populaire, qui veut bien d\u00e9l\u00e9guer, mais avec une extr\u00eame prudence. La confiance, l&rsquo;ambition et l&rsquo;unit\u00e9, ces trois le\u00e7ons donn\u00e9es par notre \u00e9quipe de foot, auront port\u00e9 dans le public, mais pas au point de d\u00e9sarmer une m\u00e9fiance atavique vis-\u00e0vis du pouvoir. A celui-ci, tel que compos\u00e9 aujourd&rsquo;hui, de d\u00e9montrer \u00e0 son tour, l\u00e0 o\u00f9 il est, les n\u00e9cessit\u00e9s de l&rsquo;ambition nationale. A l&rsquo;int\u00e9rieur, bien s\u00fbr, o\u00f9 se gagnent les v\u00e9ritables victoires. La premi\u00e8re, pour l&rsquo;heure, sera par la mod\u00e9ration fiscale et une d\u00e9colonisation, encore \u00e0 faire, celle de l&rsquo;administration.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>A l&rsquo;ext\u00e9rieur, les choix et les enjeux sont devant nous, tout proches. Il n&rsquo;est pas n\u00e9gligeable que nos co-dirigeants, malgr\u00e9 leur ardente comp\u00e9tition, aient re\u00e7u , en ce juillet 98, l&rsquo;appui d&rsquo;une insolite, surprenante manifestation, t\u00e9moignant de la d\u00e9termination unitaire de la France : nation toujours prompte \u00e0 r\u00e9sister, royaut\u00e9 puis r\u00e9publique, contre les pr\u00e9tentions imp\u00e9riales &#8211; du Saint Empire romain germanique \u00e0 l&rsquo;Empire am\u00e9ricain, aujourd&rsquo;hui aux ambitions plan\u00e9taires. Voici que se dessine une Europe qui sera celle des nations (dont la n\u00f4tre) et qui ne sera pas un ramassis de r\u00e9gions men\u00e9es par un ar\u00e9opahe anonyme de capitalismes internationaux. Voici que s&rsquo;installe une monnaie unique, \u00e0 laquelle nous allons devoir abandonner davantage nos mauvaises habitudes que notre souverainet\u00e9 de nation. Voici que nous pouvons esp\u00e9rer sortir d&rsquo;un demi-si\u00e8cle de servitude volontaire, durant lequel les Europ\u00e9ens , riches de leur esprit, de leur culture, de leur travail, n&rsquo;ont pas encore eu la dignit\u00e9 de revendiquer leur libert\u00e9 d&rsquo;assumer leur propre d\u00e9fense.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre nation a connu quelques journ\u00e9es d&rsquo;ivresse autour des pelouses des stades, parce qu&rsquo;elle a murmur\u00e9 \u00e0 chacun : \u00ab\u00a0toi, cries tr\u00e8s fort que j&rsquo;existe dans ton coeur ! J&rsquo;en ai tant besoin !<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie : r\u00e9alit\u00e9s et cons\u00e9quences.<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 11 juillet 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0537<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie : r\u00e9alit\u00e9s et cons\u00e9quences. Fin juin, le Pr\u00e9sident des Etats-Unis aura rendu une visite de 9 jours \u00e0 l&rsquo;Empire du Milieu, la Chine. Voyage peu banal par sa dur\u00e9e et marqu\u00e9 autant par l&rsquo;\u00e9tat pr\u00e9sent du monde que par le r\u00f4le que s&rsquo;y attribue Washington, en cons\u00e9quence. L\u00e0, nul ne conteste la situation r\u00e9sultant de l&rsquo;effondrement de l&rsquo;Union sovi\u00e9tique, depuis 1989, ni l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie potentielle qui a d\u00e9sormais libre cours. Mais nul n&rsquo;y conteste non plus qu&rsquo;il faut consolider celle-ci, \u00e9tendre la puissance am\u00e9ricaine, imposer sa domination, briser les r\u00e9sistances, assurer la p\u00e9rennit\u00e9 d&rsquo;un sort si heureux. L&rsquo;Am\u00e9rique a toujours cru qu&rsquo;elle \u00e9tait choisie par le destin et que ses int\u00e9r\u00eats co\u00efncident avec le bon droit universel. Des faits aux cons\u00e9quences, la translation s&rsquo;est accomplie avec le plus grand naturel.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e2mes trop sereines comme les mieux r\u00e9sign\u00e9es s&rsquo;\u00e9garent \u00e9galement. Toute h\u00e9g\u00e9monie engendre sa propre opposition. Avant m\u00eame que celle-ci ne s&rsquo;organise, le Japon, la Chine, la Russie, l&rsquo;Union europ\u00e9enne, d&rsquo;autres encore ne vont pas subordonner leurs int\u00e9r\u00eats \u00e0 ceux si prompts \u00e0 se mobiliser depuis Washington. Il n&rsquo;est donc pas absurde d&rsquo;apercevoir d\u00e9j\u00e0 la fatalit\u00e9 voire le tragique de l&rsquo;histoire humaine et la n\u00e9cessit\u00e9 du compromis, m\u00eame et surtout pour un pouvoir illimit\u00e9 en apparence.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>La visite de Bill Clinton en Chine est r\u00e9v\u00e9latrice de l&rsquo;attitude g\u00e9n\u00e9rale adopt\u00e9e sans h\u00e9sitation \u00e0 Washington et des orientations qui ont \u00e9t\u00e9 prises. A condition qu&rsquo;elles ne rel\u00e8vent pas d&rsquo;un amateurisme qui se serait cru tout permis, sans danger. Ce qui est possible. Mais tenons-nous d&rsquo;abord \u00e0 la lettre des mots.<\/p>\n\n\n\n<p>Conscient ou non de ce qu&rsquo;il faisait, M. Clinton aurait accompli un surprenant renversement d&rsquo;alliances, en d\u00e9clarant soudainement que la Chine \u00e9tait le principal alli\u00e9 des Etats-Unis en Asie, aux d\u00e9pens du Japon, de l&rsquo;Inde et de Ta\u00efwan. L&rsquo;\u00e9nigme serait totale. Il aurait, \u00e0 la demande de la Chine, exclu le Japon de sa visite pr\u00e9sidentielle en Asie. Alors que la Chine, jusqu&rsquo;ici, consid\u00e9rait que le r\u00e9cent renouvellement du Trait\u00e9 de s\u00e9curit\u00e9 am\u00e9ricano-japonais lui interdisait toute esp\u00e9rance d&rsquo;assouplir Washington sur Ta\u00efwan et d&rsquo;\u00e9viter l&rsquo;affirmation de son h\u00e9g\u00e9monie sur l&rsquo;Asie. Eh bien ! la Chine a obtenu de Clinton qu&rsquo;il accepte l&rsquo;absorption de Ta\u00efwan, la seule d\u00e9mocratie, repr\u00e9sentant 2% de la population chinoise, mais la moiti\u00e9 du produit national de P\u00e9kin. Clinton ne soutient plus l&rsquo;ind\u00e9pendance de Ta\u00efwan, ni m\u00eame la solution des \u00ab\u00a0deux Chines\u00a0\u00bb. L&rsquo;Inde, une autre et immense d\u00e9mocratie, aura d\u00e9couvert, elle, que les Etats-Unis sont devenus \u00ab\u00a0l&rsquo;alli\u00e9 strat\u00e9gique\u00a0\u00bb du pays qui menace son int\u00e9grit\u00e9, au point qu&rsquo;elle s&rsquo;est lanc\u00e9e dans l&rsquo;escalade nucl\u00e9aire, alors que la Chine approvisionne le Pakistan dans la m\u00eame escalade. Ta\u00efwan, le Japon, l&rsquo;Inde ont \u00e9t\u00e9 l\u00e2ch\u00e9s de fa\u00e7on inexplicable, soit pour punir les deux derniers de leur politique \u00e9conomique et militaire, soit, dans le cas de Ta\u00efwan, comme cadeau am\u00e9ricain au nouveau compagnon chinois et \u00e0 son march\u00e9 d&rsquo;un milliard de consommateurs potentiels. Au Japon d&rsquo;assurer seul d\u00e9sormais sa s\u00e9curit\u00e9, de m\u00eame pour Ta\u00efwan. A la Russie d&rsquo;accepter la pression de l&rsquo;OTAN sur ses fronti\u00e8res ouest, mais encore cette nouvelle alliance sino-am\u00e9ricaine \u00e0 l&rsquo;est, \u00e0 son revers. Evidemment, Madeleine Albright a \u00e9t\u00e9 d\u00e9p\u00each\u00e9e \u00e0 Tokyo pour affirmer \u00ab\u00a0l&rsquo;ind\u00e9fectible amiti\u00e9\u00a0\u00bb entre les Etats-Unis et le Japon, tout en multipliant les embrassades et les pressions. A Ta\u00efwan, un envoy\u00e9 am\u00e9ricain est venu soutenir que rien n&rsquo;\u00e9tait chang\u00e9, depuis le r\u00e9cent sommet. Le Pr\u00e9sident Clinton avait-il besoin, pour sa situation int\u00e9rieure et personnelle, si compromise, de gestes \u00e0 ce point dramatiques, d&rsquo;une gravit\u00e9 qu&rsquo;il ne saisit peut-\u00eatre point, \u00e9crit un journaliste am\u00e9ricain ? La Chine, elle, n&rsquo;aura rien donn\u00e9, rien promis, sauf un \u00ab\u00a0show\u00a0\u00bb t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 des deux Pr\u00e9sidents.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;axe Washington-P\u00e9kin serait-il la nouvelle forme d&rsquo;un h\u00e9g\u00e9monisme, partag\u00e9 entre deux Etats, dont il est le penchant naturel ? L&rsquo;Asie doit-elle redouter cette combinaison d&rsquo;influences qui va restreindre encore plus ses espaces de libert\u00e9 ? Les \u00e9lections de novembre, aux Etats-Unis -sans trop d&rsquo;argent chinois, on l&rsquo;esp\u00e8re !- et le talent clintonien pour les coups m\u00e9diatiques expliquent-ils \u00e0 eux seuls les manifestations de ce surprenant voyage ? Le Pr\u00e9sident Jiang Zemin avait-il besoin d&rsquo;\u00eatre consolid\u00e9 comme une sorte de Gorbatchev que la Chine se serait donn\u00e9e pour sauver son communisme ? Plus platement encore, faut-il croire que tous ces flonflons de compliments pr\u00e9sidentiels s&rsquo;effaceront tr\u00e8s vite, comme bien des commentateurs le pensent, aux Etats-Unis ? Les dossiers s\u00e9rieux demeureraient : les transferts illicites en Chine de la technologie am\u00e9ricaine de l&rsquo;espace, la r\u00e9ticence de la Chine \u00e0 abaisser ses barri\u00e8res douani\u00e8res pour entrer dans l&rsquo;Organisation mondiale du commerce, son ent\u00eatement \u00e0 ne pas renoncer \u00e0 l&rsquo;usage de la force pour contraindre Ta\u00efwan.<\/p>\n\n\n\n<p>Faut-il conclure que l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie a encore devant elle un vaste champ d&rsquo;incons\u00e9quences qui serviraient, mais provisoirement seulement, de divertissements anodins ?<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;Histoire, cette obstin\u00e9e.<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 4 juillet 1998<\/p>\n\n\n\n<p>Medi n\u00b0 536<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Histoire, cette obstin\u00e9e. Voici peu, je d\u00e9jeunais avec deux amis, l&rsquo;un Fran\u00e7ais, l&rsquo;autre Alg\u00e9rien. Ils ne se connaissaient pas encore.<\/p>\n\n\n\n<p>-\u00ab\u00a0L&rsquo;Alg\u00e9rie, dit le dernier, ce pays va imploser superbement !<\/p>\n\n\n\n<p>-\u00ab\u00a0Vous voulez dire que les troubles vont y \u00eatre encore plus graves ? interroge le premier.<\/p>\n\n\n\n<p>-\u00ab\u00a0Mais non ! r\u00e9torque l&rsquo;Alg\u00e9rien. Les capacit\u00e9s immenses du pays, toutes ses potentialit\u00e9s vont se r\u00e9v\u00e9ler incessamment en une \u00e9blouissante r\u00e9ussite, une fantastique illumination. C&rsquo;est \u00e9vident !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>On voudrait qu&rsquo;il puisse convaincre, malgr\u00e9 les jours qui suivirent et les r\u00e9alit\u00e9s cruelles qui demeurent. .<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Quand j&rsquo;\u00e9crivis, en 1985, \u00ab\u00a0Maghreb \u00e0 l&rsquo;ombre de ses mains\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire de son seul d\u00e9nuement face \u00e0 l&rsquo;implacable soleil, je notais : \u00ab\u00a0L&rsquo;Alg\u00e9rie, c&rsquo;est l&rsquo;Alg\u00e9rie ! aurait pu dire le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle. Il aurait ainsi, d&rsquo;une banalit\u00e9, consacr\u00e9 l&rsquo;effort d&rsquo;un peuple vers l&rsquo;identit\u00e9 et la confiance en lui-m\u00eame.\u00a0\u00bb L&rsquo;Histoire, moins on la consulte et moins on la respecte, plus on veut imposer les artifices de sa re-cr\u00e9ation, alors la souche du vieil arbre r\u00e9siste et les oiseaux y viennent chanter comme toujours. Sur cette rive de la M\u00e9diterran\u00e9e, cette \u00eele, entre deux immensit\u00e9s -la mer et le d\u00e9sert- aura connu les m\u00eames \u00e9preuves et d\u00e9chirements, antiques et modernes, que les Balkans o\u00f9 la v\u00e9rit\u00e9 des peuples rena\u00eet, indestructible, avec le printemps. Rude et \u00e9vident d\u00e9menti inflig\u00e9 finalement \u00e0 tous les donneurs de le\u00e7ons, \u00e0 tous les totalitaires du pr\u00eat-\u00e0-penser et du pr\u00eat-\u00e0-porter. Le drame qui guette l&rsquo;Alg\u00e9rie, trente cinq ans apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre r\u00eav\u00e9e et proclam\u00e9e unitaire, est celui de multiples d\u00e9chirures qui se sont agrandies et dans lesquelles les pires d\u00e9sordres se sont gliss\u00e9s et ne veulent plus l\u00e2cher prise, au point d&rsquo;\u00e9mietter le pays. Plus f\u00e9d\u00e9ral et moins absolutiste, peut-\u00eatre aurait-il pr\u00e9serv\u00e9 ces potentialit\u00e9s \u00e9voqu\u00e9es par mon convive, et favoris\u00e9 leur \u00e9panouissement.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Les Kabyles, la Kabylie dont l&rsquo;esprit de r\u00e9sistance est, sans conteste, un fait historique, partenaires du jeune Etat unitaire alg\u00e9rien, consid\u00e8rent qu&rsquo;ils n&rsquo;y sont ni entendus, ni respect\u00e9s dans leur trame et leur \u00e2me, mais menac\u00e9s d\u00e9sormais dans ce qu&rsquo;on appelle de notre temps leur culture, c&rsquo;est-\u00e0-dire plus simplement leur identit\u00e9. Ils le crient jusque dans les rues d&rsquo;Alger, agress\u00e9s et agresseurs de l&rsquo;ordre public, et aussi dans les rues de Paris ou de Marseille. L&rsquo;absolutisme d&rsquo;un pouvoir militaire et celui d&rsquo;un islamisme virulent, en lutte pour la conqu\u00eate du pouvoir, leur paraissent s&rsquo;\u00eatre conjugu\u00e9s, du moins pour les an\u00e9antir jusque dans leurs plus profondes racines, tentative toujours renaissante et toujours repouss\u00e9e jusqu&rsquo;ici. Nier leur langue, leur en imposer une autre qui aurait d\u00e9sormais l&rsquo;exclusivit\u00e9, est \u00e9prouv\u00e9 de Tizi-Ouzou \u00e0 Annaba, de B\u00e9jaia \u00e0 Tamanrasset et au-del\u00e0, comme le meurtre d&rsquo;une identit\u00e9, d&rsquo;une m\u00e9moire, un sacril\u00e8ge commis sur un chemin de servitude. L&rsquo;assassinat le 26 mai 1993 de Tahar Djaout, homme de lettres et jeudi 25 juin 1998, celui de Loun\u00e8s Matoub, po\u00e8te-chanteur, sont, quels qu&rsquo;en soient les auteurs et les profiteurs, d&rsquo;intol\u00e9rables menaces et d\u00e9fis exerc\u00e9s au coeur m\u00eame de la communaut\u00e9, la plus vieille que l&rsquo;histoire ait connu ici, recrue de r\u00e9sistances et de sacrifices. Que la langue berb\u00e8re, le tamazight, soit aussi vis\u00e9e que la langue fran\u00e7aise, par l&rsquo;offensive du gouvernement militaire, align\u00e9e sur celle de la r\u00e9bellion islamiste, est une \u00e9vidence. Les Berb\u00e8res ont pu penser, un temps, que l&rsquo;exclusion du fran\u00e7ais leur permettrait de mieux faire reconna\u00eetre leur propre langue dans l&rsquo;Etat alg\u00e9rien. Ils savent aujourd&rsquo;hui que ce calcul n&rsquo;\u00e9tait pas bon, s&rsquo;il a exist\u00e9. Mais ils sont d\u00e9sormais en cause, et totalement sur place, indissolublement. Alors que la tol\u00e9rance, fondamentale comme plurielle, s&rsquo;est \u00e9loign\u00e9e des perspectives alg\u00e9riennes modernes. Le pluralisme est une vertu trop rare pour \u00eatre assid\u00fbment pratiqu\u00e9 dans toutes les disciplines d&rsquo;une vie collective et nationale, \u00e0 ce qu&rsquo;il semble.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le fran\u00e7ais, qui a tenu tant de place en Alg\u00e9rie pendant pr\u00e8s de deux si\u00e8cles, on verra bien ce que les n\u00e9cessit\u00e9s de la vie internationale, les relations euro-m\u00e9diterran\u00e9ennes feront de lui d\u00e9sormais, dans les rapports d&rsquo;Alger avec Paris. \u00ab\u00a0Pour que les deux pays s&rsquo;entendent, disait nagu\u00e8re Georges Pompidou, il leur faudrait d\u00e9sormais manifester plus d&rsquo;indiff\u00e9rence\u00a0\u00bb. Si notre langue est indiff\u00e9rente \u00e0 l&rsquo;Alg\u00e9rie, il est \u00e0 parier que ce pays le deviendra pour nous. Le voeu de Georges Pompidou sera r\u00e9alis\u00e9, tr\u00e8s au-del\u00e0 du bon sens qu&rsquo;il exprimait. Si l&rsquo;Alg\u00e9rie veut impressionner la France, elle voit tr\u00e8s juste : avec une grande s\u00fbret\u00e9, elle blesse un pays dans ce qui compte surtout pour lui, sa sp\u00e9cificit\u00e9 d&rsquo;esprit, l&rsquo;enseignement de sa langue, la pr\u00e9sence de sa culture.<\/p>\n\n\n\n<p>Reste aux uns comme aux autres \u00e0 choisir et \u00e0 s&rsquo;engager sur le chemin de la r\u00e9ussite. On le saura assez vite en consultant Internet ou le r\u00e9seau encore plus sublime qui lui succ\u00e9dera.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Les banalit\u00e9s mineures.<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 27 juin 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0535<\/p>\n\n\n\n<p>Les banalit\u00e9s mineures de l&rsquo;existence, s&rsquo;accumulant, s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent au point qu&rsquo;on s&rsquo;inqui\u00e8te : Sommes-nous encore tol\u00e9rants ? Est-ce une attitude honorable de l&rsquo;\u00eatre ? Jugeons-en, \u00e0 partir de quelques exemples. Dimanche dernier, 21 juin, la f\u00eate des p\u00e8res, succ\u00e9dant \u00e0 celle des m\u00e8res, du 7 juin, durant lesquelles l&rsquo;amour filial \u00e9paule le commerce dont la vocation est d&rsquo;abord d&rsquo;utiliser les bons sentiments, l&rsquo;attention \u00e9tait mobilis\u00e9e par le Mondial, ses gloires et ses d\u00e9bordements. Mais \u00e0 Brest, la nation, la marine et d&rsquo;innombrables coeurs, afflig\u00e9s et \u00e9mus, rendaient les honneurs \u00e0 Eric Tabarly, qui nous en fit beaucoup. Ce pouvait \u00eatre grandiose ; ce fut fervent, donc magnifique. L&rsquo;insolite se produisit. L&rsquo;\u00e9pouse du grand marin disparu s&rsquo;adressa, pour lui, \u00e0 la France, \u00e0 nous tous. M\u00eame pas cinq minutes d&rsquo;un fantastique message. Jacqueline Tabarly parla sans note, pr\u00e9sence et parole si totalement v\u00e9ridiques que la m\u00e9diocrit\u00e9, la vulgarit\u00e9 de notre civilisation du spectacle avaient subitement disparu des \u00e9crans et des ondes. Mais cinq minutes, c&rsquo;\u00e9tait trop ! Les machines \u00e0 d\u00e9cerveler -t\u00e9l\u00e9, radio, presse- veillaient au plus pr\u00e8s, pour d\u00e9couper, raccourcir, mutiler : la veuve \u00e9mouvante, \u00e9blouissante, avait m\u00eal\u00e9 le destin national \u00e0 celui de l&rsquo;homme qu&rsquo;elle aimait. Le lamentable naturel de l&rsquo;information \u00e9tait revenu au pas de charge, pour gommer cette \u00e9norme rature de ses journaux du soir ou du matin.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Nous, dans la libert\u00e9 de notre insignifiance, garderons la m\u00e9moire de ce visage \u00e0 peine entrevu et de ces paroles \u00e9chapp\u00e9es \u00e0 l&rsquo;habituelle moulinette. La gloire de notre banalit\u00e9 -\u00ab\u00a0citoyenne\u00a0\u00bb, n&rsquo;est-ce-pas ?- ce sont les clameurs et les ivresses du foot. Cela aussi nous le m\u00e9ritons et les r\u00e9flexions qu&rsquo;elles provoquent peut-\u00eatre en nous. Que nous sommes vuln\u00e9rables et fragiles ! D&rsquo;o\u00f9 la vague de la pens\u00e9e unique, du politiquement correct, de tout ce fatras accumul\u00e9 par les petits ma\u00eetres d&rsquo;un peuple qui s&rsquo;est r\u00eav\u00e9 le plus intelligent de la terre et qui s&rsquo;est abandonn\u00e9 \u00e0 des totalitaires de pacotille qui \u00e9dictent qu&rsquo;il faut penser, juger, applaudir et condamner comme eux. Depuis les observatoires o\u00f9 ils se tiennent, ils imposent au bon peuple la biens\u00e9ance selon les \u00e9vangiles de leurs intol\u00e9rances. Ce bon peuple, qui a encore le sens des convenances, s&rsquo;ausculte silencieusement pour discerner s&rsquo;il serait devenu \u00e0 ce point anormal, par rapport \u00e0 la pens\u00e9e dominante. Celle-ci choisit pour lui les th\u00e8mes, les motions, et l&rsquo;encadrement conceptuel. Sans doute tarde-t-il \u00e0 se rendre compte que la pens\u00e9e unique ou dominante n&rsquo;est que la redoute du conformisme, soigneusement \u00e9difi\u00e9e par les b\u00e9n\u00e9ficiaires des in\u00e9galit\u00e9s, jamais en retard pour dire le bon droit.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>De juin \u00e0 juillet, se d\u00e9roule \u00e0 Rome une conf\u00e9rence politique convoqu\u00e9e par l&rsquo;ONU pour l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;un Tribunal international et permanent, qui prendrait le nom de Cour criminelle internationale (CCI). Depuis trois ans, les politiques et les juristes travaillent sur ce projet, auquel sont associ\u00e9es les ONG (Organisations non gouvernementales). Le trafic international de la drogue et le terrorisme ont \u00e9t\u00e9 exclus. On s&rsquo;est cantonn\u00e9 aux crimes de guerre et aux crimes contre l&rsquo;humanit\u00e9. Alors que le \u00ab\u00a0machin\u00a0\u00bb -l&rsquo;ONU- risque de produire un tribunal aussi peu efficace que lui-m\u00eame, d&rsquo;entr\u00e9e de jeu, les Etats-Unis, la Chine, la Russie et&#8230; la France ont manifest\u00e9 d&rsquo;extr\u00eames r\u00e9ticences. Car le tribunal ferait de l&rsquo;ombre au Conseil de S\u00e9curit\u00e9, celui-ci devant pouvoir mettre son veto \u00e0 la saisine de la Cour. La France, \u00ab\u00a0patrie des droits de l&rsquo;homme\u00a0\u00bb, assumerait-elle vraiment pareille attitude ? Pourquoi ? On ose \u00e0 peine articuler la vraie raison. Parce qu&rsquo;elle (ses politiques) a engag\u00e9 ses militaires sur des th\u00e9\u00e2tres ext\u00e9rieurs, dans des op\u00e9rations de maintien de la paix, sans d\u00e9finir, vis-\u00e0-vis d&rsquo;eux et tous autres, les responsabilit\u00e9s qu&rsquo;elle prenait face \u00e0 un tribunal international \u00e9ventuel, qu&rsquo;il faudrait aussi assister dans ses op\u00e9rations de police. Commander, m\u00eame pour le pouvoir politique, ce n&rsquo;est pas rester dans le vague. On l&rsquo;a vu en Bosnie, au Rouanda. On va le voir au Kosovo peut-\u00eatre, si la tragique farce actuelle ne se prolonge pas, comme vraisemblable. En tout cas, notre \u00ab\u00a0grande muette\u00a0\u00bb regimbe bruyamment. \u00ab\u00a0France, m\u00e8re des arts, des armes et des lois\u00a0\u00bb, n&rsquo;est-il pas temps de te mettre au net, loin des bruits de fer blanc ?<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les banalit\u00e9s mineures de nos existences, constatons que la globalisation de l&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9 a entra\u00een\u00e9, aussi et forc\u00e9ment, celle de la p\u00e8gre, prompte \u00e0 s&rsquo;adapter. Et constatant qu&rsquo;en Corse l&rsquo;ex-majorit\u00e9 aura \u00e9t\u00e9 d&rsquo;une extr\u00eame complaisance avec celle-ci. Il aura fallu qu&rsquo;un pr\u00e9fet fut assassin\u00e9 pour que le Pouvoir r\u00e9agisse. Comme il aura fallu le sacrifice d&rsquo;un mar\u00e9chal des logis de la gendarmerie pour qu&rsquo;on s&rsquo;\u00e9meuve enfin de la brutalit\u00e9, qui suinte de partout dans nos soci\u00e9t\u00e9s, plus promptes \u00e0 la camoufler, voire m\u00eame \u00e0 la justifier, qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;endiguer.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Serr\u00e9s du portefeuille.<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 20 juin 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0534<\/p>\n\n\n\n<p>Serr\u00e9s du portefeuille, nombreux Etats semblent l&rsquo;\u00eatre, alors que les places boursi\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 euphoriques. Jusqu&rsquo;\u00e0 quand ? L&rsquo;incertitude est la r\u00e8gle du genre. Pourtant les relations internationales ont \u00e9t\u00e9 \u00e9loquentes, en ce premier semestre de l&rsquo;ann\u00e9e. Philippe Grasset le souligne, dans son excellente revue \u00ab\u00a0de d\u00e9fensa\u00a0\u00bb: l&rsquo;euro face \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique, avec les bombes nucl\u00e9aires indiennes et pakistanaises, annoncent de grands changements, dans l&rsquo;ordre mondial. Disons plut\u00f4t ce d\u00e9sordre qui r\u00e9v\u00e8le \u00ab\u00a0l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 des plus puissants dans la conduite de ce qu&rsquo;ils pr\u00e9tendent \u00eatre un \u00ab\u00a0empire\u00a0\u00bb et qui est tout juste une addition de zones d&rsquo;influence livr\u00e9es au profit et \u00e0 l&rsquo;anarchie&#8230;\u00a0\u00bb Il ne suffit pas, en effet, qu&rsquo;une masse \u00e9norme \u00ab\u00a0impose des contraintes et des tensions au reste du monde, sans se pr\u00e9occuper une seconde de tracer un sch\u00e9ma ou une orientation acceptable\u00a0\u00bb. Telle se comporte l&rsquo;Am\u00e9rique de Clinton, bouscul\u00e9e par les initiatives nucl\u00e9aires de l&rsquo;Inde et du Pakistan. Quelle d\u00e9faite !<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9cemment (n\u00b0532 : \u00ab\u00a0La loi en M\u00e9diterran\u00e9e\u00a0\u00bb), je d\u00e9crivais la volont\u00e9 d&rsquo;une pr\u00e9sence cynique pour contr\u00f4ler les sources d&rsquo;\u00e9nergie, plus attentive \u00e0 utiliser les conflits qu&rsquo;\u00e0 les r\u00e9gler. La zone du Moyen-Orient et de l&rsquo;Asie centrale n&rsquo;est certes pas \u00e0 la noce. Entre 10 \u00e0 15 dollars, le baril de p\u00e9trole a, de fait, rejoint son niveau de 4 dollars en 1973. Les pays producteurs (de gaz et de p\u00e9trole) affirment bien qu&rsquo;ils vont r\u00e9duire leurs capacit\u00e9s pour soutenir les cours. Les prix ne s&rsquo;effondrent que davantage. Les bonnes r\u00e9solutions de l&rsquo;Arabie Saoudite, du Venezuela et du Mexique, le 4 juin, \u00e0 Amsterdam, de limiter \u00e0 450.000 barils \/ jour leurs productions ont \u00e9t\u00e9 inop\u00e9rantes avant m\u00eame d&rsquo;\u00eatre appliqu\u00e9es en juillet. Les r\u00e9unions s&rsquo;\u00e9chelonneront de Vienne \u00e0 Ryad, en juin, entre pays, dans et hors OPEP, faisant tous grise mine, m\u00eame s&rsquo;ils se r\u00e9signent \u00e0 une \u00e9l\u00e9mentaire discipline. Le baril valait 22 dollars en Octobre ! Les Emirats du Golfe, l&rsquo;Arabie Saoudite, l&rsquo;Iran, envisagent lugubrement leurs budgets r\u00e9tr\u00e9cis, leurs citoyens, nagu\u00e8re g\u00e2t\u00e9s, r\u00e9duits \u00e0 la portion congrue, leurs \u00e9conomies \u00e0 peine diversifi\u00e9es apr\u00e8s des ann\u00e9es de facilit\u00e9, leurs bureaucraties pl\u00e9thoriques, leurs r\u00e9gimes autocratiques redoutant les \u00e9lections qui leur seront r\u00e9clam\u00e9es. Les six monarchies arabes du Golfe tirent du p\u00e9trole 70 \u00e0 80% de leurs revenus. Il n&rsquo;est que temps qu&rsquo;elles s&rsquo;inqui\u00e8tent de diversifier leurs activit\u00e9s. En Arabie Saoudite, la royaut\u00e9 est ouvertement bl\u00e2m\u00e9e d&rsquo;avoir gaspill\u00e9 des milliards de dollars en achats d&rsquo;armes essentiellement aux Etats-Unis. On pr\u00e9voit -universelle pens\u00e9e- de privatiser ce qu&rsquo;on pourra de l&rsquo;industrie, des t\u00e9l\u00e9communications, de l&rsquo;agriculture, des transports. Au Kowe\u00eft, o\u00f9 tous les actes de la vie ont \u00e9t\u00e9 subventionn\u00e9s, il faudra bien faire un peu p\u00e9nitence. Bahre\u00efn, qui n&rsquo;est pas riche en p\u00e9trole, aura, avant tous les autres, attir\u00e9 de l&rsquo;ext\u00e9rieur quelques industries et services financiers. Mais, quelques mois encore \u00e0 12 dollars le baril et les Tr\u00e9sors publics seront \u00e0 sec, m\u00eame si les placements en Occident sont toujours confortables, pour de richissimes particuliers et dirigeants.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre Etat vient d&rsquo;annoncer qu&rsquo;il serait d\u00e9sormais, pour d&rsquo;\u00e9minentes raisons, serr\u00e9 du portefeuille. A Cardiff, les 15 et 16 juin, au Sommet des Quinze membres de l&rsquo;Union Europ\u00e9enne, le Chancelier Kohl a exig\u00e9 que le texte final, quasiment vide de certitudes sinon d&rsquo;intentions, lui donne acte que le partage du fardeau du budget communautaire devrait \u00eatre plus \u00e9quitable, comme souhait\u00e9 par plusieurs partenaires. \u00ab\u00a0Certains Etats membres s&rsquo;y sont oppos\u00e9s\u00a0\u00bb. Bonn r\u00e9clame une baisse d&rsquo;un tiers de sa contribution nette \u00e0 l&rsquo;Union (elle est de 70 milliards de francs par an). Ce serait l&rsquo;application mod\u00e9r\u00e9e du principe \u00e9nonc\u00e9 en d&rsquo;autres temps par Margaret Thatcher : \u00ab\u00a0Je veux retrouver, par les aides re\u00e7ues, mon argent donn\u00e9 au budget communautaire\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0I want my money back\u00a0\u00bb, selon la concision anglaise. De fait, M. Kohl est \u00e0 quatre mois d&rsquo;\u00e9lections qui lui donneraient un cinqui\u00e8me mandat de Chancelier. Son pays s&rsquo;est lib\u00e9r\u00e9 du pass\u00e9. Le f\u00e9d\u00e9ralisme en Europe lui para\u00eet d\u00e8s lors moins n\u00e9cessaire. Sa souverainet\u00e9 nationale et r\u00e9gionale a retrouv\u00e9 toutes ses vertus et ne doit pas \u00eatre grignot\u00e9e par un carr\u00e9 de supranationaux retranch\u00e9s \u00e0 Bruxelles, dans leurs lubies contre les nations. Or, la r\u00e9alit\u00e9 allemande est de taille. Son premier avertissement sera d\u00e9sormais de compter \u00e2prement ses sous.<\/p>\n\n\n\n<p>Derni\u00e8re et provisoire notation sur l&rsquo;end\u00e9mique pingrerie internationale, prosp\u00e9rant avec une crise mon\u00e9taire qui couve comme une mauvaise fi\u00e8vre. L&rsquo;Asie, y compris la Chine, n&rsquo;a sans doute pas fini de payer ses imprudences et ses vantardises. Les Occidentaux, qui l&rsquo;ont beaucoup financ\u00e9e, ne d\u00e9sesp\u00e8rent pas de racheter les bons morceaux \u00e0 des prix de braderie. D&rsquo;autre part, les Etats-Unis resteront-ils \u00e0 l&rsquo;abri des d\u00e9confitures du Japon, qui y a plac\u00e9 tant d&rsquo;argent ? L&rsquo;\u00e9conomie, on commence \u00e0 le soup\u00e7onner, n&rsquo;est pas une science exacte. Car si l&rsquo;on en conna\u00eet \u00e0 peu pr\u00e8s tous les facteurs, on ignore encore leurs poids et leurs multiples interactions.<\/p>\n\n\n\n<p>Le monde de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre froide inspire plus le sentiment de d\u00e9sordres \u00e9go\u00efstes que celui d&rsquo;une solidarit\u00e9 lumineusement organis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Aux Balkans, non plus.<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 13 juin 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0533<\/p>\n\n\n\n<p>Aux Balkans, non plus, on n&rsquo;en finit pas d&rsquo;attendre les paroles d\u00e9cisives (et les actes !) dont l&rsquo;Empire plan\u00e9taire s&rsquo;est r\u00e9serv\u00e9 l&rsquo;exclusivit\u00e9. Comme au Proche-Orient, o\u00f9 Madame Madeleine Albright, sa repr\u00e9sentante, est suppos\u00e9e devoir dicter, incessamment, dru et ferme. Mais la r\u00e9alit\u00e9 sera moins imminente et moins certaine. Parce que le bon g\u00e9ant, plus tut\u00e9laire que ceux du Mondial -Ho, Moussa, Pablo et Rom\u00e9o- est aussi emp\u00eatr\u00e9 mais plus naturellement cynique. La d\u00e9gradation des situations sous son contr\u00f4le ne l&rsquo;affecte gu\u00e8re, car son but n&rsquo;est pas d&rsquo;apaiser mais de r\u00e9gner sur les divisions. Les drames des malheureuses populations importent peu. Ils sont end\u00e9miques, r\u00e9surgents et ne surprennent gu\u00e8re. Ainsi du Kosovo, (11.OOO km2), o\u00f9 ils sont fatals depuis plusieurs ann\u00e9es, dans cette province \u00ab\u00a0autonome\u00a0\u00bb d&rsquo;une R\u00e9publique serbe ; 90% d&rsquo;Albanais peuplent cette d\u00e9pendance aux quelques millions d&rsquo;habitants. Belgrade lui a retir\u00e9 en 1989 son autonomie, reconnue en 1974. Depuis 1992, le chaudron de l&rsquo;ind\u00e9pendance est en \u00e9bullition et la r\u00e9pression serbe, f\u00e9roce. La communaut\u00e9 internationale, atlantique, europ\u00e9enne &#8211; que sais-je ! ne pouvait l&rsquo;ignorer. Comme elle s&rsquo;est exerc\u00e9e, cinq ans auparavant, en Bosnie-Herz\u00e9govine, \u00ab\u00a0la purification ethnique\u00a0\u00bb men\u00e9e par les Serbes a repris maintenant au Kosovo, au vu et au su de cette communaut\u00e9. Bombardements, incendies, meurtres, pitoyables fuyards sur les chemins de montagne, les bandes d&rsquo;actualit\u00e9 d\u00e9roulent \u00e0 nouveau le sinistre sc\u00e9nario.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Alors les repr\u00e9sentants des Etats europ\u00e9ens confabulent en acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, cinq r\u00e9unions cette semaine, une peut-\u00eatre encore aujourd&rsquo;hui. Le repr\u00e9sentant sp\u00e9cial du Pr\u00e9sident am\u00e9ricain, le trop m\u00e9diatique Richard Hollbrooke, pensait avoir impos\u00e9, sous la menace de sanctions \u00e9conomiques, au Pr\u00e9sident serbe Milos\u00e9vic de s&rsquo;entendre avec Ibrahim Rugova, champion de la r\u00e9sistance des Kosovars. Les sanctions esquiss\u00e9es furent lev\u00e9es et l&rsquo;\u00e9puration s&rsquo;\u00e9tendit \u00e0 grande \u00e9chelle. Clinton s&rsquo;est ainsi fait rouler, apr\u00e8s cette phrase historique : \u00ab\u00a0La Bosnie ne doit pas recommencer et ne recommencera pas\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu&rsquo;est-ce qui inhibe ce Pr\u00e9sident, ainsi ficel\u00e9 ? Premi\u00e8rement, pour lui \u00ab\u00a0il n&rsquo;y a pas p\u00e9ril en la demeure\u00a0\u00bb. Deuxi\u00e8mement, s&rsquo;il s&rsquo;est content\u00e9 jusqu&rsquo;ici d&rsquo;une r\u00e9ponse mollassonne \u00e0 la purification ethnique qu&rsquo;il abhorre, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il redoute de recourir aux moyens militaires. Son conseiller \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, Sandy Berger, qui s&rsquo;est si f\u00e2cheusement illustr\u00e9 dans la derni\u00e8re exp\u00e9dition avort\u00e9e contre l&rsquo;Irak, a d\u00e9clar\u00e9 platement lundi, que l&rsquo;usage de la force \u00ab\u00a0n&rsquo;\u00e9tait pas sur la table\u00a0\u00bb. Pourquoi la superpuissance para\u00eet-elle se d\u00e9filer ? Le Pentagone estime que 8.500 hommes en Bosnie (excusez du peu) et des milliers autour de l&rsquo;Irak, c&rsquo;est presque trop. Le Congr\u00e8s voudrait-il se montrer plus g\u00e9n\u00e9reux pour une autre intervention ? Il faudrait d&rsquo;abord saisir l&rsquo;opinion, lui expliquer que laisser la violence submerger le Kosovo, c&rsquo;est aussi \u00e9branler l&rsquo;\u00e9quilibre fragile de la paix en Bosnie et secouer la Bulgarie, la Mac\u00e9doine, la Gr\u00e8ce, la Turquie et l&rsquo;Albanie, qui sort \u00e0 peine d&rsquo;une anarchie d&rsquo;une ann\u00e9e. \u00ab\u00a0Parlez, parlez, M. le Pr\u00e9sident !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Refrain repris en choeur par ses coll\u00e8gues en Europe. L&rsquo;Anglais Blair, qui pr\u00e9side encore pour deux semaines le Conseil de l&rsquo;Union Europ\u00e9enne. L&rsquo;Allemand Kohl, qui ne veut pas accueillir une nouvelle vague de r\u00e9fugi\u00e9s balkaniques, avec ses \u00e9lections en septembre. Il a profit\u00e9 cette semaine de la visite que lui faisait Boris Elstine afin de recevoir un certificat de bonne conduite \u00e9conomique, pour lui conseiller de ne plus couvrir de son manteau l&rsquo;insupportable et ind\u00e9fendable Milosevic. Le haut repr\u00e9sentant civil en Bosnie, Carlos Westendorp ne qualifie-t-il pas celui-ci \u00ab\u00a0d&rsquo;homme absolument amoral\u00a0\u00bb ? M. Chirac a demand\u00e9 que la communaut\u00e9 internationale soit \u00ab\u00a0tr\u00e8s ferme\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la Serbie, envisageant m\u00eame une action militaire de l&rsquo;OTAN qui serait \u00ab\u00a0d\u00e9cid\u00e9e par le Conseil de S\u00e9curit\u00e9 des Nations-Unies\u00a0\u00bb, notons cette pr\u00e9cision. Le porte-parole du d\u00e9partement d&rsquo;Etat am\u00e9ricain, James Rubin, \u00e0 la si superbe diction, a affirm\u00e9 que Washington \u00ab\u00a0n&rsquo;excluait pas une option militaire et travaillait activement avec ses alli\u00e9s de l&rsquo;OTAN\u00a0\u00bb pour sortir de la crise. En visite officielle \u00e0 Lisbonne, mardi, M. Jospin s&rsquo;est exprim\u00e9 dans le m\u00eame sens, avec moins de laconisme : \u00ab\u00a0La France participe de pr\u00e8s aux travaux, aux \u00e9tudes et \u00e0 l&rsquo;examen des hypoth\u00e8ses, y compris d&rsquo;intervention militaire, auxquels l&rsquo;Alliance atlantique et les organismes de l&rsquo;OTAN proc\u00e8dent depuis plusieurs semaines&#8230; Elle est pr\u00eate \u00e0 prendre toute sa part de toute r\u00e9plique n\u00e9cessaire pour \u00e9viter que ne se reproduise&#8230; au Kosovo&#8230; une trag\u00e9die dont nous avons fait l&rsquo;exp\u00e9rience dans l&rsquo;ex-Yougoslavie\u00a0\u00bb. Ces d\u00e9clarations re\u00e7oivent de nos jours l&rsquo;appellation g\u00e9n\u00e9rique de \u00ab\u00a0gesticulations verbales\u00a0\u00bb. Elles auraient \u00e9t\u00e9 bienvenues plus t\u00f4t, avant que les horreurs, si pr\u00e9visibles, ne se soient d\u00e9clench\u00e9es. Elles auraient pu, alors, \u00eatre efficaces. Maintenant, on va probablement annoncer le survol du th\u00e9\u00e2tre tragique par les avions de l&rsquo;OTAN. Cela ne vous rappelle rien ? A Milosevic, certainement oui, car la derni\u00e8re fois, ces survols lui ont laiss\u00e9, pendant des ann\u00e9es, les mains libres dans la poursuite de ses sinistres entreprises. Le 15 et le 16 juin, l&rsquo;Union Europ\u00e9enne se r\u00e9unit \u00e0 Cardiff. Sait-elle que le Kosovo est aussi de sa responsabilit\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">La loi en M\u00e9diterran\u00e9e.<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 6 juin 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0532<\/p>\n\n\n\n<p>La loi en M\u00e9diterran\u00e9e : qui la con\u00e7oit et l&rsquo;impose ? La r\u00e9ponse \u00e0 cette simple question \u00e9claire toutes les autres r\u00e9alit\u00e9s. Les Etats-Unis y d\u00e9tiennent le pouvoir fondamental. Non par le hasard et la fatalit\u00e9. Mais par une volont\u00e9, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d\u00e8s 1942, pour des raisons de strat\u00e9gie militaire, r\u00e9sultant de la II\u00b0 guerre mondiale et de ses suites. Depuis 1990, le contr\u00f4le direct ou indirect de sources d&rsquo;\u00e9nergie, jusqu&rsquo;au coeur de l&rsquo;Asie, est devenu une exigence qui d\u00e9sormais impose aux Etats-Unis de contr\u00f4ler et de r\u00e9genter plus que jamais la M\u00e9diterran\u00e9e. Qu&rsquo;importe le mobile, dira-t-on. Plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle d\u00e9j\u00e0, rien ne s&rsquo;est produit dans cette zone qui n&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9, utilis\u00e9, r\u00e9gl\u00e9 par Washington. Autant en avoir une claire conscience. Faire abstraction de cette pr\u00e9sence durable et pesante, ne consid\u00e9rer qu&rsquo;une sp\u00e9cificit\u00e9 r\u00e9gionale rel\u00e8verait de la na\u00efvet\u00e9 ou de l&rsquo;hypocrisie.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>A Palerme, les 3 et 4 juin, les quinze Etats de l&rsquo;Union Europ\u00e9enne et les douze pays de la rive sud ont \u00e0 nouveau tenu une r\u00e9union minist\u00e9rielle, suite normale \u00e0 leur conf\u00e9rence de Barcelone en novembre 1995. Il leur avait fallu alors une belle t\u00e9nacit\u00e9 pour \u00e9chapper \u00e0 une pr\u00e9sence am\u00e9ricaine trop visible et affirmer un partenariat euro-m\u00e9diterran\u00e9en visant \u00e0 \u00ab\u00a0garantir la paix, la stabilit\u00e9, la prosp\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb autour de cette mer. A donner aussi la priorit\u00e9 au libre-\u00e9change et \u00e0 la lib\u00e9ralisation \u00e9conomique, en g\u00e9n\u00e9ral. On avait suppos\u00e9 que la d\u00e9tente politique viendrait de surcro\u00eet. Pourquoi ne pas l&rsquo;esp\u00e9rer ? Mais en juin 1998, trois ans apr\u00e8s, de l&rsquo;ext\u00e9rieur, l&rsquo;essentiel a pes\u00e9 sur les travaux de la r\u00e9union minist\u00e9rielle : le sabotage d&rsquo;une paix au Proche-Orient s&rsquo;est poursuivi, sans que Washington s&rsquo;en \u00e9meuve, \u00e0 moins qu&rsquo;il ne s&rsquo;en r\u00e9jouisse ; les Etats arabes ont \u00e9t\u00e9 incapables de former une r\u00e9ponse commune, ni m\u00eame de se r\u00e9unir pr\u00e9alablement, Clinton leur demandant de diff\u00e9rer ces vell\u00e9it\u00e9s dans l&rsquo;attente des orientations qu&rsquo;il pourrait prendre. Dans le m\u00eame temps, les navires de commerce am\u00e9ricains animent le port de Tripoli (Libye), les hommes d&rsquo;affaires am\u00e9ricains r\u00e9clament l&rsquo;exclusivit\u00e9, avant l&rsquo;arriv\u00e9e imminente de concurrents, comme si le blocus allait \u00eatre lev\u00e9 incessamment, et le Colonel Kadafi s&rsquo;est rendu au Tchad dans un grand d\u00e9ploiement d&rsquo;avions interdits. La Libye a \u00e9t\u00e9 exclue, rappelons-le, du partenariat euro-m\u00e9diterran\u00e9en, pour ne pas offenser les Etats-Unis. Le cynisme et les int\u00e9r\u00eats vont de pair, on le voit.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Simultan\u00e9ment, en mai dernier, l&rsquo;amiral am\u00e9ricain Lopez, commandant en chef d&rsquo;AFSOUTH (Commandement sud de l&rsquo;OTAN) d\u00e9clarait, sans ambages, que la strat\u00e9gie am\u00e9ricaine, dot\u00e9e d&rsquo;un \u00ab\u00a0Nouveau Concept\u00a0\u00bb, se d\u00e9pla\u00e7ait de l&rsquo;axe Ouest-Est, en Europe \u00e0 l&rsquo;axe Nord-Sud, en M\u00e9diterran\u00e9e. Quand on pense que l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dernier, les Europ\u00e9ens et surtout les Fran\u00e7ais demandaient (sans grand espoir) que le commandement du Sud de l&rsquo;OTAN leur soit bien l\u00e9gitimement attribu\u00e9! Le d\u00e9bat sur une zone-cl\u00e9 capitale pour l&rsquo;Europe (la M\u00e9diterran\u00e9e) \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 r\u00e9gl\u00e9 au profit des Etats-Unis et de leurs nouvelles orientations strat\u00e9giques. Exit l&rsquo;Europe d&rsquo;une donn\u00e9e essentielle \u00e0 sa propre s\u00e9curit\u00e9. L&rsquo;Amiral Lopez n&rsquo;est pas peu clair : \u00ab\u00a0l&rsquo;instabilit\u00e9 pousse le flanc sud \u00e0 l&rsquo;avant-plan du Concept Strat\u00e9gique qui est en train d&rsquo;appara\u00eetre au sein de l&rsquo;Alliance\u00a0\u00bb, concept qui englobe le Maghreb, l&rsquo;Egypte, Isra\u00ebl et le Proche-Orient, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;Asie. Apr\u00e8s l&rsquo;expansion de l&rsquo;OTAN vers l&rsquo;Est, celle vers le Sud est en route. La conf\u00e9rence euro-m\u00e9diterran\u00e9enne n&rsquo;est admise que si elle concoure \u00e0 la pr\u00e9sence des Etats-Unis en M\u00e9diterran\u00e9e, par OTAN interpos\u00e9e. L&rsquo;instable, l&rsquo;impr\u00e9visible m\u00e9diterran\u00e9en a remplac\u00e9, dans les calculs de l&rsquo;OTAN am\u00e9ricaine, la pr\u00e9sence, hier obs\u00e9dante, de l&rsquo;URSS. Le fondamentalisme musulman sera, lui, utilis\u00e9, en fonction des circonstances, l&rsquo;indispensable \u00e9tant de dominer et r\u00e9gler les crises en M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Evidemment, la concurrence nucl\u00e9aire entre l&rsquo;Inde et Pakistan, qui, dans ses phases les plus r\u00e9centes, aurait \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la surveillance des moyens de d\u00e9tection de \u00ab\u00a0Big Brother\u00a0\u00bb, pousse d\u00e9sormais l&rsquo;Am\u00e9rique \u00e0 se renforcer en M\u00e9diterran\u00e9e et \u00e0 en arbitrer les d\u00e9sordres. La politique et le p\u00e9trole, le moyen et le besoin, en attendant mieux de la science, d\u00e9terminent la superpuissance \u00e0 ne pas se montrer regardante sur les m\u00e9thodes et les instruments.<\/p>\n\n\n\n<p>On n&rsquo;en appr\u00e9ciera que davantage, dans une zone si exclusivement r\u00e9serv\u00e9e, toutes les tentatives, faites \u00ab\u00a0\u00e0 la marge\u00a0\u00bb, pour affirmer les chances de volont\u00e9s autonomes, voire de quelque subtilit\u00e9 manoeuvri\u00e8re: le partenariat euro-m\u00e9diterran\u00e9en peut-\u00eatre; ou le r\u00e8glement par le Maroc de l&rsquo;affaire du Sahara occidental, en y r\u00e9ins\u00e9rant tout naturellement les Etats membres de l&rsquo;OUA (Organisation de l&rsquo;Unit\u00e9 Africaine), capables d&rsquo;acquiescer sans formalisme \u00e0 une conclusion qui va de soi. Les observateurs ext\u00e9rieurs ont donn\u00e9 \u00e0 la visite officielle du Roi Hassan II en Egypte, fin mai, une perspective d\u00e9passant celle des communiqu\u00e9s qui ont \u00e9t\u00e9 produits.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Averro\u00e8s : l&rsquo;indispensable.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 30 mai 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0531<\/p>\n\n\n\n<p>Averro\u00e8s : l&rsquo;indispensable. Il naquit \u00e0 Cordoue au XII\u00b0 si\u00e8cle, en 1126 (en l&rsquo;an 520 du calendrier musulman) et mourut \u00e0 Marrakech en 1198 (le 9 safar 595). La pr\u00e9sente ann\u00e9e est donc un anniversaire, propice \u00e0 la comm\u00e9moration et \u00e0 un examen objectif, huit si\u00e8cles apr\u00e8s sa mort. Nombreux lui gardent une place \u00e9minente dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9 et nombreux aussi ignorent tout de la signification de son parcours, au sein de l&rsquo;Islam. Mais ils peuvent \u00e9prouver, en eux-m\u00eames, combien il est rest\u00e9 indispensable \u00e0 la dignit\u00e9 de la personne et rare, \u00e0 tout jamais, dans les tumultes du pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1997, \u00ab\u00a0Le Destin\u00a0\u00bb, film ambitieux du cin\u00e9aste \u00e9gyptien Youssef Chahine, aussi sch\u00e9matique qu&rsquo;il f\u00fbt, re\u00e7ut le grand prix du cinquantenaire du Festival de Cannes. C&rsquo;\u00e9tait un acte de courage et un manifeste pour l&rsquo;esprit de tol\u00e9rance religieuse et philosophique; le m\u00eame, en quelque sorte. Alors que les fureurs confessionnelles parcourent le monde musulman, qu&rsquo;entre l&rsquo;Islam de Khomeiny et celui des Taliban l&rsquo;affirmation doctrinale et l&rsquo;exc\u00e8s politique vont de pair, il n&rsquo;est pas inutile, il est m\u00eame indispensable d&rsquo;\u00e9voquer le parcours d&rsquo;un rationaliste en Islam, trop rare et si lointain. Salman Rushdie, contemporain fragile, cit\u00e9 par Roger Arnaldez, membre \u00e9minent de l&rsquo;Institut de France, n&rsquo;a-t-il pas os\u00e9 affirmer :\u00a0\u00bbN&rsquo;est-il pas temps de relever la banni\u00e8re d&rsquo;Averro\u00e8s ? N&rsquo;est-il pas temps de dire que, de nos jours, de telles id\u00e9es conviennent \u00e0 tout le monde ?\u00a0\u00bb On le voudrait pour la libert\u00e9 et la responsabilit\u00e9 des croyants en la religion de Mahomet.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Tout est remarquable et unique dans la course humaine d&rsquo;Averro\u00e8s. Il fut certes, comme on l&rsquo;\u00e9tait jadis, un privil\u00e9gi\u00e9 de l&rsquo;esprit et de la culture. Grand cadi de S\u00e9ville et de Cordoue, o\u00f9 sa famille \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 influente aupr\u00e8s des califes almoravides puis almohades, qui affirm\u00e8rent l&rsquo;Union du Maroc et de l&rsquo;Espagne, il ne fut ni un int\u00e9griste, ni un martyr, mais simplement un juge, un m\u00e9decin et un philosophe. Philosophe et th\u00e9ologien, il fut, il est d\u00e9sormais un commentateur d&rsquo;Aristote qui v\u00e9cut 16 si\u00e8cles avant lui. Il en fut l&rsquo;h\u00e9ritier brillant et d\u00e9veloppa son apport rationaliste qui n&rsquo;a cess\u00e9 d&rsquo;\u00e9clairer la communaut\u00e9 des esprits. Pour Averro\u00e8s, croire en Allah et en la raison allait de soi. Il se trouva m\u00eame des califes pour l&rsquo;entendre, accepter ses conseils et ses soins, puisqu&rsquo;il fut le m\u00e9decin d&rsquo;Abou Yacoub Youssouf et de son successeur, en d\u00e9pit de cabales religieuses, jamais d\u00e9courag\u00e9es. Il mourut \u00e0 Marrakech en 1198 et ses fun\u00e9railles, un an plus tard, eurent lieu \u00e0 Cordoue. Sa course mat\u00e9rielle une fois termin\u00e9e, l&rsquo;autre, celle du rayonnement, de l&rsquo;influence, de son message, comme on dit aujourd&rsquo;hui, commen\u00e7ait. Les musulmans ont, semble-t-il, pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 voir en lui le t\u00e9moignage historique d&rsquo;un homme de valeur et de mesure, illustrant les riches heures de l&rsquo;Espagne musulmane et du Maghreb. Mais si les fondamentalistes, pass\u00e9s ou contemporains, ont gomm\u00e9 la forte originalit\u00e9 de leur fr\u00e8re dans l&rsquo;umma musulmane, Averro\u00e8s fut enseign\u00e9 trois si\u00e8cles durant par l&rsquo;Universit\u00e9 de Paris, malgr\u00e9 les critiques (et les emprunts) de Saint Thomas d&rsquo;Aquin, jusqu&rsquo;au rejet de ses th\u00e9ories par le Pape L\u00e9on X. Ernest Renan lui rendit justice au XIX\u00b0 si\u00e8cle, par sa th\u00e8se de doctorat sur \u00ab\u00a0Averro\u00e8s et l&rsquo;averro\u00efsme\u00a0\u00bb o\u00f9 tout est dit sur l&rsquo;homme, sa philosophie et son rayon de lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Croire en Allah et la raison est-ce un acte inou\u00ef ou une attitude naturelle ? Evidemment, je suis port\u00e9 \u00e0 croire \u00e0 cette derni\u00e8re affirmation, tant elle me para\u00eet traduire une exigence de l&rsquo;esprit, qui renforce l&rsquo;acte de foi lui-m\u00eame. Je lisais r\u00e9cemment la recension de tous les apports de la civilisation musulmane aux progr\u00e8s de l&rsquo;humanit\u00e9. Immense brass\u00e9e scientifique au Moyen \u00e2ge, du VIII\u00b0 au XII\u00b0 si\u00e8cle, o\u00f9 le savoir arabe fut vraiment h\u00e9ritier, de Bagdad \u00e0 Cordoue, de la science grecque : astronomie, math\u00e9matiques, alg\u00e8bre, trigonom\u00e9trie, m\u00e9decine (dont Averro\u00e8s). La philosophie arabe, jusqu&rsquo;\u00e0 la Renaissance, influen\u00e7a profond\u00e9ment l&rsquo;Occident. Averro\u00e8s encore , lui apporte son plus grand \u00e9panouissement et ses conqu\u00eates les plus neuves. En Italie, du XIV\u00b0 au XVI\u00b0 si\u00e8cle, l&rsquo;\u00e9cole de Padoue r\u00e9pand l&rsquo;averro\u00efsme, dont les oeuvres sont traduites dans tout l&rsquo;Occident, p\u00e9n\u00e9trant m\u00eame la philosophie juive. Et comment ne pas \u00e9voquer Ibn Khaldoun, au XIV\u00b0 si\u00e8cle, et sa philosophie de l&rsquo;histoire qui l&rsquo;a fait surnommer le \u00ab\u00a0Montesquieu arabe\u00a0\u00bb, par son rationalisme et son sens des lois g\u00e9n\u00e9rales ?<\/p>\n\n\n\n<p>A l&rsquo;heure o\u00f9 il est \u00e9vident qu&rsquo;avec le III\u00b0 mill\u00e9naire l&rsquo;Islam continuera d&rsquo;occuper le devant de la sc\u00e8ne, il n&rsquo; est pas inutile de lui nommer ceux qui l&rsquo;y ont jadis aid\u00e9. L&rsquo;actualit\u00e9 d&rsquo;Averro\u00e8s, sa mesure \u00e9clair\u00e9e et son optimisme en la raison nous rappellent que la fureur actuelle du monde arabe tient moins dans ses tensions naturelles qu&rsquo;elle n&rsquo;est le produit de violences d&rsquo;origine ext\u00e9rieure qui, depuis plusieurs si\u00e8cles, lui ont fait perdre l&rsquo;esp\u00e9rance et la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Une sorte de servitude involontaire qui l&rsquo;aura priv\u00e9 des joies d&rsquo;une r\u00e9flexion tol\u00e9rante, propice \u00e0 tout progr\u00e8s des convictions et des talents humains.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Au regard d&rsquo;une petite \u00e9ternit\u00e9.<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 23 mai 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0530<\/p>\n\n\n\n<p>Au regard d&rsquo;une petite \u00e9ternit\u00e9, il est temps que s&rsquo;ach\u00e8ve, avec le mois, la comm\u00e9moration de mai 1968. Cette comm\u00e9moration d&rsquo;une somme de vantardises, d&rsquo;erreurs et de frustrations, sur soi-m\u00eame et les autres, d&rsquo;actes manqu\u00e9s et de r\u00eaves mal calcul\u00e9s, d&rsquo;aventures impr\u00e9vues et de suites incertaines. Trente ans apr\u00e8s, l&rsquo;histoire se refait un visage, comme une vieille cocotte qui croit que les miracles de la chirurgie esth\u00e9tique ne laissent que des traces heureuses. Juste apr\u00e8s le proc\u00e8s Papon, qui fut la foire aux h\u00e9ro\u00efsmes comme il en est une des vanit\u00e9s, la dose inflig\u00e9e en mai 1998 fut trop forte pour que le tournis n&rsquo;en devint pas suspect. Dans ce fatras, bouscul\u00e9 au son trop insistant du tambourin, au point d&rsquo;en crever, o\u00f9 sont notre r\u00e9alit\u00e9, notre v\u00e9rit\u00e9 si possible, notre choix au moins ?<\/p>\n\n\n\n<p>Tandis que la vie politique se r\u00e9duit \u00e0 la farce d&rsquo;\u00e9quipes, vieillies sous le harnois, install\u00e9es dans leurs aises de fonction et convaincues encore qu&rsquo;elles disposent de l&rsquo;impunit\u00e9 de ne jamais en rendre compte, tandis que les septuag\u00e9naires, les sexag\u00e9naires, les quinquag\u00e9naires n&rsquo;en finissent pas de d\u00e9rouler les fables de leurs ambitions et de leurs m\u00e9diocrit\u00e9s, rien n&rsquo;assure que l&rsquo;heure des quadrag\u00e9naires aurait d\u00e9j\u00e0 sonn\u00e9. Sinon pour la m\u00eame insignifiance et le m\u00eame stup\u00e9fiant culot. L&rsquo;authentique se fait si rare qu&rsquo;il faut sauter les g\u00e9n\u00e9rations, avec l&rsquo;esp\u00e9rance que les plus neuves auront du plomb dans la cervelle et feront \u00e0 la R\u00e9publique le don d&rsquo;\u00eatre modestes et sinc\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Le hasard des lectures, cette semaine, dans la bousculade des pluriels si commodes \u00e0 la majorit\u00e9 et \u00e0 son opposition, m&rsquo;a men\u00e9 \u00e0 la rencontre de trois t\u00e9moignages d&rsquo;hommes de culture qui, parfois, \u00e9clairent le pass\u00e9 et le futur, mieux que ne le feront les communiqu\u00e9s des secr\u00e9taires g\u00e9n\u00e9raux et pr\u00e9sidents des partis, qui s&rsquo;en r\u00e9v\u00e8lent bien incapables.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;un est mon a\u00een\u00e9 de vingt ans, Julien Green. L&rsquo;autre, \u00e0 peu pr\u00e8s mon contemporain, Michel D\u00e9on. Le troisi\u00e8me : benjamin de 15 ans, Philippe Sollers. Dans cette glane inopin\u00e9e, au vent de la semaine, Michel Tournier me manque, mais rien de lui ne m &lsquo;est tomb\u00e9 sous la main ; ses provocations d\u00e9sinvoltes auraient \u00e9t\u00e9 les bienvenues.<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p>Bient\u00f4t centenaire, Julien Green plonge chaque jour dans sa v\u00e9rit\u00e9 et par cons\u00e9quent dans les n\u00f4tres, avec son in\u00e9puisable \u00e9ph\u00e9m\u00e9ride. Mais il affirme : \u00ab\u00a0La seule chose qui compte, c&rsquo;est l&rsquo;amour\u00a0\u00bb. L&rsquo;unit\u00e9 de sa vie est dans les tourments et dans une seule certitude. Un homme lib\u00e9r\u00e9 nous parle de sa propre lib\u00e9ration, d&rsquo;un si\u00e8cle qu&rsquo;il a aim\u00e9 plus que tout autre, alors que \u00ab\u00a0la fi\u00e8vre de para\u00eetre, de nos jours, a tu\u00e9 l&rsquo;\u00eatre&#8230; l&rsquo;information \u00e0 tout prix d\u00e9truit le silence int\u00e9rieur sans quoi toute action est du th\u00e9\u00e2tre.\u00a0\u00bb Lumineuse solitude de Julien Green dans cette longue course vers soi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Michel D\u00e9on, acad\u00e9micien, s&rsquo;est, lui, en politique \u00ab\u00a0r\u00e9fugi\u00e9 dans l&rsquo;utopie: je suis monarchiste, un dr\u00f4le de monarchiste qui refuse les Orl\u00e9ans et remet sur le tr\u00f4ne le Bourbon d&rsquo;Espagne. Je ne verrai pas \u00e7a et, au moins, je ne serai pas d\u00e9\u00e7u\u00a0\u00bb. L&rsquo;homme de lettres, qui vit depuis longtemps hors de France, raconte les incoh\u00e9rences de mai 1968, qui se terminent en r\u00e9ponse par l&rsquo;\u00e9lection d&rsquo;une chambre gaulliste introuvable. Les commentaires aujourd&rsquo;hui ne s&rsquo;y attardent gu\u00e8re et pourtant quel \u00e9clairage sur une France moins superficielle, et peut-\u00eatre profonde ! Et Sartre, \u00ab\u00a0le spectacle d&rsquo;un philosophe qui d\u00e9raille dans la politique et finit par \u00eatre le principal soutien et propagateur d&rsquo;une id\u00e9ologie totalement contraire \u00e0 son message libertaire\u00a0\u00bb. Quant au nouvel ordre moral qui r\u00e8gne dans les milieux politiques et intellectuels, \u00ab\u00a0une grande campagne de cr\u00e9tinisation est en route. Quand il n&rsquo;y aura plus que des cr\u00e9tins, les gouvernements auront la t\u00e2che facile. C&rsquo;est tr\u00e8s ing\u00e9nieux\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec Philippe Sollers, sur le th\u00e8me \u00ab\u00a0l&rsquo;art et la politique, \u00ab\u00a0en compagnie de Delacroix, Hugo, Lamartine, Chateaubriand et Lautr\u00e9amont, artistes de l&rsquo; \u00ab\u00a0extraordinaire XIX\u00b0 si\u00e8cle qui s&rsquo;ach\u00e8ve sans doute sous nos yeux dans la comm\u00e9moration gris\u00e2tre de Mai 68\u00a0\u00bb, les intellectuels prennent toute leur place : remparts contre la b\u00eatise, vigiles pr\u00e9monitoires, s\u00e9maphores dans le temps et l&rsquo;espace, per\u00e7us de tr\u00e8s loin. Echos r\u00e9confortants de ce si\u00e8cle pass\u00e9, dont l&rsquo;ardent sanglot \u00ab\u00a0roule d&rsquo;\u00e2ge en \u00e2ge\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment ne pas lire alors un sondage de plus, mais celui-ci \u00e9tonnant, qui annonce que la jeunesse serait d\u00e9sormais \u00e0 contre-courant de la \u00ab\u00a0cr\u00e9tinisation\u00a0\u00bb \u00e9voqu\u00e9e ci-dessus, r\u00e9clamant des r\u00e8gles sur la s\u00e9curit\u00e9, la famille, l&rsquo;immigration, les convenances et contre le conformisme de la pens\u00e9e unique, cet uniforme des temps dits \u00ab\u00a0modernes\u00a0\u00bb. Le moutonnement de la sottise aurait-il atteint son point de non-retour ?<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Les incertitudes chinoises,<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 16 mai 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0529<\/p>\n\n\n\n<p>Les incertitudes chinoises : deux crises viennent, coup sur coup, de les souligner, en quelques mois, \u00e0 cheval sur l&rsquo;ann\u00e9e 1997 et la suivante, o\u00f9 nous nous tenons : la crise mon\u00e9taire de l&rsquo;Asie orientale, dont les ravages se poursuivent, mais dont la Chine s&rsquo;est jusqu&rsquo;ici pr\u00e9serv\u00e9e. Et, toute r\u00e9cente, une crise nucl\u00e9aire, latente depuis 1964, la Chine \u00e9tant devenue puissance nucl\u00e9aire. En 1974, dix ans apr\u00e8s, l&rsquo;Inde le devenait \u00e0 son tour. Le Pakistan y acc\u00e8de d\u00e9sormais, plus de vingt ans apr\u00e8s. La comp\u00e9tition est plus \u00e9vidente que l&rsquo;intention pacifique.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces crises, si contemporaines, soulignent les dangers propres \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution chinoise, depuis la mort en 1976 de Mao Tse Toung, le dernier empereur absolu et tragique de l&rsquo;imm\u00e9moriale Chine. La Chine rec\u00e8le ses propres dangers. Comment en serait-il autrement ? Passant d&rsquo;une autarcie totale \u00e0 une volont\u00e9 d&rsquo;int\u00e9gration dans les grands circuits de l&rsquo;\u00e9conomie occidentale, depuis vingt ans, la Chine, moyen\u00e2geuse \u00e0 tant d&rsquo;\u00e9gards, a choisi de maintenir le pouvoir politique communiste, tant que l&rsquo;adaptation de l&rsquo;\u00e9conomie n&rsquo;aura pas port\u00e9 ses fruits. D\u00e9marche inverse de celle de l&rsquo;URSS, qui fut moins prudente. D&rsquo;o\u00f9, maintenant, une Chine \u00e0 deux vitesses, celle du capitalisme triomphant, avec d\u00e9j\u00e0 des abus \u00e9vidents, et celle du pass\u00e9 s&rsquo;attardant dans des poches de pauvret\u00e9, d&rsquo;o\u00f9 la paysannerie mis\u00e9rable essaie de gagner les zones c\u00f4ti\u00e8res en plein \u00ab\u00a0boom\u00a0\u00bb, quand elle y parvient. Pas assez de terres cultivables pour nourrir une population qui, quoique vieillissante, ne cesse de s&rsquo;accro\u00eetre (20% de la population mondiale). La croissance \u00e0 tout prix, les abus d&rsquo;un capitalisme rouge, en contr\u00f4le d&rsquo;un parti unique \u00e0 toutes les commandes du profit. Un territoire immense (9 millions , 5 de km2) qui a cependant la certitude de ne pas pouvoir nourrir son monde. La victime de ces symbioses acc\u00e9l\u00e9r\u00e9es est \u00e9videmment la d\u00e9mocratie. Toute l&rsquo;Asie, en d\u00e9pit des habillages, finira bien par s&rsquo;en plaindre et le redouter. La d\u00e9mocratie n&rsquo;est pas le moindre goulet d&rsquo;\u00e9tranglement, ajout\u00e9 \u00e0 tous les autres: infrastructures, recherche et formation professionnelle. Tout s&rsquo;ach\u00e8te avec une corruption tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale, dans une soci\u00e9t\u00e9 devenue plus r\u00e9tive, o\u00f9 la pauvret\u00e9 urbaine atteint d\u00e9sormais des chiffres inqui\u00e9tants, m\u00eame si le niveau de vie a grimp\u00e9 depuis la fin des ann\u00e9es soixante-dix . Quant au trouble des esprits, nul ne peut en mesurer les effets et les rem\u00e8des , sinon que le nationalisme est toujours le meilleur exutoire, aux mains des dirigeants .<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que la Chine cherche \u00e0 s&rsquo;int\u00e9grer au monde, notamment par les grands organismes internationaux (et sp\u00e9cialement l&rsquo;Organisation mondiale du Commerce), sa volont\u00e9 de solitude distante passe pour de la duplicit\u00e9. Mais la Chine est trop consid\u00e9rable pour que sa situation morale et mat\u00e9rielle n&rsquo;affecte pas, t\u00f4t ou tard, les relations internationales.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, elle n&rsquo;ignore gu\u00e8re que le Pacifique est un lac am\u00e9ricain et que sa pr\u00e9tention \u00e0 y \u00e9tablir une paix chinoise ne peut que se heurter \u00e0 la garde vigilante de Washington .La protection de la Cor\u00e9e du Sud, celle du Japon, les garanties donn\u00e9es \u00e0 Ta\u00efwan contre l&rsquo;irr\u00e9dentisme (d&rsquo;ailleurs discutable) de la Chine sont des obstacles imm\u00e9diats aux r\u00eaves chinois. Depuis 1949, pour la premi\u00e8re fois, la Chine populaire est entour\u00e9e d&rsquo;Etats qui ne la menacent pas. Cependant sa politique est devenue plus ambitieuse et offensive, allant de la puissance atomique \u00e0 des capacit\u00e9s de r\u00e9actions r\u00e9gionales rapides dans les mers voisines (des \u00eeles Paracels aux \u00eeles Spratleys, contr\u00f4lant le d\u00e9troit de Malacca, passage oblig\u00e9 du trafic international). Avant que la pr\u00e9sente crise asiatique n&rsquo;\u00e9clate, la Chine en mutation \u00e9tait loin de la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure, notamment pour d\u00e9cider de la place qu&rsquo;elle prendrait forc\u00e9ment dans la r\u00e9gionalisation de l&rsquo;Asie. Elle commen\u00e7ait \u00e0 croire \u00e0 l&rsquo;invincibilit\u00e9 du mod\u00e8le de croissance asiatique et n&rsquo;avait pas vu, comme tant d&rsquo;autres, qu&rsquo;une crise mon\u00e9taire implacable \u00e9tait au bout de ce chemin. Sans doute parce que, toute caporalis\u00e9e qu&rsquo;elle f\u00fbt, elle s&rsquo;\u00e9tait permis les m\u00eames libert\u00e9s, les m\u00eames opacit\u00e9s bancaires, dans l&rsquo;investissement et l&rsquo;utilisation des capitaux priv\u00e9s internationaux. La Chine pourra-t-elle tenir sa monnaie \u00e0 l&rsquo;abri du ma\u00eblstrom r\u00e9gional, comme elle l&rsquo;a d\u00e9clar\u00e9e, heureuse d&rsquo;appara\u00eetre comme l&rsquo;homme fort de l&rsquo;Asie orientale ? Au march\u00e9 noir, le yuan a d\u00e9j\u00e0 accus\u00e9 le coup. La fragilit\u00e9 de la consolidation politique et du triomphe \u00e9conomique est loin de s&rsquo;effacer, dans la course \u00e0 l&rsquo;int\u00e9gration r\u00e9gionale et mondiale de la Chine.<\/p>\n\n\n\n<p>La diaspora de ses citoyens, qui fait la grande Chine encore plus efficace et vuln\u00e9rable, est, de l&rsquo;Indon\u00e9sie \u00e0 Singapour et la Birmanie, de la Malaisie \u00e0 Hong Kong aux premi\u00e8res loges pour prendre les b\u00e9n\u00e9fices et les coups. Elle fuit d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;Indon\u00e9sie en r\u00e9volte contre la dictature trop prolong\u00e9e de Suharto. Drame banal dans cette r\u00e9gion asiatique, aujourd&rsquo;hui d\u00e9faite.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Les incertitudes chinoises,<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 9 mai 1998<\/p>\n\n\n\n<p>Medi n\u00b0 528<\/p>\n\n\n\n<p>Les incertitudes chinoises : deux crises viennent, coup sur coup, de les souligner, en quelques mois, \u00e0 cheval sur l&rsquo;ann\u00e9e 1997 et la suivante, o\u00f9 nous nous tenons : la crise mon\u00e9taire de l&rsquo;Asie orientale, dont les ravages se poursuivent, mais dont la Chine s&rsquo;est jusqu&rsquo;ici pr\u00e9serv\u00e9e. Et, toute r\u00e9cente, une crise nucl\u00e9aire, latente depuis 1964, la Chine \u00e9tant devenue puissance nucl\u00e9aire. En 1974, dix ans apr\u00e8s, l&rsquo;Inde le devenait \u00e0 son tour. Le Pakistan y acc\u00e8de d\u00e9sormais, plus de vingt ans apr\u00e8s. La comp\u00e9tition est plus \u00e9vidente que l&rsquo;intention pacifique. Ces crises, si contemporaines, soulignent les dangers propres \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution chinoise, depuis la mort en 1976 de Mao Tse Toung, le dernier empereur absolu et tragique de l&rsquo;imm\u00e9moriale Chine. La Chine rec\u00e8le ses propres dangers. Comment en serait-il autrement ? Passant d&rsquo;une autarcie totale \u00e0 une volont\u00e9 d&rsquo;int\u00e9gration dans les grands circuits de l&rsquo;\u00e9conomie occidentale, depuis vingt ans, la Chine, moyen\u00e2geuse \u00e0 tant d&rsquo;\u00e9gards, a choisi de maintenir le pouvoir politique communiste, tant que l&rsquo;adaptation de l&rsquo;\u00e9conomie n&rsquo;aurait pas port\u00e9 ses fruits. D\u00e9marche inverse de celle de l&rsquo;URSS, qui fut moins prudente. D&rsquo;o\u00f9, maintenant, une Chine \u00e0 deux vitesses, celle du capitalisme triomphant, avec d\u00e9j\u00e0 des abus \u00e9vidents, et celle du pass\u00e9 s&rsquo;attardant dans des poches de pauvret\u00e9, d&rsquo;o\u00f9 la paysannerie mis\u00e9rable essaie de gagner les zones coti\u00e8res en plein \u00ab\u00a0boom\u00a0\u00bb, quand elle y parvient. Pas assez de terres cultivables pour nourrir une population qui, quoique vieillissante, ne cesse de s&rsquo;accro\u00eetre (20% de la population mondiale).La croissance \u00e0 tout prix, les abus d&rsquo;un capitalisme rouge, en contr\u00f4le d&rsquo;un parti unique \u00e0 toutes les commandes du profit. Un territoire immense (9 millions,5 de Km2) qui a cependant la certitude de ne pas pouvoir nourrir son monde. La victime de ces symbioses acc\u00e9l\u00e9r\u00e9es est \u00e9videmment la d\u00e9mocratie. Toute l&rsquo;Asie, en d\u00e9pit des habillages, finira bien par s&rsquo;en plaindre et le redouter. La d\u00e9mocratie n&rsquo;est pas le moindre goulet d&rsquo;\u00e9tranglement, ajout\u00e9 \u00e0 tous les autres : infrastructures, recherche et formation professionnelle. Tout s&rsquo;ach\u00e8te avec une corruption tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale, dans une soci\u00e9t\u00e9 devenue plus r\u00e9tive, o\u00f9 la pauvret\u00e9 urbaine atteint d\u00e9sormais des chiffres inqui\u00e9tants, m\u00eame si le niveau de vie a grimp\u00e9 depuis la fin des ann\u00e9es soixante-dix . Quant au trouble des esprits, nul ne peut en mesurer les effets et les rem\u00e8des , sinon que le nationalisme est toujours le meilleur exutoire, aux mains des dirigeants.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que la Chine cherche \u00e0 s&rsquo;int\u00e9grer au monde, notamment par les grands organismes internationaux (et sp\u00e9cialement l&rsquo;Organisation mondiale du Commerce), sa volont\u00e9 de solitude distante passe pour de la duplicit\u00e9. Mais la Chine est trop consid\u00e9rable pour que sa situation morale et mat\u00e9rielle n&rsquo;affecte pas, t\u00f4t ou tard, les relations internationales.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, elle n&rsquo;ignore gu\u00e8re que le Pacifique est un lac am\u00e9ricain et que sa pr\u00e9tention \u00e0 y \u00e9tablir une paix chinoise ne peut que se heurter \u00e0 la garde vigilante de Washington .La protection de la Cor\u00e9e du Sud, celle du Japon, les garanties donn\u00e9es \u00e0 Ta\u00efwan contre l&rsquo;irr\u00e9dentisme (d&rsquo;ailleurs discutable) de la Chine sont des obstacles imm\u00e9diats aux r\u00eaves chinois. Depuis 1949, pour la premi\u00e8re fois, la Chine populaire est entour\u00e9e d&rsquo;Etats qui ne la menacent pas. Cependant sa politique est devenue plus ambitieuse et offensive, allant de la puissance atomique \u00e0 des capacit\u00e9s de r\u00e9actions r\u00e9gionales rapides dans les mers voisines (des \u00eeles Paracels aux \u00eeles Spratleys, contr\u00f4lant le d\u00e9troit de Malacca, passage oblig\u00e9 du trafic international). Avant que la pr\u00e9sente crise asiatique \u00e9clate, la Chine en mutation \u00e9tait loin de la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure, notamment pour d\u00e9cider de la place qu&rsquo;elle prendrait forc\u00e9ment dans la r\u00e9gionalisation de l&rsquo;Asie. Elle commen\u00e7ait \u00e0 croire \u00e0 l&rsquo;invincibilit\u00e9 du mod\u00e8le de croissance asiatique et n&rsquo;avait pas vu, comme tant d&rsquo;autres, qu&rsquo;une crise mon\u00e9taire implacable \u00e9tait au bout de ce chemin. Sans doute parce que, toute caporalis\u00e9e qu&rsquo;elle f\u00fbt, elle s&rsquo;\u00e9tait permis les m\u00eames libert\u00e9s, les m\u00eames opacit\u00e9s bancaires, dans l&rsquo;investissement et l&rsquo;utilisation des capitaux priv\u00e9s internationaux. La Chine pourra-t-elle tenir sa monnaie \u00e0 l&rsquo;abri du ma\u00eblstrom r\u00e9gional, comme elle l&rsquo;a d\u00e9clar\u00e9e, heureuse d&rsquo;appara\u00eetre comme l&rsquo;homme fort de l&rsquo;Asie orientale ? Au march\u00e9 noir, le yuan a d\u00e9j\u00e0 accus\u00e9 le coup. La fragilit\u00e9 de la consolidation politique et du triomphe \u00e9conomique est loin de s&rsquo;effacer, dans la course \u00e0 l&rsquo;int\u00e9gration r\u00e9gionale et mondiale de la Chine.<\/p>\n\n\n\n<p>La diaspora de ses citoyens, qui fait la grande Chine encore plus efficace et vuln\u00e9rable, est, de l&rsquo;Indon\u00e9sie \u00e0 Singapour et la Birmanie, de la Malaisie \u00e0 Hong Kong aux premi\u00e8res loges pour prendre les b\u00e9n\u00e9fices et les coups. Elle fuit d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;Indon\u00e9sie en r\u00e9volte contrre la dictature trop prolong\u00e9e de Suharto. Drame banal dans cette r\u00e9gion asiatique, aujourd&rsquo;hui d\u00e9faite.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Euro : pronostics pour tous temps.<\/h1>\n\n\n\n<p>Le 3 mai dernier, l&rsquo;Union Europ\u00e9enne a d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;ouvrir toute grande la porte d&rsquo;un destin pour l&rsquo;Euro, qui sera sous peu sa monnaie unique. Par une co\u00efncidence fortuite, l&rsquo;Acad\u00e9mie du Royaume du Maroc consacrait sa session de printemps \u00e0 une interrogation particuli\u00e8rement pointue : \u00ab\u00a0Pourquoi les dragons d&rsquo;Asie ont-ils pris feu ?\u00a0\u00bb Une crise mon\u00e9taire s&rsquo;est en effet ouverte, l\u00e0-bas, depuis plusieurs mois, et bien malin celui qui pr\u00e9tendrait qu&rsquo;elle est d\u00e9sormais colmat\u00e9e. Les plus imaginatifs installent d\u00e9j\u00e0 le dollar, l&rsquo;euro et le yen en partage pacifique du pouvoir mondial, apercevant les deux premiers \u00e0 parit\u00e9 : un dollar = un euro. Ne galopons pas au point d&rsquo;atteindre si vite les solutions de bon sens.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce conseil se renforce \u00e0 la lecture, instructive et \u00e9difiante, des pages que l&rsquo;International Herald Tribune a consacr\u00e9es \u00e0 la naissance de l&rsquo;euro. De tr\u00e8s bons articles explorent toutes ses perspectives d&rsquo;avenir, y compris les plus f\u00e2cheuses, celles-ci \u00e9tant sp\u00e9cialement imputables \u00e0 la France. P\u00e9ch\u00e9, mignon ou v\u00e9niel, dans le monde anglo-saxon. N&rsquo;y faisons pas beaucoup attention, sauf pour s&rsquo;en distraire. Ainsi l&rsquo;article de M. Joseph Fitchett, bas\u00e9 \u00e0 Paris, et proche par cons\u00e9quent de nos attentions sinon de nos coeurs, est intitul\u00e9 : \u00ab\u00a0La pire chausse-trape pour l&rsquo;Euro : une r\u00e9volte sociale pourrait forcer une nation \u00e0 se retirer\u00a0\u00bb. Affirmation th\u00e9orique qui doit s&rsquo;appuyer d&rsquo;un exemple : ainsi l&rsquo;euro hissera la voile, m\u00eame si une petite nation se retire. Mais la situation sera diff\u00e9rente, s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un grand pays. \u00ab\u00a0Si, disons, la France se retire, l&rsquo;Europe se consoliderait autour d&rsquo;un groupe de pays domin\u00e9s par le Deutsche Mark\u00a0\u00bb. Fragile France qui ainsi mettrait en p\u00e9ril un vaste projet, par une incons\u00e9quence de comportement, comparable \u00e0 celle du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle qui, en 1967, a fait sortir son pays de l&rsquo;OTAN, le privant pour trois d\u00e9cades d&rsquo;un statut international ! Ainsi nous risquerions de nous comporter en r\u00e9cidivistes, contre notre propre int\u00e9r\u00eat!. Je pense \u00e0 Georges Pompidou qui aimait citer le c\u00e9l\u00e8bre : \u00ab\u00a0Calomniez, calomniez il en restera toujours quelque chose !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Un article, imbriqu\u00e9 dans celui de M. Fitchett -je ne sais s&rsquo;il est de la m\u00eame plume, mais il est d&rsquo;une eau encore plus sombre- s&rsquo;intitule : \u00ab\u00a0Et si cela tournait mal&#8230;\u00a0\u00bb Nous sommes fin 2001, dans la science-fiction. La France -elle encore- est paralys\u00e9e par des mouvements sociaux. Chemins de fer d\u00e9faillants, fermiers en col\u00e8re contre les productions espagnoles. Le pauvre M. Jospin est g\u00ean\u00e9 aux entournures : il ne peut arroser les cat\u00e9gories, ni d\u00e9valuer une monnaie qui n&rsquo;existe plus, ni all\u00e9ger les imp\u00f4ts et les subventions puisqu&rsquo;il a d\u00e9j\u00e0 atteint les plafonds fix\u00e9s par la Banque centrale. Or, les \u00e9lections sont en 2002. M. Jospin est isol\u00e9, alors que, des Gaullistes aux Communistes et au Front National, il est tir\u00e9 \u00e0 boulets rouges. Il demande un secours international, dans un geste dramatique. Il appelle \u00e0 Berlin le nouveau chancelier M. Gerhard Schroeder, un compagnon socialiste, mais celui-ci a ses propres soucis int\u00e9rieurs. Alors le Premier Ministre fran\u00e7ais annonce sa d\u00e9cision de suspendre la participation de son pays \u00e0 la monnaie unique. Le jour suivant les march\u00e9s condamnent si s\u00e9v\u00e8rement la France qu&rsquo;elle sera incapable de rejoindre l&rsquo;union mon\u00e9taire \u00e0 une date quelconque. Fin de ce joli conte. On aurait pu souhaiter, aussi ou plut\u00f4t, que l&rsquo;International Herald Tribune consacre sa fiction aux cons\u00e9quences de la non- participation de la Grande-Bretagne, de la Su\u00e8de et de Gr\u00e8ce, \u00e0 la monnaie unique, et encore au roman suppos\u00e9 d&rsquo;une lutte du dollar contre l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;un \u00ab\u00a0euro-concurrent\u00a0\u00bb. Mais pas un mot, \u00e9videmment. Chacun ayant ses pr\u00e9ventions, ses oeill\u00e8res et ses c\u00e9cit\u00e9s opportunes.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Tout n&rsquo;est pas du m\u00eame tabac dans les cinq pages sp\u00e9ciales de ce journal mondial. Tom Buerkle, de la m\u00eame r\u00e9daction, s&rsquo;interroge utilement sur qui gagnera ou perdra, des consommateurs et des travailleurs, sinon que l&rsquo;inqui\u00e9tude et la zizanie peuvent ais\u00e9ment se semer ainsi, \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;enthousiasme. M. Alan Friedman, correspondant pour l&rsquo;\u00e9conomie globale, plaide utilement pour l&rsquo; \u00ab\u00a0euro\u00a0\u00bb catalyseur des r\u00e9formes de structures et sur le nivellement des taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eats entre les franco-allemands et quelques autres partenaires, et sur une croissance probable qui ne sera pas suffisante pour r\u00e9duire le ch\u00f4mage, sans l&rsquo;indispensable concours de modifications fondamentales. L&rsquo;euro sera-t-il le symbole de la renaissance \u00e9conomique de l&rsquo;Europe ? s&rsquo;interroge mollement John Vinocur, correspondant chevronn\u00e9 du journal. Et Reginald Dale, qui en vu d&rsquo;autres en illustrant les pr\u00e9occupations du \u00ab\u00a0business\u00a0\u00bb, note qu&rsquo;il aura fallu aux Etats-Unis 90 ans pour installer leur monnaie commune et encore 50 ans pour \u00e9difier le syst\u00e8me de la R\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale. Les Europ\u00e9ens ont parcouru la m\u00eame distance en 40 ans. Il est vrai que plus de 2.000 ans auparavant, le denarius d&rsquo;argent de l&rsquo;Empire Romain couvrait un p\u00e9rim\u00e8tre plus vaste que celui de l&rsquo;Union europ\u00e9enne, aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors tous ces chipotages sur les bons combats mon\u00e9taires, livr\u00e9s \u00e0 Bruxelles, sont d\u00e9risoires. Mieux vaut , pr\u00e9sentement, se soucier, \u00e0 Washington, de la crise dans l&rsquo;Asie du Sud-Est et des ravages en cours, aussi judicieusement que l&rsquo;a fait l&rsquo;Acad\u00e9mie du Maroc, et, bient\u00f4t, se soucier d&rsquo;une monnaie am\u00e9ricaine qui serait gag\u00e9e par du travail, ce qu&rsquo;elle n&rsquo;est plus depuis longtemps .<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Le Maroc aux fronti\u00e8res de son histoire.<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 2 mai 1998<\/p>\n\n\n\n<p>Medi. I n\u00b0527<\/p>\n\n\n\n<p>Le Maroc aux fronti\u00e8res de son histoire : il faut \u00eatre conscient de cette r\u00e9alit\u00e9 indestructible, irr\u00e9fragable, pour ne pas s&rsquo;\u00e9garer dans le film des \u00e9v\u00e9nements qui se sont d\u00e9roul\u00e9s, au Sahara occidental, depuis 1957 et se tromper sur l&rsquo;issue \u00e9vidente d&rsquo;un long et sanglant conflit entre le Front Polisario et le Royaume ch\u00e9rifien. Nombreux cependant ont commis ces deux erreurs : m\u00e9conna\u00eetre les faits et juger sans objectivit\u00e9. Le temps n&rsquo;est pas encore si lointain durant lequel 72 pays africains et asiatiques avaient reconnu le gouvernement d&rsquo;une R\u00e9publique arabe sahraouie d\u00e9mocratique (RASD), qui fit son entr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;OUA en 1985. Ce pass\u00e9 r\u00e9cent s&rsquo;expliquait par la volont\u00e9 de l&rsquo;Alg\u00e9rie d&rsquo;affirmer une politique ext\u00e9rieure mondialement ambitieuse, aspirant au premier rang en Afrique et r\u00e9solue, dans le Maghreb, \u00e0 \u00ab\u00a0marquer\u00a0\u00bb en tous lieux la pr\u00e9sence du Maroc, sans s&rsquo;arr\u00eater aux l\u00e9gitimit\u00e9s de l&rsquo;histoire. Les difficult\u00e9s, n\u00e9es d&rsquo;une guerre civile qui ne dit pas son nom, ont bouscul\u00e9 ces pr\u00e9tentions et d\u00e9mobilis\u00e9 les Etats qui s&rsquo;y \u00e9taient rang\u00e9s. Se sont-elles totalement dissip\u00e9es ? On ne saurait l&rsquo;affirmer. Tant d&rsquo;obstacles paraissent trop souvent paver la voie, cependant si naturelle, vers un Grand Maghreb uni.<\/p>\n\n\n\n<p>Derni\u00e8rement encore, Washington, dans le souci de se concilier Alger, n&rsquo;a-t-il pas formul\u00e9 l&rsquo;expression de son d\u00e9plaisir \u00e0 Rabat, parce que celui-ci plaidait trop ouvertement son bon droit? Ce ne sont pas l\u00e0 des secrets de chancellerie. La superpuissance se m\u00ealant de tout, il n&rsquo;est pas surprenant qu&rsquo;elle ait son opinion sur les manifestations de sa pr\u00e9sence, ici et l\u00e0. On le sait, le 17 mars 1997, M. James Baker, ancien secr\u00e9taire d&rsquo;Etat am\u00e9ricain et politicien de longue main et d&rsquo;influence, \u00e9tait devenu l&rsquo;envoy\u00e9 sp\u00e9cial des Nations Unies pour activer le processus de paix, accept\u00e9 d\u00e8s 1988 par le Polisario et le Maroc (cessez-le-feu et r\u00e9f\u00e9rendum d&rsquo;autod\u00e9termination pour la population sahraouie recens\u00e9e en 1974, du temps de l&rsquo;occupation espagnole, soit 74.000 personnes). En 1991, le Maroc d\u00e9posait \u00e0 l&rsquo;ONU une liste de 120.000 Sahraouis autoris\u00e9s \u00e0 voter lors du r\u00e9f\u00e9rendum, suivie d&rsquo;une seconde liste de 45.000 personnes. En 1992, pour ne pas \u00eatre trop long, le r\u00e9f\u00e9rendum pr\u00e9vu \u00e9tait report\u00e9. La Minurso (la Mission des Nations-Unies au Sahara occidental) qui a compt\u00e9, en 1991, plus de mille observateurs, effectif r\u00e9duit de 20% en 1996, car il co\u00fbtait trop cher, a vu son mandat prorog\u00e9 jusqu&rsquo;au 31 mai 1997. * * * Le Conseil de S\u00e9curit\u00e9 des Nations Unies, \u00e0 l&rsquo;unanimit\u00e9 mais sans joie, vient de proroger, une fois encore, le mandat de sa Mission jusqu&rsquo;au 20 juillet, pour pr\u00e9parer le r\u00e9f\u00e9rendum du 7 d\u00e9cembre prochain sur le rattachement au Maroc ou pour l&rsquo;ind\u00e9pendance, comme la r\u00e9clame le Front Polisario. Mais les op\u00e9rations d&rsquo;identifications des \u00e9lecteurs, cens\u00e9es se terminer le 31 mai, et d\u00e9sormais en juillet, ont \u00e9t\u00e9 brouill\u00e9es par des incidents multiples et des pressions sur les \u00e9lecteurs, chaque partenaire en reportant la responsabilit\u00e9 sur l&rsquo;autre. Au point que les observateurs sont fond\u00e9s \u00e0 s&rsquo;interroger sur la probabilit\u00e9 du r\u00e9f\u00e9rendum.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Polisario accuse le Maroc d&rsquo;avoir arr\u00eat\u00e9 des Sahraouis favorables \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance. Et Rabat d\u00e9nonce les fraudes du Polisario \u00ab\u00a0pour perturber voire retarder le bon fonctionnement des op\u00e9rations d&rsquo;identification\u00a0\u00bb. L&rsquo;ONU d\u00e9clare avoir rep\u00e9rer identifi\u00e9 pr\u00e8s de 102.000 \u00e9lecteurs. Restent 60.000 personnes \u00e0 analyser , et aussi 65.000 membres de trois tribus qui posent probl\u00e8me. Dans la presse marocaine de cette semaine, le cheikh Rguibat, M. Abidi Hammoudi affirme la volont\u00e9 de ses mandants de d\u00e9fendre leur identit\u00e9 marocaine, alors que le Polisario dresse devant eux de multiples obstacles. Des incidents de cet ordre auront dur\u00e9 tout l&rsquo;hiver, au point que le doux M. Kofi Annan, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral s&rsquo;inqui\u00e8te que la Mission des Nations-Unies soit mise en cause. Il menace de reconsid\u00e9rer le mandat de la Minurso. \u00ab\u00a0Mai et Juin seront cruciaux pour l&rsquo;avenir du Sahara Occidental. Si aucun progr\u00e8s n&rsquo;est accompli, j&rsquo;ai l&rsquo;intention de recommander au Conseil de S\u00e9curit\u00e9 de reconsid\u00e9rer la viabilit\u00e9 du mandat de la Minurso\u00a0\u00bb. Epouvantable menace&#8230;.<\/p>\n\n\n\n<p>En attendant, le Pr\u00e9sident de la RASD, Mohamed Abdelaziz tente de m\u00ealer \u00e0 cette confusion l&rsquo;Allemagne, puis la France -quand il ne l&rsquo;accuse pas de partialit\u00e9- au nom de leur neutralit\u00e9 invoqu\u00e9e. Sans doute verra-t-on r\u00e9appara\u00eetre l&rsquo;homme de Houston, le Texan James Baker, qui voudra brusquer l&rsquo;issue de sa mission inachev\u00e9e. Il faudra alors, cette fois, qu&rsquo;il se rappelle la phrase c\u00e9l\u00e8bre d&rsquo;Hassan II, qui a travers\u00e9 les ann\u00e9es, malgr\u00e9 tant d&rsquo;\u00e9preuves : \u00ab\u00a0Je suis comme dans un rocking-chair; je puis attendre\u00a0\u00bb. Le Maroc est, en effet, \u00e0 El A\u00efoun, Smara, Dakhla sur les fronti\u00e8res de son histoire, celles dont il est redoutable de se d\u00e9partir, alors m\u00eame que le trac\u00e9 du pr\u00e9sent illustre enfin, au-del\u00e0 des artifices des puissances coloniales, celui des si\u00e8cles pass\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Les lauriers de l&rsquo;Orient.<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 25 avril 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0526<\/p>\n\n\n\n<p>Hier, la BBC s&rsquo;annonce au t\u00e9l\u00e9phone, chez moi. Rien d&rsquo;insolite et, tout de suite, j&rsquo;imagine qu&rsquo;elle va demander mon sentiment sur les initiatives de Tony Blair, au Proche-Orient. \u00ab\u00a0Pleines d&rsquo;allant, non d\u00e9nu\u00e9es de malice, prosp\u00e9rant dans le non-dit, dignes qu&rsquo;on leur souhaite bonne chance\u00a0\u00bb, voil\u00e0 ce que j&rsquo;allais dire spontan\u00e9ment. Mais la BBC voulait plancher sur un autre sujet international.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;ici les r\u00e9unions sur Isra\u00ebl et la Palestine, pr\u00e9vues \u00e0 Londres le 4 mai, elle y viendra forc\u00e9ment. Encore que, depuis l&rsquo;annonce faite par Tony Blair \u00e0 Gaza, au d\u00e9but de la semaine, de ces rencontres londoniennes sous patronage am\u00e9ricain, la p\u00e9dale douce ait \u00e9t\u00e9 mise : sobri\u00e9t\u00e9 des commentaires sur l&rsquo;esp\u00e9rance d&rsquo;un succ\u00e8s. La seule certitude, avant le lever du rideau, est que le sc\u00e9nario a \u00e9t\u00e9 soigneusement mont\u00e9, au pr\u00e9alable, entre les Am\u00e9ricains et les Anglais. Nul n&rsquo;en a re\u00e7u la confidence.<\/p>\n\n\n\n<p>On se souvient que le Ministre anglais des Affaires \u00e9trang\u00e8res Robin Cook, agissant aussi en repr\u00e9sentant de l&rsquo;Union Europ\u00e9enne, avait \u00e9t\u00e9, le mois pr\u00e9c\u00e9dent, priv\u00e9 de d\u00eener avec N\u00e9tanyahu, pour avoir trop fr\u00e9quent\u00e9 les Palestiniens durant sa visite. Incident habituel qui, lors du voyage m\u00e9morable du Pr\u00e9sident Chirac, avait tourn\u00e9 \u00e0 la provocation. Blair s&rsquo;exposa moins, enfilant une s\u00e9rie de phrases incompr\u00e9hensibles, mais illumin\u00e9es du charme si \u00e9vident de ce grand m\u00e9diateur dans la trag\u00e9die irlandaise. Il eut le soin de voiler cet \u00e9clat vainqueur, pour ne pas indisposer le Premier Ministre isra\u00e9lien, qui se formalise ais\u00e9ment. La presse de Tel-Aviv \u00e9tait d&rsquo;ailleurs l\u00e0 pour avertir que l&rsquo;affaire irlandaise n&rsquo;impliquait, elle, aucun transfert de territoires.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Mais allons \u00e0 l&rsquo;essentiel, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 Washington. L&rsquo;\u00e9quipe clintonienne affirme, dur comme fer, que cette fois-ci le chef va sonner la fin du jeu sur l&rsquo;assassinat du processus de paix au Proche-Orient. Yacer Arafat et Benjamin Netanyahu devront dire \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb au plan de compromis am\u00e9ricain. Sinon : \u00ab\u00a0gare !\u00a0\u00bb La menace, \u00e9norme, demeure informul\u00e9e. Cette belle r\u00e9solution existe-t-elle vraiment ? Il semblerait que l&rsquo;\u00e9nergique Madeleine Albright redouterait d&rsquo;\u00eatre d\u00e9savou\u00e9e au dernier moment. Elle conna\u00eet bien \u00ab\u00a0son\u00a0\u00bb Clinton. Du moins l&rsquo;administration am\u00e9ricaine chemine, dans la direction d&rsquo;un arbitrage imp\u00e9rial. Et d&rsquo;abord parce que la superpuissance a besoin de l&rsquo;exercer, apr\u00e8s tous les d\u00e9boires \u00e9prouv\u00e9s depuis deux ans, au Proche-Orient, en milieu arabe. Le dernier, l&rsquo;intervention du r\u00e9put\u00e9 docile Kofi Annan, qui a fait \u00e9chec \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ration militaire contre l&rsquo;Irak, n&rsquo;\u00e9tait pas le moindre.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour d\u00e9crire la reprise en main qui s&rsquo;esquisse, commen\u00e7ons justement par M. William Cohen, le Secr\u00e9taire d&rsquo;Etat \u00e0 la d\u00e9fense, en tourn\u00e9e dans la r\u00e9gion. Il a incit\u00e9 le Liban et la Syrie \u00e0 r\u00e9pondre favorablement \u00e0 la proposition d&rsquo;Isra\u00ebl de retirer ses troupes du Sud Liban, \u00ab\u00a0initiative de premier rang\u00a0\u00bb. Tout en pr\u00e9cisant \u00e0 Yitzhak Mordecha\u00ef, son homologue \u00e0 J\u00e9rusalem, qu&rsquo; \u00ab\u00a0il ne suffit pas \u00e0 Isra\u00ebl de gagner des guerres, qu&rsquo;il fallait aussi gagner la paix pour \u00e9tablir une s\u00e9curit\u00e9 durable\u00a0\u00bb. Isra\u00ebl et ses alentours attendent aussi la visite de Dennis Ross, le perp\u00e9tuel itin\u00e9rant d\u00e9\u00e7u et de Martin Indyk, l&rsquo;assistant secr\u00e9taire d&rsquo;Etat charg\u00e9s, l&rsquo;un et l&rsquo;autre, de pr\u00e9parer les conversations de Londres.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, ouvrons une parenth\u00e8se, car en voici une, malheureusement : Que fait l&rsquo;Europe dans cette gal\u00e8re ? D&rsquo;abord, elle est ouvertement pri\u00e9e de ne pas s&rsquo;y embarquer, sauf \u00e0 financer quelque intendance. L&rsquo;a\u00e9roport de Gaza, par exemple. Evidemment, Tony Blair, pour deux mois encore, repr\u00e9sente, avec son pays, l&rsquo;Union Europ\u00e9enne. Mais \u00e9videmment encore, ce n&rsquo;est pas en cette qualit\u00e9 qu&rsquo;il n\u00e9gocie en catimini avec les Am\u00e9ricains, sans m\u00eame consulter et informer ses partenaires. D&rsquo;ailleurs l&rsquo;Union n&rsquo;a pas de politique \u00e9trang\u00e8re commune. On le sait et elle ne la d\u00e9sire pas. Netanyahu en est combl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant Londres, et pour apr\u00e8s, tout autant, posons quelques questions. Arafat est-il suffisamment au bout du rouleau ? Isra\u00ebl a-t-il suffisamment \u00e9puis\u00e9 les ressources de la logique de guerre qui l&rsquo; a tant servi ? La position am\u00e9ricaine dans le monde arabe est-elle suffisamment \u00e9branl\u00e9e, pour que Washington se d\u00e9cide \u00e0 faire pression sur Isra\u00ebl ? Le Moyen-Orient p\u00e9trolier, \u00e0 dix dollars le baril, a-t-il encore le moindre pouvoir d&rsquo;influence sur la politique am\u00e9ricaine ?<\/p>\n\n\n\n<p>A lire le dernier entretien de M. Netanyahu avec plusieurs journaux occidentaux, on peut craindre que le bluff de l&rsquo;\u00e9quipe Clinton ne l&rsquo;impressionne gu\u00e8re et qu&rsquo;il choisisse le risque de donner, \u00e0 la mis\u00e8re, l&rsquo;exclusion, l&rsquo;enfermement et le d\u00e9sespoir des Palestiniens, des lettres de noblesse aussi fortes et justifi\u00e9es que celles conquises jadis et nagu\u00e8re de haute lutte par le peuple juif. L&rsquo;aimable Tony Blair s&rsquo;est-il assez persuad\u00e9 de cette fatalit\u00e9 ? Si oui, que les lauriers de l&rsquo;Orient ceignent durablement son front.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Lib\u00e9rations.<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 18 avril 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0525<\/p>\n\n\n\n<p>Lib\u00e9rations : nos lib\u00e9rations. Evidemment d&rsquo;une irr\u00e9pressible jeunesse, l&rsquo;homme qui vous parle, n&rsquo;aura r\u00eav\u00e9, esp\u00e9r\u00e9 que d&rsquo;elles, sa vie durant. L&rsquo;orni\u00e8re, le conformisme, la politique du chien crev\u00e9 au fil de l&rsquo;eau, l&rsquo;opinion dominante, la mode si proche du go\u00fbt de l&rsquo;uniforme, auront toujours mobilis\u00e9 ses d\u00e9testations secr\u00e8tes ou une ironie naturelle, exerc\u00e9e \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;espace et de distance. On ne se d\u00e9prend gu\u00e8re de contester les id\u00e9es re\u00e7ues, les dogmes et leurs fanatismes.<\/p>\n\n\n\n<p>De son pays, avant, pendant et apr\u00e8s la guerre, il aura, \u00e9berlu\u00e9 et agac\u00e9, per\u00e7u sans indulgence l&rsquo;immense et durable g\u00e9missement, devenu habitude nationale, cet \u00e9go\u00efsme collectif \u00e9rig\u00e9 en pr\u00e9caution contre un Etat souhait\u00e9 tut\u00e9laire, mais objet d&rsquo;incivismes ou de m\u00e9diocres trahisons.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9preuves d&rsquo;une part, la marche du temps d&rsquo;autre part, auront \u00e9t\u00e9, depuis un si\u00e8cle, la contestation imm\u00e9diate ou directe de l&rsquo;ordre \u00e9tabli. Les doctrines, les sp\u00e9culations philosophiques et sociales auront occup\u00e9 le devant de la sc\u00e8ne de leurs a-priori et de leurs fureurs. Qu&rsquo;en reste-t-il pr\u00e9sentement, hors des \u00e9crits p\u00e9riodiques des faiseurs de th\u00e8ses et des organisateurs d&rsquo;enseignements, en vase clos ? Qui m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre pris au s\u00e9rieux, c&rsquo;est-\u00e0-dire en y risquant quelque sentiment, dans le fatras des inutiles mensonges d&rsquo;Etat, dans les programmes d\u00e9biles des partis politiques, dans les projets de soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9s entre irresponsables vaniteux et p\u00e9remptoires ? Les soci\u00e9t\u00e9s humaines prennent de larges tournants, \u00e0 l&rsquo;insu m\u00eame de leurs animateurs et de leurs membres. Un matin, elles se retrouvent neuves ou modifi\u00e9es, sans s&rsquo;\u00eatre donn\u00e9 le moindre pr\u00e9avis, en d\u00e9pit des bataillons de sociologues, psychanalystes, voire psychiatres, dont elles se sont ceintur\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette navigation \u00e0 l&rsquo;aveugle, l&rsquo;ordre politique se sera montr\u00e9 le plus infirme, mais le plus modeste. Si la V\u00b0 R\u00e9publique, apr\u00e8s les 50 ann\u00e9es qu&rsquo;elle n&rsquo;esp\u00e9rait gu\u00e8re atteindre \u00e0 ses d\u00e9buts, se trouve emp\u00eatr\u00e9e dans un pigeonnier aux niches multiples o\u00f9 les occupants se sont install\u00e9s en famille, en l\u00e9gitimit\u00e9 p\u00e9renne, elle court d\u00e9sormais le risque des attaques coalis\u00e9es de pr\u00e9bendiers qui appellent \u00e0 des changements constitutionnels, pour ne rien l\u00e2cher eux-m\u00eames. Modifier la r\u00e8gle du jeu institutionnel a toujours \u00e9t\u00e9 r\u00e9clam\u00e9 comme un souverain rem\u00e8de \u00e0 des difficult\u00e9s, n\u00e9es d&rsquo;\u00e9go\u00efsmes grossi\u00e8rement camoufl\u00e9s. L&rsquo;esprit public n&rsquo;a rien \u00e0 faire dans cette gal\u00e8re, sinon \u00e0 prendre des coups qui \u00e9mousseront davantage les vertus qui lui maintiennent la t\u00eate hors de l&rsquo;eau. Le charivari, \u00e0 finalit\u00e9s \u00e9lectoralistes, autour des institutions, est bien incapable de rendre \u00e0 la R\u00e9publique prestige et adh\u00e9sion qui sont ses seules nourritures. La d\u00e9liquescence du personnel politique est devenue telle qu&rsquo;il vote des lois, mal ficel\u00e9es en toutes dimensions, \u00e9vite qu&rsquo;elles ne le concernent et n&rsquo;en fait m\u00eame plus respecter l&rsquo;application aux citoyens. Au point que deviennent populaires les formations qui r\u00e9clament du syst\u00e8me politique cette vigilance \u00e9l\u00e9mentaire, pour ce qu&rsquo;il \u00e9dicte et est cens\u00e9 mettre en oeuvre. Ecoutez, regardez, constatez au lieu d&rsquo;apercevoir le fascisme derri\u00e8re la moindre vell\u00e9it\u00e9 de soutenir le r\u00f4le et les pr\u00e9rogatives de l&rsquo;Etat.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l&rsquo;ordre \u00e9conomique, le courage ne s&rsquo;est pas empar\u00e9 davantage des cadres politiques. Sinon, pourquoi auraient-ils transf\u00e9r\u00e9 si all\u00e8grement \u00e0 l&rsquo;anonymat de la n\u00e9buleuse europ\u00e9enne, la responsabilit\u00e9 d&rsquo;assumer l&rsquo;impopularit\u00e9 de dire non aux qu\u00e9mandeurs de bonne comme de mauvaise foi ? Qu&rsquo;ont fait d&rsquo;autre, les farouches partisans du pouvoir r\u00e9galien des Etats de g\u00e9rer leur propre monnaie, que de d\u00e9grader celle-ci par manque de s\u00e9rieux et par un culte excessif d&rsquo;une politique d&rsquo;exp\u00e9dients ?<\/p>\n\n\n\n<p>Un Etat qui g\u00e9mit sur la fracture sociale, mais ne parvient m\u00eame pas, en cinq ans, \u00e0 assurer un toit aux plus d\u00e9munis, en suscitant l&rsquo;\u00e9lan collectif pour le faire, lequel est disponible, passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ses missions \u00e9l\u00e9mentaires. Aucune de nos mis\u00e8res ou difficult\u00e9s en Occident n&rsquo;est \u00e0 la mesure des angoisses qui font la vie quotidienne d&rsquo;une partie croissante de l&rsquo;humanit\u00e9. Ici, le destin est implacable, cruel. Nous, si favoris\u00e9s en comparaison, nous nous livrons \u00e0 la d\u00e9lectation morose, aux contestations cat\u00e9gorielles, au report, sur une autorit\u00e9 anonyme, des responsabilit\u00e9s et des solutions. Trente ans apr\u00e8s Mai 1968, dont on va \u00e9voquer jusqu&rsquo;\u00e0 sati\u00e9t\u00e9 (penchant si m\u00e9diatique aujourd&rsquo;hui) les caract\u00e9ristiques ambigu\u00ebs, songeons qu&rsquo;il a fallu alors se lib\u00e9rer si tardivement du XIX\u00b0 si\u00e8cle. Il ne reste plus qu&rsquo;une centaine de semaines pour que, le XX\u00b0 si\u00e8cle disparaissant, nous acceptions joyeusement de nous d\u00e9coloniser d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 ankylos\u00e9e, geignarde et d\u00e9nu\u00e9e de l&rsquo;esp\u00e9rance si naturelle de cr\u00e9er.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Asie-Europe : \u00e9largissement et libert\u00e9.<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 11 avril 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0524<\/p>\n\n\n\n<p>Asie-Europe : \u00e9largissement et libert\u00e9. D\u00e9j\u00e0 un \u00e9cho pour le XXI\u00e8me si\u00e8cle, qui approche si vite. Peut-\u00eatre ces deux notions combin\u00e9es auront-elles \u00e9t\u00e9 l&rsquo;heureuse surprise, les vendredi 3 et samedi 4 avril, du second Sommet Asie-Europe (ASEM), tenu \u00e0 Londres. Le premier avait \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9 \u00e0 Bangkok, en 1996. Deux ans auparavant, les promesses de solidarit\u00e9 \u00e9taient d&rsquo;autant plus spontan\u00e9es que nul ne pr\u00e9voyait la crise mon\u00e9taire de l&rsquo;automne 1997, qui devait faire na\u00eetre une inqui\u00e9tude mondiale et des drames r\u00e9gionaux, dans l&rsquo; Asie du Sud-Est. Le rapprochement Asie-Europe visait alors \u00e0 faire contrepoids \u00e0 l&rsquo;APEC, qui illustre depuis 1989, le rapprochement Etats-Unis-Asie, si d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9 \u00e0 bien des \u00e9gards.<\/p>\n\n\n\n<p>A Londres, l&rsquo;euphorie inaugurale de Bangkok n&rsquo;\u00e9tait plus partag\u00e9e par les 15 Europ\u00e9ens et par les dix pays asiatiques (Chine, Japon, Cor\u00e9e du Sud, Tha\u00eflande, Indon\u00e9sie, Philippines, Singapour, Vietnam, Malaisie, Brune\u00ef). Citer ceux-ci est aussi dresser la liste de nombreux bless\u00e9s. Or, d&rsquo;une part, les Europ\u00e9ens, taisant leur inqui\u00e9tudes, ont choisi de prodiguer leurs sentiments de solidarit\u00e9 et de r\u00e9conforter les victimes de la crise. D&rsquo;autre part, les Asiatiques ont insist\u00e9 sur l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;\u00e9largir l&rsquo;Union \u00e0 l&rsquo;Australie, l&rsquo;Inde, la Nouvelle-Z\u00e9lande, le Pakistan, et pourquoi pas la Birmanie, devenue plus conviviale. Troisi\u00e8me Sommet, dans deux ans, \u00e0 S\u00e9oul. Simultan\u00e9ment, la Chine et son nouveau Premier ministre ZHU Rongji ont tenu un mini-sommet Europe-Chine, promis \u00e0 des rendez-vous annuels. L\u00e0 encore, m\u00eame attitude des Europ\u00e9ens qui, loin d&rsquo;user des conseils comminatoires donn\u00e9s par Washington \u00e0 P\u00e9kin, ont tenu \u00e0 faire ouvertement confiance \u00e0 l&rsquo;action avis\u00e9e des Chinois, pour enrayer la crise asiatique, rejoindre l&rsquo;Organisation mondiale du Commerce et maintenir le yuan \u00e0 ses parit\u00e9s. M\u00eame attitude vis-\u00e0-vis du Japon, jug\u00e9 assez grand pour relancer de lui-m\u00eame son \u00e9conomie, avec ou sans mod\u00e9ration de sa fiscalit\u00e9. Le Premier ministre Ryutaro Hashimoto a sans doute appr\u00e9ci\u00e9 la distinction des Europ\u00e9ens.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Mais leur beau langage et la chaleur de leur sympathie dissimulaient mal l&rsquo;agacement \u00e9prouv\u00e9 en direction des Am\u00e9ricains dont les m\u00e9thodes robustes finissent, en tous points du globe, par d\u00e9clencher, aussi ouvertement que possible, des r\u00e9actions de solidarit\u00e9s r\u00e9gionales. L&rsquo;\u00e9largissement, en Asie comme en Europe, et entre ces deux continents, devient le r\u00e9flexe d&rsquo;une certaine libert\u00e9. Si celle-ci ne trouve pas son expression directe dans la politique, les regroupements \u00e9conomiques en sont le pr\u00e9alable et sont plus faciles \u00e0 justifier, aupr\u00e8s du Grand fr\u00e8re qui a \u00e9rig\u00e9 la mondialisation en r\u00e8gle de vie internationale, dont il entend \u00eatre le premier b\u00e9n\u00e9ficiaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Plut\u00f4t que de gloser ici sur la d\u00e9claration finale du sommet Asie-Europe, articul\u00e9e en six chapitres, mieux vaut en retenir l&rsquo;inspiration: oui, \u00e0 l&rsquo;\u00e9largissement, non, au repli de l&rsquo;Europe sur elle-m\u00eame, espoir que l&rsquo;euro contribuera \u00e0 la croissance et la stabilit\u00e9, recours \u00e0 des investissements crois\u00e9s, confiance faite \u00e0 l&rsquo;OMC pour lib\u00e9rer le commerce mondial, assistance technique financi\u00e8re aux Etats atteints par la crise de l&rsquo;automne dernier. Les Europ\u00e9ens, une fois de plus, s&rsquo;\u00e9levant contre la propagande am\u00e9ricaine, ont d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9taient pas dans une forteresse protectionniste et qu&rsquo;ils avaient financ\u00e9, via le F.M.I., bien au-del\u00e0 de la contribution am\u00e9ricaine, les concours internationaux d&rsquo;urgence accord\u00e9s aux pays attaqu\u00e9s dans leur fragile secteur financier.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>De cette crise et de ses lendemains, quelles furent les r\u00e9v\u00e9lations d\u00e9gag\u00e9es par ces conversations multiples \u00e0 Londres, puis \u00e0 Paris \u00e0 l&rsquo;occasion de la visite du Premier ministre chinois ? L&rsquo;aide d&rsquo;urgence internationale \u00e0 l&rsquo;Asie aura \u00e9t\u00e9 de 100 milliards de dollars (dont 30% sont venus de l&rsquo;Union Europ\u00e9enne). La crise pourrait co\u00fbter cette ann\u00e9e 1 point de croissance \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie mondiale et 0,3 point \u00e0 la seule Europe. Mais nul n&rsquo;en sait trop rien, sinon que le flot des exportations asiatiques \u00e0 prix brad\u00e9s ne s&rsquo;est pas, jusqu&rsquo;ici, d\u00e9vers\u00e9. Chacun aura pu voir que le secteur financier et bancaire des pays atteints par l&rsquo;effondrement de leur monnaie n&rsquo;avait pas r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 des imprudences de gestion, relevant m\u00eame du syst\u00e8me politique, de l&rsquo;absence de freins et de contr\u00f4les. Le triomphe suppos\u00e9 des dragons s&rsquo;\u00e9tait nourri des immenses sacrifices et de la docilit\u00e9 de populations durement expos\u00e9es. Sans qu&rsquo;elles aient la moindre certitude que les fruits de la croissance deviendraient les gages d&rsquo;une s\u00e9curit\u00e9 d&#8217;emplois et de revenus. L&rsquo;Asie du Sud-Est aura r\u00e9v\u00e9l\u00e9, par sa brusque prosp\u00e9rit\u00e9, qu&rsquo;elle \u00e9tait aussi le th\u00e9\u00e2tre de partages in\u00e9gaux, dont elle n&rsquo;a d&rsquo;ailleurs pas l&rsquo;exclusivit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, esp\u00e9rons que l&rsquo;\u00e9largissement, d&rsquo;une zone du monde \u00e0 une autre, mettra en place les conditions d&rsquo;une v\u00e9ritable libert\u00e9 collective et non pas la seule gloire de profits \u00e9chevel\u00e9s et tr\u00e8s exclusivement r\u00e9serv\u00e9s aux plus chanceux ou mieux plac\u00e9s. L&rsquo;amortisseur des crises ne peut \u00eatre \u00e9ternellement constitu\u00e9 par la somme de peines silencieuses et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">La r\u00e9unification de l&rsquo;Europe.<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 4 avril 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0523<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9unification de l&rsquo;Europe : c&rsquo;est une belle perspective. De surcro\u00eet, elle est plausible. Faudra-t-il du temps ? Depuis le trait\u00e9 de Rome, depuis 1957, nous en avons beaucoup perdu, mais les gains sont l\u00e0. Pour continuer ce parcours vers l&rsquo;unit\u00e9, deux \u00e9l\u00e9ments sont n\u00e9cessaires. D&rsquo;abord, croire \u00e0 cette vocation commune aux Europ\u00e9ens, la juger naturelle. Ensuite que les temps modernes, ouverts en 1989 par l&rsquo;autodestruction de l&rsquo;Union sovi\u00e9tique, se prolongent dans un calme relatif, pour que les fronti\u00e8res et les esprits soient assez perm\u00e9ables \u00e0 un progr\u00e8s communautaire, menant \u00e0 celui de la g\u00e9ographie politique et \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but de cette semaine, lundi et mardi, on aura assist\u00e9 \u00e0 Bruxelles, au Conseil des Ministres de l&rsquo;Union europ\u00e9enne, \u00e0 une session assez inattendue. Les quinze membres de cette Union ont ouvert solennellement des pourparlers sur son \u00e9largissement \u00e0 dix pays de l&rsquo;Europe centrale (nagu\u00e8re contr\u00f4l\u00e9s par l&rsquo;URSS) ainsi qu&rsquo;\u00e0 Chypre, cas tr\u00e8s particulier. Rencontre \u00ab\u00a0historique\u00a0\u00bb, cette \u00e9pith\u00e8te galvaud\u00e9e prenant cette fois sa vraie place. Vingt-six pays ont eu conscience d&rsquo;\u00e9difier une zone de paix et de prosp\u00e9rit\u00e9, comme ils ne l&rsquo;avaient jamais autant esp\u00e9r\u00e9. On sait en effet que les Quinze n&rsquo;ont pas encore pu, plus de cinq ans apr\u00e8s l&rsquo;entr\u00e9e en vigueur du trait\u00e9 de Maastricht, d\u00e9finir d&rsquo;un commun accord la structure d&rsquo;une Union \u00e9largie et approfondie.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 ce pi\u00e9tinement dont on n&rsquo;aper\u00e7oit pas encore le terme, le Conseil minist\u00e9riel a donn\u00e9, \u00e0 Bruxelles, les preuves d&rsquo;une belle d\u00e9termination. Les 17 pays candidats \u00e0 l&rsquo;adh\u00e9sion ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9partis en deux groupes. Le premier est constitu\u00e9 de six d&rsquo;entre eux : L&rsquo;Estonie, la Hongrie, la Pologne, la R\u00e9publique tch\u00e8que, la Slov\u00e9nie et Chypre. Ils ont re\u00e7u le m\u00eame salut fraternel, le m\u00eame guide de r\u00e9formes pr\u00e9alables et un calendrier tr\u00e8s pr\u00e9cis pour leur mise en oeuvre demand\u00e9e par l&rsquo;Union. Les plus diligents seront les premiers appel\u00e9s \u00e0 l&rsquo;adh\u00e9sion. On peut supposer que la Slov\u00e9nie arrivera en t\u00eate de ce valeureux peloton. La Roumanie, la Bulgarie, la Lituanie, la Lettonie et la Slovaquie constituent le second groupe qui n\u00e9gociera ult\u00e9rieurement. Tous ont proclam\u00e9 leur fort sentiment d&rsquo;appartenance europ\u00e9enne, leur conscience de la m\u00eame identit\u00e9. Vendredi, le premier groupe a proc\u00e9d\u00e9 avec la Commission \u00e0 un examen analytique des lois europ\u00e9ennes (on \u00e9voque 80.000 pages) qui seront transpos\u00e9es dans les l\u00e9gislations des candidats. A la fin de l&rsquo;ann\u00e9e, la Commission \u00e9tablira le premier rapport d&rsquo;une s\u00e9rie annuelle d&rsquo;\u00e9valuations. Quel que soit le groupe, seuls compteront les progr\u00e8s enregistr\u00e9s, surtout s&rsquo;ils sont exceptionnels. La Pologne, d\u00e9j\u00e0, se donne quatre ans pour n\u00e9gocier et ratifier. La Hongrie esp\u00e8re aller encore plus vite. Chirac et Kohl ont annonc\u00e9 mieux encore : 2002.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Quels sont pour l&rsquo;Europe les enjeux et les efforts ? Les enjeux sont d&rsquo;abord les 100 millions d&rsquo;Europ\u00e9ens qui rejoindront l&rsquo;Union. Certes, ils ne rassemblent qu&rsquo;un PNB comparable \u00e0 celui des Pays-Bas. Mais tous esp\u00e8rent de leur inclusion dans la communaut\u00e9 et dans sa monnaie unique une vie plus ais\u00e9e, d\u00e8s qu&rsquo;ils auront rempli les trois crit\u00e8res, dits de Copenhague : garantie d&rsquo;institutions d\u00e9mocratiques, d&rsquo;une \u00e9conomie de march\u00e9, d&rsquo;une adh\u00e9sion aux objectifs de l&rsquo;union politique, \u00e9conomique et mon\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n<p>Outre leurs propres efforts, l&rsquo;Union, sur son budget plafonn\u00e9 jusqu&rsquo;ici \u00e0 1,27% du PNB communautaire, a promis des aides \u00e0 l&rsquo;\u00e9largissement pour la p\u00e9riode 2000-2006, de 75 milliards d&rsquo;\u00e9cus, soit 500 milliards de francs. Le \u00ab\u00a0partenariat pour l&rsquo;adh\u00e9sion\u00a0\u00bb est donc chiffr\u00e9 d\u00e9j\u00e0, au-del\u00e0 des obligations de cette feuille de route, avec ses engagements de r\u00e9sultats. Restructuration de la sid\u00e9rurgie polonaise, TVA en Slov\u00e9nie, d\u00e9mant\u00e8lement d&rsquo;une centrale nucl\u00e9aire en Lituanie, naturalisation des \u00e9trangers en Estonie, usage des langues minoritaires en Slovaquie, gestion et contr\u00f4le des fronti\u00e8res pour la Pologne : l&rsquo;Union n&rsquo;a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 \u00eatre tr\u00e8s directive, dans la diversit\u00e9 m\u00eame, et \u00e0 imposer sa propre strat\u00e9gie d&rsquo;adh\u00e9sion.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, les zones d&rsquo;incertitude demeurent : le sort qui sera fait \u00e0 Chypre en est une. Faudra-t-il attendre que le statut des Chypriotes turcs soit pr\u00e9alablement r\u00e9gl\u00e9 ? La pression des Europ\u00e9ens est forte pour ne pas patienter longtemps. D&rsquo;autant que la Turquie est elle-m\u00eame candidate depuis 1987, mais sans avoir lev\u00e9 les obstacles politiques, culturels ou religieux. Quid aussi de Malte, pas d\u00e9cid\u00e9e, de la Norv\u00e8ge, qui, en 20 ans, a dit non deux fois \u00e0 l&rsquo;Europe, de la Suisse, de la Yougoslavie, de l&rsquo;Albanie, h\u00e9sitantes ou encore inadapt\u00e9es ?<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l&rsquo;imm\u00e9diat, restent deux questions br\u00fblantes. L&rsquo;une d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e : la r\u00e9forme des institutions de l&rsquo;Union, pour qu&rsquo;elle fonctionne encore au-del\u00e0 de quinze membres. L&rsquo;autre, sempiternelle : l&rsquo;\u00e9largissement favorisera-t-il l&rsquo;Europe f\u00e9d\u00e9rale ou l&rsquo;Europe conf\u00e9d\u00e9rale ? Je conseille de ne pas poursuivre cet exercice fatigant et th\u00e9orique. Dans dix ans, on verra aux r\u00e9sultats et \u00e0 la manifestation de la conscience europ\u00e9enne, nations et citoyens, alors entendus. Les n\u00e9cessit\u00e9s historiques r\u00e9v\u00e8lent g\u00e9n\u00e9ralement les \u00e9vidences, tel ce d\u00e9sir d&rsquo;\u00e9largir l&rsquo;Europe, exprim\u00e9 \u00e0 Bruxelles si fort, cette semaine.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">La tourn\u00e9e africaine des Clinton.<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 28 mars 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0522<\/p>\n\n\n\n<p>En cette fin de mars, j&rsquo;aurais d\u00fb, moi aussi, gloser sur les pittoresques de la politique int\u00e9rieure fran\u00e7aise. Je n&rsquo;en ai pas eu le coeur. Voici plus de vingt ans que je n&rsquo;ai cess\u00e9 d&rsquo;en d\u00e9crire les d\u00e9voiements, d&rsquo;appeler aux redressements, de d\u00e9signer les mesures urgentes. Allais-je encore r\u00e9p\u00e9ter : \u00ab\u00a0Effort de chacun, d\u00e9mocratie vivante\u00a0\u00bb, d\u00e9noncer le cumul des mandats, r\u00e9clamer que les bulletins de vote blancs ne soient pas compt\u00e9s avec les bulletins nuls ? L&rsquo;accaparement de la vie publique par quatre formations qui monopolisent les places, les financements, l&rsquo;information, au point de rappeler la fin de la 3\u00e8me R\u00e9publique. Qui fa\u00e7onnent \u00e0 leur avantage la loi \u00e9lectorale et les r\u00e9glements. Qui campent sur la vie des citoyens anonymes, dont ils ont fini par perdre toute consid\u00e9ration. Qui ne respectent pas les lois qu&rsquo;ils ont vot\u00e9es et ne les font m\u00eame plus respecter. Qui ont abandonn\u00e9 au profit du Front National cette \u00e9l\u00e9mentaire exigence, l&rsquo;investissant ainsi -\u00f4 surprise- de cette vertu r\u00e9publicaine essentielle. Tel est le tableau sinistre de cette d\u00e9mocratie d&rsquo;ombres, d&rsquo;apparences et de douteuse honn\u00eatet\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, pour me changer les id\u00e9es, je me suis mis en remorque de la tourn\u00e9e africaine des Clinton, \u00e9tendue sur onze jours, un record. Eux aussi ont besoin d&rsquo;\u00e9chapper au climat d\u00e9l\u00e9t\u00e8re de Washington. Au demi-millier de reporters, le Pr\u00e9sident a rappel\u00e9 qu&rsquo;il traiterait des affaires int\u00e9rieures, seulement de retour \u00e0 la maison. Pour l&rsquo;heure son \u00e9pouse, ange tut\u00e9laire et indulgent, guide ses pas africains. L&rsquo;an dernier, en compagnie de sa fille, Chelsea, elle aura accompli un p\u00e9riple de rep\u00e9rage, quasi officiel, qui re\u00e7ut bien des louanges. Depuis Jimmy Carter, en 1978, vingt ans d\u00e9j\u00e0, l&rsquo;Afrique n&rsquo;avait pas connu une pens\u00e9e am\u00e9ricaine g\u00e9n\u00e9reuse, quoique int\u00e9ress\u00e9e, ce qui ne peut surprendre. Cette fois-ci, pour s&rsquo;en tenir aux intentions annonc\u00e9es, la grande d\u00e9mocratie de l&rsquo;Ouest aurait renonc\u00e9 aux comp\u00e9titions hasardeuses auxquelles l&rsquo;Union sovi\u00e9tique l&rsquo;avait contrainte nagu\u00e8re, aupr\u00e8s d&rsquo;Etats aux m\u00e9thodes et \u00e0 la moralit\u00e9 \u00e9quivoques. D\u00e9sormais, elle n&rsquo;encouragera que ceux qui aspirent \u00e0 la libert\u00e9 et au progr\u00e8s des peuples. Ainsi l&rsquo;itin\u00e9raire pr\u00e9sidentiel a-t-il \u00e9vit\u00e9 le Soudan, le Nigeria, le Congo, parmi les plus importants, mais les plus dictatoriaux. Notons que Jean-Paul II \u00e9tait au Nigeria, la veille de l&rsquo;arriv\u00e9e de Clinton au Ghana, o\u00f9 il perdit ses nerfs. Le Pape, lui, affronta directement l&rsquo;un des r\u00e9gimes qui pi\u00e9tinent all\u00e8grement les droits essentiels de la personne. Autres m\u00e9thodes, \u00e9videmment.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier souci du couple pr\u00e9sidentiel est de persuader les trente millions de Noirs am\u00e9ricains, descendants d&rsquo;un esclavage qui ne fut aboli qu&rsquo;en 1865, que le chef d\u00e9mocrate, fid\u00e8le \u00e0 sa client\u00e8le, honorait leurs racines et comptait sur leur soutien. Avec la caution de Nelson Mandela, d&rsquo;une Afrique du Sud d\u00e9sormais multiculturelle, il ne peut \u00eatre que convaincant, pour une communaut\u00e9 noire qui, aux Etats-Unis, n&rsquo;aura trouv\u00e9 que dans les ann\u00e9es 60 une assise \u00e0 peu pr\u00e8s paritaire. Ici et l\u00e0, l&rsquo;histoire est diablement r\u00e9cente. Clinton ne cache pas, d&rsquo;autre part, que les affaires guident ses pas. L&rsquo;Afrique est \u00e0 la fois un march\u00e9 potentiel de 700 millions de consommateurs et un r\u00e9servoir consid\u00e9rable de mati\u00e8res premi\u00e8res \u00e0 exploiter, minerais et p\u00e9trole. De grands investisseurs am\u00e9ricains sont d\u00e9j\u00e0 \u00e0 pied d&rsquo;oeuvre. Le slogan gouvernemental est \u00ab\u00a0pas d&rsquo;aide, mais du commerce\u00a0\u00bb. Pour \u00eatre d\u00e9cent, Clinton aura annonc\u00e9 cependant \u00e0 Kampala (Ouganda) 182 millions de dollars (ce qui n&rsquo;est pas le P\u00e9rou) pour toute cette Afrique qui aspire \u00e0 la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de Washington (120 pour l&rsquo;enseignement, 61 pour la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et 1 million pour la lutte contre la malaria et autres end\u00e9mies, excusez du peu ! ). En \u00e9change, les exportations africaines, sauf les bananes et le coton sans doute, \u00e9chapperaient \u00e0 des contraintes tarifaires et douani\u00e8res, aux USA.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Quelles que soient les supputations sur le d\u00e9collage imminent ou prochain du d\u00e9veloppement africain, les balbutiements commerciaux ne combleront pas les besoins immenses d&rsquo;\u00e9quipements publics. Et surtout, les investisseurs ext\u00e9rieurs r\u00e9clament stabilit\u00e9 et s\u00e9curit\u00e9. Les paris risqu\u00e9s -et complices de multiples massacres- qui ont \u00e9t\u00e9 faits par Washington, lequel, apr\u00e8s avoir install\u00e9 Mobutu dans les ann\u00e9es 60, l&rsquo;a l\u00e2ch\u00e9 au b\u00e9n\u00e9fice de Laurent Kabila, ces paris ont tellement d\u00e9\u00e7u que Clinton a renonc\u00e9 \u00e0 s&rsquo;arr\u00eater au Congo. Il aura aper\u00e7u Kabila \u00e0 la sauvette, en Ouganda. Tout n&rsquo;est donc pas limpide. Comme cette repentance, \u00e0 la mode, sur l&rsquo;exploitation de l&rsquo;esclavage par les Etats-Unis, jadis, qui parut au Pr\u00e9sident moins importante que le p\u00e9ch\u00e9 d&rsquo;indiff\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;Afrique jusqu&rsquo;aux ann\u00e9es 1990. Celui-ci e\u00fbt \u00e9t\u00e9 bien avis\u00e9 pourtant d&rsquo;insister sur l&rsquo;esclavage actuel qui s\u00e9vit sur toute l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Est, jusqu&rsquo;au Moyen-Orient compris. Mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas dans le programme soigneusement pes\u00e9, depuis un an&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, r\u00e9jouissons-nous de tant de bonnes intentions, humanitaires et m\u00eame mercantiles, et aussi de l&rsquo;escale finale, apr\u00e8s le Rouanda, le Botswana, l&rsquo;Afrique du Sud, au S\u00e9n\u00e9gal, sur lequel le Professeur am\u00e9ricain John Waterbury a \u00e9crit des \u00e9tudes si p\u00e9n\u00e9trantes, apr\u00e8s ses oeuvres de jeunesse sur le Maroc<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;U.E.O. a cinquante ans.<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 21 mars 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0521<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Union de l&rsquo;Europe occidentale a cinquante ans ! La belle affaire&#8230; Elle fut cr\u00e9\u00e9e le 17 mars 1948, par le Trait\u00e9 de Bruxelles entre la France, la Grande Bretagne, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg, parmi les menaces montantes de l&rsquo;imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre. Elle aspirait alors \u00e0 \u00eatre un pacte de s\u00e9curit\u00e9 mutuelle, tout membre menac\u00e9 recevant le soutien des autres. On l&rsquo;\u00e9tendit \u00e0 l&rsquo;Allemagne de l&rsquo;Ouest, en 1954, apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9chec de la Communaut\u00e9 europ\u00e9enne de d\u00e9fense (C.E.D.) jusqu&rsquo;\u00e0 la Gr\u00e8ce en mars 1995. Depuis, bien que dot\u00e9e d&rsquo;un Conseil de 10 membres dont l&rsquo;Espagne et le Portugal, de 5 Etats observateurs, de 9 Etats partenaires associ\u00e9s, dot\u00e9e encore d&rsquo;une Assembl\u00e9e, d&rsquo;une administration, rest\u00e9e squelettique, jamais elle n&rsquo;aura r\u00e9ussi \u00e0 devenir le bras arm\u00e9 des Europ\u00e9ens. Ni m\u00eame le t\u00e9moignage de leur volont\u00e9 d&rsquo;assurer leur propre d\u00e9fense, hors de la domination des Am\u00e9ricains, r\u00e9gnant sur l&rsquo;OTAN. En 1966, le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle prit la d\u00e9cision de rompre avec cette organisation, int\u00e9gr\u00e9e au contr\u00f4le de Washington. Apr\u00e8s cet acte salutaire, on n&rsquo;a pas aper\u00e7u chez les Europ\u00e9ens la moindre trace relevant d&rsquo;une pareille \u00e9nergie. Comme si ces \u00ab\u00a0europ\u00e9ens convaincus\u00a0\u00bb, selon le truisme habituel, ne pouvaient concevoir une union que dans la d\u00e9pendance de l&rsquo;ext\u00e9rieur et sous un parapluie dont ils ne tenaient pas le manche. Un demi-si\u00e8cle d\u00e9j\u00e0 de postures h\u00e9ro\u00ef-comiques, prises par des marionnettes&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Les temps changent-ils ? On peut en douter. Les Verts allemands, votant ce mois-ci un programme radical, exigent le retrait du contingent allemand de la S.F.O.R. et la transformation de l&rsquo;OTAN en un syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9en autonome ; donc, sans les Am\u00e9ricains. Toute la politico-technostructure germanique les a imm\u00e9diatement trait\u00e9s \u00ab\u00a0d&rsquo;irresponsables\u00a0\u00bb. Comme si l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une quelconque ind\u00e9pendance \u00e9tait h\u00e9r\u00e9tique et incongrue. A moins que ce premier retour aux r\u00e9alit\u00e9s soit pr\u00e9monitoire des nouveaut\u00e9s de l&rsquo;avenir, quoique scandaleux pour le pr\u00e9sent ? L&rsquo;Europe sans l&rsquo;Am\u00e9rique : allons donc ! La pens\u00e9e dominante pr\u00e9pare d\u00e9j\u00e0 ses bulldozers.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Sans doute faudra-t-il bien trois quarts de si\u00e8cle pour que s&rsquo;accomplisse la longue gestation d&rsquo;une conf\u00e9d\u00e9ration d&rsquo;Etats souverains. Les premiers vagissements furent provoqu\u00e9s par les pressions de l&rsquo;expansion sovi\u00e9tique. Les bons docteurs de Washington plac\u00e8rent sous surveillance sp\u00e9ciale ces populations ext\u00e9nu\u00e9es et ruin\u00e9es, soulag\u00e9es de retrouver le g\u00eete et le couvert ainsi que la s\u00e9curit\u00e9. Quarante-cinq ans apr\u00e8s, l&#8217;empire communiste s&rsquo;effondrait de l&rsquo;int\u00e9rieur. Mais de 1990 \u00e0 1998, les Europ\u00e9ens se sont comport\u00e9s comme s&rsquo;ils ne s&rsquo;\u00e9taient pas aper\u00e7us qu&rsquo;ils d\u00e9tenaient, au fond de leurs poches, les clefs de leur libert\u00e9. Ils avaient, certes, beaucoup t\u00e2tonn\u00e9 d\u00e9j\u00e0. Les uns r\u00eavaient d&rsquo;un Etat f\u00e9d\u00e9ral, anim\u00e9 par une administration anonyme, et qui transformerait les nations en les \u00e9miettant par provinces. D&rsquo;autres souhait\u00e8rent la Conf\u00e9d\u00e9ration qui respecterait la conscience profonde des peuples et les institutions qu&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9taient donn\u00e9es. La th\u00e9orie \u00e9tant plus t\u00eatue que les r\u00e9alit\u00e9s, on t\u00e2ta de la politique, de l&rsquo;\u00e9conomie, du social, du culturel. Enfin roul\u00e8rent sur la table les d\u00e9s d&rsquo;une monnaie unique. Le grand pari des Europ\u00e9ens semble prosp\u00e9rer gr\u00e2ce \u00e0 ce levier, parmi les plus efficaces. L&rsquo;Union europ\u00e9enne, si taiseuse et docile, aurait, ainsi et enfin, assur\u00e9 sa perc\u00e9e. Ce sera une r\u00e9volution mon\u00e9taire et \u00e9conomique, par laquelle la modification g\u00e9n\u00e9rale prendra toutes formes, naturellement et selon l&rsquo;air du temps.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi pour l&rsquo;UEO, qui aura tant attendu qu&rsquo;elle \u00e9tait devenue immat\u00e9rielle et diaphane. Ses handicaps et sa paralysie ont \u00e9t\u00e9 soigneusement entretenus par les Allemands et les Britanniques, ayant toujours pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 les directives de l&rsquo;OTAN am\u00e9ricaine aux al\u00e9as et aux efforts d&rsquo;une d\u00e9fense europ\u00e9enne. Malgr\u00e9 la r\u00e9solution de Georges Pompidou dans les ann\u00e9es 1970, ces attitudes de nos partenaires ne se sont gu\u00e8re modifi\u00e9es. Au demeurant, l&rsquo;UEO a v\u00e9cu pendant 40 ans dans l&rsquo;ombre d\u00e9bilitante de l&rsquo;OTAN. L&rsquo;int\u00e9gration des forces europ\u00e9ennes sous le commandement supr\u00eame am\u00e9ricain, \u00e0 l&rsquo;exception des fran\u00e7aises et des espagnoles, aura \u00e9t\u00e9 totale et d\u00e9terminante. C&rsquo;est dire que le renforcement op\u00e9rationnel de l&rsquo;UEO, dans les derni\u00e8res ann\u00e9es, rel\u00e8ve plus de timides fr\u00e9missements que d&rsquo;une d\u00e9termination nouvelle. La cr\u00e9ation de l&rsquo;Eurocorps, initiative franco-allemande, au d\u00e9part, la constitution d&rsquo;unit\u00e9s europ\u00e9ennes pouvant intervenir avec ou sans participation am\u00e9ricaine (les GFIM), la perspective d&rsquo;une agence europ\u00e9enne de l&rsquo;armement qu&rsquo;il faudra bien sortir des limbes, des int\u00e9r\u00eats consid\u00e9rables \u00e9tant en jeu, sont autant de signes que l&rsquo;UEO comme les plantes du d\u00e9sert, attend l&rsquo;eau bienfaisante pour se h\u00e2ter vers quelque pl\u00e9nitude. De la Bosnie \u00e0 l&rsquo;Albanie, l&rsquo;UEO aurait pu, \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence, s&rsquo;affirmer. Disons que, sans surprise, elle ne l&rsquo;a pas pu, par d\u00e9faut d&rsquo;autorisation. Esp\u00e9rons que le partenariat prendra enfin le dessus sur une mise \u00e0 disposition des forces europ\u00e9ennes qui fut trop longtemps sans condition. .<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Comme le temps change !<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 14 mars 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0520<\/p>\n\n\n\n<p>Comme le temps change ! Je lis, ce mois-ci, dans la presse marocaine, prudente de longue date mais pluraliste, une information qui tire l&rsquo;oeil. En tous cas, le mien. \u00ab\u00a0Amnesty International tiendra son prochain congr\u00e8s au Maroc\u00a0\u00bb. Il y a belle lurette que des firmes mondiales, des associations prestigieuses de savants et sp\u00e9cialistes en toutes disciplines ont tenu des conf\u00e9rences solennelles au Maroc. Dans un palais digne de l&rsquo;abriter, le cycle de l&rsquo;Uruguay s&rsquo;est ainsi conclu \u00e0 Marrakech en 1994, avec la cr\u00e9ation de l&rsquo;Organisation mondiale du Commerce. Les marques automobiles, les produits pharmaceutiques, les professions lib\u00e9rales, les universitaires, la litt\u00e9rature, la peinture, les philosophes s&rsquo;y bousculent \u00e0 la belle saison, qui d\u00e9sormais couvre toute l&rsquo;ann\u00e9e. Durant ce d\u00e9fil\u00e9 de sommit\u00e9s internationales, le pays menait sa vie, partageant le labeur, la tradition et l&rsquo;aspiration \u00e0 la modernit\u00e9, en marge de cette brillante activit\u00e9 mondiale. La politique interne gardait pr\u00e9cautionneusement ses us et coutumes.<\/p>\n\n\n\n<p>Parlons net : qui aurait imagin\u00e9 voici dix ans qu&rsquo; \u00ab\u00a0Amnesty International\u00a0\u00bb viendrait tenir congr\u00e8s au Maroc, pays pour lequel cette organisation nourrissait une pr\u00e9vention soup\u00e7onneuse, d\u00e9non\u00e7ant de multiples atteintes au respect d\u00fb aux droits des personnes ? Un livre-charge paraissait alors en 1990, t\u00e9moignage f\u00e9roce, quoique de seconde main. En ces temps, p\u00e9rim\u00e9s d\u00e9sormais, j&rsquo;avais tent\u00e9 de faire admettre \u00e0 cette ONG, r\u00e9solue \u00e0 d\u00e9noncer, comme aux autorit\u00e9s marocaines, raidies face aux rapports et r\u00e9solutions, que le plus efficace \u00e9tait de se rencontrer, de s&rsquo;expliquer et de s&rsquo;aider mutuellement pour parvenir \u00e0 l&rsquo;essentiel, les droits de la personne. Mais la confiance ne r\u00e9gnait gu\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Amnesty International\u00a0\u00bb, organisation non-gouvernementale, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Londres en 1961, \u00e0 l&rsquo;instigation de l&rsquo;avocat britannique Peter Benenson, en faveur \u00ab\u00a0des prisonniers d&rsquo;opinion oubli\u00e9s\u00a0\u00bb. L&rsquo;ancien ministre irlandais des Affaires \u00e9trang\u00e8res , Sean Mac Bride, ancien secr\u00e9taire adjoint de l&rsquo;ONU, prix Nobel de la paix, se consacra \u00e0 l&rsquo;essor de cette association, jusqu&rsquo;en 1988, date de sa mort, \u00e0 83 ans. L&rsquo;entreprise s&rsquo;est beaucoup d\u00e9velopp\u00e9e, ayant plus d&rsquo;un million d&rsquo;adh\u00e9rents et pr\u00e8s de 5.000 groupes de b\u00e9n\u00e9voles, r\u00e9partis en 92 pays. Financ\u00e9e par des contributions priv\u00e9es, souvent celles de donateurs tr\u00e8s modestes, affichant son ind\u00e9pendance, avec des buts \u00e9minemment honorables, auxquels tout d\u00e9mocrate et personne de coeur peut ais\u00e9ment souscrire, \u00ab\u00a0Amnesty International\u00a0\u00bbd\u00e9c\u00e8le et soutient les plus d\u00e9munis,les tortur\u00e9s et les otages,recherche les disparus ou perp\u00e9tue leur m\u00e9moire. Des milliers de dossiers concernent des milliers de personnes.Prisonniers tortur\u00e9s \u00e0 mort,ex\u00e9cutions capitales,disparus,il faut compter par milliers ou dizaines de milliers de drames ainsi recens\u00e9s. Les violations des droits de l&rsquo;homme sont le fait d&rsquo;une grande majorit\u00e9 des Etats. Les d\u00e9tracteurs de cette action mondiale ont pr\u00e9tendu qu&rsquo;elle \u00e9tait inspir\u00e9e et soutenue par l&rsquo;Est comme par l&rsquo;Ouest, que ses mobiles \u00e9taient politiques, \u00e9conomiques, voire religieux. Etc, etc. Plus simplement, il doit lui arriver d&rsquo;\u00eatre parfois mal avis\u00e9e, mais son imperturbable t\u00e9nacit\u00e9 m\u00e9rite toute consid\u00e9ration. On annonce la visite, en mai prochain, d&rsquo;une d\u00e9l\u00e9gation internationale d&rsquo; \u00ab\u00a0Amnesty International\u00a0\u00bb pr\u00e9sid\u00e9e par son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral Pierre SANE.<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p>Donc, de source marocaine, \u00ab\u00a0Amnesty International\u00a0\u00bb tiendra son prochain congr\u00e8s en ao\u00fbt 1999, au Maroc. L&rsquo;Association des groupes d&rsquo;Amnesty International au Maroc (A.G.A.I.M.), cr\u00e9\u00e9e en 1994,comportant cinq groupes, a annonc\u00e9 cette grande nouvelle. L&rsquo;Organisation et l&rsquo;Association marocaines des droits de l&rsquo;homme, la f\u00e9d\u00e9ration internationale des Ligues des droits de l&rsquo;homme \u00e9taient r\u00e9unies.Le Ministre de la Justice, M. Omar Azzimane, assistait \u00e0 l&rsquo;ouverture des journ\u00e9es euro-m\u00e9diterran\u00e9ennes des droits de l&rsquo;homme. Des magistrats, des procureurs y ont particip\u00e9. Le Pr\u00e9sident de l&rsquo;OMDH a d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab\u00a0La justice est avec la d\u00e9mocratie le fondement de l&rsquo;Etat de droit. Sans justice ind\u00e9pendante, impartiale et efficace, la r\u00e8gle de droit demeure th\u00e9orique et perd toute cr\u00e9dibilit\u00e9, ce qui ouvre la porte \u00e0 l&rsquo;arbitraire, \u00e0 la violence, \u00e0 la corruption et \u00e0 l&rsquo;instabilit\u00e9 politique\u00a0\u00bb. Tout est dit, en quelques mots.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le m\u00eame temps, un hebdomadaire \u00e9conomique de Casablanca a consacr\u00e9 un dossier-enqu\u00eate sur \u00ab\u00a0Corruption, d\u00e9mocratie et \u00e9tat de droit\u00a0\u00bb, s&rsquo;int\u00e9ressant, en outre, \u00e0 la place du Maroc dans l&rsquo;\u00e9chelle \u00e9tablie par les agences internationales de notation, selon la fiabilit\u00e9 \u00e9conomico-politique.<\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e9sence d&rsquo; \u00ab\u00a0Amnesty International\u00a0\u00bb, classement des agences de notation, tout se tient. Comme disait un personnage de roman, que je cite de m\u00e9moire &#8211; tr\u00e8s mal : \u00ab\u00a0Il faut que tout change pour que rien ne change\u00a0\u00bb. C&rsquo;est-\u00e0-dire cette vivante et s\u00e9culaire all\u00e9gresse du Maroc en son destin.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">La servitude .<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 7 mars 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0519<\/p>\n\n\n\n<p>La servitude est infinie, mais l&rsquo;esclavage est solennellement d\u00e9nonc\u00e9. Du moins de nos jours. Car, de ce que nous connaissons depuis la nuit des temps, de 5.000 \u00e0 3.000 ans avant notre \u00e8re, l&rsquo;\u00e2ge de bronze peut-\u00eatre, les humains, perdus dans l&rsquo;immensit\u00e9 terrestre, se capturaient et s&rsquo;asservissaient, ma\u00eetres implacables et esclaves pitoyables. Bien plus tard, au VII\u00e8 si\u00e8cle avant J.C., les gens de Sparte r\u00e9duisirent en esclavage leurs voisins Mess\u00e9niens qu&rsquo;ils avaient vaincus. Les d\u00e9mocraties de la Gr\u00e8ce antique, comme les tyrans, avaient codifi\u00e9, dans les canons de leurs soci\u00e9t\u00e9s, les inf\u00e9rieurs vou\u00e9s \u00e0 l&rsquo;exploitation totale. La Rome imp\u00e9riale fit encore plus fort, \u00e0 la mesure de son extension, jusqu&rsquo;au-del\u00e0 de son \u00ab\u00a0limes\u00a0\u00bb. Que l&rsquo;histoire fut rest\u00e9e muette pour le futur, ou qu&rsquo;elle ait gard\u00e9 ses archives, on a la certitude que la nature humaine n&rsquo;a \u00e9prouv\u00e9 aucune indulgence pour les plus faibles. Et les religions, jusqu&rsquo;apr\u00e8s les temps modernes, n&rsquo;ont gu\u00e8re respect\u00e9 la vertu de charit\u00e9 qu&rsquo;elles sont suppos\u00e9es illustrer. Les esprits g\u00e9n\u00e9reux, pli\u00e9s aux habitudes de leur \u00e9poque, ont d\u00fb \u00e9prouver une constante d\u00e9sillusion. Les papes chr\u00e9tiens ne furent pas meilleurs que d&rsquo;autres. Du XV\u00e8 si\u00e8cle au XVIII\u00e8 si\u00e8cle, avec les Grandes d\u00e9couvertes, le partage du Monde et les aventures am\u00e9ricaines, les besoins de l&rsquo;\u00e9conomie nouvelle en main-d&rsquo;oeuvre serve devinrent plus imp\u00e9rieux. La traite des Noirs africains exer\u00e7a la sinistre besogne de transplantation, de d\u00e9possession et de mort pour des millions d&rsquo;individus; les blessures inflig\u00e9es \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 ne sont pas encore pr\u00eates \u00e0 se refermer, d&rsquo;autant que les m\u00e9thodes se sont modernis\u00e9es. \u00e0 proportion des progr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p>En l&rsquo;an 1998, pourquoi \u00e9voquer ce versant d&rsquo;une vall\u00e9e, arros\u00e9e de tant de larmes ? Parce que la France va comm\u00e9morer le si\u00e8cle et demi qui s&rsquo;est \u00e9coul\u00e9 depuis qu&rsquo;elle a aboli l&rsquo;esclavage ? Doit-on tellement s&rsquo;en vanter ? En 1794, la 1\u00e8re R\u00e9publique &#8211; la Convention &#8211; avait bani l&rsquo;esclavage. Huit ans apr\u00e8s, en 1802, Napol\u00e9on 1er le r\u00e9tablissait. Il fallut attendre la II\u00e8 R\u00e9publique, en 1848, pour obtenir du d\u00e9finitif, gr\u00e2ce \u00e0 un sous-secr\u00e9taire d&rsquo;Etat aux Colonies, Victor Schoelcher. Les Etats-Unis se sont divis\u00e9s en une furieuse guerre de s\u00e9cession (1861-65) dont ils ne se sont pas encore remis, avant de s&rsquo;exon\u00e8rer de l&rsquo;esclavage en 1865. En 1926, la Convention de la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations, ratifi\u00e9e par 44 Etats, couronnait les efforts d&rsquo;une communaut\u00e9 internationale qui avait, en 1890, affirm\u00e9 son intention de venir \u00e0 bout de l&rsquo;esclavage, sous toutes ses formes.<\/p>\n\n\n\n<p>Lente, trop lente progression marqu\u00e9e aussi par les conventions de l&rsquo;OIT de 1930 et 1957, sur l&rsquo;abolition du travail forc\u00e9, et en 1980, enfin, par la d\u00e9cision de la Mauritanie de renoncer \u00e0 l&rsquo;esclavage, laissant 700.000 harratin, sans moyens de sortir de leur condition. Les estimations et les statistiques sont fragiles : entre 4 et 150 millions de Noirs africains auraient subi une d\u00e9portation implacable. En 1787, la traite annuelle aurait \u00e9t\u00e9 de 100.000, effectu\u00e9e par les Anglais, les Fran\u00e7ais, les Portugais, les Hollandais et les Danois. Du VII\u00e8 au XX\u00e8 si\u00e8cle, la traite op\u00e9r\u00e9e par les musulmans aurait atteint plusieurs dizaines de millions d&rsquo;esclaves. Le rapport de l&rsquo;OIT de 1993 sur les pays pratiquant encore l&rsquo;esclavage mentionne l&rsquo;Afrique du Sud, le B\u00e9nin, la C\u00f4te d&rsquo;Ivoire, le Ghana, le Togo, le Br\u00e9sil, le Cameroun et le Nig\u00e9ria, la Chine, l&rsquo;Irak, les Etats du Golfe, le Liban, l&rsquo;Inde, le Pakistan, le N\u00e9pal, le Bangladesh, le Sri Lanka, le Myanmar, le P\u00e9rou, les Philippines, le Portugal, le Soudan, la Tha\u00eflande. Cette trop longue \u00e9num\u00e9ration couvre des formes traditionnelles et des formes modernes d&rsquo;ali\u00e9nation, si je puis dire, tel le travail clandestin des enfants. Esclaves ou travailleurs forc\u00e9s, alors que le servage et aboli officiellement dans tous les pays, combien sont-ils ? 200 millions d&rsquo;adultes, 250 millions d&rsquo;enfants, soit 10 % de la main-d&rsquo;oeuvre en Inde.<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p>Tel est le triste tableau de notre \u00ab\u00a0modernit\u00e9\u00a0\u00bb. Il conditionne l&rsquo;id\u00e9e m\u00eame que les Etats se font du respect des droits de l&rsquo;homme. A entendre les dirigeants chinois et asiatiques, il y aurait une culture asiatique sp\u00e9cifique, incompatible avec la notion des droits de l&rsquo;homme vus par les Nations-Unies. Comme si, sur une question, de principe et de coeur, aussi fondamentale, le folklore \u00e9tait de mise et justifiait tous accommodements et omissions. Il est \u00e9vident que la mondialisation, entendue comme la perm\u00e9abilit\u00e9 des \u00e9conomies et de leurs \u00e9changes, ne pourra qu&rsquo;amener \u00e0 la surface de l&rsquo;actualit\u00e9 toutes les pratiques d&rsquo;exploitation des plus faibles, ali\u00e9nant implacablement leur destin. Les femmes et les enfants sont les principales victimes des formes contemporaines d&rsquo;esclavage, comme l&rsquo;a soulign\u00e9, en 1997, la Commission des droits de l&rsquo;homme des Nations-Unies. Les Etats du monde sont encore tr\u00e8s loin de la Convention europ\u00e9enne et des possibilit\u00e9s de recours qu&rsquo;elle offre devant les juridictions.<\/p>\n\n\n\n<p>Montesquieu affirmait : \u00ab\u00a0L&rsquo;esclavage est contre nature\u00a0\u00bb, s&rsquo;\u00e9tonnant qu&rsquo;Aristote ait voulu qu&rsquo;il y a des esclaves par nature. On ne le louera jamais assez d&rsquo;avoir ainsi rompu avec l&rsquo;opportunisme ind\u00e9cent des si\u00e8cles si propices \u00e0 la servitude, par la guerre, l&rsquo;hostilit\u00e9 religieuse et la recherche d&rsquo;un profit. Mais la dignit\u00e9 des hommes est encore loin d&rsquo;avoir recueilli les \u00e9gards qu&rsquo;elle r\u00e9clame pour \u00eatre sinc\u00e8rement honor\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Proche Orient : le r\u00e9v\u00e9lateur.<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi, 28 f\u00e9vrier 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0518<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9v\u00e9lateur : ce bain chimique par lequel les photographes font appara\u00eetre une image latente en image visible. Kofi Annan, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral des Nations Unies, sans le vouloir probablement, aura ainsi servi \u00e0 donner, aux affaires du Proche-Orient, une perspective qu&rsquo;elles tardaient \u00e0 rev\u00eatir. La ridicule exp\u00e9dition punitive de Washington sur le corps pantelant de L&rsquo;Irak a \u00e9t\u00e9 \u00e0 tout le moins diff\u00e9r\u00e9e, sur l&rsquo;insistance de membres du Conseil de S\u00e9curit\u00e9 et de son mandataire. Les troupes am\u00e9ricaines vont camper \u00e0 port\u00e9e de leurs objectifs, se r\u00e9servant \u00ab\u00a0un droit unilat\u00e9ral\u00a0\u00bb \u00e0 intervenir, si Saddam Hussein transgressait ses engagements pris avec l&rsquo;ONU, le 23 f\u00e9vrier.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9monstration a \u00e9t\u00e9 cependant faite qu&rsquo;une issue pacifique de la crise \u00e9tait possible et que la fatalit\u00e9 des recours \u00e0 la force relevait de la schizophr\u00e9nie d&rsquo;une politique de puissance. Certains ne verront l\u00e0 qu&rsquo;une perip\u00e9tie dans la pr\u00e9\u00e9minence mondiale des Etats-Unis. J&rsquo;ai la conviction qu&rsquo;ils se trompent.<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p>Les Etats-Unis viennent d&rsquo;administrer la preuve qu&rsquo;ils sont incapables, par arrogance ou par d\u00e9faut de subtilit\u00e9, de concevoir, au-del\u00e0 des coups de b\u00e2ton, une politique dont ils puissent imaginer les cons\u00e9quences et les r\u00e9sultats, m\u00eame limit\u00e9s \u00e0 leurs seuls int\u00e9r\u00eats. Une politique qu&rsquo;ils puissent faire accepter, en termes clairs et forts, par leurs citoyens, r\u00e9pondant \u00e0 leur sentimentalit\u00e9 et leur \u00e9go\u00efsme. Leur \u00e9chec est patent : l&rsquo;\u00e9quip\u00e9e pitoyable de Madeleine Albright, de William Cohen, de Samuel Berger, (les porte-parole de Clinton \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de l&rsquo;Etat d&rsquo;Ohio), a soulign\u00e9 assez le d\u00e9sarroi et la stup\u00e9faction du public am\u00e9ricain devant une politique aussi aveugle de ses lendemains. La premi\u00e8re cons\u00e9quence de ces courtes pantomimes est que les partenaires des Etats-Unis vont devoir admettre, levant le bandeau qu&rsquo;ils avaient volontairement maintenu sur leurs yeux, que la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine traverse une crise profonde. Le Pr\u00e9sident Clinton, dans son discours si r\u00e9ussi sur l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;Union, s&rsquo;est fort justement interrog\u00e9 : \u00ab\u00a0Sommes-nous vraiment une nation ?\u00a0\u00bb Interrogation qui concerne d\u00e9sormais l&rsquo;avenir des Etats-Unis, leur coh\u00e9sion, leur capacit\u00e9 \u00e0 surmonter les \u00e9preuves n\u00e9es des contestations int\u00e9rieures et ext\u00e9rieures. Il faut \u00eatre europ\u00e9en, ou mieux encore anglais fa\u00e7on Tony Blair, pour s&rsquo;\u00e9garer, au point de ne plus d\u00e9celer le doute profond qui ronge la vie publique am\u00e9ricaine et peut la conduire aux plus f\u00e2cheuses improvisations.<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me cons\u00e9quence, de l&rsquo;accord sign\u00e9 \u00e0 Bagdad par le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral des Nations-Unies, est qu&rsquo;il faudra bien que les Etats-Unis, sauf s&rsquo;ils recourent \u00e0 \u00ab\u00a0leur droit unilat\u00e9ral\u00a0\u00bb dans le maniement de la r\u00e9torsion arm\u00e9e, dont ils ne se sont jamais priv\u00e9s, retrouvent quelque cr\u00e9dit moral dans le monde arabe. Leur politique du \u00ab\u00a0deux poids, deux mesures\u00a0\u00bb &#8211; notamment dans le respect des r\u00e9solutions des Nations-Unies &#8211; aura durablement dress\u00e9 contre eux l&rsquo;opinion arabe et, par cons\u00e9quent, mis en danger les dirigeants politiques du cru et \u00e9mouss\u00e9 leur docilit\u00e9. Il faudra tr\u00e8s rapidement, s&rsquo;ils veulent continuer \u00e0 y d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques, \u00e0 vendre des armes, \u00e0 monnayer la pr\u00e9sence de leurs forces arm\u00e9es, qu&rsquo;ils retrouvent un visage d&rsquo;arbitre, s&rsquo;ils l&rsquo;ont jamais eu. Qu&rsquo;ils aient aussi conscience du temps et du terrain perdus, depuis qu&rsquo;ils ont laiss\u00e9 glisser, \u00e0 la d\u00e9rive, l&rsquo;esprit de paix, n\u00e9 des accords d&rsquo;Oslo entre Palestiniens et Isra\u00e9liens. De quelle r\u00e9solution, de quel r\u00e9alisme dispose encore Bill Clinton pour imposer un arbitrage qui puisse rassurer le monde arabe et respecter enfin l&rsquo;\u00e9quit\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p>La troisi\u00e8me cons\u00e9quence de l&rsquo;apaisement, promu \u00e0 l&rsquo;honneur par Kofi Annan, est que les Etats-Unis doivent replacer enfin l&rsquo;Irak sur le march\u00e9 du p\u00e9trole. Ils sont au Moyen-Orient depuis 1944, d&rsquo;abord pour contr\u00f4ler le p\u00e9trole \u00e0 leur avantage. Or, ils ne peuvent pas priver plus longtemps les Irakiens de leur ressource essentielle. Ils ont us\u00e9 de tous les pr\u00e9textes pour exclure l&rsquo;Etat vaincu de son patrimoine \u00e9conomique. Ni l&rsquo;Iran, ni l&rsquo;Arabie Saoudite, ni quelques autres ne s&rsquo;en chagrinent, \u00e9videmment, surtout quand le baril est tomb\u00e9 au-dessous de 14 dollars. Mais le cynisme ne saurait tenir lieu de politique, quand une population accabl\u00e9e en est la victime. L&rsquo;Am\u00e9rique se glorifie d&rsquo;\u00eatre la seule superpuissance mondiale. Mais puisqu&rsquo;elle se targue d&rsquo;\u00eatre anim\u00e9e de pr\u00e9occupations morales, il lui faut \u00eatre une superpuissance tut\u00e9laire, sauf \u00e0 \u00eatre universellement ha\u00efe. Kofi Annan vient de le lui rappeler. Des gestes simples sont d\u00e9sormais \u00e0 faire sans retard : y compris celui de payer sa dette aux Nations-Unies.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Les faux amis<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 21 f\u00e9vrier 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0517<\/p>\n\n\n\n<p>. Les faux amis: est \u00e0 ranger dans cette cat\u00e9gorie, l&rsquo;AMI, l&rsquo;Accord multilat\u00e9ral sur l&rsquo;investissement, concoct\u00e9 par l&rsquo;OCDE, depuis plus de deux ans. Le gouvernement fran\u00e7ais a sembl\u00e9 s&rsquo;apercevoir, subitement, que cette organisation de 29 Etats membres, parmi les plus ais\u00e9s, tentait de resserrer un lacet autour de son cou, apr\u00e8s plus de deux ans d&rsquo;approches. En 1993, les accords du GATT avaient enfin lib\u00e9r\u00e9 le commerce mondial. Il convenait encore de d\u00e9livrer les investissements internationaux des contraintes que les Etats imposent, chez eux, \u00e0 leurs propres investisseurs. Perspective prometteuse pour les firmes multinationales, qui disposeraient d\u00e9sormais d&rsquo;un code les exon\u00e9rant, quand elles investissent, de toutes obligations sociales, fiscales ou concernant l&rsquo;utilisation de l&rsquo;espace. Aux Etats-Unis, qui d\u00e9tiennent la majorit\u00e9 absolue de ces soci\u00e9t\u00e9s mondiales, des organisations priv\u00e9es avaient cependant flair\u00e9 le danger -pour l&rsquo;environnement et pour la d\u00e9mocratie- de cette charte des droits pour les grands groupes multinationaux et des devoirs nouveaux des Etats vis-\u00e0-vis de ceux-ci. Sans doute les ONG avaient-elles per\u00e7u jusqu&rsquo;\u00e0 quelles extr\u00e9mit\u00e9s et d\u00e9rapages allait mener l&rsquo;\u00e9vangile de la mondialisation triomphante.<\/p>\n\n\n\n<p>En France, on se limitait alors \u00e0 une vigilance rel\u00e2ch\u00e9e sur l&rsquo; \u00ab\u00a0exception culturelle\u00a0\u00bb, obtenue dans les accords du GATT, voici 3 ans. Les gens de la culture et de l&rsquo;audiovisuel se sont r\u00e9veill\u00e9s en fanfare, ont alert\u00e9 les ministres, y compris le Premier, tous les \u00e9lus aussi, autour de cette sp\u00e9cificit\u00e9 sacr\u00e9e. Mais, au-del\u00e0 de celle-ci, chacun s&rsquo;est aper\u00e7u que l&rsquo;enjeu \u00e9tait plus vaste encore: il s&rsquo;agit, en effet, d&rsquo;abandonner, par cet accord multilat\u00e9ral en gestation, la souverainet\u00e9 d&rsquo;Etats, d\u00e9mocratiquement constitu\u00e9s, aux firmes multinationales anonymes et lib\u00e9r\u00e9es du contr\u00f4le des \u00e9lecteurs. Cette constatation faite, de la gauche \u00e0 la droite, une protestation g\u00e9n\u00e9rale devait se produire, ne laissant plus d&rsquo;espoir \u00e0 l&rsquo;OCDE de parvenir, durant le mois d&rsquo;avril, \u00e0 l&rsquo;adoption ( \u00e0 l&rsquo;unanimit\u00e9) d&rsquo;un code multilat\u00e9ral aussi l\u00e9onin pour les Etats et aussi exorbitant pour les soci\u00e9t\u00e9s,non seulement sur les biens culturels, mais sur l&rsquo;environnement et la protection sociale. Ajoutons que les Etats-Unis, qui ne sont pas \u00e0 une imp\u00e9rieuse contradiction pr\u00e8s, n&rsquo;entendent pas renoncer, dans cette perspective d&rsquo;une nuit du 4 ao\u00fbt des Etats, \u00e0 maintenir une port\u00e9e extraterritoriale \u00e0 leur l\u00e9gislation (d&rsquo;Amato, Helms-Burton) sur les investissements d&rsquo;autrui dans des pays qui leur d\u00e9plaisent.<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p>Nous vivons une p\u00e9riode prodigieusement int\u00e9ressante qui a d\u00e9velopp\u00e9 une capacit\u00e9 dialectique \u00e0 stipuler pour autrui, \u00e0 disposer du monde entier et, dans le m\u00eame temps, \u00e0 affirmer que le \u00ab\u00a0march\u00e9\u00a0\u00bb d\u00e9cidera de tout, par l&rsquo;exercice de ses vertus naturelles, qui ne sauraient \u00eatre malfaisantes. L&rsquo;int\u00e9grisme a aussi envahi le march\u00e9. A Davos, les grands pr\u00eatres de la mondialisation ont invoqu\u00e9 un v\u00e9ritable gouvernement mondial et prononc\u00e9 aussi quelques \u00ab\u00a0fatwas\u00a0\u00bb. La \u00ab\u00a0pens\u00e9e unique\u00a0\u00bb m\u00e8ne \u00e0 de telles fatalit\u00e9s, avec l&rsquo;accaparement des bienfaits de la croissance par les mieux plac\u00e9s et la d\u00e9rive des paum\u00e9s en tous genres. Avant de se lancer dans l&rsquo;appropriation des investissements au pouvoir des affaires, les crois\u00e9s du march\u00e9 devraient s&rsquo;interroger sur les capacit\u00e9s de celui-ci \u00e0 parer aux effets de sa propre volatilit\u00e9. On escompte, en effet, son autor\u00e9gulation naturelle pour faire merveille quand l&rsquo;inattendu arrive: telle la crise mon\u00e9taire asiatique, devenue crise toutes cat\u00e9gories, avant de gagner le village plan\u00e9taire. Comment se contenter d&rsquo;esquiver les responsabilit\u00e9s, en chargeant exclusivement les mauvais gouvernements ? D&rsquo;une part, dans ce monde lib\u00e9r\u00e9 de l&rsquo;\u00e9change, l&rsquo;information aura \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement infirme. Hier, l&rsquo;Asie \u00e9tait la grande lueur du progr\u00e8s, \u00e0 l&rsquo;Est. Aussit\u00f4t, la crise est tomb\u00e9e comme le manteau noir du malheur. Qui l&rsquo;a vue venir ? Les changes ? Les banquiers ? Allons donc ! Les chiffres de la dette des Etats \u00e9taient faux. La pl\u00e9iade des guetteurs aura \u00e9t\u00e9 d&rsquo;une inefficacit\u00e9 d\u00e9sarmante. D&rsquo;autre part, il ne sert de rien, aux responsables occidentaux d&rsquo;une \u00e9conomie mondiale,d&rsquo;affirmer que l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie ne sera pas contagieuse parce que le dollar est fort, parce que la croissance am\u00e9ricaine campe sur des sommets, parce que l&rsquo;exportation des Asiatiques, n\u00e9cessaire et relanc\u00e9e par tant de d\u00e9valuations, finira bien par se caser \u00e0 l&rsquo;Ouest, sans causer de ravages. Le choc de la comp\u00e9titivit\u00e9 asiatique va \u00eatre durable. Certes, des groupes disposant de liquidit\u00e9s et d&rsquo;audace vont acheter, \u00e0 bon prix, des actifs en Asie, s&rsquo;y installer en force. Mais cette d\u00e9localisation impr\u00e9vue y fera-t-elle la croissance et un emploi suffisants ? Et la strat\u00e9gie europ\u00e9enne, \u00e0 partir de la propri\u00e9t\u00e9, de sa valorisation, de sa mobilit\u00e9, est-elle m\u00eame esquiss\u00e9e ? La crise asiatique renforce la n\u00e9cessit\u00e9 de l'\u00a0\u00bbeuro\u00a0\u00bb, pour que le dollar ne soit pas le seul r\u00e9partiteur d&rsquo;influence, et pour que le capitalisme europ\u00e9en se b\u00e2tisse \u00e0 l&rsquo;abri de sa propre monnaie.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous voil\u00e0 loin de la fiction d&rsquo;un march\u00e9 \u00e0 l&rsquo;universelle vertu, mais en prise encore plus directe avec la n\u00e9cessit\u00e9 de s&rsquo;organiser. Sans attendre la lumi\u00e8re ou les oukases des puissances anonymes qui se renforcent avec un tel app\u00e9tit. Ah! ces faux amis&#8230;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Religion et souverainet\u00e9<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 14 f\u00e9vrier 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0516<\/p>\n\n\n\n<p>.<\/p>\n\n\n\n<p>Tandis que se poursuit l&rsquo;in\u00e9puisable trag\u00e9die alg\u00e9rienne, d\u00e9fiant les pronostics et les anath\u00e8mes, le besoin de comprendre finit par d\u00e9passer l&rsquo;angoisse des sentiments. Les historiens, plus attach\u00e9s \u00e0 la continuit\u00e9 des \u00e9poques qu&rsquo;aux drames dont elles s&rsquo;endeuillent, cherchent l&rsquo;explication dans la trame m\u00eame des soci\u00e9t\u00e9s humaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Cheminant aux c\u00f4t\u00e9s de la religion musulmane, il leur est ais\u00e9 de distinguer comment et pourquoi l&rsquo;islamisme est une composante n\u00e9cessaire des Etats arabes. Le pouvoir n&rsquo;y est jamais exon\u00e9r\u00e9 d&rsquo;une r\u00e8gle de vie, religieuse et juridique. \u00ab\u00a0D\u00een oua daoula\u00a0\u00bb -religion et souverainet\u00e9- sont des ins\u00e9parables compagnons de route, se faisant tour \u00e0 tour la loi, \u00e0 d\u00e9faut de l&rsquo;harmonie suppos\u00e9e entre la r\u00e9v\u00e9lation coranique et l&rsquo;exercice politique. Des si\u00e8cles t\u00e9moignent de cet ajustement malais\u00e9, dont les fondements ne sont pas contest\u00e9s, du moins ouvertement par les Etats arabes actuels. Du droit islamique -la charia- les rigoristes et les mod\u00e9r\u00e9s ont des acceptions bien diff\u00e9rentes. Mais les uns et les autres doivent vivre ensemble leur parcours sur la voie vers Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Jadis, l&rsquo;islam chevauchait, en quelques si\u00e8cles, jusqu&rsquo;aux limites de son aire. Dans les temps modernes, il se sent assi\u00e9g\u00e9 de partout, par les progr\u00e8s d&rsquo;autres soci\u00e9t\u00e9s humaines. Il r\u00e9agit en tournant ses regards vers les gloires d&rsquo;antan, pures et cristallines de toute leur rigueur. Mais dans ses \u00e9quilibres int\u00e9rieurs, dans chaque capitale arabe, l&rsquo;islam est tiraill\u00e9 entre le pouvoir et son opposition, tant il n&rsquo;est pas pensable que ceux-ci puissent exister sans lui. Alger, Le Caire, Rabat, Amam, Riad, Bagdad, l&rsquo;Etat s&rsquo;y l\u00e9gitime par l&rsquo;islam ; les islamistes de pouvoir, comme ceux d&rsquo;opposition, se divisent ou se joignent, selon des sc\u00e9narios qui empruntent peu aux liturgies d\u00e9mocratiques modernes. Les mod\u00e9r\u00e9s sont forc\u00e9ment dans l&rsquo;Etat, quand ils ne le dominent pas totalement Les islamistes de contestation sont \u00e9videmment d&rsquo;opposition, avec vocation \u00e0 investir l&rsquo;Etat \u00e0 leur tour. La pl\u00e8be -masses urbanis\u00e9es ou collectivit\u00e9s rurales- apporte, aussi bien que les classes moyennes, au Prince du pouvoir, soutien ou grondement, interpr\u00eatant l&rsquo;histoire religieuse selon ses go\u00fbts du moment. De ces emballements ou de ces engagements directs, les observateurs ext\u00e9rieurs doivent avoir conscience, avant de se risquer \u00e0 juger des drames et de leurs responsables.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Alg\u00e9rie n&rsquo;accepte gu\u00e8re qu&rsquo;on la plaigne ou m\u00eame qu&rsquo;elle soit l&rsquo;objet d&rsquo;une pr\u00e9occupation, plus ou moins insistante. Ombrageuse fiert\u00e9 partag\u00e9e par des factions oppos\u00e9es, acharn\u00e9es \u00e0 en d\u00e9coudre pour garder ou prendre le pouvoir. La guerre civile n&rsquo;en prosp\u00e8re que davantage. Les bons offices, vite d\u00e9courag\u00e9s, se font rares et leurs interventions, faute d&rsquo;\u00eatre accept\u00e9es comme un arbitrage bienveillant, sont d\u00e9tourn\u00e9es en op\u00e9rations de propagande au b\u00e9n\u00e9fice d&rsquo;un camp ou de l&rsquo;autre. L&rsquo;Europe, sous deux formes, la minist\u00e9rielle et la parlementaire, en janvier et en f\u00e9vrier, s&rsquo;est ainsi frott\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec et \u00e0 la r\u00e9cup\u00e9ration ; la mission des parlementaires, faussement th\u00e9\u00e2trale et finalement complaisante \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, aura \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e comme un banal mat\u00e9riel m\u00e9diatique . Et que penser de ces honorables intellectuels, prisonniers de leurs d\u00e9ductions simplificatrices, distribuant les indulgences ou se voilant la face, ignorant l&rsquo;histoire, la gen\u00e8se des frustrations, le cynisme des int\u00e9r\u00eats campant sur les ressources de la nation, la vertu class\u00e9e aux abonn\u00e9s absents?<\/p>\n\n\n\n<p>Car le peuple alg\u00e9rien se sera inscrit dans l&rsquo;histoire, accroch\u00e9 \u00e0 son sol, ses montagnes, d\u00e9serts et rivages, sans jamais forger la moindre tradition \u00e9tatique, au cours des si\u00e8cles. Je lis la mention de cette \u00e9norme \u00e9vidence, dans le dernier num\u00e9ro de \u00ab\u00a0Jeune Afrique\u00a0\u00bb, sous le titre : \u00ab\u00a0Alg\u00e9rie : histoire et barbarie\u00a0\u00bb, relation faite par un historien tunisien. Nagu\u00e8re, nul n&rsquo;aurait os\u00e9 rechercher, dans cette carence s\u00e9culaire, l&rsquo;explication des d\u00e9sordres actuels. Nul n&rsquo;aurait m\u00eame tent\u00e9 d&rsquo;expliquer que l&rsquo;histoire officielle de la jeune Alg\u00e9rie n&rsquo;\u00e9tait que de circonstance. Quand j&rsquo;\u00e9crivais, en 1990, mon livre sur l&rsquo;histoire des Vandales, au V\u00b0 si\u00e8cle, de l&rsquo;Espagne \u00e0 Carthage, tout le drame humain du Maghreb central se r\u00e9v\u00e9lait d\u00e9j\u00e0, \u00e0 chaque \u00e9tape. Le colonisateur \u00e9tait l&rsquo;Empire romain, la religion \u00e9tait chr\u00e9tienne, et l&rsquo;envahisseur, des tribus Vandales, pour un si\u00e8cle, en attendant les Byzantins.<\/p>\n\n\n\n<p>En Alg\u00e9rie, l&rsquo;espoir, dans un avenir bien sombre, est que lislam, entre religion et souverainet\u00e9, b\u00e2tisse un Etat qui trouve sa l\u00e9gitimit\u00e9 dans la r\u00e9v\u00e9lation coranique et l&rsquo;exercice politique. Aujourd&rsquo;hui, on est encore bien loin d&rsquo;une traduction socio-culturelle des exigences de l&rsquo;islam, bien loin des personnes charismatiques qui associeront l&rsquo;autorit\u00e9 du Prince et l&rsquo;humilit\u00e9 du croyant.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Washington contre Bagdad : superbe et massive incomp\u00e9tence.<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 7 f\u00e9vrier 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0515<\/p>\n\n\n\n<p>Washington contre Bagdad : superbe et massive incomp\u00e9tence. On serait bien na\u00eff de vouloir, en ce temps et en ces lieux, d\u00e9noncer et condamner les \u00e9paisses m\u00e9thodes, utilis\u00e9es par la plus vieille d\u00e9mocratie, pour ouvrir au plus loin la route de ses int\u00e9r\u00eats. De la \u00ab\u00a0conqu\u00eate de l&rsquo;Ouest\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique du Sud, des Cara\u00efbes aux Philippines, son histoire est impressionnante, de d\u00e9sinvolture et de brutalit\u00e9. Plus r\u00e9cente, la guerre du Viet Nam aura \u00e9t\u00e9, sur dix ans, la d\u00e9monstration d&rsquo;une morgue ravageuse qui, cette fois, avait frapp\u00e9 de stupeur la conscience nationale.<\/p>\n\n\n\n<p>Un demi-si\u00e8cle apr\u00e8s leur installation sur les p\u00e9troles du Moyen-Orient, sept ans apr\u00e8s la trop fameuse guerre du Golfe, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e par le l\u00e2chage du Shah d&rsquo;Iran, les Etats-Unis ne parviennent plus \u00e0 recruter, localement ou mondialement, (m\u00eame les Nations-Unies ne marchent plus), des partenaires assez aveugles pour se jeter avec eux dans une nouvelle exp\u00e9dition punitive contre l&rsquo;Irak.<\/p>\n\n\n\n<p>Je dis bien l&rsquo;Irak, qui fut la victime de deux \u00ab\u00a0alli\u00e9s objectifs\u00a0\u00bb : Saddam Hussein et George Bush. Celui-l\u00e0 fut pour celui-ci le \u00ab\u00a0diable\u00a0\u00bb, indispensable pour justifier la permanence am\u00e9ricaine dans la zone du Golfe. Et le blocus et les r\u00e9torsions contre l&rsquo;Irak, loin de nuire \u00e0 Saddam Hussein, rangent maintenant sous sa main de fer, une population d&rsquo;autant plus dress\u00e9e contre l&rsquo;Occidental qu&rsquo;elle est m\u00e9thodiquement d\u00e9munie. Washington a besoin de Saddam Hussein pour contr\u00f4ler sa zone et maintenir un Etat irakien. Sept ans auparavant, le dire \u00e9tait r\u00e9put\u00e9 relever des plaisirs du paradoxe. Aujourd&rsquo;hui, la lugubre r\u00e9alit\u00e9 est bien celle-l\u00e0. Frappes massives ou chirurgicales, promises par la sentimentale Madeleine Albright, avant les ides de mars, il faudra bien qu&rsquo;elles s&rsquo;administrent apr\u00e8s l&rsquo;accumulation d&rsquo;une armada a\u00e9rienne et navale quasi permanente, o\u00f9 le moral des \u00ab\u00a0boys\u00a0\u00bb, lit-on, souffre du mal du pays, dans des camps ultra-prot\u00e9g\u00e9s de l&rsquo;hostilit\u00e9 des terroristes. Si la fin janvier n&rsquo;avait pas co\u00efncid\u00e9 avec le terme du je\u00fbne du Ramadan, la sophistication de l&rsquo;arm\u00e9e aurait d\u00e9j\u00e0 fait sa d\u00e9monstration. Mais l&rsquo;opinion arabe est assez mont\u00e9e pour que cette bourde suppl\u00e9mentaire ait \u00e9t\u00e9 \u00e9vit\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis la conf\u00e9rence \u00e9conomique de Doha, au Qatar, en novembre dernier, la preuve a \u00e9t\u00e9 administr\u00e9e au \u00ab\u00a0State department\u00a0\u00bb, comme \u00e0 Clinton, que les dirigeants arabes, aussi dociles et vuln\u00e9rables qu&rsquo;ils soient, n&rsquo;auraient d\u00e9sormais plus le courage de s&rsquo;associer visiblement aux manifestations du protectorat am\u00e9ricain, que leurs pl\u00e8bes extr\u00e9mistes ou simplement populaires ressentent comme autant d&rsquo;insultes \u00e0 leur dignit\u00e9 et \u00e0 leur pauvret\u00e9. Pour elles, la pr\u00e9sence am\u00e9ricaine, d\u00e9j\u00e0 attentatoire au sentiment d&rsquo;ind\u00e9pendance, ne peut m\u00eame plus exprimer un arbitrage venu de l&rsquo;ext\u00e9rieur, en faveur des droits de l&rsquo;homme, de la dignit\u00e9 des peuples, du progr\u00e8s \u00e9conomique, de la solidarit\u00e9 sociale. Pour la seule et monumentale raison que cet arbitre \u00e9paule inconditionnellement l&rsquo;Etat d&rsquo;Isra\u00ebl, se moquant des r\u00e9solutions des Nations-Unies quand elles contraignent celui-ci, et galopant devant elles quand elles accablent l&rsquo;Irak. Apr\u00e8s le naufrage des n\u00e9gociations d&rsquo;Oslo entre les Palestiniens et les Isra\u00e9liens, l&rsquo;opinion arabe, voire m\u00eame toute celle du Monde musulman, se sont persuad\u00e9es de cette am\u00e8re \u00e9vidence. Pour la dissiper d\u00e9sormais, il faudra aux dirigeants, au peuple et aux repr\u00e9sentants am\u00e9ricains un effort sinc\u00e8re de persuasion. La puissance n&rsquo;acquiert une certaine l\u00e9gitimit\u00e9 internationale qu&rsquo;en visant \u00e0 la pond\u00e9ration et l&rsquo;\u00e9quit\u00e9. L&rsquo;Am\u00e9rique en est loin, dans toutes les branches de l&rsquo;activit\u00e9 humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p>Il en est ainsi de la pratique du blocus, \u00e9conomique, politique, mon\u00e9taire et m\u00eame militaire qui parait si naturelle et fond\u00e9e \u00e0 cette grande puissance mondiale. Or, elle est d\u00e9testable sur les principes et sur les effets. Jean-Paul II, dans son voyage \u00e0 Cuba, a trait\u00e9 de ces deux aspects. Il ne peut y avoir d&rsquo;ordre international dans le maniement abusif et prolong\u00e9 du blocus. Qu&rsquo;aura gagn\u00e9 Washington \u00e0 attenter \u00e0 la libert\u00e9 de Cuba, sinon \u00e0 renforcer Fidel Castro et \u00e0 illustrer sa r\u00e9sistance dans toute l&rsquo; Am\u00e9rique latine sous tutelle ? A dresser la communaut\u00e9 commerciale mondiale contre les oukases am\u00e9ricains ? Kadafi non plus n&rsquo;en n&rsquo;est pas mort, ni l&rsquo;Iran, ni le Soudan, aux derni\u00e8res nouvelles. Et Saddam Hussein non plus. Bien au contraire. Les Etats-Unis auraient eu une meilleure chance d&rsquo;obtenir que les Irakiens s&rsquo;en s\u00e9parent, s&rsquo;ils avaient \u00e9vit\u00e9 d&rsquo;accabler et d&rsquo;affamer ce malheureux peuple. On ne se venge pas sur un pays de ses dirigeants, sachant pertinemment qu&rsquo;ainsi on renforce leur pouvoir. Cela est si ais\u00e9 \u00e0 comprendre que la \u00ab\u00a0complicit\u00e9 objective\u00a0\u00bb de Clinton et de Saddam Hussein devient un secret de polichinelle. Ou bien faut-il, moins glorieusement, ouvrir des cours du soir au S\u00e9nat am\u00e9ricain et dans l&rsquo;Administration?<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">France-Allemagne : couple sans enfants ?<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 31 janvier 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0514<\/p>\n\n\n\n<p>France-Allemagne : couple sans enfants ? Voici trente-cinq ans, le trait\u00e9 de l&rsquo;Elys\u00e9e, improvis\u00e9 en quelques heures entre de Gaulle et Adenauer, ouvrait les perspectives d&rsquo;une mutation historique. Ces deux dirigeants poussaient hardiment leurs Etats, sinon leurs peuples, vers la r\u00e9conciliation. Aujourd&rsquo;hui, dans ce mois-anniversaire, c\u00e9l\u00e9br\u00e9 \u00e0 tout petit bruit, quels sont les r\u00e9sultats et toujours les esp\u00e9rances ?<\/p>\n\n\n\n<p>Posons d&rsquo;abord que toutes les donn\u00e9es strat\u00e9giques, loin d&rsquo;\u00eatre \u00e9ternelles, ont chang\u00e9. Implosion et effondrement de l&rsquo; Empire sovi\u00e9tique, suivis par la r\u00e9unification de l&rsquo;Allemagne, lib\u00e9ration des peuples europ\u00e9ens nagu\u00e8re captifs du syst\u00e8me communiste, disparition du condominium mondial exerc\u00e9 par l&rsquo;URSS et les Etats-Unis, dissolution du syst\u00e8me des blocs par lequel ils simplifiaient leur t\u00e2che, en y faisant r\u00e9gner la plus rigoureuse discipline, r\u00e9affirmation paradoxale d&rsquo;une Alliance atlantique et de son bras s\u00e9culier l&rsquo;OTAN, alors que la menace de l&rsquo;Est a disparu et que l&rsquo;absence d&rsquo;ennemi prive l&rsquo;unique superpuissance d&rsquo;un alibi imparable : \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence la strat\u00e9gie n&rsquo;est plus ce qu&rsquo;elle \u00e9tait. N\u00e9anmoins, il aura bien fallu quinze ans \u00e0 la France, avant de r\u00e9aliser que tous les grands axes de la strat\u00e9gie pass\u00e9e \u00e9taient remis en cause. Il en est ainsi dans les relations transatlantiques, dans l&rsquo;identit\u00e9 europ\u00e9enne, dans l&rsquo;affirmation des nations et des peuples, en Afrique m\u00eame o\u00f9 trente ann\u00e9es de pratiques ant\u00e9rieures sont devenues obsol\u00e8tes. La r\u00e9alit\u00e9, m\u00eame virtuelle, de l&rsquo;Europe d\u00e9pend de l&rsquo;id\u00e9e que celle-ci se fera d\u00e9sormais de sa propre d\u00e9fense. Mais elle attend d&rsquo;une monnaie unique le miracle d&rsquo;imposer aussi cette \u00e9vidence : pas d&rsquo;identit\u00e9 pour un ensemble europ\u00e9en, s&rsquo;il n&rsquo;assume pas directement sa d\u00e9fense.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour l&rsquo;Allemagne, peuple camp\u00e9 au coeur du p\u00e9rim\u00e8tre europ\u00e9en, sa coh\u00e9sion, naturelle et v\u00e9cue en chaque individu, est la d\u00e9termination essentielle qui aura transcend\u00e9 les d\u00e9faites et les partages. Du statut mineur d&rsquo;hier au statut majeur d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, les choix sont rest\u00e9s les m\u00eames : Encourager \u00e0 tout-va la pr\u00e9sence am\u00e9ricaine en Europe, \u00eatre sa caution agissante et d\u00e9velopper vers le centre et l&rsquo;est europ\u00e9ens ses techniques et ses affaires, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;influence. Il s&rsquo;agit moins d&rsquo;une duplicit\u00e9 pr\u00e9cautionneuse que de se pr\u00e9munir contre toute r\u00e9incarnation de personnages historiques, \u00e0 Dieu ne plaise.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Entre la France et l&rsquo;Allemagne, les contacts officiels voire les idylles n&rsquo;ont pas manqu\u00e9 depuis 1963 : de Gaulle-Adenauer, Giscard-Schmidt, Mitterrand-Kohl. Depuis 35 ans, les rencontres, solennelles ou officieuses, se sont multipli\u00e9es. Les gestes symboliques ont renforc\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;un engouement r\u00e9ciproque habitait les deux Etats, qu&rsquo;un destin historique \u00e9tait r\u00eav\u00e9 pour l&rsquo;Europe et qu&rsquo;il d\u00e9pendrait d&rsquo;abord de la volont\u00e9 conjointe de l&rsquo; Allemagne et de la France. Perspective grandiose qui aura dispens\u00e9 de se poser une question \u00e9l\u00e9mentaire : s&rsquo;il y a une politique allemande de la France, y-a-t-il, c\u00f4t\u00e9 allemand, une politique fran\u00e7aise ? L&rsquo;histoire r\u00e9pondra probablement \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb, si l&rsquo;on excepte la fascination initiale \u00e9prouv\u00e9e par le Chancelier Adenauer \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle (visite \u00e0 Colombey en 1958). En quoi l&rsquo;Allemagne d&rsquo;apr\u00e8s-guerre a-t-elle chang\u00e9 ses analyses strat\u00e9giques faites pour une r\u00e9habilitation \u00e9conomique et morale, dans un triptyque : Etats-Unis, Europe \u00e0 venir, Europe de l&rsquo;Est si prospect\u00e9e d\u00e8s longtemps ? Depuis plusieurs mois, avec ou sans le couple Kohl-Chirac, le malaise est pr\u00e9sent. La France a subi la r\u00e9unification de l&rsquo;Allemagne sans s&rsquo;y \u00eatre le moins du monde pr\u00e9par\u00e9e, sans y avoir cru. Aujourd&rsquo;hui, elle h\u00e9site \u00e0 se persuader que l&rsquo;Allemagne cherche vraiment \u00e0 ne pas appara\u00eetre comme une grande puissance g\u00e9opolitique. Ne veut-elle pas dominer l&rsquo;Europe, mais sans en porter la responsabilit\u00e9 historique, en se prot\u00e9geant derri\u00e8re la tutelle am\u00e9ricaine, ouvertement r\u00e9clam\u00e9e par le soutien constant donn\u00e9 au maintien et \u00e0 l&rsquo;extension de l&rsquo;OTAN?<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le domaine des industries strat\u00e9giques, l&rsquo;all\u00e9geance transatlantique de l&rsquo;Allemagne est la d\u00e9termination essentielle. L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une d\u00e9fense europ\u00e9enne n&rsquo;a pas son aval. L&rsquo;Europe des nations, ch\u00e8re \u00e0 la France (et \u00e0 la Grande-Bretagne), l&rsquo;Allemagne n&rsquo;en \u00e9prouve pas le besoin. Elle se sent assez forte, dans sa coh\u00e9sion int\u00e9rieure, pour faire son affaire d&rsquo;une Europe des r\u00e9gions, o\u00f9 elle serait \u00e0 son aise. Mais la seule question qui compte est celle de l&rsquo;avenir : l&rsquo;Europe unifi\u00e9e, notamment par la monnaie unique, ne sera-t-elle pas tr\u00e8s vite en situation de devenir une puissance politique ? Qu&rsquo;elle s&rsquo;en cache (comme le souhaite l&rsquo;Allemagne) ou qu&rsquo;elle assume cette ind\u00e9pendance, dans cette situation nouvelle (comme la France y pousse), les relations des deux pays devront prendre un tour nouveau. Ce serait donc une perspective diff\u00e9rente de leur \u00e9tat actuel de r\u00e9criminations. Celle d&rsquo;une dimension continentale que le \u00ab\u00a0moteur de l&rsquo;Europe\u00a0\u00bb r\u00e9pugne si manifestement \u00e0 parcourir aujourd&rsquo;hui. Cette dimension qui hanta les deux promoteurs de cette Europe : de Gaulle et Adenauer. Ils lanc\u00e8rent un d\u00e9fi \u00e0 l&rsquo;Histoire et pari\u00e8rent superbement sur l&rsquo;avenir. D&rsquo;ici cinq ans, les d\u00e9s seront jet\u00e9s. Soit pour ce grand dessein continental, soit pour le profil bas des sp\u00e9culations infinies. Les deux peuples, rest\u00e9s jusqu&rsquo;ici en marge des esp\u00e9rances ou d\u00e9sesp\u00e9rances des officiels, laisseront-ils alors parler quelques sentiments ?<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">La France : en d\u00e9rision et raison.<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 24 janvier 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0513<\/p>\n\n\n\n<p>Dans mon courrier, d&rsquo;une vie d\u00e9j\u00e0 longue, celui tr\u00e8s constant d&rsquo;un homme modeste. Chaque semaine, il m&rsquo;envoie sa revue de presse, avec ses commentaires, en marge. Depuis plus de 20 ans, peut-\u00eatre. Il habite Lyon et ach\u00e8te les journaux, \u00e0 la mesure de ses moyens, qui sont exigus. Il fut ouvrier professionnel. Il jugerait indigne de me signaler un article sans y avoir joint son opinion : un contrat de confiance, en quelque sorte. Chaque mercredi, ah! la belle ponctualit\u00e9, je lis quelques cinquante pi\u00e8ces, ainsi soigneusement mont\u00e9es. Cette semaine, me reprochant de n&rsquo;avoir pas encore constat\u00e9 cette \u00e9vidence, j&rsquo;avais l\u00e0, sous les yeux, une France, en d\u00e9rision et en raison.<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la d\u00e9rision, la navrante prestation du Premier ministre, aux questions orales de l&rsquo;Assembl\u00e9e, le mardi 13 janvier, suffirait \u00e0 remplir la rubrique. Depuis, M. Jospin s&rsquo;est excus\u00e9 de sa passion doubl\u00e9e d&rsquo;inculture. Il a promis de ne pas r\u00e9cidiver. L&rsquo;incident est donc clos. Mais il fera sans doute des petits, \u00e0 d&rsquo;autres \u00e9chelons, tant l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance n&rsquo;habite gu\u00e8re la vie politique. M. Pierre Joxe, ministre d&rsquo;influence sous les septennats de M. Mitterrand, et pr\u00e9sentement Premier pr\u00e9sident de la Cour des comptes, fait para\u00eetre un livre, exaltant les vertus politiques de la IV\u00b0 R\u00e9publique et conseillant d&rsquo;y revenir. De cette R\u00e9publique l\u00e0, la France a failli mourir. Allons-nous l&rsquo;oublier ? Ne d\u00e9rapons pas \u00e0 ce point ! Mon correspondant note finement \u00e0 propos de l&rsquo;allusion \u00e0 l&rsquo;abrogation de l&rsquo;esclavage en 1848 : \u00ab\u00a0Ce qui n&#8217;emp\u00eache pas nos gouvernements, aujourd&rsquo;hui, d&rsquo;entretenir les meilleurs rapports avec des Etats qui continuent \u00e0 prot\u00e9ger l&rsquo;esclavage chez eux.\u00a0\u00bb Et de souligner que le Professeur Henri de Gaulle, p\u00e8re de Charles, fut un dreyfusard militant.<\/p>\n\n\n\n<p>Au chapitre de la d\u00e9rision, un courrier des lecteurs, divers par nature, est ainsi annot\u00e9, \u00e0 la rubrique \u00ab\u00a0Le Pen\/FN\u00a0\u00bb : \u00a0\u00bb On ne peut pr\u00e9juger des r\u00e9sultats qu&rsquo;obtiendra le FN aux prochaines \u00e9lections. Mais il n&rsquo;y a aucun myst\u00e8re pour d\u00e9signer les responsables qui ont permis au FN de passer des 1,5% confidentiels aux 16% presque triomphants aux derni\u00e8res \u00e9lections\u00a0\u00bb. Ajouterai-je en commentaire suppl\u00e9mentaire que j&rsquo;avais \u00e9crit dans un pass\u00e9 encore r\u00e9cent : \u00ab\u00a0De l&rsquo;utilit\u00e9 de la Suisse, devenue le miroir de nos incons\u00e9quences financi\u00e8res\u00a0\u00bb. Le FN serait-il devenu le miroir des incons\u00e9quences de nos gouvernants de tous bords ? Alphonse Daudet est mort voici 100 ans. Ceux qui ont appris \u00e0 lire avec la m\u00e9thode syllabique (idiote ?) la prose limpide de Daudet \u00e9voquent \u00ab\u00a0toute une poussi\u00e8re d&rsquo;or qui demeure au fond de nos m\u00e9moires\u00a0\u00bb. Heureuse transition pour \u00e9viter le d\u00e9bat sur \u00ab\u00a0le guignolesque\u00a0\u00bb de chanteurs d\u00e9cor\u00e9s de la L\u00e9gion d&rsquo;honneur et ouvrir son coeur \u00e0 la m\u00e9moire d&rsquo;un bataillon de marche de la 1\u00e8re DFL, compos\u00e9 de nombreux Lyonnais et an\u00e9anti en Alsace, pour d\u00e9fendre Strasbourg, en janvier 1945, voici 53 ans. Apr\u00e8s la Somalie, l&rsquo;Egypte, Cassino, Rome, Sienne, Toulon, Lyon, M\u00e9moire ! Rem\u00e8de contre la pr\u00e9sente d\u00e9rision.<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p>Et la raison de la France, en ces jours : L&rsquo;Alg\u00e9rie ? Le commentaire indique : \u00ab\u00a0Pas de surlignage. Les positions du gouvernement alg\u00e9rien, tant\u00f4t dans le \u00ab\u00a0zig\u00a0\u00bb, tant\u00f4t dans le \u00ab\u00a0zag\u00a0\u00bb, d\u00e9montrent suffisamment son d\u00e9sarroi incomp\u00e9tent dans une situation explosive\u00a0\u00bb. Le sait-on \u00e0 Paris ?<\/p>\n\n\n\n<p>Sur Clinton et le Proche-Orient (quelle distinction ! d&rsquo;\u00e9viter Paula Jones) rien du r\u00f4le de la France, mais cette conclusion superbement mod\u00e9r\u00e9e : \u00ab\u00a0Une partie importante du succ\u00e8s de la n\u00e9gociation r\u00e9side dans la position am\u00e9ricaine. Faute d&rsquo;\u00eatre (enfin) impartiale, c&rsquo;est de cette position que d\u00e9pend l&rsquo;\u00e9chec des pourparlers sur les bases d&rsquo;une paix.\u00a0\u00bb Tandis que l&rsquo;Organisation mondiale du commerce vient de condamner l&rsquo;Union Europ\u00e9enne pour son embargo depuis 1989 sur le boeuf am\u00e9ricain aux hormones. Ecoutons la petite voix de la raison : \u00ab\u00a0Les consommateurs ont tous les moyens de rep\u00e9rer l&rsquo;origine du produit. Vigilance ! Et viande aux hormones, go home !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Quant au ch\u00f4mage, drame national, tragiquement entretenu depuis presque un quart de si\u00e8cle, par le refus multiforme de notre soci\u00e9t\u00e9 au changement, mon correspondant, sur un article qui voudrait expliquer aux enfants pourquoi l&rsquo;avenir sera dur, craint \u00ab\u00a0des troubles comme le monde n&rsquo;en a encore jamais connus\u00a0\u00bb et il jette avec gravit\u00e9, humanit\u00e9, pond\u00e9ration une brass\u00e9e d&rsquo;informations, conseillant aux uns de ne pas se laisser manoeuvrer par des groupuscules activistes, aux fonctionnaires de faire preuve de mesure dans leurs r\u00e9criminations annuelles, au gouvernement de ne pas d\u00e9courager ceux qui travaillent en renfor\u00e7ant les secours de l&rsquo;assistance. L&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 est l&rsquo;autre plaie du monde moderne. Les coupures sont ponctu\u00e9es de \u00ab\u00a0Assez !\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Enfin !\u00a0\u00bb. Elles d\u00e9crivent la d\u00e9tresse quotidienne des victimes, l&rsquo;anarchie montante, d\u00e9montrant que gouverner n&rsquo;est pas composer sempiternellement avec des \u00eatres qui ne distinguent plus qu&rsquo;une collectivit\u00e9 a des lois, une morale, et appelle d\u00e9sormais \u00e0 leur respect.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 la semaine, \u00e0 la mi-janvier 1998, vue de Lyon, par un anonyme, qui aime sa patrie d&rsquo;autant qu&rsquo;elle souffre dans l&rsquo;absurdit\u00e9 quotidienne. Tout seul, me signale-t-il, le sergent-chef Rolf Rodel, de la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re, aura b\u00e2ti un m\u00e9morial \u00e0 Dien Bien Phu, pour ses compagnons disparus. L&rsquo;Etat y d\u00e9pose des gerbes, 43 ans apr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Ch\u00f4mage.<\/h1>\n\n\n\n<p>17 janvier 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0512<\/p>\n\n\n\n<p>A l&rsquo;or\u00e9e de 1998, je me souviens d&rsquo;un Conseil des ministres, tenu au ch\u00e2teau de Rambouillet, voici bien dix-sept ans. Mitterrand entamait son premier septennat. D\u00e9j\u00e0 une majorit\u00e9, plurielle comme on dit aujourd&rsquo;hui jusqu&rsquo;\u00e0 provoquer la lassitude, \u00e9paulait le gouvernement. La gauche, qui avait longtemps esp\u00e9r\u00e9 le pouvoir, le d\u00e9tenait enfin. L&rsquo;alternance, si n\u00e9cessaire \u00e0 la d\u00e9mocratie, allait renforcer les institutions de la V\u00b0 R\u00e9publique. Le \u00ab\u00a0projet de soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb dont bruissait le \u00ab\u00a0peuple de gauche\u00a0\u00bb et dont les penseurs socialistes r\u00e9clamaient joyeusement la paternit\u00e9, promettait \u00e0 chacun justice, protection et emploi. De Pompidou \u00e0 Giscard, le ch\u00f4mage avait en effet pris son \u00e9lan, mena\u00e7ant de franchir la barre du million de victimes.<\/p>\n\n\n\n<p>A Rambouillet, dans une matin\u00e9e grise, le chef de l&rsquo;Etat et les ministres \u00e9voqu\u00e8rent cette f\u00e2cheuse menace que la nouvelle donne politique, le concours et l&rsquo;enthousiasme populaire n&rsquo;allaient pas manquer de faire retourner \u00e0 la niche du \u00ab\u00a0ch\u00f4mage frictionnel\u00a0\u00bb. Agac\u00e9 par tant d&rsquo;innocence suffisante, j&rsquo;affirmai \u00e0 cet auguste Conseil que les pirouettes de vocabulaire \u00e9taient impuissantes \u00e0 endiguer le flot montant, qu&rsquo;aucune indulgence ne viendrait d&rsquo;une providentielle conjoncture, qu&rsquo;il fallait mobiliser imm\u00e9diatement pour \u00e9clairer, convaincre et imposer, d\u00e8s cette fin d&rsquo;ann\u00e9e 1981, les mesures qui lib\u00e9reraient les forces vives du pays. Cette d\u00e9claration, jug\u00e9e sans doute consternante, ne fut pas comment\u00e9e. On passa au point suivant de l&rsquo;ordre du jour. Quatorze ans apr\u00e8s, \u00e0 l&rsquo;issue de son deuxi\u00e8me septennat, Mitterrand concluait que, pour lutter contre le ch\u00f4mage, tout avait \u00e9t\u00e9 essay\u00e9, mais en vain, comme si la responsabilit\u00e9 de ce r\u00e9sultat lui \u00e9tait ext\u00e9rieure.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui, la cohabitation au pouvoir d&rsquo;\u00e9quipes oppos\u00e9es a du moins l&rsquo;avantage d&rsquo;exiger plus de s\u00e9rieux des unes et des autres. Le public ne s&rsquo;y trompe pas : les mots, les artifices du vocabulaire, l&rsquo;exploration interminable de \u00ab\u00a0pistes\u00a0\u00bb, ne sont plus pris pour argent comptant. On le voit bien avec les ch\u00f4meurs en fin de droits et sans espoir d&rsquo;une quelconque embauche. Et m\u00eame avec les victimes temporaires du ch\u00f4mage et b\u00e9n\u00e9ficiant d&rsquo;une couverture sociale. Alors il para\u00eet que le gouvernement, \u00e9lections r\u00e9gionales obligent, va trouver, \u00e0 la petite semaine, jusqu&rsquo;\u00e0 la mi-mars, les quelques milliards (deux, trois, cinq ?) n\u00e9cessaires pour \u00e9viter qu&rsquo;une cat\u00e9gorie, r\u00e9put\u00e9e muette jusqu&rsquo;ici, ne s&rsquo;installe dans la vocif\u00e9ration et la casse, comme d&rsquo;autres n&rsquo;ont pas manqu\u00e9 de le faire depuis longtemps. Or, il n&rsquo;est que temps pour les responsables politiques (Pr\u00e9sident, Premier Ministre, majorit\u00e9 \u00ab\u00a0plurielle\u00a0\u00bb) de prendre la mesure, \u00e9lections ou pas, de l&rsquo;exasp\u00e9ration qu&rsquo;exprime le corps social, dans des circonstances les plus diverses. Il ne s&rsquo;agit plus pour eux d&rsquo;avoir un programme (ou des promesses) et de vouloir s&rsquo;y tenir. Ce qui n&rsquo;impressionne personne. Il s&rsquo;agit de cerner les \u00e9vidences, de les r\u00e9v\u00e9ler au public (ce qui serait une premi\u00e8re) et d&rsquo;avoir la volont\u00e9 d&rsquo;imposer les attitudes et les mesures qui en d\u00e9coulent.<\/p>\n\n\n\n<p>Ne nous attardons pas sur ces \u00e9quipes et sous-\u00e9quipes, plurielles ou non, qui tirent \u00e0 hue et \u00e0 dia, avec des montagnes d&rsquo;arri\u00e8re-pens\u00e9es, dans ce qu&rsquo;elles disent et font. C&rsquo;est le mensonge ordinaire qui passe pour de l&rsquo;habilet\u00e9 politique.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame les ch\u00f4meurs s&rsquo;agitent d\u00e9sormais. Sait-on enfin si notre syst\u00e8me d&rsquo;indemnisation enfonce l&rsquo;individu dans l&rsquo;\u00e9tat de ch\u00f4meur ou l&rsquo;incite \u00e0 des activit\u00e9s, m\u00eame fragmentaires, m\u00eame temporaires ? Si les ch\u00f4meurs ne les acceptent pas, est-ce parce qu&rsquo;ils perdent leurs droits aux indemnit\u00e9s de protection ? Au point qu&rsquo;on ne trouve pas, en France, assez de travailleurs saisonniers. Gestionnaires du syst\u00e8me, allons, un petit effort ! Deuxi\u00e8me remarque : nos vies d\u00e9pendent de plus en plus de celle de l&rsquo;entreprise. Alors moins de dogmatisme et de th\u00e9orie. D\u00e8s 1982, Mitterrand avait compris cette imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9. Voir son discours de Figeac. Le XIX\u00b0 si\u00e8cle est termin\u00e9 depuis longtemps. D\u00e9battre, n\u00e9gocier, concilier, les acteurs sociaux y sont pr\u00eats. Que l&rsquo;Administration, que le l\u00e9gislateur aient enfin le bon sens d&rsquo;avoir la main l\u00e9g\u00e8re et ne se persuadent pas d&rsquo;avoir la science infuse. Ils n&rsquo;ont rien \u00e0 d\u00e9montrer, sinon que leurs interventions sont vraiment opportunes. On ne doit pas les croire sur parole.<\/p>\n\n\n\n<p>Troisi\u00e8me remarque : la mondialisation, mod\u00e8le de la pens\u00e9e unique, v\u00e9hicul\u00e9e par les Etats-Unis qui n&rsquo;appliquent \u00e0 eux-m\u00eames aucune des obligations de ce syst\u00e8me, ne doit pas \u00eatre l&rsquo;alibi pour justifier notre ch\u00f4mage. Celui-ci rel\u00e8ve de nos scl\u00e9roses dans la formation, la culture, dans la mise en tutelle et dans la d\u00e9pendance du citoyen qui ignore sa part de responsabilit\u00e9 dans les r\u00e9alit\u00e9s de la nation. Ce mot que des personnages pr\u00e9tendent incarner, en \u00e9vitant de le prononcer.<\/p>\n\n\n\n<p>Une remarque encore : l&rsquo;ann\u00e9e 1998 sera dure ; dure pour les peuples d\u00e9munis, contr\u00f4l\u00e9s et asservis, par cons\u00e9quent. Si elle doit \u00eatre dure pour nous, que nos dirigeants aient du moins le courage d&rsquo;\u00e9viter de faire croire que ce serait \u00ab\u00a0la faute \u00e0 pas de chance\u00a0\u00bb , si leurs pr\u00e9visions rassurantes ne se v\u00e9rifient pas. La crise r\u00e9currente des monnaies asiatiques, l&rsquo;\u00e9clatement de la bulle sp\u00e9culative qui a jusqu&rsquo;ici prot\u00e9g\u00e9 l&rsquo;Am\u00e9rique sont des \u00e9v\u00e9nements probables. La solidarit\u00e9 et la coh\u00e9sion de notre collectivit\u00e9 nationale d\u00e9pendront d&rsquo;autant plus d&rsquo;un Etat modeste et de citoyens responsables., m\u00eame ch\u00f4meurs en fin de droits. Mais, je le crains, elles d\u00e9pendront de moins en moins d&rsquo;un Etat qui prolif\u00e8re et de citoyens assist\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;Am\u00e9rique au scanner.<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 10 janvier 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0511<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Am\u00e9rique au scanner : un livre, insolite \u00e0 tous \u00e9gards, vient de proc\u00e9der \u00e0 cet examen. Qu&rsquo;on en juge : l&rsquo;auteur et l&rsquo;\u00e9diteur sont Suisses (1), le titre est provocant. N\u00e9anmoins Pierre Salinger, journaliste am\u00e9ricain archi-connu, en a r\u00e9dig\u00e9 la pr\u00e9face. \u00ab\u00a0Ce livre, qui est une \u00e9tude originale et rigoureuse, devrait \u00eatre lu par tous. Il appelle \u00e0 la vigilance les Europ\u00e9ens, mais ne peut que s&rsquo;av\u00e9rer profitable aux Am\u00e9ricains eux-m\u00eames.\u00a0\u00bb Ceux-ci, le sait-on assez, d\u00e9testent les critiques, voire les remarques, venant d&rsquo;\u00e9trangers. Il faut \u00eatre citoyen am\u00e9ricain pour exercer une telle libert\u00e9. Les \u00e9diteurs ne se risquent gu\u00e8re \u00e0 publier un auteur de l&rsquo;ext\u00e9rieur, sauf s&rsquo;il est un inconditionnel, passionn\u00e9 de l&rsquo;Am\u00e9rique.<\/p>\n\n\n\n<p>Michel Bugnon-Mordant, n&rsquo;est pas de ceux-l\u00e0. Du moins recherche-t-il l&rsquo;exactitude, \u00e0 d\u00e9faut de complaisance. Il n&rsquo;h\u00e9site m\u00eame pas \u00e0 expliquer les raisons des comportements am\u00e9ricains, alors qu&rsquo;il les d\u00e9nonce. Comment les Etats-Unis se sont-ils d\u00e9guis\u00e9s en une nation providentielle, vou\u00e9e par la divinit\u00e9 \u00e0 une \u00ab\u00a0destin\u00e9e manifeste\u00a0\u00bb, au point qu&rsquo;ils se sont pris au s\u00e9rieux ? Ce ne serait pas r\u00e9dhibitoire, s&rsquo;ils ne s&rsquo;\u00e9taient comport\u00e9s tr\u00e8s vite, et jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours, comme si l&rsquo;inspiration c\u00e9leste justifiait leurs pires incons\u00e9quences. Parmi les derni\u00e8res, le traitement inflig\u00e9 au Panama en 1989 est un mod\u00e8le de d\u00e9sinvolture cruelle. De l&rsquo;extension g\u00e9ographique \u00e0 la domination \u00e9conomique, de la ma\u00eetrise des continents, nord-am\u00e9ricain puis sud-am\u00e9ricain, \u00e0 la soumission du troisi\u00e8me cercle, l&rsquo;Europe incons\u00e9quente, l&rsquo;app\u00e9tit de conqu\u00eate ne s&rsquo;apaise gu\u00e8re et le r\u00e9seau plan\u00e9taire am\u00e9ricain, en d\u00e9pit de l&rsquo;aventure vietnamienne, ne cesse de se perfectionner et de s&rsquo;\u00e9tendre. La liste des interventions dans le monde est \u00e9loquente. Mais elle n&rsquo;est qu&rsquo;un aspect des pressions constantes exerc\u00e9es. Avec la ma\u00eetrise du syst\u00e8me mon\u00e9taire international et le r\u00f4le exclusif du dollar, avec la disposition du Fonds mon\u00e9taire international, de la Banque mondiale et de l&rsquo;OTAN, avec la subordination des Nations-Unies, celle aussi du commerce international puisque Washington s&rsquo;affranchit ais\u00e9ment de ses r\u00e8gles , au point de vouloir imposer \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur sa propre l\u00e9gislation (les fameuses lois Helms-Burton et d&rsquo;Amato), tout est d\u00e9sormais en place pour la mondialisation parfaite : l&rsquo;asservissement des esprits gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;arme absolue, le monopole de la communication. Les cultures sont d\u00e9natur\u00e9es alors que triomphe la vulgarit\u00e9. Un pouvoir unique se projette par des monopoles militaires, politiques, \u00e9conomiques, diplomatiques, culturels qui se relaient \u00e0 plaisir, tant \u00a0\u00bb l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monisme totalitaire am\u00e9ricain\u00a0\u00bb s&rsquo;est convaincu de sa bonne conscience. Le monde est-il encore capable de r\u00e9agir ? Avec ce livre, l&rsquo;auteur voudrait d&rsquo;abord l&rsquo;appeler \u00e0 une prise de conscience. Son prochain ouvrage exposerait les solutions possibles pour une r\u00e9action salutaire, pour refuser \u00ab\u00a0la p\u00e9trification du monde\u00a0\u00bb par l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie \u00e9conomique, financi\u00e8re et culturelle du capitalisme am\u00e9ricain.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>La parution du premier tome rejoint opportun\u00e9ment l&rsquo;inqui\u00e9tude, plus ou moins justifi\u00e9e, qui pr\u00e9vaut actuellement aux Etats-Unis, alors que la crise mon\u00e9taire, si peu pr\u00e9vue, fait toujours rage en Asie, du plus petit &#8211; la Malaisie &#8211; au plus gros &#8211; le Japon. L&rsquo;auscultation de l&rsquo;\u00e9conomie am\u00e9ricaine ne r\u00e9v\u00e8le qu&rsquo;un \u00e9tat exceptionnel. Mais est-il possible, se demande-t-on outre-Atlantique, que le cycle de cette vigoureuse prosp\u00e9rit\u00e9 puisse durer plus de 10 ans ? 1998 serait-elle la derni\u00e8re ann\u00e9e ? La mondialisation, qui fut la tarte \u00e0 la cr\u00e8me des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, dans laquelle s&rsquo;\u00e9tait gliss\u00e9e la pr\u00e9tention de Washington \u00e0 tout dominer, subit quelques commentaires inquiets. Mondialisation, globalisation, d\u00e9r\u00e9gulation, panneaux identiques d&rsquo;un miroir aux alouettes, la crise des \u00e9conomies asiatiques vient de d\u00e9montrer qu&rsquo;ils peuvent exploser \u00e0 tout moment. Car on aura surtout vu appara\u00eetre une globalisation des crises alors qu&rsquo;on attendait celle du commerce. Seule aura r\u00e9sist\u00e9 jusqu&rsquo;ici la Chine, o\u00f9 le syst\u00e8me communiste n&rsquo;a pas encore laiss\u00e9 s&rsquo;introduire le virus de la mondialisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Les cons\u00e9quences politiques et sociales de la mondialisation-globalisation vont s&rsquo;imposer, m\u00eame si les interventions du Fonds mon\u00e9taire international en Malaisie, en Tha\u00eflande, en Indon\u00e9sie et en Cor\u00e9e vont, d&rsquo;abord, servir \u00e0 sauver les meubles des banquiers occidentaux, imprudemment engag\u00e9s. Qui paiera finalement, sinon la classe moyenne asiatique et les travailleurs des pays en crise? L&rsquo;encadrement des \u00e9changes, apr\u00e8s la vogue d\u00e9brid\u00e9e de la mondialisation, n&rsquo;est-il pas en train de devenir, jusque dans les temples du capitalisme, la derni\u00e8re lubie \u00e0 la mode ? Avec le soulagement que la crise de la globalisation ait \u00e9t\u00e9 assez pr\u00e9matur\u00e9e pour \u00e9viter des catastrophes encore plus grandes ? La d\u00e9r\u00e9gulation b\u00e9n\u00e9ficie tout naturellement aux plus puissants &#8211; les fameuses positions de force &#8211; et s\u00e9cr\u00e8te l&rsquo;injustice, laquelle engendre les tourments politiques et sociaux. M\u00eame en s&rsquo;\u00e9tant plac\u00e9s hors d&rsquo;atteinte des tourbillons et ouragans de la mondialisation dont ils entendent bien se prot\u00e9ger, tout en voulant en profiter \u00ab\u00a0un max\u00a0\u00bb, les Etats-Unis ont sans doute d\u00e9pass\u00e9 la mesure dans une vision du monde trop conforme \u00e0 leurs seuls int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n\n\n\n<p>(1) Michel Bugnon-Mordant: \u00ab\u00a0L&rsquo;Am\u00e9rique totalitaire &#8211; Les Etats-Unis et la ma\u00eetrise du monde\u00a0\u00bb. Les Editions Favre. Lausanne. 301 pages<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">En r\u00e9serve, depuis 30 ans.<\/h1>\n\n\n\n<p>Samedi 3 janvier 1998<\/p>\n\n\n\n<p>MEDI. I n\u00b0510<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9serve, depuis trente ans : ce sont les propos du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, recueillis alors par Alain Peyrefitte, et dont le tome II vient d&rsquo;\u00eatre publi\u00e9. Lecture passionnante, tant cette pens\u00e9e du temps jadis est, dans l&rsquo;ordre int\u00e9rieur et le d\u00e9sordre ext\u00e9rieur, actuelle. Les trois ann\u00e9es 1963, 1964, 1965 r\u00e9sonnent ainsi d&rsquo;\u00e9vidences qui ne se se sont pas d\u00e9menties. Il ne faut pas h\u00e9siter \u00e0 s&rsquo;y reporter.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, mon \u00e9diteur m&rsquo;adresse le dernier ouvrage de sa c\u00e9l\u00e8bre collection \u00ab\u00a0Lettre ouverte\u00a0\u00bb &#8211; \u00ab\u00a0Lettre ouverte aux Fran\u00e7ais qui ne comprennent d\u00e9cid\u00e9ment rien \u00e0 l&rsquo;Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb (1). Dans leur ensemble, les Fran\u00e7ais ne demanderaient pas mieux que de comprendre la trag\u00e9die de ce pays o\u00f9 les cruaut\u00e9s et les souffrances se sont d\u00e9cha\u00een\u00e9es depuis cinq ans. Mais le huis clos est si total que l&rsquo;opinion internationale, peu regardante il est vrai, s&rsquo;en \u00e9meut. L&rsquo;auteur de cette \u00ab\u00a0Lettre ouverte\u00a0\u00bb, Youcef Hadj Ali, l&rsquo;affirme : \u00ab\u00a0Si la crise alg\u00e9rienne dure, l&rsquo;issue n&rsquo;est plus incertaine&#8230; La crise est assur\u00e9ment alg\u00e9rienne. Personne ne le discutera. Cet \u00e9pisode de l&rsquo;histoire du pays a confirm\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas de voie royale pour asseoir et parachever les id\u00e9aux d\u00e9mocratiques et l&rsquo;ordre r\u00e9publicain et que rebroussements et discontinuit\u00e9s jalonneront sans doute encore la trajectoire que prendra l&rsquo;Alg\u00e9rie pour acc\u00e9der au rang des soci\u00e9t\u00e9s modernes\u00a0\u00bb. Dans cette perspective, si sobrement trac\u00e9e vers \u00ab\u00a0des t\u00e2ches colossales qui supposent un minimum d&rsquo;\u00e9quilibre et de consensus social\u00a0\u00bb, la route sera rude pour ceux qui assument le pouvoir de l&rsquo;Etat alg\u00e9rien. Aussi l&rsquo;essentiel n&rsquo;est pas -c&rsquo;est du moins mon opinion- de ratiociner sur des responsabilit\u00e9s d&rsquo;intellectuels ou de politiques, en France, trop attach\u00e9s \u00e0 dire ou \u00e0 faire pour peser sur le destin de l&rsquo;Alg\u00e9rie qui, depuis plus de trente ans, est entre ses propres mains.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce d\u00e9but d&rsquo;ann\u00e9e 1998, les recensions de notre presse sont mondiales. Elles comportent pour l&rsquo;Alg\u00e9rie des caricatures, les faits divers et tragiques des villageois \u00e9gorg\u00e9s et d\u00e9coup\u00e9s, la mention des \u00e9lections l\u00e9gislatives et locales. \u00ab\u00a0Rien de nouveau, malheureusement, si ce n&rsquo;est l&rsquo;extension des massacres et leur caract\u00e8re de plus en plus barbare\u00a0\u00bb conclut un journal qui annonce cependant que trois banques \u00e9trang\u00e8res renforcent leur pr\u00e9sence en Alg\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Le 4 janvier 1963, le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle confiait : \u00ab\u00a0Nous avons proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une premi\u00e8re d\u00e9colonisation jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;an dernier. Nous allons passer maintenant \u00e0 la seconde. Apr\u00e8s avoir donn\u00e9 l&rsquo;ind\u00e9pendance \u00e0 nos colonies, nous allons prendre la n\u00f4tre.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Encore aujourd&rsquo;hui (mars 1964), je souhaite sinc\u00e8rement \u00e0 l&rsquo;Alg\u00e9rie de rester fran\u00e7aise comme la Gaule est rest\u00e9e romaine, je lui souhaite d&rsquo;\u00eatre irrigu\u00e9e et f\u00e9cond\u00e9e par notre culture et notre langue. En revanche, je n&rsquo;ai jamais accept\u00e9 de parler d&rsquo;int\u00e9gration, bien que tout le monde f\u00eet pression sur moi pour que je prononce ce mot magique. Je ne l&rsquo;ai jamais accept\u00e9, parce que c&rsquo;est une connerie. On int\u00e8gre de petites unit\u00e9s, on n&rsquo;int\u00e8gre pas une vaste population. Tout se sait un jour ou l&rsquo;autre. Il faut rester sinc\u00e8re avec soi-m\u00eame\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Mais comment (octobre 1964) tant de gens ont-ils pu croire que le m\u00eame probl\u00e8me \u00e9tait soluble pour l&rsquo;Alg\u00e9rie, avec dix millions d&rsquo;Arabes ?\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0J&rsquo;aimerais qu&rsquo;il naisse plus de b\u00e9b\u00e9s en France (mai 1963) et qu&rsquo;il y vienne moins d&rsquo;immigr\u00e9s&#8230; Ne nous en m\u00ealons pas ! Les intrigues de l&rsquo;un, les complots de l&rsquo;autre, en quoi \u00e7a nous regarde ?&#8230;Ben Bella, c&rsquo;est Danton. Boumedienne, c&rsquo;est Robespierre. Il y a un temps de terreur. Puis vient le jour des Thermidoriens. Tout cela est encore tr\u00e8s mouvant et le restera longtemps\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Tout cela \u00e9tait in\u00e9vitable (octobre 1963). L&rsquo;essentiel, c&rsquo;est que ce sont eux qui ont \u00e0 faire face \u00e0 la r\u00e9bellion des Kabyles, au maintien de l&rsquo;ordre, \u00e0 la coh\u00e9sion nationale. S&rsquo;ils s&rsquo;entre-tuent, ce n&rsquo;est plus notre affaire. Nous en sommes d\u00e9-bar-ras-s\u00e9s, vous m&rsquo;entendez&#8230; Les Alg\u00e9riens ne le sont pas, les malheureux ! Ils ne sont pas sortis de l&rsquo;auberge. Dans ce genre de pays (avril 1965), tout est suspendu \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e. Ou elle est loyale au chef, ou elle le renverse&#8230; Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;opinion publique en Alg\u00e9rie.\u00a0\u00bb Au-del\u00e0 de ces \u00e9chantillons d&rsquo;une truculente lucidit\u00e9, il reste le texte lui-m\u00eame et ce qui en sera encore r\u00e9v\u00e9l\u00e9. Mais d\u00e9j\u00e0 \u00e9tait \u00e9mis le conseil que, dix ans apr\u00e8s, Georges Pompidou, devenu Pr\u00e9sident, formulait ainsi : \u00ab\u00a0Pour que les deux pays s&rsquo;entendent mieux, il leur faut se manifester d\u00e9sormais plus d&rsquo;indiff\u00e9rence !\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 14 avril 1965, le G\u00e9n\u00e9ral d\u00e9clarait \u00e0 son Conseil que la guerre des Etats-Unis au Vietnam durerait 10 ans et serait une tache ind\u00e9l\u00e9bile au front de l&rsquo;Am\u00e9rique. Le 30 avril 1975, les Am\u00e9ricains ont d\u00fb quitter Sa\u00efgon en catastrophe&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>(1) Albin Michel \u00e9diteur. 264 p.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Michel JOBERT<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chroniques Hebdomadaires Sur Radio Medi 1 (GO 9575 KHZ, OC 9575 bande des 31m, et sur Radio Beur 106.7 FM Paris) ******************************************************************* &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Chroniques 1999 Oiseuses consid\u00e9rations. Samedi 1er&nbsp;janvier 2000 MEDI. I n\u00b0 614 Oiseuses consid\u00e9rations sur le temps, pass\u00e9 ou \u00e0 venir. Mon caract\u00e8re m\u2019incite peu \u00e0 y sacrifier. 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